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samedi 17 septembre 2016

Et hop, sur le divan !


Je me suis étendue (virtuellement ^^) sur le divan du blog'litt Lord Arsenik, qui a élevé le franc-parler au rang d'un sport de combat. Autant vous dire que dans cette interview, où comme d'hab, je m'étends aussi beaucoup sur l'autoédition et le travail d'écriture, je ne mâche pas mes mots... J'espère n'offenser personne, mais si d'aucuns m'en veulent, tant pis : comme je vous l'ai promis, je dis ce que je pense !

C'est ici...

dimanche 4 septembre 2016

La morale de l'histoire



Aventureuse et rebelle, j'ai toujours choisi d'arpenter les voies les plus accidentées. Ma vie en inclut des dizaines, et dépasse si bien la fiction qu'aucun lecteur n'y croirait. 

J'ai couru la planète dans les conditions les plus improbables, fait du sport de haut niveau, déposé des brevets, enseigné, soigné des animaux, créé des entreprises, aidé des chômeurs et des sans-abri, assisté un chirurgien, soulagé des souffrances et même, un jour en Afrique, sauvé la vie d'un enfant ; j'ai fait fortune en partant de rien, mais aussi connu la misère ; vécu des péripéties dignes d'un roman aux côtés d'un homme d'exception, puis repris mon indépendance ; j'ai rencontré quelques célébrités, beaucoup d'inconnus fantastiques, et même une poignée d'olibrius dans mon genre... 
J'en passe et des meilleures, vécues avec le même enthousiasme et la même curiosité. 

Tout cela sans jamais cesser d'écrire. Dans mon coin, certes, voire dans l'ombre ; mais si la notoriété et les gros tirages faisaient le bonheur, ça se saurait, ne croyez-vous pas ?

Alors renoncer à ma liberté pour un contrat d'édition, accepter un fil à la patte autre que le plus précieux que l'on puisse imaginer : mes enfants... 
Aucun risque !

Cet épisode est racontée sur monBestSeller, ici.

Le morale de l'histoire ? Amis auteurs indépendants, croyez-moi, nous sommes très heureux comme ça ! 

dimanche 14 août 2016

Synergie éditoriale : comme dans l'édition, mais en mieux


Il y a quelques mois, j'ai créé un groupe secret pour tester un concept de synergies éditoriales, idée qui pourrait profiter aux petits auteurs autpubliés qui ne maîtrisent pas tous les aspects de cette activité.

Ce concept, j'ai beaucoup hésité à en parler publiquement. Lorsque je l'avais soumis au très petit groupe de membres de Communauteurs, des personnes que j'estime, je dois reconnaître qu'il avait plutôt fait un flop.

Les auteurs sont par définition des êtres solitaires, qui oeuvrent dans leur coin. Et s'ils s'autoéditent, c'est souvent pour tout contrôler, pour éviter qu'un éditeur ne se mêle de leurs affaires.

Mais parfois aussi, c'est au contraire faute d'avoir trouvé un éditeur. Et dans ce cas, leur isolement se retourne contre eux : les multiples casquettes qui incombent à l'auteur indépendant sont alors un véritable calvaire.

Car, que faut-il assumer quand on est indé ?

  • L'écriture, cela va de soi.
  • Les corrections : là, ça commence à se gâter. Un œil extérieur est toujours nécessaire pour traquer les coquilles, nous le savons tous.
  • La mise en forme, qu'il s'agisse de format numérique ou imprimé : couverture, descriptif, mise en page, publication...
    Reconnaissons que très peu d'entre nous possèdent le savoir-faire correspondant ; et ceux qui le possèdent l'ont acquis au prix d'un long et pénible apprentissage, pendant lequel ils n'écrivaient pas !
  • La promotion. Beaucoup d'entre nous détestent cela et ignorent complètement les possibilités qui s'offriraient à eux pour mettre leur œuvre en valeur – qu'il s'agisse de marketing, de simple promotion ou de publicité payante.

Le concept de synergie éditoriale m'est venu à force de proposer à des auteurs que j'apprécie mes services bénévoles de correction, et de me retrouver parfois, un jour ou l'autre, à accepter en retour un service technique quelconque.

C'est une chose que beaucoup d'entre nous ont déjà vécue, de façon spontanée et non organisée. On appelle cela l'entraide, et c'est un aspect merveilleux de l'autoédition ; mais comme tout échange de services, c'est flou, incertain, et donc peu sécurisant. Chacun continue à publier dans son coin, avec pour la plupart, avouons-le, une certaine frustration quant au manque de résultats (qu'il s'agisse de ventes, ou simplement de qualité).

En ce moment je suis obsédée par l'idée de mettre mes affaires en ordre (sans aucune raison, je l'espère). J'ai donc décidé de remettre cette idée sur le tapis. Je n'ai absolument pas l'intention de m'en mêler, et d'ailleurs cela ne peut être mis en pratique que par très petits groupes d'auteurs se connaissant bien et s'estimant réciproquement. Mais, qui sait, l'idée en inspirera peut-être quelques-uns.

Bien entendu, elle ne concerne pas les auteurs qui maîtrisent tous les domaines liés à leur fonction d'indés, ou qui ont les moyens de payer pour faire réaliser ce qu'ils ne savent pas gérer eux-mêmes : ceux-là sont de véritables entrepreneurs, et n'ont besoin d'aucun système D de partenariat pour prospérer.

Le principe serait donc le suivant :

Pourquoi ne pas recréer en très petit comité (c'est plus facile à gérer, moins ambitieux que les projets, entrevus çà et là, de maison d'édition regroupant des indés à grande échelle) des partenariats reproduisant le principe d'une maison d'édition : la spécialisation des tâches ?...

...Mais avec, et ce serait la spécificité de cette organisation, une effet de réciprocité qui permettrait à chacun des partenaires de ces micro-associations d'exister en tant qu'auteur.

Autrement dit, faire un peu comme dans l'édition, mais en beaucoup mieux : à taille humaine, avec nos valeurs d'entraide et notre spécificité d'indés. 


Dans la pratique, il s'agirait de petites communautés d'intérêt comprenant entre 2 et 4 ou 5 auteurs.

Chacun aurait bien sûr sa propre idée de livre, dont il assumerait ou aurait déjà assumé l'écriture.

Un ou plusieurs des autres partenaires se chargeraient de la correction, voire de la réécriture (il y a des histoires formidables qui nécessitent un « travail éditorial » approfondi, comme dans l'édition ; le contraire est même assez rare).
C'est d'ailleurs là que le bât blesse : individualiste comme l'est l'auteur indépendant, il préfère souvent publier un livre imparfait, voué à l'échec, que de le laisser retoucher par un autre. Alors même qu'une maison d'édition lui imposerait de faire ce travail sous contrôle étroit, et très souvent, le ferait faire par un tiers (Nila Kazar et moi, entre autres, avons pas mal oeuvré en ce sens au cours de notre carrière d'écrivains).

Les autres partenaires apporteraient leurs compétences respectives à la réalisation de la couverture, à la mise en page, au marketing, et se chargeraient de la promotion, obtenant en contrepartie ce qu'ils peuvent le moins faire eux-mêmes.

Ainsi, chacun ne ferait que ce qu'il sait faire le mieux (hormis la promo, toujours collective pour une raison évidente : l'effet démultiplié), mais bénéficierait des compétences de ses partenaires dans tous les domaines qu'il ne maîtrise pas lui-même.


La tâche où l'avantage serait le plus évident pour tous est la promotion : il est clair qu'il est beaucoup plus efficace et plus crédible qu'un livre soit vanté par un tiers plutôt que par son propre auteur. Et si beaucoup d'entre nous répugnent à cet aspect de leur activité, c'est bien parce qu'on se sent ridicule et peu convaincant, à proclamer « Achetez mon livre, je vous assure qu'il est excellent ! ».

De plus, comme je l'ai déjà dit, plusieurs personnes faisant la promotion d'un même ouvrage obtiendraient de bien meilleurs résultats que le seul auteur.

Il serait indispensable, cela va de soi, que les auteurs apprécient une œuvre dont ils feraient la promotion pour autrui ; il ne serait pas question d'échanges de louanges de complaisance. Même si cela a bel et bien cours de façon tacite, par intérêt collectif bien compris. Hé oui, pourquoi le nier ? La société toute entière fonctionne ainsi. C'est précisément pourquoi j'aimerais que nous autres indés, forts de notre esprit novateur et de notre espoir de constituer un meilleur système, nous soyons capables de mettre en œuvre des partenariats plus sincères et plus élaborés.

J'ajoute enfin que lorsque chaque œuvre du duo ou du petit groupe d'auteurs a fait l'objet d'un peaufinage et d'une présentation optimales, alors il devient plus facile d'en parler avec enthousiasme.


Bien entendu, l'échange de services ne pourrait pas toujours être équitable. C'est pourquoi il pourrait être envisageable que les partenaires décident de partager les redevances des œuvres, formant ainsi une sorte de mini-coopérative.
Pour oser suggérer pareille chose, je me fonde sur le principe incontestable que « mieux vaut se partager les redevances d'un livre s'étant donné les meilleures chances d'avoir du succès, que de garder pour soi celles, encore plus maigres, d'un livre voué à l'échec ».
Mais naturellement, ce partage des redevances n'a rien d'une obligation.


On m'objectera que chacun fait mieux les choses pour lui-même que pour un tiers. Je ne suis pas d'accord. Non seulement mieux vaut confier à autrui ce que l'on ne maîtrise pas, mais si l'on sait mettre son orgueil de côté, l'on réalise qu'une intervention extérieure permet souvent une performance plus rapide et efficace - parce que dotée de recul, dépassionnée et exempte des doutes qui nous torturent lorsqu'il est question de notre œuvre, notre « bébé »...

Je suis consciente, bien sûr, qu'il y aura toujours une majorité d'auteurs pour préférer se débrouiller seuls, quitte à moins bien réussir. Je le disais plus haut, nous sommes individualistes par nature.

Mais pour ceux qui, au contraire, aimeraient rompre leur solitude et profiter des compétences d'autrui sans pour autant devoir s'acquitter de prestations au-dessus de leurs moyens, ce type d'arrangement serait peut-être une solution ; un moyen convivial et fonctionnel de ne plus oeuvrer dans l'isolement, et une chance de dépasser le plafond de verre – cette barrière invisible subie par tous les autopubliés, très majoritaires, qui ne sont pas des hommes (ou femmes)-orchestre aux compétences universelles. 

Étant assez dépourvue d'illusions sur la nature humaine, je n'espère pas vraiment voir ce genre de synergies se développer. Cependant, rêver tout haut est une activité dont, jusqu'à mon dernier souffle, je ne me lasserai jamais.  

"Il sera...", saga SF de Boris Tzaprenko : à découvrir !!


Début 2016, j'ai déniché par hasard, en faisant mon marché parmi les ebooks gratuits d'Amazon, "Il sera..." de Boris Tzaprenko. 

Cet auteur injustement méconnu, malgré un joli succès puisqu'il a déjà vendu plus de 20 000 exemplaires, offre en effet gracieusement ici et sur toutes les plateformes, le premier tome de sa saga (dont le 8e et dernier opus reste à paraître).

Je ne suis pas spécialement portée sur la SF, même si je me suis risquée dès 2007 dans l'anticipation avec "Élie et l'Apocalypse" ; mes références en ce domaine demeurent les incontournables Isaac Asimov et Theodore Sturgeon, difficiles à égaler. 

De plus, j'avoue que les couvertures de cette saga ne me disaient rien, bien qu'il faille saluer la performance de Tzaprenko, qui les réalise lui-même avec un savoir-faire technologique dont je suis indéniablement jalouse ! 

Mais l'univers de "Il sera..." a été une très, très bonne surprise. 

Comme pour d'autres auteurs, j'ai ensuite proposé à Boris Tzaprenko mon aide bénévole pour la chasse aux coquilles, et nous sommes devenus amis virtuels, d'autant plus que nous partageons un combat, celui contre le spécisme. 

J'avais dès le départ commenté tome après tome sur Amazon, mais sans publier ces commentaires sur mon blog. Puis j'ai laissé passer les mois, ayant entretemps collaboré aux corrections et au lancement d'un nouvel ouvrage du même auteur, "Le Visiteur" - autre livre de SF qui dénonce avec une grande humanité les conditions d'élevage et d'abattage des animaux de boucherie.

Mon récent petit AVC m'incite à moins remettre certaines choses au lendemain, alors je répare aujourd'hui cette lacune avant de chroniquer d'autres auteurs.

Découvrez "Il sera...", je vous le recommande !

Avertissement : je me suis attachée à spoiler le moins possible, mais peut-être préférerez-vous ne lire qu'après couples chroniques suivantes. 


Tome 1 L'Organisation

Brillant, je suis bluffée !

Fait exceptionnel ces temps-ci (heureusement pour moi :-), j'ai délaissé l'écriture pour m'immerger à plein temps dans cette saga, et j'en ressors épatée. 

Découvrir un auteur inconnu aussi brillant est une bien belle aventure ! Surtout que la couverture n'en laissait rien présager, ce qui est fort dommage.

Cette histoire originale, servie par une culture encyclopédique impressionnante, nous emporte dans un monde très bien décrit, 100% crédible.

Boris Tzaprenko joue savamment, c'est le cas de le dire, avec nos émotions ; dès le début, on frissonne d'attendrissement et de préoccupation pour l'étonnant C 12/5...

Avec un grand savoir-faire psychologique, l'auteur nous livre des personnages solides et tout en nuances.

Le suspense, mais aussi l'humour, sont omniprésents. J'ai souri (y compris devant des "inventions" communes à nos deux sagas - telle la mouche espion, amusante probabilité) ; j'ai ri : ah, les dérives langagières de ce monde futur ! Ou la confrontation, aussi cocasse qu'émouvante, entre deux enfants du "ghetto" et... non, je ne spoilerai pas !

J'ai tout aussi souvent applaudi l'écriture, truffée de trouvailles stylistiques, ce qui ne l'empêche pas d'être fluide. On peut d'ailleurs s'étonner que pour tant de lecteurs actuels, la fluidité semble primer sur la qualité du style. Ceux et celles qui voudraient "se vider la tête" n'apprécieront peut-être pas "Il sera...". On y "cerveaute" de bout en bout pour intégrer les indispensables explications technologiques, et il faut sans doute aimer cela pour trouver que cette lecture n'a rien de pénible, au contraire ! C'est un régal.

Bravo et merci, monsieur Tzaprenko ! On gagne vraiment à vous connaître.


Tome 2 Les Engrammes

Toujours aussi bluffant !

Dans ce 2e tome, Boris Tzaprenko nous éblouit une fois de plus : greffé sur une intrigue qui se complexifie avec astuce, un festival d'action, de suspense et d'humour nous emporte, palpitants, jusque sur la planète Mars.


La belle rouge et son satellite Phobos inspirent à l'auteur des descriptifs d'une force et d'une beauté que je qualifierai de cinématographiques, et la description de leur ballet céleste suscite en nous plus d'émotions qu'une parade amoureuse.

Je reviens sur l'histoire elle-même : une idée brillante - déjà exploitée en littérature, mais pas forcément avec plus d'inventivité - suscite à la fin du tome une cascade de rebondissements, jusqu'au coup de théâtre de la dernière page (préfiguré par d'infimes détails dès le tome 1, comme il se doit ; mais si en tant qu'écrivain, je suis portée à déceler les ressorts de la machine, les lecteurs, eux, auront leur content de surprise !).

Tout cela nous promet une suite aussi intéressante que mouvementée. Pour ma part, j'apprécie beaucoup ce genre de scénario facétieux, aux acrobaties impeccablement huilées. Les jeux de miroir et de passe-passe de Boris Tzaprenko sont un régal de logique pure, qui fait pétiller nos neurones ; on a vraiment l'impression de sortir de là plus intelligents !

Car en prime, des explications scientifiques, à la fois précises et très pédagogiques, viennent toujours pimenter l'histoire. Je suis très impressionnée par l'étendue des connaissances de monsieur Tzaprenko dans des domaines très divers : physique et chimie bien sûr, et jusqu'à des branches très pointues comme l'électronique et la réseautique, les nanosciences, la génétique, l'astronomie, la psychophysiologie, et j'en passe...

Décidément, chapeau bas !


Tome 3 Les Numanthropes

À couper le souffle...

Auteur de fantastique et d'anticipation plus immédiate, je reproche généralement à la SF un côté "froid" qui tend à m'en détourner, en dehors de quelques maîtres comme Theodore Sturgeon, dont le style poétique et la vision résolument positive réchauffent les histoires les plus dures.

Boris Tzaprenko, découvert par hasard, a été une fameuse surprise, et je craignais, je l'avoue, que le brillant début de sa saga ne fût qu'un feu de paille.

L'action de ce tome III démarre avec un rebondissement particulièrement brutal. Géantissimesque cruauté ! Dès la fin du premier chapitre, nous nous retrouvons assommés. Et avec un génie diabolique, l'auteur nous plonge d'emblée dans des abîmes de perplexité quant à la suite de l'histoire.

Mais très vite, il enclenche la surmultipliée (expression bien vieillotte pour de la SF aussi inspirée): nous voilà emportés dans des développements (presque) inattendus, où la science-fiction la plus pure, la plus rigoureusement argumentée, accouche d'un véritable fantasme ontologique, aussi stupéfiant que troublant.

Avec cette idée audacieuse (comme, d'ailleurs, avec toute l’œuvre de Tzaprenko), mille réflexions s'amorcent  : Peut-on passer outre notre propre finitude, et jusqu'où ? « Être », c'est quoi ? L'esprit, voire l'âme, nécessitent-ils un « contenant » de chair ? Si ce n'est pas le cas, qu'est-ce qui, in fine, différenciera l'humain d'un programme informatique, si tant est que quelque chose les différencie encore ? Comment l'hypertechnologie peut-elle bouleverser toutes ces notions, nous entraîner dans une révolution auprès de laquelle toute l'histoire humaine n'apparaîtrait plus que comme un balbutiement préalable ?

J'adore la façon dont l'auteur jongle avec des éléments hétéroclites comme le solipsisme, ou encore le concept de Conscience Universelle ; et j'adore la synthèse fascinante que sa fiction nous en propose. Je n'aurais pas cru possible de mixer tant de notions ardues pour en faire une intrigue non seulement abordable par tout esprit un peu curieux, mais ludique à souhait !

En filigrane de toute la saga jusqu'ici (et au-delà, à coup sûr), se développe une autre question, plus urgente étant donné l'essor exponentiel de la Science : aurons-nous à redouter nos « copies », clones biologiques et, plus tard, numérisations des contenus du cerveau ? Cette perspective ringardise les scénarios de SF où l'homme affronte des robots - vision classique quoique de plus en plus crédible -, pour nous projeter encore plus loin dans le temps, vers un stade de l'Évolution en quelque sorte terminal, en tout cas à la fois beaucoup plus exaltant et infiniment plus angoissant.

Décidément, Boris Tzaprenko mériterait de devenir un Éternel !


Tome IV Symbiose

Toujours plus loin...

Aucun doute, Boris Tzaprenko trouve le moyen de nous étonner d'un tome à l'autre, changeant de lieux et même de thèmes avec un grand savoir-faire.


Dans le tome III, l'auteur gérait avec maestria de complexes histoires « bio vs virtuel ».

Le thème classique, à la fois tragique et cocasse, du héros qui, en se débattant pour rattraper une faute, les aggrave et les multiplie dans ses tentatives de reprendre le contrôle de son existence, était illustré d'une manière qui renouvelle le genre.

Même si l'on devinait où conduisait l'histoire du « Spart bébé », tout l'épisode n'en était pas moins jubilatoire.

Un aspect particulièrement dramatique était également riche de sens : la glissade d'un personnage vers le « péché » du surhomme dématérialisé, une transposition originale du « péché » de la Connaissance.

Puis, dans la même logique mais de façon plus ludique, moins inquiétante, l'on suivait les aventures de deux couples d' « Adam et Eve » numériques plongés dans deux contextes très différents.

Le second couple nous faisait découvrir, après le Monde des Monstres, un jeu virtuel aussi coloré que palpitant que l'on aimerait voir restitué sur grand écran (en attendant un vrai jeu en immersion...), les univers de Mondamousse, mélange d'Alice au Pays des Merveilles, des Voyages de Gulliver et des contes philosophiques de Voltaire.

Le tome IV explore, quant à lui, le thème des intelligences extra-terrestres. Dire que ce thème est fort bien amené serait un euphémisme.

Non seulement la subtile gradation de l'intrigue au cours des tomes précédents nous conduit en douceur dans cette direction, suscitant même notre attente ;
mais la montée s'opère si progressivement au cours du tome, avec tant de détours par l'action, l'aventure et encore le conte philosophique, que bien que conscients d'aller vers une évidence, conscients aussi qu'il s'agit d'un sujet archi-classique en SF, l'on tombe sous le charme des méandres parcourus pour en arriver là.

Et à la toute fin, alors même que l'on a cru voir les mondes sombrer dans le chaos, que l'histoire prend une tournure sombre et presque prémonitoire, Tzaprenko révèle plus que jamais son humanité, sa sensibilité d'auteur, et nous offre une conclusion généreuse, profondément optimiste, où l'on devine qu'il a investi sans retenue, quoique sans illusions, sa propre vision de l'existence.

Je sens déjà que pour moi, cette saga aura été en quelque sorte « le Son de Vouzzz » : un chant à nul autre pareil, utilisant en virtuose toute la gamme des émotions, et investi de pouvoirs pour le moins étranges...

Une lecture qui, vraiment, ne laisse pas indifférent.


Tome 5 Les Ovoïdes

Éthique des civilisations

Fidèle à son habitude de nous surprendre de tome en tome, l'auteur nous offre cette fois-ci une amusante et pertinente variation du célèbre livre, puis film "La planète des singes".


En l'occurrence, les singes sont des œufs ;-) ou plutôt des créatures ovoïdes très en avance sur les humains de leur monde.
Normal, puisque nous poursuivons notre exploration de « Symbiose » et notre réflexion sur l'intelligence extra-terrestre.

L'inversion des rôles entre les deux espèces donnait déjà fort à penser dans La planète des singes.
Elle permet ici une prise de conscience éthique bien plus aboutie.

En effet, la perception de l'animal a énormément progressé, et c'est heureux, depuis la fin des années 60.
C'est donc un débat on ne peut plus actuel qui est mis sous les projecteurs : jusqu'à quel point avons-nous le droit de disposer des créatures jugées "inférieures" ? Et d'ailleurs, les critères d'après lesquels sont évalués leurs niveaux d'intelligence et de sensibilité, ne sont-ils pas terriblement subjectifs ?

L'engagement de Boris Tzaprenko en faveur de la cause animale, décelable dès le début du tome 1, est ici plus vibrant que jamais, et si nous tremblons pour les deux héros fourvoyés dans cette galère, c'est non sans rougir en parallèle pour tout ce que nous, espèce humaine, faisons subir aux animaux.

La toute fin, qui opère un retour vers de la SF ultra-futuriste, nous promet une suite passionnante.
Et comme Bartol, aussi sympa soit-il par ailleurs, m'agace davantage de tome en tome, il est fort réjouissant d'imaginer sa nouvelle confrontation avec un « interlocuteur » qui le dépasse.

Vite, le tome 6 !


Tome 6 Face au Soleil

Toujours plus haut !

Après un hommage à Pierre Boulle dans le tome précédent, Boris Tzaprenko adresse ici un clin d'œil appuyé à un autre Maître de la SF, Isaac Asimov, grand inspirateur s'il en fut.


À titre d'indice préliminaire, l'on apprend que l'un des RPRV de Quader s'appelle Daneel. ;-) Puis l'on réalise que le « personnage » chargé de guider nos héros vers une autre existence évoque irrésistiblement le robot R. Daneel Olivaw, qui « pilote » les humains dans Terre et Fondation.

L'apparition d'un nouveau personnage, que je trouve très réjouissant, donne un nouveau souffle à la saga, et son échange avec Sandrila Robatiny aux deux tiers du tome marque le grand retour de l'un des thèmes majeurs de la saga : l'idée, génial hybride entre la SF la plus aboutie et le concept de conscience universelle, d'un « esprit global de l'humanité », sorte de grand « Tout » composé de consciences virtualisées.

Cette idée fascinante a certes déjà été explorée - j'avoue la titiller moi-même -, mais comme toujours, la « Tzaprenko touch » ;-) nous en offre une version particulièrement séduisante et bien étayée.

Sur le plan de l'action, nous quittons l'ambiance « conte philosophique » qui prédominait dans les deux tomes précédents, pour revenir au récit épique : deux de nos héros, bientôt rejoints par deux autres, se retrouvent sur la planète Mercure, à vivre une succession d'aventures haletantes "face au soleil"...

Merci à l'auteur, ce soit dit en passant, de nous offrir avec cette saga passionnante une visite plus vraie que nature (euh, enfin on l'imagine !) des hauts lieux du système solaire.
Aussi instructive que poétique, cette balade multiplanétaire est un véritable bonus, puisque nous cumulons les plaisirs de la fiction et de la documentation : mélange qui me séduit aussi bien en tant que lectrice qu'en tant qu'auteur de « real fantasy » (terme qui n'engage que mon ancien éditeur ^^).

Puis un nouveau rebondissement dramatique, auquel on peine d'abord à croire (non, il n'a pas encore osé... mais si !!!) nous renvoie alors comme une balle dans les rets habilement tissés de la réflexion ontologique.

Nous revoilà donc replongés dans des interrogations métaphysiques assez vertigineuses, quoique toujours ludiques : qu'est-ce que l'être ? comment peut-il survivre à la matière ? et le peut-il sans cesser, précisément, d'être lui-même ?...
Cette fois, un pas supplémentaire est franchi, et des pistes se dessinent...

La fin de ce tome, qui est aussi un début puisqu'il s'achève par un départ, nous laisse un seul regret : ce sixième opus nous rapproche encore du dernier !
Boris Tzaprenko aurait pourtant, de toute évidence, encore tant de choses à nous dire...


Tome 7 Vers le nouveau monde

Histoire d'être

Être ou ne pas être, être virtuel, être multiple, être immortel...


Dans ce tome, prévu pour être l'avant-dernier, nous renouons pleinement avec le fil conducteur de la saga : la question de l'homme ou de la femme du futur. S'agira-t-il d'un cyborg, d'une conscience numérisée donc 100% virtuelle, d'un super-cerveau pouvant piloter à distance une multitude de corps ?

Un peu de tout cela, nous dit Boris Tzaprenko. Et « tout cela » conduit, bien sûr, à une perspective qui fait rêver (ou pas) : la fin de la maladie, des blessures irréversibles, de la sénescence... et in fine, c'est le cas de le dire, l'immortalité.

Depuis le premier opus, l'auteur a pris soin de demeurer dans les limites de la hard science-fiction, en ne nous proposant que des situations très argumentées sur le plan scientifique, sinon totalement plausibles. Malgré la forte coloration ontologique de son propos, il n'évoque donc pas ouvertement la conscience, mais la mémoire, sujet moins hasardeux.

ATTENTION, SPOILER pour ceux qui n'ont pas lu les précédents tomes :

Extractables, stockables, transférables, réinjectables, les fameux engrammes (empreinte biologique, donc « physique », de la mémoire), combinés à la maîtrise d'une réplication accélérée des corps par le clonage, permettent dans ce futur assez lointain la multiplication de l'être originel.

Résultat : des performances humaines extrêmes telles qu'une capacité de multiprésence - autrement dit, d'ubiquité - largement développée dans ce nouveau tome, et une capacité de « résurrection » : en réalité, l'abandon d'un corps définitivement compromis au profit d'un clone, dont la mémoire a été actualisée en permanence pour que l'être originel se survive sans interruption apparente.
Il est donc bien question de conscience, sinon « d'âme » - si l'on définit cette dernière comme un principal vital immatériel ou virtuel où siégerait la conscience, le corps n'étant alors qu'un véhicule.

L'on peut évidemment considérer que l'amalgame entre mémoire et conscience est un peu hardi. Armé d'une culture scientifique impressionnante, l'auteur n'a pas éludé cet écueil, bien au contraire ; tout au long de sa saga, les interrogations des personnages ont fait écho aux nôtres, et le lecteur a fini par convenir qu'un clone arrivé au même stade de maturation que son « original », et pourvu de la même bibliothèque mémorielle, est en effet la même personne, donc la même conscience...

Comme si souvent lors des grands bonds en avant de l'humanité, l'incroyable escalade de la « technologie » qui pourrait nous rendre tous éternels, est impulsée dans cette histoire passionnante par une personnalité curieuse jusqu'à la déraison, assoiffée d'explorer toutes les folles possibilités qui lui sont offertes... Jusqu'à peut-être se perdre elle-même, se dira-t-on !

Au-delà des péripéties, toujours aussi hautes en couleurs et en émotions, auxquelles sont à nouveau confrontés les personnages - presque tous réunis pour l'occasion -, nous sommes donc, dans le tome 7, plus suspendus que jamais à cette autre aventure, infiniment plus vertigineuse.

Il fallait bien du talent pour brosser une toile de fond à la hauteur d'un tel morceau de bravoure. Or l'intrigue générale ne démérite pas un instant, car comme il en a coutume, l'auteur se plaît à entremêler plusieurs propos, plusieurs problématiques ; comme celle, fort intéressante du point de vue éthique, de ces « colons » humains en route, ou plutôt en vol pour une autre planète, et dont certains ne songent qu'à soumettre la nature qui les entoure dans le vaisseau Symbiose, et à s'affronter pour dominer leur futur monde. Réitérant ainsi les péchés de l'humanité, hélas éternels, eux aussi...

Encore une fois, vivement la suite !









mardi 9 août 2016

L'art de la chronique : états d'âme



Je me suis aperçue ces derniers jours que, dans ma hâte à publier mon dernier apéribook – acte-réflexe, quelque peu thérapeutique, au sortir de l'hôpital où je venais d'être bouclée 24 h pour une suspicion d'AVC – j'avais livré à mes lecteurs un ouvrage entaché de nombreuses coquilles.
Même dans l'édition, on en évite rarement quelques-unes dans un roman de 500 pages ; surtout moi, qui suis un vrai chien truffier pour les repérer dans les manuscrits des autres, mais ai du mal à relire mes propres écrits.
C'est, hélas, beaucoup moins pardonnable dans une nouvelle.

Même corrigées aussitôt, ces bavures demeurent une épine dans ma chair, car je suis toujours frappée, au sens le plus négatif du terme, par les livres bourrés de fautes.

Je me garderais bien de juger une œuvre sur ce seul critère (parce qu'il peut y avoir une histoire bien menée, des idées intéressantes, chez un auteur dyslexique ou de formation littéraire inaboutie, et trop isolé ou désargenté pour se faire corriger par d'autres yeux). Mais, je l'avoue, je me détourne au bout de quelques pages des ouvrages qui cumulent ce défaut-là avec une prose maladroite et une intrigue indigente. 

L'autoédition à elle seule produit, même perdus dans la masse, tant de livres admirables qu'une vie entière ne suffirait pas à les dénicher, savourer et promouvoir ; alors je ne peux pas m'adonner au passe-temps masochiste de m'infliger ceux qui n'ont rien pour eux – et là, je parle de qualités objectives ! pas de sentiment personnel, ou d'inclination pour tel ou tel genre, style ou histoire.



L'incident des coquilles et cette réflexion sur « qu'est-ce qu'un mauvais livre », exacerbée par un contexte particulier, m'amènent à m'interroger une fois de plus sur le bien-fondé de la critique littéraire.
Pas celle des spécialistes dont le métier est d'analyser un texte et d'en faire le compte-rendu, parfois impitoyable, mais toujours expert (du moins, à la grande époque de ce métier noble et ingrat ; aujourd'hui, c'est souvent une tâche essentiellement publicitaire).
Non, celle des blogueurs littéraires et des auteurs-blogueurs qui, par goût ou par espoir de réciprocité, s'aventurent à chroniquer les livres de leurs pairs.

Je vais m'efforcer, par souci d'impartialité, de mener cette réflexion sous l'angle de ma double casquette d'auteur et de lectrice, chroniqueuse à l'occasion.

Les blogueurs sont les anges des auteurs autoédités, leur seul moyen, le plus souvent, de toucher un lectorat. 
Je défends depuis longtemps la blogosphère littéraire contre le mépris qu'elle a inspiré aux puristes à ses débuts, et dont elle pâtit encore bien que l'édition, ayant compris l'importance croissante des « avis consommateurs », ne manque pas de l'utiliser à des fins publicitaires.


Nous entrons déjà dans le vif de ce sujet si délicat.


En effet, un blogueur n'a pas intérêt à compromettre ses partenariats avec des maisons d'édition – relation dont il est fier à juste titre –, en disant tout le mal qu'il pense de tel ou tel roman reçu en « SP » (Service Presse), autrement dit, gratuitement en échange de son avis. Le monde étant ce qu'il est, on imagine bien que, quoi que prétende l'éditeur, le franc-parler du blog'litt serait sanctionné tôt ou tard, et finirait peut-être par ruiner sa réputation dans tout ce petit milieu.
Certains exercent néanmoins une méritoire liberté de jugement. Mais la plupart, en chroniquant un livre édité, pèsent leurs mots, et avec raison.

En revanche, il n'est pas rare de voir des blog'litt se défouler sur les autoédités, qui par définition n'ont pas d'éditeur derrière eux.
Cette expression, « se défouler », va me valoir des réactions indignées dans la blogo, car la grande majorité des blog'litt s'efforce de chroniquer en toutes circonstances avec justesse et modération. Seulement, si l'on voit tourner ces temps-ci beaucoup de débats sur le sujet, c'est que les limites de l'exercice sont assez floues pour amener toutes sortes de questions dérangeantes.

Les blog'litt revendiquent leur droit à critiquer un texte en fonction de leur ressenti. Ils ne sont pas des experts, soulignent-ils à juste titre, mais des lecteurs qui divulguent leurs impressions. Certains n'hésitent pas à comparer un blog à un journal intime, entendant par là qu'ils/elles sont libres d'y déverser leurs humeurs.

Or un blog n'est pas un journal intime. Ce qu'on y écrit est public, et aura des conséquences. 
Parfois positives : une polémique et le buzz qu'elle génère peuvent être très profitables aux ventes d'un livre. 
Souvent négatives : derrière un livre, il y a l'auteur, être hypersensible la plupart du temps, pétri de doutes, d'états d'âme, de souffrances invisibles. Et puis, soyons honnêtes : une chronique négative dissuadera certains lecteurs de tenter l'expérience, or pour un autoédité, chaque vente compte - pour le moral, voire aussi sur le plan matériel.

Alors, doit-on toujours s'abstenir de critiquer un ouvrage de peur de blesser l'auteur ?
La réponse est non.
À ce stade, permettez-moi une petite digression personnelle.

Je suis une erreur de la nature, sans doute à la fois de par l'acquis, l'éducation reçue, et l'inné, la génétique : pas mal de mes proches pratiquaient en effet un dévouement quasi pathologique. Chez moi, cette tendance est poussée jusqu'à l'aberration. La maladie qui m'a frappée dès la naissance en est peut-être responsable : quand on se sent éphémère, on se détourne de soi-même pour s'intéresser au monde auquel on craint de se voir arraché trop vite... 
Quoi qu'il en soit, c'est un fait : j'ai toujours été plus soucieuse d'aider, protéger et ménager les autres que d'exiger des retours. Véritable malédiction, car ce travers exacerbe chez autrui la tendance à tirer la couverture à soi.

Cette dernière est bien naturelle, au sens propre du terme : l'impératif de la survie imprègne les êtres vivants d'une obsession égocentrique que seuls contrarient puissamment l'instinct maternel et le désir (nous autres humains nous plaisons à l'appeler amour, oubliant qu'il survit rarement à sa satisfaction durable : une fois la personne aimée séduite et annexée, combien d'hommes et de femmes se désintéressent progressivement de leur conquête ?). Mais, je digresse !

Là où je voulais en venir, c'est que cette disposition d'esprit très particulière me porte, parfois presque malgré moi, à épargner la sensibilité d'autrui.

Cela ne m'a pas empêchée, récemment, d'exposer en toute transparence mon sentiment suite à la lecture d'une nouvelle écrite avec un talent remarquable ; mais où une phrase qui m'avait choquée, et, de façon plus générale, le schéma d'interaction entre les personnages masculin et féminin, m'ont inspiré une réflexion assez virulente sur l'image de la femme dans l'imaginaire masculin, la littérature, et la société dans son ensemble. Je suis féministe et ne m'en cache pas – par réaction à l'injustice, non par principe lié à mon sexe (ou plus exactement, à mon genre).

On m'a reproché d'attaquer l'auteur, et je l'ai vécu comme un terrible paradoxe, moi si soucieuse de ne pas froisser.
Seulement, si l'on ne peut plus exprimer les réflexions que nous inspire un ouvrage, alors, aurais-je tendance à dire : à quoi cet ouvrage sert-il ?


À mon sens, un livre doit toucher son lecteur sur quatre plans : esthétique (le style), émotionnel, philosophique et pédagogique. Le livre « parfait » m'emporte sur sa musique, m'émeut, suscite des réflexions, et m'apporte en prime de nouvelles connaissances.



C'est dire si je suis désespérée de voir que de nos jours, trop souvent, un roman n'est plus qu'une histoire superficielle et très formatée, qu'on lit pour se distraire, « se vider la tête » (horreur ! sinon dans des cas très particuliers) ; un produit de consommation jetable réduit à un « page-turner » et donc volontairement dépouillé de style, de réflexions un tant soit peu profondes (l'on ne peut considérer comme tels les aphorismes affligeants dont sont truffés les fast-books de Lévy ou Musso, que leurs fans me pardonnent) et a fortiori, d'éléments instructifs et documentaires.
On n'imagine pas, me direz-vous, une enseigne de restauration rapide élaborant et décorant ses sandwiches comme des plats de haute gastronomie...

C'est d'ailleurs à partir de ce constat désolant que j'ai lancé le concept d'apéribook ; pour démontrer que l'on peut faire de la littérature à lire vite et n'importe où – grâce à sa taille : un court récit –, mais suffisamment soignée pour proposer au lecteur de se mettre sous la dent une vraie expérience gustative, de préférence à une histoire creuse sous une forme très convenue. 
Mais je me lance là, sans doute, dans un combat largement au-dessus de mes petits moyens... Et puis, me voilà hors-sujet !

Pour en revenir une fois de plus à l'art de la chronique, je suis donc solidaire des blog'litt quand ils affirment leur droit à exprimer leur ressenti sur un ouvrage.
Seulement voilà, qu'est-ce qu'un ressenti ?

Si c'est : « ce livre m'inspire telle ou telle chose, positive ou négative, qui me fait rebondir sur telle ou telle réflexion, comparaison, ou sujet de société », alors oui, nous sommes en plein dans l'aspect intime de la chronique littéraire ; celui où le blog'litt, s'appuyant sur sa lecture, exprime sa propre personnalité, ses goûts, ses pensées, et où le livre remplit son rôle, devient pleinement ce qu'il doit être : à fois une porte ouverte sur notre monde intérieur, et une fenêtre offrant un angle de vue particulier sur le monde extérieur. Pardonnez-moi ces métaphores foireuses, l'idée n'est pas très facile à retranscrire en quelques mots.

Si c'est seulement « j'adore ce livre, il est génial, il est fluide (dans le sens : style ordinaire et vocabulaire courant, qui ne me freinent pas et ne m'inspirent aucun commentaire), l'histoire est prenante (autrement dit : construite avec les rebondissements d'usage pour m'entraîner de page en page), je m'identifie complètement au héros/à l'héroïne... » ;

ou, au contraire « ce livre m'agace, ce n'est pas mon genre de prédilection, le style me déplaît, il y a trop de mots que je ne comprends pas, c'est trop compliqué ou au contraire, trop simple, je n'aime pas ce genre d'histoire, le héros/l'héroïne ne me plaît pas »,

alors, danger ! Le blog'litt a retranscrit des impressions volatiles, des ressentis subjectifs, qui peuvent être liés à un contexte précis et ne seraient peut-être pas les mêmes en d'autres circonstances, ou qui démontrent simplement que ce livre ne lui parle pas, qu'il n'était pas fait pour lui/elle et que la rencontre n'a pas porté ses fruits.


L'on trouve ce genre de réflexions dans trop de chroniques, je le dis en toute franchise. On a trop souvent l'impression que le/la blog'litt n'a pas analysé sa lecture, les pensées qu'elle lui inspire, mais se contente de lâcher la bride à ses humeurs, positives ou négatives : « Cet auteur est super sympa, son livre est génial ! », « Ce héros m'énerve, je déteste cette histoire ! »...

Le sacro-saint droit à exprimer ses ressentis ne peut pas, à mon humble avis, être invoqué pour livrer en pâture au public un avis aussi personnel, sur la foi d'une réflexion aussi mince et subjective (même s'il est de bon ton de revendiquer haut et fort sa subjectivité).

Non, car être chroniqueur littéraire implique une responsabilité.

"C'est génial !"
Une chronique dithyrambique sans aucun discernement ni analyse contribue à abaisser la compétence des lecteurs, qui perdent tout sens critique ; y compris les autres blog'litt, car s'instaure alors un phénomène mimétique où nul ne songe plus à remettre en question le jugement du plus grand nombre.

On le constate à chaque sortie d'un « page-turner » bien marketé : emportés par l'effet de masse que les agents de presse de la grande édition savent si bien orchestrer, les lecteurs deviennent des consommateurs : ils s'enthousiasment pour des produits industriels fabriqués à la chaîne pour être vendus en masse ; ou pour des ouvrages autoédités dont les auteurs, aussi habiles vendeurs soient-ils, trouveraient avantage à être aidés en privé à améliorer leur copie, si leur objectif est d'être des « écrivains » et non des marchands de livres. (Voilà que je viens de me faire des ennemis parmi mes pairs ! Peu importe, j'ai promis de toujours dire ici ce que je pense).

Une chronique assassine implique encore davantage de responsabilités. Elle peut conduire un bon auteur à cesser d'écrire, ou avoir d'autres effets incalculables sur son moral, son avenir ou le contenu de son assiette.
Alors bien sûr, l'on ne va pas ménager un auteur pour ces raisons hors propos si son livre est critiquable ; mais il faut bien vérifier que s'il ne nous plaît pas, ce n'est pas pour des raisons purement subjectives.


Il m'est arrivé de lire un livre dans certaines circonstances, puis de le relire en une autre occasion par acquis de conscience, et de le trouver d'abord banal, ou au contraire fabuleux ; puis intéressant, ou médiocre. L'humeur du moment, le contexte psychologique, hormonal, affectif – ce que mes parents pensaient de l'auteur, par exemple – avaient eu sur mon jugement une influence dévastatrice.

Raison de plus pour laquelle, du simple fait qu'on va blesser et provoquer des conséquences matérielles, il faudrait toujours envisager de reconsidérer une chronique négative si l'on s'aperçoit qu'elle émet un jugement tranchant sans motifs rationnels, sans prise de recul.

Pour le moins, il faudrait toujours peser ses mots et de ne rien dire qui ne soit objectif, ou du moins relativisé par des phrases telles que « ce n'est que mon impression, mon sentiment personnel ». La plupart des blog'litt y sont très attentifs, en vérité, et c'est tout à leur honneur.

Ne l'oublions jamais, le blog'litt est un prescripteur ; il influence son public, provoque des choix ; et cela, que ce soit délibéré ou qu'il ait simplement l'impression de songer à voix haute. 



Voilà, mes ami(e)s, c'était ma réflexion du jour, une de plus sur un sujet qui nous tient beaucoup à cœur, que nous soyons auteurs ou blog'litt.

En résumé, livrer publiquement ses impressions sur une œuvre littéraire est un exercice délicat, qui ne doit pas être exercé avec légèreté sous prétexte qu'un blog est un espace intime – étant public, il ne l'est pas – ou qu'il s'agit d'une activité non rémunérée.

Cela exige au contraire un énorme prise de recul et, sans que cela devienne un obstacle à la liberté de jugement, nécessite une interrogation honnête sur les conséquences de ce verdict. Simplement pour répondre à la question : « Ai-je été juste, cohérent(e), impartial(e) ? ».

Pour finir, je vous confierai à quel point je suis horrifiée de voir que le côté virtuel, le fait que nous sommes derrière des claviers et non face à des personnes perçues comme « réelles », tend à pousser les gens à dire tout et n'importe quoi sans le moindre ménagement.

On s'imaginerait mal rencontrer nos voisins dans la rue, à plus forte raison être invités chez eux, et héler les passants pour leur dire : « Voyez ces gens, eh bien je ne les aime pas ! Ils sont moches, mal habillés, ils puent, ils parlent comme des ados (ou au contraire : ils sont prétentieux) ; ils m'énervent ! Je regrette d'avoir perdu mon temps avec eux. Ne les fréquentez surtout pas, ou si vous y tenez quand même, sachez bien que moi, je les trouve imbuvables... »

C'est pourtant exactement ce que font certaines chroniques en démolissant un livre et, derrière lui, un auteur, sur la foi d'un ressenti subjectif que le ou la blog'litt n'aura pas pris la peine de relativiser en son âme et conscience.