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jeudi 27 avril 2017

POUR NE PAS SE TROMPER : "près de" ou "prêt à" ?





Aujourd'hui, mes ami(e)s, nous allons voir de plus près, c'est le cas de le dire, deux expressions souvent confondues : prêt à et près de.


Je ne sais pas si, comme moi, vous avez déjà grincé des dents en lisant (ou entendant) cette faute qui résonne comme la roulette du dentiste : « Elle n'est pas prête de s'arrêter ».
Double aïe ! La bonne formulation, c'est « Elle n'est pas PRÈS DE s'arrêter ».
On pourrait dire à la rigueur « Elle n'est pas prête à s'arrêter » (même si le sens est différent, nous le verrons plus loin) mais en aucun cas « prête de », tonnerre de Brest !
Ça, c'est une formulation très vilaine, caca, rigoureusement interdite. Souvenez-vous-en, mes ami(e)s, je vous en conjure. Jamais de « prêt/prête de », ou bien vous irez rôtir (de votre vivant, en plus) dans l'enfer des écrivains qui se prennent en plein ego des volées de commentaires acerbes sur Amazon. Chose à ne souhaiter à personne, même son pire ennemi.

Double faute, disions-nous.
Pourquoi ? Parce que la phrase « Elle n'est pas près de s'arrêter » veut exprimer que le moment où se produira l'action est éloigné, et non pas que le sujet est prêt à l'action.
Si l'on écrit prête de, il y a donc non seulement faute de syntaxe, mais faute de sens. Double rôtissage en perspective ! Vous comprenez que je sois prête à tout faire pour vous éviter ça.


Bon, si mes affreuses menaces ci-dessus ont été efficaces, vous n'écrirez plus jamais « prêt de », même sous la torture, jusqu'à la fin de votre vie.
Reste à savoir choisir entre « près de » et « prêt à ».
Facile.


« Près de » s'impose lorsqu'il est question de proximité dans le temps ou l'espace, comme dans :
Je ne suis pas près d'accepter.
Il n'est pas près de comprendre.
Elles ne sont pas près de se faire avoir.
Ou dans :
Je suis près du but.
Nous sommes arrivés près de chez moi.
Là, vous êtes très près de la faute.

Pour plus de certitude, il vous suffit de vérifier que « près de »  pourrait être remplacé par « loin de », comme dans :
Il est loin de comprendre
Je suis loin du but
etc.


« Prêt à » s'impose lorsqu'il s'agit de signifier que le sujet est à point pour agir. Il est question d'état approprié pour accomplir une action.
Pour plus de certitude, vérifiez si « prêt à » peut être remplacé par « prêt pour » :
Je ne suis pas prête à faire ce geste = prête pour ce geste.
Elle est prête à partir au bal = prête pour ce départ.
Il est prêt à réussir = prêt pour cette réussite.

Vous pouvez aussi remplacer « prêt à » par « préparé pour », « capable de », « disposé à », « décidé à » :
Ils sont prêts à tout = capables de tout.
Je suis prêt à vous suivre = disposé à le faire.
Nous sommes prêts au combat = décidés à nous battre.
Le char est prêt pour la parade = préparé pour


« Oui mais, me direz-vous avec un petit sourire en coin (si si, je vous imagine très bien), « Je ne suis pas prêt à faire ce geste », c'est aussi « Je suis loin de le faire », alors Elen, quand tu nous dis de remplacer par « loin de » pour déterminer quand il faut écrire « près de », ça ne sert à rien ! »
Comprenons-nous bien :
Si vous avez orthographié « près de » et que vous pouvez le remplacer par « loin de », c'est que votre phrase est correcte.
Pareil si vous avez orthographié « prêt à » et que vous pouvez le remplacer par « prêt pour », « capable de », « disposé à », « décidé à » ou « préparé pour ».
Maintenant, si vous vous demandez comment orthographier (« près de » ou « prêt à » ?), il faut vous interroger sur le sens de votre phrase, et je vous renvoie alors à la différenciation ci-dessus : soit il est question de proximité dans le temps et l'espace (près de), soit il est question d'état approprié pour passer à l'action (prêt à).



Comme vous êtes des petits futés, vous n'allez pas renoncer si facilement. Vous me lancerez donc avec un nouveau petit sourire en coin (et vous avez raison, sourire, c'est bon pour la santé) : « Tu es bien gentille, Elen, mais « Elle est près de craquer » (= elle est près du point de rupture), cela signifie aussi qu'elle 
s'apprête à craquer (= elle est prête pour le faire). Et vlan. Qu'est-ce que tu réponds à ça ? »
Vous n'avez pas tort en l'occurrence, et merci pour votre intervention si avisée : car c'est justement de cette proximité de sens qu'est née la confusion.
On peut dire indifféremment : « Elle est près de craquer » et « Elle est prête à craquer », parce que dans ce cas précis, le sujet est à la fois sur le point d'agir, très proche de l'action donc, et prêt – disposé – à l'accomplir.
Il y a ainsi des phrases où les deux formulations sont valides.



Remarque : je profite de ce débat pour attirer votre attention sur la différence de sens entre deux formes verbales qui ont pourtant la même racine : « s'apprêter » (qui implique une proximité de l'action dans le temps : « on va agir », littéralement « on se prépare en vue d'agir ») est très différent de « on est prêt à agir, préparé à agir » (notion d'état).
« Il est près de risquer sa vie » peut signifier aussi bien « il est en train de frôler la mort » que « il s'apprête à risquer sa vie ».
Dans le second cas, vous pouvez constater que « s'apprêter » signifie « être sur le point de » : on est toujours dans une notion de temps.
Pour exprimer la notion d'état (= il est décidé à risquer sa vie s'il le faut), il faudrait orthographier « prêt à ».

On finit avec quelques illustrations de fameuses différences de sens :
« Elle est près de se marier » (= elle va se marier bientôt) n'a rien à voir avec « Elle est prête à se marier » (= elle est mûre pour le mariage, comme on disait autrefois.)
« Il est près de gagner » signifie que la ligne d'arrivée est proche et que la victoire se profile (ou, au passé, « il était près de gagner » indique que cette victoire n'a tenu qu'à un fil).
Tandis que « Il est prêt à gagner » signifie qu'il est dans des conditions optimales pour gagner, ou décidé à gagner.


En cherchant d'autres exemples que les miens pour conclure, je viens de tomber sur cette innocente question sur le forum www.languefrançaise.net. Je ne la cite pas pour me moquer, mais pour montrer que la plus grande confusion règne sur ce sujet :

« L'adjectif "prêt" s'accord t-il [sic] en genre, dans la phrase suivante:
"Elle n'est pas prête d'y arriver" ou "Elle n'est pas prêt d'y arriver" ?
Je pense qu'il y a accord, mais j'ai un doute...
Par ailleurs, peut-on écrire "Elle n'est pas près d'y arriver", dans le sens "Elle est loin d'y arriver" ? »

Aïe ouille aïe ! Vous avez bien lu : concernant la version doublement incorrecte, la personne n'a qu'un petit doute à propos de l'accord. Et si elle évoque l'expression correcte, c'est pour demander si elle est valide... Comme quoi, il vaut mieux avoir le courage de poser la question.

Conclusion : Le message n'est pas près de passer partout, et j'espère au moins que vous, mes ami(e)s, vous sentez maintenant prêts à faire plus aisément la différence. Je file, j'ai un paracétamol à prendre !

samedi 22 avril 2017

POUR NE PAS SE TROMPER : -é ou -er ?



Comme je sens que c'est une urgence, nous poursuivons la série sur les fautes les plus courantes avec cet autre dilemme : -é et -er ?

C'est une faute que l'on rencontre sans cesse sur facebook, et j'avoue que ça pique les yeux. On la rencontre aussi, hélas, dans beaucoup de livres auto-édités.


J'en profite pour donner en passant un petit conseil aux auteurs débutants : profitez des avantages du numérique ; ne vous précipitez pas pour publier des livres brochés. 

Je publie mes écrits sur Amazon depuis 2015, et si je m'abstiens encore de sauter le pas vers le format imprimé, c'est parce que je ne voudrais pas figer sur le papier, sinon couler dans le marbre ^^, les coquilles qui peuvent y subsister malgré mes relectures. 

J'ai pourtant un œil exercé, penserez-vous... Eh bien, ce n'est pas suffisant quand, comme moi, on se relit seul et publie toujours dans l'urgence (j'ai mes raisons, liées à mon état de santé, mais c'est un exemple à ne pas suivre). 

L'œil élude certaines coquilles – pas toujours les mêmes, d'ailleurs : d'où l'obligation de se relire à plusieurs reprises si l'on veut se donner toutes les chances de bien nettoyer son texte. 

L'exercice devra être effectué plusieurs fois à tête reposée, à intervalles assez grands pour avoir toujours un regard neuf ; et cela n'exonère pas de la mesure de prudence qui consiste à se faire si possible relire aussi par plusieurs tiers, expérimentés si ce n'est professionnels.


Pour en revenir au -é ou -er, il s'agit de choisir entre le participe passé et l'infinitif d'un verbe du premier groupe :

« Je suis arrivé », ou « je suis arriver » ?

Tout le monde n'a pas le bon réflexe. 
(Je rappelle qu'en matière d'orthographe, les bons réflexes ne sont pas innés ! À moins que l'on n'applique avec constance les leçons apprises à l'école – trop souvent oubliées, avouons-le –, ils deviennent acquis à force de lectures de qualité. Votre premier outil, auteurs débutants, c'est la lecture...)


La solution ? Très simple. Encore une fois, on va remplacer le verbe du premier groupe par un verbe d'un autre groupe :

« Je suis perdu » ou « Je suis perdre » ?

La réponse saute aux yeux.

La bonne orthographe dans l'exemple fourni n'est donc pas un infinitif (-er), mais un participe passé : -é. 
CQFD.


Comme la vie est bien faite ^^, ça marche aussi dans l'autre sens :

« Je vais dîner » ou « Je vais dîné » ?

Hop ! On tire de notre manche un verbe d'un autre groupe : 

« Je vais venir » ou « Je vais venu » ?

Et voilà, vous savez que cette fois il faut utiliser l'infinitif (-er). 


Voilà, j'ai presque l'impression de vous avoir fait perdre votre temps avec une démonstration aussi courte. Mais elle n'est évidente que pour ceux qui n'ont jamais à se poser cette question du « -é ou -er », ou qui connaissent déjà l'astuce. Quant aux autres, j'espère que ce petit rappel les tirera d'embarras.


P.S. : On m'avise après coup que la notion même d'infinitif tend à se perdre dans les limbes. Snif.

Bon, si vous ne vous souvenez plus de ce qu'est un infinitif, casez un verbe qui ne finit pas par le son 
« é » dans cette phrase:
Il est temps de... (venir, rire, prendre, cuire, vendre, etc).
La forme que prendra votre verbe, c'est l'infinitif. 

Vous pouvez maintenant l'utiliser pour remplacer un verbe du premier groupe, comme vu plus haut. 

Quant à l'infinitif des verbes du premier groupe (manger, râler, brûler, dicter, espérer, etc), c'est précisément celui qui vous pose des problèmes parce si vous ne le distinguez pas à l'oreille du participe passé.
Comment ? C'est quoi, un participe passé ? Misère !
Eh bien, c'est la forme que prend un verbe dans la phrase : Il a... (pris, cuit, vendu, mangé, brûlé, etc), ou dans la phrase : Il est... (venu, sorti, arrivé, etc).

À présent, pardonnez-moi, j'ai un peu la migraine. Je vais me coucher avec mes chats et une poche de glace sur la tête... :-)


Bon travail à toutes et à tous !

POUR NE PAS SE TROMPER : le verbe "s'avérer"



La langue française contient pas mal de mots très souvent employés de travers, qui écorchent les yeux des lecteurs et la réputation de l'auteur.

Parfois, je vous l'accorde, ces fautes passent inaperçues. C'est que les publicités et les médias nous ont habitués à quantité d'abominations.

Par exemple, on entend souvent dire « la gente masculine » par confusion avec l'adjectif gente comme dans « gente dame » (aimable ou noble : même racine que « gentille »), alors qu'il s'agit du nom gent (l'espèce) comme dans « la gent Trotte-menu » de La Fontaine.

Dans un autre registre, celui de la prononciation fautive, on entend moelleux prononcé « mouéleux » au lieu de « moileux » (pourtant, rassurez-moi : personne n'évoque la moelle en disant  « mouéle », mais bien « moile », n'est-ce pas ?)

De même, on entend prononcer œsophage, œnologie, œdème, œstrogènesŒdipe, etc, « eusophage, eunologie... » au lieu de « ésophage, énologie... » (eh oui, il faut un « u », comme dans « oeuf », pour faire le son « eu » après un « œ ») !

Bon, il n'y a pas mort d'homme, mais c'est déprimant de voir une pub pour du jambon industriel altérer notre belle langue au mépris des règles de prononciation.


À l'écrit, l'erreur est plus grave. Tout le monde ne remarquera pas vos péchés d'auteur, mais contrairement à une faute de prononciation, il resteront exposés durablement aux yeux de tous les passants. 
Et tôt ou tard, ils révulseront certains lecteurs – dont, à coup sûr, ceux des comités de lecture que vous pourriez courtiser (nous parlons bien sûr des éditeurs compétents, pas des maisons à compte d'auteur dont traite l'un de mes billets).

Dommage, tout cela : car par ailleurs, votre ouvrage est peut-être excellent. 
Mais ne dit-on pas que l'habit fait le moine ?

Alors votre devoir d'auteur, c'est d'éliminer ces fautes qui pourraient vous porter tort.


Parmi les mots sur lesquelles on trébuche encore plus souvent qu'un auteur germanopratin sur les croche-pieds de ses petits camarades, il y a le verbe s'avérer.


S'avérer, du latin verus = vrai, c'est « se révéler exact ».


Donc, n'écrivez jamais : « L'information s'est avérée exacte » : pléonasme.

Ou pire, « s'est avérée vraie » : pléonasme absolu, comme l'oreille du même nom ! Un record olympique du plantage littéraire, un peu comme la chute d'une star sur le tapis rouge du festival de Cannes, enfin vous voyez le genre. Et si vous n'êtes pas encore une star, ça fait tout aussi mal aux fesses, mais on s'en remet moins bien. 

La bonne formulation, c'est « L'information s'est avérée ». Eh oui, ça sonne riquiqui. Question d'habitude. :-)

Si décidément vous trouvez la tournure trop brève, écrivez « L'information s'est révélée exacte ».


Écrivez encore moins, sinon vous encourrez au moins l'écartèlement en place publique, « Cette information s'est avérée fausse ». Là, vous êtes dans le contre-sens, et jusqu'au cou !

Vous pouvez certes ruser en écrivant « Il s'est avéré que l'information était fausse », mais reconnaissez que c'est à la fois tiré par les cheveux et pas très léger. À moins de vouloir pasticher un rapport de police du XXIe siècle, on évitera. 

Quand on se refuse à utiliser « s'avérer » tout seul, le pauvre diable, son remplacement par un autre verbe (comme « apparaître » ou « se révéler ») est donc de mise.


Sont tolérés les glissements du genre « Cela s'est avéré utile ». Un puriste vous les reprochera peut-être, mais vous aurez la conscience tranquille : l'adjectif n'est pas en contradiction avec le sens du verbe « s'avérer ». 
Enfin, de mon côté, j'évite aussi. Les gens sont si méchants !... Je plaisante : c'est parce que je suis aussi un peu puriste sur les bords, et surtout, j'aurais l'impression de voir tiquer mes parents. :-)


Voilà, mes ami(e)s : c'était encore une petite info (avérée ^^) à glisser dans votre écritoire si vous la jugez utile.

Bon travail à toutes et à tous !

AUTO-RÉÉCRITURE : Ne pas trop en faire


Pendant que je suis en cure thermale, écrire devient une gageure. Heureusement, j'ai pris de l'avance dans mon feuilleton Toscan ; mes autres écrits devront attendre. Je profite de ce contremps pour vous livrer une brassée de billets sur l'orthographe et sur la réécriture : ensuite, ils se feront moins fréquents. 
Je vais donc publier ces articles très vite, sans avoir toujours le temps de me relire ; encore une fois, pardonnez-moi de probables coquilles, sur lesquelles je reviendrai à temps perdu.

On m'a demandé un article sur le point-virgule, et je m'exécuterai. Je publierai aussi un billet sur le tiret – rarement employé, et quel dommage ! Mais pour varier les plaisirs, je vais d'abord traiter un autre sujet, très différent :


Ne pas trop en faire.


Le mieux est l'ennemi du bien, dit l'adage. C'est particulièrement vrai en écriture.

Oubliez les prêches qui vous exposeront que le point-virgule est désuet, que les participes présents sont le comble de l'horreur (mais il ne faut pas en abuser, bien entendu) ou que vous devez proscrire les adverbes en -ment (même remarque : de la modération en toutes choses...).

Tout cela est question de modes, de goûts, d'habitudes, et l'immense variété des lecteurs permet à tout style de trouver preneur – même les plus incorrects, c'est dire. Il faut donc travailler la correction de son style, sans se prendre la tête au-delà de cette obligation. 

Sauf, attention ! lorsque le style a une influence directe sur la façon dont le texte est perçu. Ce sont ces aspects-là de l'auto-correction que j'évoquerai pour vous dans mes petits billets.


Si vous deviez ne retenir qu'un principe directeur parmi tous les conseils entendus ou lus çà et là, choisissez celui-ci : ne jamais trop en faire.

Cela ne signifie pas épurer sauvagement, comme certains auteurs le conseillent . Je pense notamment à Stephen King. Ce conseil, me semble-t-il, fait l'impasse sur trois aspects :

1) Certains genres littéraires se prêtent mieux que d'autres à un style minimaliste ; voire, certains passages au sein d'un même ouvrage. D'autres textes ou passages se trouveront très bien d'un style plus riche, plus descriptif, plus flamboyant.

2) On ne peut pas, en lui infusant des complexes, inciter un auteur dont le style est naturellement fleuri à tailler dans sa prose à coups de serpe. Tout ce qu'on risque, c'est de le castrer.

3) De même, tous les lecteurs n'aiment pas les styles dits « sobres ». Et le lecteur, c'est le client. Alors vous pouvez écrire comme vous l'aimez, du moment que c'est correct ce sera très bien ; vous trouverez votre public. Mais ne violez pas votre plume pour l'adapter à tel ou tel diktat ou injonction : le résultat risquera tout simplement de déplaire à votre lectorat naturel.


Ne pas trop en faire, ce n'est pas tailler vos phrases façon bonsaï, les rogner comme les pauvres platanes urbains réduits chaque année à l'état de moignons.
C'est éviter de prendre le lecteur pour un c... en lui mâchant votre histoire.

Car l'art d'écrire, c'est aussi savoir suggérer. Chaque fois que l'on peut faire l'économie d'une explication (= chaque fois que ce n'est pas indispensable à la compréhension de l'intrigue), il faut laisser le lecteur comprendre par lui-même, faire jouer son imagination, sa réflexion, son libre-arbitre.

Le plus grave péché que l'on puisse commettre, et les auteurs débutants y ont naturellement tendance par désir de bien faire, c'est de prendre le lecteur par le collet et de lui plaquer le nez sur tous les détails : « Regarde ici, et aussi là. Tu as vu ? Tu es sûr ? Attention, voilà ce que je veux te faire comprendre. » 
Rien de tel pour agacer le promeneur qu'est le lecteur, désireux de flâner, de se laisser emporter, de rêvasser, de s'impliquer, d'être surpris voire épaté – et certainement pas de se voir infliger une leçon orchestrée comme s'il était sous-doué.


Pour une fois, je vais prendre en exemple une phrase extraite d'un livre existant, car elle représente un vrai cas d'école. Que l'auteur (débutant) ne se formalise pas : mon intention n'est pas critique, elle est pédagogique ; et d'ailleurs, nul ne fait bien du premier coup.

« Il ne restait de lui que des ruines noircies par une combustion incomplète. »

On arrive en fin de phrase un peu à bout de souffle. Et tout cela pour quoi ? Quelle information essentielle nous a-t-on délivrée ? Le bâtiment est en ruine. Voilà tout ce qui importe, au fond. 

Oui mais, me direz-vous, peut-être que cette combustion incomplète est un indice. Si c'est le cas, il faut l'amener plus loin, au bon moment, avec subtilité. Là, ce n'est pas le moment : le lecteur doit se trouver, tout à coup, devant ces ruines. 

C'est un autre aspect de la règle
« ne pas trop en faire » : délivrez les informations une à une, en temps et heure. Évitez de tout balancer d'un coup, comme dans un premier jet quand on a peur d'oublier un détail.
Les éléments de l'intrigue doivent être semés comme les cailloux du petit Poucet, de façon à jalonner un parcours fluide, qui donne envie d'aller plus loin ; non pas tomber sur le lecteur comme la misère sur le monde, et l'empêcher de vivre votre histoire.


Revenons au travail de réécriture. Comment pourrait-on modifier la phrase pour l'alléger, ne laisser au lecteur que l'important : le ressenti ?

« Par une combustion incomplète » est inutile : on s'en doute et d'ailleurs, entre nous, on s'en soucie comme de sa première barboteuse.

Le mot « combustion », trop technique, casse l'ambiance. Le but de l'auteur n'est pas d'expliquer pourquoi le bâtiment est en ruine, on n'est pas à un cours pour futurs pompiers ; ce que veut le lecteur, c'est visualiser un bâtiment en ruine après un incendie. L'atmosphère, encore et toujours !

Enfin, « de lui » est également inutile. Le bâtiment a été mentionné dans la phrase précédente. Sauf à vouloir alourdir la phrase, il faut donc supprimer aussi cette précision.
Comme la formulation « il ne restait que des ruines » n'est pas très fluide, un petit mot simple, en l'occurrence « plus », améliorera l'euphonie de la phrase et renforcera le caractère « définitif ».


Que nous reste-t-il, si j'ose dire ?

« Il ne restait plus que des ruines noircies. »

Tadaam ! Bon, je plaisante. Mais vous voyez la différence : le décor est planté, la scène s'impose à la vision du lecteur. La brièveté même de la phrase fait planer sur ces ruines la menace, la désolation, ou tout ce que le reste du contexte aura inspiré au lecteur. Mission accomplie.


Je vous l'avais dit, mes ami(e)s : le mieux est l'ennemi du bien...


vendredi 21 avril 2017

AUTO-RÉÉCRITURE : Circule, virgule !



J'ai commencé à lire il y a peu, par curiosité, l'extrait Amazon d'un ebook dont un ami auteur disait grand bien. La première page m'a agréablement surprise : je suis toujours friande de lectures à mon goût – difficiles à trouver autrement que par hasard dans le flot de la production indé, faute d'un outil de recherche qui me permette de cibler certains critères (je sais, je rabâche ; que voulez-vous, je suis inconsolable).
Donc, premier contact réussi : un vocabulaire de qualité, de jolies trouvailles, un bon sens de l'ambiance, bref, du talent. Je ne me tenais plus de joie !

Hélas, tous les auteurs (et tous les lecteurs) ont eu l'occasion de constater que les premiers paragraphes d'un ouvrage sont toujours ceux qui se rapprochent le plus de la perfection. Normal, chacun de nous les ressent avec force et les peaufine avec ardeur. Mais par la suite, quand l'auteur manque de métier, les défauts reparaissent, et c'est bien normal.

Mon objectif dans cette série de conseils pour l'auto-réécriture, ce sera de vous donner quelques pistes pour optimiser votre manuscrit jusqu'au bout. Il est indispensable de traquer les maladresses stylistiques, la typographie malheureuse et autres scories qui risquent de lasser le lecteur. Si vous faites l'impasse sur cette étape, ou si, faute d'éléments pour vous guider, vous l'accomplissez à l'aveuglette, vous risquez de perdre en route des lecteurs qui seraient devenus des fans.

Dans le cas dont je vous parlais, je n'ai même pas pu finir l'extrait : trop de détails m'arrêtaient, comme autant d'accrocs dans la trame de l'histoire – qui doit au contraire être aussi lisse qu'une peau de bébé, afin que le lecteur puisse y glisser comme sur un toboggan.

Attention : par lisse, je n'entends pas « sans relief » ou « non dérangeante ». Certains styles heurtés et certains thèmes choquants peuvent parfaitement emporter le lecteur si le genre s'y prête. En revanche, des imperfections telles que fautes, maladresses de style, erreurs de rythme etc, gâcheront le voyage, et peut-être pas seulement aux lecteurs exigeants.

Visualisez votre livre sous la forme d'une attraction, comme dans un parc ou une fête foraine. Ses rouages doivent baigner dans l'huile, son parcours être passionnant et sans bavures. Si le lecteur est sans cesse arrêté ou simplement freiné dans cette expérience, il finit par s'agacer.
Et entre nous, en cette ère de zapping et d'offre de lectures surabondante, les lecteurs ne font pas de cadeaux aux livres bourrés de petits défauts de ce genre : ils sautent en marche – et bien chanceux les auteurs à qui des censeurs-nés ne laissent pas en prime un commentaire assassin...

Entendons-nous : il n'existe pas de style qui fasse l'unanimité. Une prose parfaitement correcte peut être jugée magnifique par un lecteur, rasante par un autre. Des histoires écrites avec les pieds peuvent enthousiasmer de nombreux lecteurs ; à l'inverse, un livre empli de poésie peut en laisser d'autres de marbre. L'alchimie entre un livre et chacun de ses lecteurs est un phénomène impénétrable, sinon on saurait produire des best-sellers à la chaîne.

Cependant, il y a un minimum pour que, au moins, votre ouvrage ne perde pas « bêtement » en route des lecteurs auxquels il aurait pu plaire. C'est d'abord à cela que sert la réécriture ; et ensuite à d'autres choses, plus pointues, que nous aborderons dans quelque temps.

Si de surcroît votre but est de séduire un éditeur, l'enjeu est encore plus crucial. Presque tous les manuscrits sont retravaillés avant publication, mais cette étape a un coût, alors la première chose qui sera jugée (et ce, quel que soit l'avis du comité de lecture quant à l'intérêt de l'histoire), c'est si votre bébé va exiger trop de travail pour qu'on y investisse.
N'oubliez jamais, ami(e)s auteurs, qu'un éditeur prend un risque financier en misant sur un inconnu. Plus le labeur à prévoir pour rendre votre manuscrit publiable sera important, plus seront minces les chances d'acceptation. 


Pour commencer, nous allons évoquer un point de typographie élémentaire, mais rarement maîtrisé par les auteurs débutants : l'emplacement des virgules. Et aussi sa conséquence partielle, le rythme d'un texte.

Dans l'extrait dont je parlais, les virgules sont placées de façon si répétitive que le récit devient scandé, finit par sembler ânonné ; c'est lassant au possible.

Les virgules doivent, au contraire, agir sur un texte comme des barrages sur un cours d'eau : elles doivent l'endiguer, en réguler le cours, l'empêcher de se répandre à tort et à travers, le rendre fluide et coulant en permettant au lecteur de respirer au bon endroit.
Dans la naissance de la musique d'un texte, elles ont donc un rôle important. Un point, c'est simple, cela se met en fin de phrase ; on ne peut guère se tromper. Les virgules sont plus délicates à manier. 


Premier cas de figure, les virgules à contretemps.

Elles font partie des fautes qui rendent une lecture pénible. Exemple:

« Il était venu, et reparti. Tout cela était vraiment, trop compliqué. Il arriva, devant la porte. »

Ces exemples grossiers sont plus courants qu'on ne le croit. Difficile de savoir d'instinct où il faut placer les virgules quand on n'a pas lu quantité de bons auteurs : le style s'acquiert surtout par réflexe d'imitation. 

Je me bornerai à dire que l'usage veut qu'on ne mette pas de virgule avant « et ». Dans l'exemple ci-dessus, il faut écrire : « Il était venu et reparti. »

Mais attention ! La virgule avant « et » devient licite pour encadrer une incise « Il était venu, et lassé de l'attendre, était reparti. »

On peut aussi transgresser la règle d'usage pour produire un effet de style. Exemple:
« Il était mort, et bien mort. »

Autre réflexion : l'absence volontaire de virgules peut contribuer à l'ambiance. Exemple :
« Il se lève et vient vers moi tout droit sans un regard. Je sens qu'il m'évalue et c'est trop tard je suis prise au piège. » 
Dans cet exemple, l'absence de virgule donne un ton un peu haletant qui sert l'ambiance du récit. Cette formulation très moderne convient à certains thèmes ou genres littéraires. À vous de voir si cela vous parle !


Deuxième cas de figure, les virgules à gogo. Imaginons cette phrase :

« Le lac, sous la lune encore montante, était baigné d'une lueur bleutée, et Julien, en s'approchant, vit sur cette surface immobile, très loin vers l'autre rive, l'ombre de l'île où, solitaire, Élisa l'attendait. »

Un peu too much, n'est-ce pas ?

Un tel style vient facilement sous la plume dans un premier jet : on couche vite fait les idées sur le papier, les unes après les autres ; c'est normal. Mais ensuite, il faut à tout prix rectifier le tir. Il y a plusieurs solutions.

La plus facile consiste à découper une phrase trop longue et bourrée de virgules en plusieurs phrases de taille inégale (pourquoi inégale ? nous le verrons juste après).
Par exemple :
« Sous la lune encore montante, le lac était baigné d'une lueur bleutée. Julien s'approcha. Sur cette surface immobile, très loin vers l'autre rive, il apercevait l'ombre de l'île. Élisa l'attendait là-bas. Seule. »

Vous remarquerez que le redécoupage s'est accompagné de remaniements plus importants, de manière à assurer une certaine harmonie.

Le choix d'isoler le mot « seule », peu orthodoxe, donne une note de modernité mais surtout, permet de densifier l'atmosphère. Car le but d'un auteur n'est pas tant de décrire une situation que de faire ressentir des émotions au lecteur. Et le mot « seule », en se présentant... seul ^^, se souligne lui-même, soulignant du même coup un aspect intéressant du récit ; aspect qui suscite une impression, une attente. Le but est alors atteint : le lecteur est dans l'ambiance.

Bien sûr, il y a d'autres manières de parvenir à ce but. À chaque auteur de trouver les effets de style qui lui conviennent, qui correspondent à son écriture naturelle, puis de les perfectionner.


Troisième cas de figure, la structure à l'identique. Par exemple :

« Sous la lune encore montante, le lac était baigné d'une lueur bleutée. Jasmine descendit de sa voiture, si fatiguée qu'elle trébuchait à chaque pas. Assez loin sur sa droite, le pavillon d'été était plongé dans l'ombre. Elle s'avança malgré tout, en essayant d'étouffer le bruit de ses pas. »

Quatre phrases d'affilée sur le même rythme. Vous ne le réaliserez peut-être pas consciemment, mais l'effet sur le lecteur est, au mieux, soporifique. Ou au contraire, exaspérant.

Une partie de l'art d'écrire consiste à pratiquer des variations de rythme, aussi harmonieuses que possible, pour casser ce ronron. Donc, là encore, nous allons découper le texte en portions inégales, disposées de manière à créer une « musique ». Par exemple :

« Sous la lune encore montante, le lac était baigné d'une lueur bleutée. Jasmine descendit de sa voiture. L'épuisement la faisait trébucher à chaque pas ; elle se ressaisit pourtant. D'instinct, elle porta vers la droite son regard flouté par le manque de sommeil. le pavillon d'été se dressait là-bas, très loin, plongé dans l'ombre. Jasmine s'avança malgré tout, irrésistiblement. Ses pas résonnaient trop fort sur les dalles. Elle s'efforça de marcher avec précaution. Rien à faire : on n'entendait qu'elle. »

Bon, je n'ai pas cherché à « lécher » ce passage rédigé très vite (d'ailleurs, je peaufine beaucoup moins mes textes qu'on ne le croit ; avec l'expérience, leur mise en forme est devenue un acte réflexe). Ce soir, le but était seulement de vous livrer un aperçu. Je sais que vous saurez l'adapter à vos propres besoins.


Trois remarques pour finir ce petit billet :


1) Au cours du reformatage de vos phrases, vous allez découvrir votre texte sous un autre jour. Les idées alignées « brut de tonneau » dans le premier jet vont se raffiner, donner leurs sucs ; vous sentirez venir sous votre plume des développements utiles, des précisions qui feront la différence.

Ce phénomène se produira de façon presque inconsciente tandis que vous tournerez les phrases dans votre tête en essayant de mieux les agencer : vous vous découvrirez des idées plus abouties, des envies d'aller plus loin. C'est ainsi qu'un texte s'enrichit et se perfectionne, non seulement dans sa forme, mais aussi dans son contenu.

Dans l'exemple que je vous ai donné ci-dessus, vous pouvez constater que quelques détails se sont ajoutés à la trame d'origine, apportant du relief à une atmosphère précédemment minimaliste.


2) Le virgule a une autre fonction que de marquer le rythme et laisser respirer le lecteur : éviter des contresens. 
Exemple :

« Je ne l'ai pas convoqué pour l'humilier » (Ce n'était pas pour l'humilier que je l'ai convoqué.)

« Je ne l'ai pas convoqué, pour l'humilier » (Je ne l'ai pas convoqué, et cela dans le but de l'humilier.)

Alors, gare à ne pas oublier celles qui préciseraient votre intention !


3) L'usage du point-virgule est sujet à caution chez certains auteurs ou lecteurs. Certains le trouvent démodé. D'autres, dont je fais partie (et pas du tout parce que mon parrain fut l'un des fondateurs du Comité de défense du point-virgule), considèrent qu'il apporte une touche indispensable.

Pourquoi ? Parce qu'il permet une « demi-rupture de rythme », nuance utile ; mais en même temps, il ponctue, c'est le cas de le dire, plus finement le sens du texte. 
Entre le point, très sec, et la virgule, qui élude, il a donc son rôle à jouer.

Comparez : « il est borné, c'est sa nature. » et « Il est borné ; c'est sa nature. » La seconde formulation est moins plate, plus explicite : elle souligne le lien de cause à effet, ou en l'occurrence, d'effet à cause. 
Le point-virgule peut même remplir le rôle d'un mini roulement de tambour. Exemple : « Guillaumet avait survécu ; pour ce faire, il était allé jusqu'au bout de lui-même. »

Mais là encore, à chaque auteur d'écrire comme il le sent...

Voilà pour aujourd'hui, mes ami(e)s. On pourrait encore beaucoup développer rien que sur l'emploi de la virgule, mais le but n'est pas de vous assommer de cours magistraux, seulement de vous livrer quelques éléments que vous pourrez vous approprier à votre guise.


Bon travail à toutes et à tous !

jeudi 20 avril 2017

POUR NE PAS SE TROMPER : -ai ou -ais ?





Cette première rubrique sur les principales fautes à éviter va traiter d'une erreur extrêmement fréquente : parfois, les auteurs ne savent plus s'il convient ou non de mettre un « s » final aux verbes du premier groupe conjugués à la première personne : je mangeai, ou je mangeais ? Je mangerai, ou je mangerais ?

Pour le déterminer, il faut définir le temps qui convient à cet instant de la narration ; et pour cela, l'auteur doit clairement faire la distinction entre le passé simple et l'imparfait, ou entre le futur et le conditionnel.

(Ce soir-là,) je mangeai : passé simple.
(À cette époque,) je mangeais : imparfait
(Demain,) je mangerai : futur.
(Si je le pouvais,) je mangerais : conditionnel.


Le choix imparfait vs passé simple  est assez facile : en cas de doute, remplacez le verbe du premier groupe par un verbe du troisième groupe, quitte à modifier un peu le récit. L'erreur éventuelle vous sautera aux yeux.

Texte d'origine : Ce soir-là, je mangeai tôt.
Substitution : Ce soir-là, je sortis/sortais tôt. (Choix correct : 1e proposition « je sortis » : il s'agit d'une action ponctuelle, il faut employer le passé simple.)

L'imparfait doit bien sûr être employé dans une phrase telle que « Ce soir-là, je mangeais une pomme lorsqu'il arriva » : « je mangeais une pomme » exprime une action qui durait au moment où s'est produite l'action ponctuelle « il arriva ».

Texte d'origine : Adolescent, je mangeais beaucoup.
Substitution : Adolescent, je sortis/sortais souvent. (Choix correct : 2e proposition « je sortais » : il s'agit d'une action qui a duré dans le temps, alors l'imparfait s'impose.)


L'alternative futur vs conditionnel peut se révéler plus compliquée, car le temps à employer peut dépendre d'un sens sous-entendu.

« Je pourrai vous tuer » (sous-entendu « quand je le voudrai » = action future.)

Mais on peut écrire aussi :
« Je pourrais vous tuer. » (sous-entendu « si je le voulais » = conditionnel.)


En présence d'une condition clairement établie, le temps à employer dépend normalement du temps de cette condition :

« S'il le fallait, je pourrais sauter par la fenêtre. » (condition pure et simple.)

« S'il arrive, je pourrai sauter par la fenêtre. » (la condition « s'il arrive » a valeur d'événement préalable, donc l'action reste à venir = futur.)

Dans l'exemple précédent, on peut aussi, selon le contexte, admettre une formulation plus moderne, moins académique :

« S'il arrive, je pourrais à la rigueur sauter par la fenêtre » (bien que la condition reste formulée au présent pour mieux traduire l'inquiétude ou l'imminence, « à la rigueur » – ou toute autre expression propre à renforcer la condition –, détermine alors le sens de la phrase = le conditionnel s'impose).


D'une manière générale :

Employez le conditionnel (terminaison en -ais) pour exprimer :
Une hypothèse incertaine : « Je pourrais déménager »
Un regret : « Je n'aurais pas dû »
Un désir : « J'aimerais vous revoir » (sous-entendu : si c'était possible)
Un doute : « Je pourrais peut-être accepter » (sous-entendu : si tout se passait bien)
Une suggestion  : « J'irais vous chercher ce soir-là » (sous-entendu : si vous étiez d'accord)
Des égards : « Je craindrais de vous choquer » (sous-entendu : si je faisais cela)

Employez le futur (terminaison en -ai) pour exprimer... le futur, bien sûr, mais aussi :
Une hypothèse probable : « Tout bien réfléchi, je me serai fait avoir »
Une injonction courtoise : « Je vous prierai d'en tenir compte ».

En cas de doute, remplacez « je » par « nous » : 
« Nous pourrions déménager », « Nous n'aurions pas dû », « Nous aimerions vous revoir », « Nous pourrions peut-être accepter », etc ;
mais « Tout bien réfléchi, nous nous serons fait avoir » et « Nous vous prierons d'en tenir compte ».


En conclusion, plutôt que de rabâcher des règles, je vous propose un petit texte pour illustrer les différents cas de figure :

Avec cet orage, je me sentais nerveux. (action qui dure = imparfait) Une porte claqua et je sursautai. (Action brève/ponctuelle/soudaine = passé simple) Je me demandai/demandais qui m'avait suivi. (2 possibilités au choix selon ce que l'auteur veut exprimer : action ponctuelle = passé simple, ou action qui dure = imparfait). Une voix cria : « Je te trouverai tôt ou tard (futur), et s'il y avait une justice, je te trouverais mort ! (conditionnel) ».


Voilà, j'espère que ce premier petit billet aura été utile à quelques-un(e)s d'entre vous.
Bonne écriture à toutes et à tous !