Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/EBKoridwen et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 15 juin 2018

Autoédition : une histoire de choix



Mes chers ami(e)s, aujourd'hui nous allons, sinon refaire le monde, du moins revisiter les figures imposées de la chronique et du conseil en écriture.
Sortir la tête du guidon en me libérant des tâches quotidiennes liées à mes nombreux groupes facebook m'a permis non seulement de me remettre à écrire, mais aussi de clarifier 2 projets qui n'étaient encore qu'embryonnaires dans ma tête. Grâce à cela, je tente maintenant une modeste révolution sauce Elen 😊 au niveau de ce blog, en inaugurant deux nouveau rendez-vous.


Chroniques : « Paroles d'auteurs ».

Je n'ai jamais caché ma frustration sur un point : n'étant pas critiques littéraires, les blogueurs ont pour vocation de partager leurs impressions de lecture, non de disséquer et commenter les écrits. On ne saurait le leur reprocher. Cependant, admettons-le : nous sommes en manque ! Les auteurs autoédités auraient grand besoin de retours détaillés (j'en parle ici, entre autres), mais ce n'est pas la norme et ne le sera sans doute jamais.

Par ailleurs, j'ai discerné le désappointement de mon amie Nila Kazar lorsque, en chroniquant Platonik, j'ai omis de faire état de ses références littéraires. Sans elle, je n'aurais pas songé à cette possible attente des auteurs nourris de lectures fondamentales, lesquelles pourraient aussi intéresser leurs lecteurs et d'autres auteurs.

Nous devons écrire pour nous-mêmes et non pour plaire, sauf à perdre notre âme, comme je l'ai exprimé par exemple dans ce billet.
Seulement, d'un autre côté, nous écrivons aussi dans l'espoir d'un accusé de réception. Ce dernier ne s'exprime pas au moyen d'un déferlement de commentaires dithyrambiques du genre « géniââl, j'ai adoré ! », ni par le fait de « cartonner » sur les plateformes de vente, mais par le constat que certains lecteurs nous ont devinés, perçus, qu'ils partagent nos pensées, nos émotions ; comprennent nos références, nos messages, nos approches.

La lecture de La signora Wilson, de Patrice Salsa (un petit roman particulièrement riche, truffé de références), a cristallisé mon sentiment qu'à défaut d'offrir à chaque auteur une critique littéraire en règle – c'est un métier en soi –, on peut au moins lui donner la parole pour qu'il exprime lui-même ses intentions et dévoile ses choix d'écriture, comme je l'avais fait ici, dans l'autoanalyse de mon Apéribook Une nuit très noire.

Il en sera désormais ainsi : je ne proposerai plus qu'un bref résumé de mes impressions, puis je laisserai l'auteur exprimer tout ce qu'il désire au sujet de son ouvrage.

Je pense que cela représenterait une triple opportunité :

● À l'auteur concerné, cela permettra de prendre la parole : acte libérateur, étant donné la solitude inhérente à cette activité.

 À ses lecteurs, cela procurera des pistes complémentaires et une vision plus approfondie de son travail.

 Aux autres auteurs, cela pourra donner l'occasion d'enrichir leur savoir-faire par l'étude de celui d'autrui.

 Aux blogueurs dans leur ensemble, cela pourra offrir l'opportunité de découvrir les dessous de l'écriture, ainsi que des aspects qu'ils n'envisagent peut-être pas lorsque, pris par l'histoire, ils dévorent un livre en suivant le fil de l'intrigue.

Ma première chronique dans cette nouvelle série « Paroles d'auteur » aura pour sujet La signora Wilson.


Billets pédagogiques : « Écriture, questions-réponses ».

Je ne renonce pas à publier des billets à thème sur le bien-écrire, puisqu'on les dit utiles ; mais je n'ai pas le goût des cours magistraux et je préfère, dans la même logique que pour les chroniques, proposer à l'avenir un travail interactif :

 Je vous livrerai un extrait de l'un de mes textes, inédit ou non.

 J'y joindrai quelques explications sur mes choix de formulation et/ou mes remaniements successifs.

 Celles et ceux d'entre vous qui le désirent pourront me demander à tout moment des éclaircissements supplémentaires, directement en commentaire du billet sur ce blog. Pour contribuer à des échanges aussi nourris que possible, pensez à interagir dès la publication.

J'espère que cette nouvelle approche amènera un débat plus vivant, plus diversifié et nous permettra d'aller plus loin dans l'étude des techniques d'écriture.

Je suis consternée lorsque je vois des auteurs confier qu'ils ont détesté les explications de texte pendant leur cursus scolaire. De toute évidence, certains enseignants n'ont pas su faire passer un message essentiel, surtout pour qui veut écrire et publier : le but de l'exercice, c'était d'apprendre comment s'exprimer au mieux, de manière à être compris et à délivrer efficacement ses messages.

Car il existe toujours mille façons de tourner une phrase, à l'écrit comme à l'oral, et toutes ne se valent pas… Être auteur ne consiste pas à raconter une histoire comme ça vient, mais à savoir communiquer avec le savoir-faire requis pour en faire ressentir aux lecteurs les moindres aspects, avec le plus de cohérence et d'intensité possible.

Voilà ce qu'est le style, quel qu'il soit ; c'est à cela qu'il sert. Et là réside la différence entre les écrivains qui ont marqué la littérature et les rédacteurs de fast books comme celui dont Cyril Godefroy, pionnier de la publication sur Kindle, s'est récemment ému. Au contraire de votre humble servante, cet auteur d'ouvrages techniques sur l'autoédition n'a pourtant pas pour vocation première la défense de la littérature.
Je le cite : « La conséquence ? Kindle = romance à deux balles avec trope milliardaire. » [Dans le sens présent, tiré du cinéma et non de la rhétorique, un trope est un code, un cliché scénaristique.]
Bravo, Cyril ! En effet, quand ce genre d'ouvrage caracole en tête des ventes, la boutique d'Amazon semble réduite à des ersatz de romans d'amour pour lectrices trop faciles à satisfaire… 

Bref ! Je ne veux pas dire que le style d'un auteur vaut mieux, dans l'absolu, que celui d'un autre (en dehors des cas extrêmes où cela saute aux yeux), mais que chaque auteur doit sans cesse choisir entre plusieurs voies, plusieurs formulations qui contribueront à déterminer la qualité du résultat final. Nous en reparlerons.

Le premier des billets « Écriture, questions-réponses » sera publié ce week-end.


Dans un cas comme dans l'autre, j'espère bien que vous ne pécherez pas par timidité 😉; que vous lâcherez tout ce que vous souhaitez dire dans « Paroles d'auteur » et poserez dans « Écriture, questions-réponses » toutes les questions qui vous sembleront pertinentes.

Excellente écriture ou lecture à toutes et à tous, et à très bientôt !


dimanche 10 juin 2018

Autoédition : arrêt de jeu – quelques réflexions en passant.




Chers ami(e)s auteurs, blogueurs, lecteurs, voilà déjà un bon moment que je me fais rare sur facebook : quelques passages quotidiens pour répondre aux messages et gérer les demandes. À présent que j'ai l'impression d'avoir fait de mon mieux pour aider, je songe de plus en plus à me retirer pour de bon, ou presque. Non pas à fermer mon compte, ce qui fermerait du même coup des groupes qui, semble-t-il, sont utiles aux auteurs et aux blogueurs, mais à me faire plus que rare, dès lors que j'aurai pu trouver assez d'admins pour gérer tous ces groupes à ma place.

Depuis quelque temps, je sens qu'une page est en train de se tourner. L'heure est sans doute venue pour moi de prendre du recul, sinon de passer à autre chose. Je n'ai publié que 2 ouvrages en un an. Je fournissais régulièrement des billets didactiques à mBS, mais voilà des mois que je peine de plus en plus à respecter le rythme que je m'étais fixé ; Christophe Lucius l'a si bien discerné qu'il n'ose même plus me demander si j'ai quelque chose à lui envoyer. Je publie aussi beaucoup moins souvent sur mon blog.

Ma santé serait un motif suffisant pour tirer ma révérence : je suis sous traitement assez lourd depuis plusieurs mois, je souffre de multiples symptômes très invalidants et j'ai déjà du mal à assumer les petites tâches quotidiennes ; dépenser du temps et de l'énergie sur facebook revêt un air d'aberration.

L'écriture serait un autre bonne raison : ce temps et cette énergie, je devrais les consacrer à remplir mes devoirs envers les lecteurs qui attendent une suite, notamment celle d'Élie et l'ApocalypseHélas, surtout dans l'état ou je me trouve, il m'est parfois impossible de travailler, et j'ai pris le pli de considérer facebook comme le seul lieu de réunion convivial où, sans quitter mon lit, je peux aller passer un moment sympa.

Mais s'agit-il véritablement de moments sympa, ou d'une complète illusion ? Ou, pire encore, d'un stress supplémentaire ? Je ne parle pas du petit groupe où sont réunis des auteurs et lecteurs avec lesquels j'ai des affinités particulières : ces échanges-là sont incontestablement bénéfiques à la santé et au moral.

Je veux plutôt parler du fait que je me sens plus ou moins étrangère à la plupart des publications que je vois passer.

Au fil de nos échanges sur facebook, j'ai vu se renforcer l'impression que parmi vous, auteurs indépendants, je suis une sorte d'imposteur. De même que je l'étais dans l'édition tradi. Pourquoi ? Parce que, contrairement aux aspirations de presque tous les auteurs de ma connaissance, édités ou autoédités, être lue ne m'importe que de façon marginale. Ce qui m'intéresse, c'est l'expérience, sur le plan humain et, bien sûr, sur celui de la liberté d'écriture.

Au contraire de beaucoup d'entre vous, je ne suis pas auteur dans l'âme, même si j'écris comme je respire. Malgré les espoirs familiaux, jamais je n'ai rêvé d'une carrière d'écrivain ; même immergée dans ce milieu, même dotée pendant longtemps d'une activité professionnelle de réécriveur, j'ai toujours pris soin de rester un électron libre et je me sens plutôt comme une dilettante très expérimentée. En outre, je cultive par-dessus tout la discrétion ; et lorsque je romps le silence radio, souvent de façon polémique, c'est toujours par conviction et non pour atteindre à un quelconque rang, statut ou fonction.

Or, je ne vois guère autour de moi que des auteurs qui s'agitent très sérieusement, qui se montrent anxieux de promouvoir leurs textes et de se faire un nom. Leurs attentes, leurs espoirs, sont normaux et souvent très légitimes ; je les comprends ô combien, mais je suis incapable de les partager. Quelle que soit ma sympathie pour nombre d'entre vous, je reste en partie étrangère à votre communauté.

J'y découvre assez peu de démarches comparables à la mienne, de lectures à mon goût ; et, si je trouve réconfortant de rencontrer d'autres amoureux de la bonne littérature et de l'écriture (en tant qu'activité qui exige autant de sérieux que de passion), une partie de mon plaisir est gâché par l'attitude des opportunistes, des égotiques, des atrabilaires, des idéologues de comptoir qui pervertissent le moindre débat, et autres habitués de l'indésphère ou de la blogo dont les valeurs sont à mille lieues des miennes.

Depuis mon arrivée, je me suis bornée à apporter mon aide en essayant d'aider directement les auteurs, et aussi de déverrouiller certains tabous ou de faire bouger quelques lignes : décomplexer les autoédités par rapport à l'édition, tout en rappelant que l'on ne peut pas écrire n'importe quoi et que l'intérêt général exige une réflexion sur la qualité.
Mission accomplie ? Je n'en sais rien, mais j'ai fait de mon mieux et je crois avoir contribué à faire un peu avancer les choses.


Au cours de ma vie, je n'ai pratiqué que peu d'activités de façon continue. J'ai aimé travailler en tant que réécriveur, mais, comme dit plus haut, sans être tentée par une vie d'auteur, encore moins d'auteur à succès. Mes priorités sont ailleurs. J'ai toujours préféré me mobiliser sur le mode « on liquide (la tâche prévue) et on s'en va. » 😁 Je suis très éclectique, et être monotâche – comme l'exige une carrière littéraire – n'est pas dans ma nature ; aussi n'ai-je pas pour objectif de m'accrocher où que ce soit sur le long terme, mais seulement de vivre une belle expérience en apportant toute l'aide possible en un minimum de temps.

L'important pour moi, ce n'est pas la tâche elle-même, mais les convictions que j'y investis. Quand j'ai créé un centre équestre « pilote », j'ai mis en œuvre des méthodes éthiques, respectueuses des chevaux et des élèves, et formé un maximum de chômeurs sans qualification. Quand j'ai fait de l'immobilier, j'ai fourni un toit à plus de personnes sans conditions de ressources que tous les bailleurs de la ville réunis. Quand je séjournais dans des pays en voie de développement, j'ai, entre autres, œuvré pour procurer à des mères de famille les moyens de se mettre à leur compte. Etc. Et si j'ai toujours eu d'autres activités en arrière-plan, elles étaient fondées sur l'engagement personnel et la conviction de faire quelque chose d'utile.

Ici, dans l'indésphère, mes prises de position sur la qualité littéraire m'ont valu ce que certains considèrent comme des représailles : par exemple, plus de commentaires sur mes livres. Cette réaction m'a attristée, bien sûr ; cependant, curieusement, je me suis sentie soulagée. Je ne m'attendais pas, je l'avoue, à réagir de façon aussi positive : nous sommes tous des êtres sensibles, et être boycotté fait tout de même un peu de peine. Ce fut le cas pour moi, bien sûr, mais…

Permettez-moi de vous conter une petite anecdote.
Il y a plus de vingt ans, alors que je m'occupais du centre équestre que j'avais fondé, ma mère fut victime d'un AVC : je dus demeurer à 500 km de là pendant sa convalescence. J'étais moi-même en voie de divorce et très malade (j'ai eu une embolie pulmonaire quelques mois plus tard), mais abandonner chevaux et élèves n'est pas dans ma nature : je projetais donc de mettre mes installations à la disposition de ma monitrice et de l'aider de mon mieux à poursuivre l'activité.
Je convoquai les adhérents en vue d'expliquer que ma mère et moi avions consenti de gros sacrifices pour créer et mécéner une structure reconnue au niveau national, mais qu'à présent, nous n'étions plus en mesure de continuer. À peine en étais-je arrivée là qu'ils se déchaînèrent. Réflexion du père d'une élève que j'emmenais gratuitement en concours depuis 2 ans (elle était talentueuse et passionnée, comment ne pas m'impliquer ?) : « Si vous avez été assez bêtes pour payer jusqu'ici, vous n'avez qu'à continuer ! » Comme d'autres parents, le pauvre homme ne me laissa pas le temps d'expliquer la situation, les enjeux, et de prouver que je n'avais pas l'intention de laisser tout le monde en plan ; contrarié, il céda à l'impulsion de se défouler sur moi.
Cette ingratitude fut stressante, mais libératrice. Édifiée, la monitrice déclina mon offre, je vendis la propriété au lieu de la lui confier, je plaçai tous les chevaux de club en retraite ou chez des élèves et amis qui en prendraient soin, et je refermai sans regrets le livre de cette aventure. D'autres parties, plus cruciales, étaient déjà en cours.

S'il y a une morale à tirer de cette histoire, c'est la suivante : il ne faut jamais rien faire dans le seul but d'attendre des retours, quels qu'ils soient ; c'est un principe qui s'applique très bien à l'écriture. Nous y reviendrons.

Justement parce que j'agis toujours par conviction, bien que sans illusions sur la nature humaine, j'aurais peut-être été assez imprudente pour m'investir dans l'indésphère plus que souhaitable, au détriment de ma santé, si, par chance, l'hostilité de certains ne m'avait rappelé que nul n'est prophète en son pays – encore moins dans celui des autres. Je fais partie de l'indésphère, mais ce n'est pas ma « maison » : c'est la vôtre. Au nom de quoi prétendrais-je y appliquer mes propres concepts ? Non, je ne dis pas cela pour vous laisser tomber : je serai toujours là pour certains, j'espère qu'ils le savent.


Une écrasante majorité d'auteurs se démènent sur facebook pour faire la promotion de leurs livres. Leur but est de trouver le succès, je respecte ce point de vue. Les moyens mis en œuvre (je ne les critique pas : à chacun ses méthodes), sont pour moi inenvisageables. Rien au monde, pas même la misère, ne pourrait me contraindre à écrire des livres conçus pour se vendre.

Pourtant, croyez-moi, rien n'est plus facile. Qu'un livre devienne un best-seller, cela comporte une part d'aléatoire, de facteurs extérieurs ; mais rédiger un ouvrage grand public apte à connaître un joli petit succès, c'est à la portée de quiconque maîtrise sa plume et a assimilé les règles du jeu. Avis à ceux qui en rêvent !

L'obstacle, c'est que cette démarche nécessite une vision des choses qui n'est pas la mienne, ni celle d'un certain nombre d'auteurs rencontrés en autoédition. D'abord, je le répète, je ne trouve aucun attrait au succès. La notoriété est un risque et non une chance, la fortune n'entraîne que stress et contraintes, et mon mode de vie quasi monacal, durement acquis après une vie, disons très intense, constitue un luxe auquel je ne saurais envisager de renoncer.

J'insiste lourdement là-dessus, parce que j'aimerais convaincre les auteurs qu'ils ont bien mieux à faire que se démener pour vendre : se démener pour devenir des écrivains (au sens littéraire du terme ; le côté professionnel viendra avec le succès.) Commencer par vouloir vendre, c'est mettre la charrue avant les bœufs.

Commencez plutôt par maîtriser votre art. Publiez si vous voulez, mais seulement pour vous constituer une œuvre. On entend beaucoup dire qu'un ouvrage n'a sa chance que pendant une période restreinte après sa sortie. C'est un calcul opportuniste, basé sur le fait qu'une nouveauté acquiert une certaine visibilité, très éphémère. Et c'est faux, du moins lorsque l'ouvrage recèle des qualités de fond. Élie et l'Apocalypse en est la preuve. En 2012, il avait été tiré à 2 000 exemplaires. Le départ en retraite de l'éditeur m'a renvoyée à la case départ. J'ai autopublié la première trilogie, Les trois Sages, fin 2014. EELA n'a commencé à toucher son public sur Amazon que début 2017, à la suite d'une offre éclair, et son audience continue à faire boule de neige. Alors, ne renoncez pas à vos priorités de crainte de laisser passer votre heure. Faites ce que la maladie m'a souvent empêchée de faire : continuez à écrire. Prenez de la hauteur, préparez l'avenir. Il sera toujours temps de changer de tenue pour endosser le rôle commercial, le moment venu.

On m'objectera que certains auteurs sont sortis de l'ombre grâce à une communication tambour battant. Frédéric Soulier est dans ce cas. Un cas très particulier : non seulement il possède un art de la communication très réjouissant, qui fidélise son public, mais, il le reconnaît lui-même, son succès tient au fait qu'il publie surtout dans un genre très tendance : le thriller. S'il lâchait davantage la bride à son talent littéraire, il est peu probable que tout son lectorat suivrait. 😕


Je suis toujours épatée de voir combien d'auteurs courent après le succès comme si c'était quelque chose de réellement désirable. Je ne peux m'empêcher de penser que, ce faisant, on panse des plaies intérieures, on cherche une justification, on veut montrer ce que l'on vaut, rendre fiers les gens qui nous aiment ; mais à quel prix ? Souvent l'inverse : négliger ses proches, s'exposer au stress et à des interactions souvent négatives. C'est-à-dire s'éloigner du bonheur – du moins, tel que je le conçois : un équilibre intérieur propice à la sérénité.

Ce matin, j'ai vu un auteur se désoler publiquement d'avoir reçu des critiques. Je conçois très bien que cela fasse mal sur le coup, et je compatis ; mais si l'auteur lui-même est resté digne, la floraison de commentaires pseudo-solidaires du type « laisse tomber, ce sont des cons, de toute façon ton ouvrage cartonne », m'a donné envie de vomir.

Quels sont ces auteurs qui ne respectent pas assez le lectorat pour lui accorder le droit d'exprimer son avis, et, lorsque ce dernier est argumenté – c'était le cas – qui sont trop aveuglés par leur propre orgueil pour reconnaître que l'auteur visé pourrait en tirer profit ?

(Parfois, et c'est bien plus grave, des lecteurs se trompent dans leurs critiques, interprètent mal l'intention de l'auteur, n'ont pas la culture littéraire requise pour comprendre et apprécier telle ou telle formulation ; l'auteur peut tenter de s'expliquer ou choisir de se taire, mais en aucun cas vouloir qu'ils se taisent, eux !…)

Enfin, quelle légitimité auraient de prétendus artistes – écrire, c'est un art, n'en déplaise aux faiseurs de daube industrielle – qui prétendraient raconter le monde et se montreraient incapables d'autre chose que de tourner autour de leur nombril ? Oh, je sais que cela ne manque pas, et certains sont, depuis longtemps, adoubés par la grande édition. Ils lui font honte, osons le dire.

Le problème qui nous concerne, c'est la totale incompatibilité entre une majorité d'auteurs autoproclamés et la réalité des missions d'un auteur. Pour trop d'autoédités, publier est un business ou, au mieux, une manière d'attirer l'attention sur leur personne.

Je ne nie pas les complexes, les souffrances ou tout ce qui peut expliquer une telle démarche, et même la justifier. Je dis que cette démarche-là représente un univers à part, ou plutôt deux – l'écriture entrepreneuriale et l'écriture thérapeutique –, lesquels n'ont rien à voir avec le monde que je révère : celui où seuls comptent l'art d'écrire et la responsabilité de l'écrivain.


Si, au cours de l'Histoire, de grandes plumes ont bouleversé des milliers, des millions de lecteurs, ce n'est pas parce que ces écrivains, hommes et femmes, étaient avides d'argent et de succès ; ni seulement parce qu'ils crevaient du besoin d'exprimer leurs maux, ou de panser leurs plaies intimes en acquérant une dimension publique. C'était avant tout parce qu'ils avaient quelque chose à dire, un regard particulier sur le monde, une façon bien à eux de le ressentir, le comprendre et l'exprimer.

S'ils n'avaient pas écrit, ces choses-là les auraient étouffés, cela se ressent très bien. Ils ont écrit parce que c'était naturel, irrépressible, et non dans l'espoir de « percer » pour être reconnus dans leur quartier et signer des dédicaces de salon en salon.

Voilà ce qu'est, ce que doit être l'écriture : la conjonction du besoin d'exprimer quelque chose et de l'aptitude à le faire de façon singulière.
Et cela suppose que l'auteur ait en priorité pour objectif de dire ce qu'il entrevoit, ressent ou constate, ce qui l'exalte ou le ronge ; et se fasse un devoir de le transcrire le mieux possible.

S'il est avant tout préoccupé de réussite, s'il se soucie surtout de recettes, de modèles « vendeurs », de marketing et de tactiques, il perdra son âme en route ; il se bornera à publier de ces petites histoires, parfois bien faites, mais toujours plus ou moins creuses ou stéréotypées, qui deviennent facilement un succès sur les plateformes ou dans l'édition d'aujourd'hui.

S'il est avant tout désireux de caresser son ego dans le sens du poil en récoltant un maximum de louanges et un minimum de critiques, il se débrouillera pour réunir sur les réseaux sociaux une foule de lecteurs complaisants et se consacrera à les nourrir avec le genre de publications qui lui attireront un public aussi large que possible, aussi peu exigeant que possible. Confronté à des critiques, il invoquera des manœuvres de la concurrence ou la méchanceté gratuite de certains lecteurs. Pourquoi pas ? Chacun fait comme il l'entend. Mais c'est l'inverse d'une attitude exigeante vis-à-vis de soi-même, d'une vraie démarche littéraire, et il ne faut alors ni se prendre pour ce qu'on n'est pas, ni s'offusquer des critiques des amateurs de littérature.


L'autoédition possède, entre autres, deux grandes vertus :

● Permettre à des talents non commerciaux, par exemple trop atypiques ou multigenres, de s'exprimer et de trouver leur lectorat sans passer à la moulinette du formatage éditorial.

● Offrir aux auteurs une durée d'exposition impensable en édition, sauf pour les écrivains à succès : présent en librairie quelques jours ou semaines seulement, un ouvrage aura tout le temps qu'il faut pour trouver ses lecteurs sur les plateformes de publication.

Elle possède aussi 2 grands vices :

● Permettre à tout le monde de s'autoproclamer « écrivain » sans se soucier d'être réellement légitime sur le plan littéraire, et donner à croire que le verdict du nombre vaut, voire supplante, tout jugement sur la qualité.

● Pousser les auteurs à consacrer plus de temps au battage publicitaire qu'à la réflexion personnelle sur ce qu'ils ont à dire et au perfectionnement de leur écriture. Il s'agit là d'une véritable incitation à la facilité, voire au bâclage.


L'écriture est un art solitaire. Les grands écrivains, sitôt devenus célèbres, ont employé une énergie considérable à se tenir à l'écart du monde, des flatteurs, des groupies, des obligations mondaines, pour pouvoir se consacrer à ce difficile exercice. Leurs éditeurs avaient pour rôle de les libérer de presque toute autre contrainte.

Le grand danger de l'autoédition, c'est de faire de l'auteur un homme-orchestre mobilisé sur tous les fronts. Pas de problème quand on ne veut que vendre des histoires ; en revanche, c'est difficilement compatible avec l'art.

Écrire vraiment est une ascèse. Cela nécessite une totale disponibilité d'esprit. C'est face à lui-même, et non sur scène comme une pop-star, que l'écrivain mûrit ses réflexions, ses cheminements, rappelle ses souvenirs, appelle ses visions et, enfin, peaufine l'expression finale de toute cette matière.

Un jour que Bernard Fixot (le fondateur des éditions XO) me parlait de ses réécriveurs « maison », qu'il baptisait « écrivains », je lui répondis « disons plutôt : écriveurs ». Pratiquant le métier de réécriveur, quoique d'une façon plus littéraire, j'étais bien placée pour oser cette nuance, insolente mais nécessaire.

Pour Fixot et bien d'autres, la mission d'un réécriveur est de « bestselleriser » un manuscrit prometteur. Autrement dit, d'en réduire les aspects trop originaux pour le rendre compatible avec le plus large public possible ; c'est la recherche du « plus petit dénominateur commun » que j'ai déjà évoquée dans mes billets.

On est très loin de l'art d'écrire. Il s'agit plutôt d'un travail technique et commercial : présenter pour mieux vendre. Il ne faut pas s'étonner que Fixot ait choisi Musso comme cheval de bataille de sa maison d'édition (avant de se le faire souffler à prix d'or, comme s'il s'agissait d'un footballeur et non d'un écrivain). Nous sommes au cœur du problème.


La dernière newsletter de monbestseller ne fait que confimer ledit problème. Le dirigeant du site y réagit à l'intervention d'une personne (il ne révèle pas son nom) qui l'a interpellé, cavalièrement semble-t-il, à propos de fautes dans un article. Christophe Lucius en profite pour rappeler que son site met un point d'honneur à accueillir tous les auteurs, et qu'une discrimination sur la qualité de rédaction est contraire à sa vocation.

Monbestseller n'a jamais caché cette position, dont je partage le principe : je m'en suis expliquée souvent, et il est dommage que ma conviction sur ce point ait été zappée au profit du débat sur l'exigence littéraire. (À propos de laquelle je me borne à rappeler qu'il faut, d'une part, ne pas nier l'existence de critères de qualité, d'autre part, envisager des méthodes de mise en avant de cette qualité, pour ne pas pénaliser injustement les talents et pour restaurer l'image de l'autoédition.)

Par ailleurs, il est évident qu'aucun site commercial ne peut prétendre survivre sans ratisser large ; soutenir les auteurs littéraires devrait plutôt relever du mécénat, hélas en voie de disparition, ou d'une action collégiale de la minorité d'auteurs et blogueurs concernés par la défense d'une littérature aboutie.


Contrairement à bien des auteurs, je ne critique donc pas mBS. Néanmoins, je comprends le désappointement de cette inconnue confrontée à ce qu'elle considère comme un manque de rigueur et une trahison de son amour de l'écrit. Je comprends la frustration des transfuges du site, las de voir toutes sortes d'objectifs et de démarches inconciliables cohabiter contre nature.

Oui, d'une certaine manière, il est formidable que monbestseller, Amazon et toute l'indésphère rassemblent des auteurs d'horizons très différents, avec des pratiques, des buts, des qualités de plume d'une diversité à donner le tournis. Notre époque met la diversité à l'honneur. Mais la difficulté que représente, pour la société au sens large, l'enjeu d'unir des personnes qui ont de fortes divergences, devrait nous éclairer sur les problèmes de l'autoédition. Dans les deux cas, parce que certains s'obstinent à ne voir là qu'une merveilleuse avancée sociétale, l'omerta règne à propos des inconvénients et des situations à résoudre d'urgence. Cet immobilisme doctrinal est le meilleur moyen de tout gâcher.


Pour les auteurs autoédités, il existe au moins 4 sortes d'objectifs, parfois entremêlés : 
– témoigner de ses convictions et/ou de son expérience en un certain domaine ; 
– pratiquer l'écriture de loisir, ludique ou thérapeutique ;
– épouser une vocation littéraire ;
– réussir à tout prix, par un moyen qui (à tort) paraît plutôt facile.

Le fait que ces tendances plus ou moins antagonistes se retrouvent dans un même débat, chacune mettant en avant ce qui intéresse son camp, induit la confusion, l'affrontement et rend quasi impossible l'émergence de solutions communes qui soient aussi adaptées aux différents protagonistes. Pour trouver des voies efficaces, il faudrait beaucoup de loisir, de réflexion, de bonne volonté. À défaut, l'on marine dans le statu quo.

J'ai porté jusqu'à récemment un projet d'association qui voulait apporter à chaque catégorie d'auteurs un ensemble d'outils adaptés à ses besoins spécifiques.
Malheureusement, cela exige du temps, des moyens et des volontés autres que la mienne. Mais c'est dans cette direction-là qu'il faudra travailler un jour, si les indés ne veulent pas stagner au sein d'un chaos originel où seuls les forts survivent – sachant que ce sont rarement les meilleurs d'un point de vue littéraire : ce qui, avouons-le, pose tout de même un problème d'éthique et de crédibilité.

De nos jours, tout se fait dans l'urgence, ou ne se fait pas ; ce sont toujours les mêmes qui s'impliquent ; et l'évolution (hum) de la société toute entière la conduit à considérer que seul compte l'objectif pratique – rarement autre qu'égotique ou financier – et que, pour l'atteindre, la qualité des moyens est un élément négligeable.

On le constate dans les médias, où la majorité des journalistes parlent et écrivent aujourd'hui d'une manière qui aurait fait honte aux détenteurs du certificat d'études primaires au temps de mes grands-parents et de mes parents. On le constate aussi, hélas, en autoédition, où trop d'auteurs ne se soucient pas d'écrire proprement, mais seulement de vendre et de faire parler d'eux. Il est vrai que l'édition tradi donne volontiers l'exemple de cette vénalité.


Tout cela me fatigue, et, disons le mot, finit par me dégoûter. J'ai une tendresse sincère pour les auteurs, mais aucune indulgence pour ceux qui croient avoir mieux à faire que de se remettre en question. Quant à ceux qui rament, travaillent dur et ne « percent » pas, les voir se débattre en vain me navre profondément. Je ne peux guère que leur rappeler encore et encore qu'écrire le mieux possible porte en soi sa récompense, considérable, et qu'avoir ou non une audience doit être secondaire si l'on veut rester soi-même.

Autant de raisons pour me faire de plus en plus rare. Je ne dis pas que je ne publierai plus rien sur mon blog, mais j'ai grand besoin d'activités plus positives que contempler les perpétuelles doléances d'une partie des facebookiens : des lecteurs qui, dans des coms à dix fautes par ligne, se plaignent d'être pris pour des nuls ; des auteurs qui aimeraient qu'on crie au génie devant des publications dignes d'un – mauvais – devoir de collège. (Je ne vise personne en particulier, et je préfère préciser que j'ai écrit ces lignes-ci il y a plusieurs semaines : l'auteur mentionné plus haut et les commentateurs de son post sur les critiques  des lecteurs n'ont rien à y voir.)

J'ignore encore si je me tiendrai plus ou moins éloignée de facebook, ou si j'y passerai souvent les jours où je marinerai dans l'impuissance littéraire. J'agirai selon mon humeur, et non plus par implication personnelle.

Quoi qu'il en soit, j'ai pris la résolution de ne plus faire de commentaires, sauf en réponse aux commentaires sur mes posts (c'est la moindre des courtoisies), sur ceux de certains amis, ou lorsque l'on m'interpellera, mais sans plus me prêter à des débats stériles. Et, naturellement, je répondrai toujours aux messages sur facebook ou par email.

Aux auteurs qui ne partagent pas ma manière d'envisager l'écriture, je souhaite tout le succès possible, et c'est sincère. Chacun son trip !

Je continuerai sans doute à émettre de temps à autre un nouveau billet pédagogique pour aider les auteurs débutants. Et, histoire de clore ce chapitre avec toute la clarté souhaitable, je livrerai très bientôt sur mon blog un petit mémento de mes convictions en matière littéraire, sans animosité, mais sans ménagements non plus. Je sais que cela froissera encore des egos au passage, mais voulez-vous que je vous dise ? Je m'en bats l'œil, et pour cela, même pas besoin d'une clef de 16… 😉 *

Excellente fin de journée à toutes et à tous !

* Référence à une publication facebook du susnommé Fred Soulier.

vendredi 1 juin 2018

« Affaire Thilliez » : entre serpent de mer et tempête dans un verre d'eau




À l'occasion d'une affaire assez banale, voilà le vieux serpent de mer de la qualité littéraire qui crève la surface. Et c'est reparti ! On a l'impression de faire du sur-place ; d'être, comme toujours, dans le dialogue de sourds…


Quel est le point de départ ?

Une journaliste de Télérama a publié cet article, dont le seul intérêt est de souligner ce fait indiscutable : les livres « grand public » occultent toujours davantage une littérature plus qualitative.

Franck Thilliez a exercé son droit de réponse comme indiqué dans cet autre article. Et c'est là que l'on peut trouver matière à débat.

Je n'ai pas encore lu Thilliez, il me paraît à première vue très sympathique et j'ai ouï dire qu'il écrit de bons ouvrages ; dont acte. Je ne me permets jamais de juger sans savoir, aussi mon propos n'est nullement de le critiquer en tant qu'auteur, pas plus que de critiquer son œuvre. Que ce soit bien clair : ci-dessous, je ne l'assimile pas aux auteurs de livres bas de gamme, je me contente d'évoquer des généralités.

En revanche, ce que je trouve très dommage, c'est ce besoin de poser en blanc chevalier de la littérature populaire, comme si elle avait besoin de défenseurs !


Que peut-on dire à ce sujet ?

Pardon à ceux qui ont déjà lu mes arguments sur facebook ; j'ai un livre sur le feu, alors je fais au plus vite. Mon but est seulement de rappeler – encore – quelques évidences.


 Il faudrait arrêter (enfin !) d'imaginer que ceux qui critiquent l'hégémonie de la littérature grand public sont de vilains jaloux.

Tous les auteurs ne rêvent pas d'être célèbres ou de vendre en masse. Entre nous, ce n'est pas du tout un sort enviable ! Seule une collection d'images d'Épinal complètement fallacieuses suggère aux auteurs inconnus l'illusion que vendre beaucoup, c'est une merveilleuse aventure, et que cela signifie réussir en tant qu'écrivain. Quoi d'étonnant ? Toute notre société fonctionne sur une glorification de la réussite aussi artificielle qu'irresponsable…

Remettons les choses en place :

Réussir en tant qu'auteur, ce n'est pas faire de gros tirages, mais écrire avec talent.


 Il faut aussi arrêter de croire que tout le monde s'acharne à critiquer la littérature populaire.

Je lis souvent que la littérature de genre est qualifiée de sous-littérature. Il y a longtemps que l'on n'entend plus de tels propos, ou alors, dans des microcosmes pédants que personne de sensé ne prendrait comme référence.

Non, la littérature de genre n'est pas une sous-littérature, loin de là : elle peut et a toujours pu s'enorgueillir d'excellents auteurs. Si quelqu'un le nie, c'est un ignorant ou un lecteur de mauvaise foi.

Le vrai problème est ailleurs.


 De même, il faut arrêter de répéter que la littérature populaire attire vers la lecture des personnes qui, sans elle, n'ouvriraient jamais un livre, et qui ensuite passeront à des ouvrages plus nourrissants.

D'abord, c'est statistiquement faux : s'il y avait davantage qu'une minorité pour faire ce voyage, toutes les lectrices de romance des générations Cartland et Harlequin se passionneraient aujourd'hui pour la rentrée littéraire. En réalité, elles continuent à lire ce qu'elles aiment : des historiettes (je ne dis pas cela de façon péjorative).

Ensuite, il n'est pas question de réduire l'influence de la littérature populaire – qui le pourrait, qui le voudrait ? – mais de laisser un peu d'espace à « l'autre littérature ».


 Il faudrait aussi s'entendre sur ce que signifie « populaire ».

Hugo et Dumas étaient des auteurs populaires par excellence, et qui les critique à ce titre ? Personne.

La littérature jeunesse et la littérature de genre recèlent de vraies pépites, alors cessons d'opposer les livres distrayants, qui peuvent être fort bien écrits, avec de l'autofiction nombriliste ou autres épouvantails aux tirages le plus souvent confidentiels.

On peut écrire des romans accessibles au grand public sans pour autant qu'ils soient simplistes, mal écrits, truffés de clichés et d'invraisemblances, dénués de profondeur et de sens.
Exemple : avec Élie et l'Apocalypse, je ne cherche pas à racoler une masse de lecteurs en abaissant le niveau de langage ou la complexité des intrigues. Du coup, cette saga rencontre un succès qui me satisfait pleinement : preuve que l'on peut intéresser les lecteurs sans pour autant écrire comme si l'on s'adressait à des nuls.

Seulement, les éditeurs ne visent pas un succès d'estime, mais d'énormes tirages… Et, soyons honnêtes : pour ratisser aussi large, ils sont obligés de viser très bas.


 Le problème, c'est que la recherche de rentabilité d'une part, de facilité de l'autre, pousse à une saturation du marché du livre par des nanars vite rédigés, creux, banals, stéréotypés, qui ont pour seul objectif d'offrir un moment de détente à faible prix de revient.
(Attention, je ne dis pas que Thilliez est dans ce cas : encore une fois, je ne l'ai pas lu. Ma remarque est d'ordre général.)

Le résultat, c'est une visible dégringolade du niveau d'exigence des lecteurs, de leur capacité à aborder des contenus un peu plus consistants.

Aujourd'hui, beaucoup trouvent Hugo ou Dumas illisibles, trop compliqués, trop « prise de tête », et pas seulement parce que le cadre de ces romans est trop daté à leurs yeux. C'est un constat très inquiétant.


 L'on ne peut nier le fait que les auteurs dits « populaires » monopolisent la visiblité, avec la complicité des éditeurs pour des raisons de rentabilité, et des médias pour des raisons d'audience. Ainsi va le monde : on met en avant la production qui entraîne le gros chiffre d'affaires.

Ce qui est menacé, du coup, c'est la diversité. Et sans diversité, la littérature s'appauvrit. L'offre se nivelle par le bas, le grand public s'habitue à des lectures faciles et tout le reste lui paraît d'autant plus insurmontable : c'est un cercle vicieux.


 Pourquoi voit-on tant de monde monter au créneau dès qu'est abordé le thème de la qualité littéraire ?

Les intellectuels, universitaires et autres, on sait que c'est pour des raisons idéologiques : la démagogie et le populisme restent leurs dadas. Ce qui plaît à « la base » est sacré, l'élitisme, c'est vilain, etc : on connaît la chanson. Je me contenterai de rappeller une fois de plus à ces faux amis du peuple qu'abaisser le niveau culturel n'est ni un témoignage d'estime, ni une façon d'améliorer le sort des défavorisés ; mais, au contraire, le meilleur moyen de les livrer pieds et poings liés aux exploiteurs de tout poil.

Les éditeurs, on les comprend : ils défendent leur bifteck, ce qui permet à leurs maisons de survivre. L'ennui, c'est que, s'il fut un temps où les grosses ventes servaient à financer la publication de talents inconnus, les éditeurs d'aujourd'hui semblent, pour la plupart, privilégier le seul aspect financier. La recherche de talents n'est plus l'obsession de la profession : on ne songe guère qu'aux gros tirages.

Les lecteurs, on les comprend aussi : personne n'aime entendre dire qu'il lit de la daube. Il y va de leur honneur, alors ils se mobilisent pour prendre le défense de leurs auteurs préférés. On aimerait mieux qu'ils protestent en démontrant qu'ils lisent de tout ; et que s'ils aiment Musso, par exemple, c'est pour telle ou telle raison bien argumentée, pas seulement parce que tout le reste les rebute, étant donné qu'ils ne cherchent qu'à « se vider la tête »… Ça, cela revient à dire qu'ils ont de plus en plus de peine à lire autre chose, et cela justifie qu'on s'inquiète.

Les auteurs, eh bien, comment ne les pas comprendre ? Ils se défendent comme ils peuvent. C'est vexant, pour sûr, d'être assimilé à des marchands de soupe ! Mais j'aurais aimé voir Thilliez expliquer qu'il écrit de la littérature grand public de qualité, plutôt qu'enfourcher un argument très discutable, pour ne pas dire malvenu. Et très démagogique, pour ne pas changer ! Je ne lui jette pas la pierre : en l'occurrence, il était peut-être coaché par son éditeur.


 Bref, il est agaçant de voir les auteurs à gros succès poser en preux défenseurs de la littérature populaire, comme si elle était menacée. Ça, c'est vraiment se moquer du monde. Ces auteurs de masse, dont la production est en train d'étouffer la diversité, se présentent comme les Don Quichotte d'une littérature qui, en réalité, est omniprésente et en position carrément dominante. (Pour s'en convaincre, on peut lire cet article, merci à Nila Kazar.)

C'est un peu comme si Bill Gates faisait la promo de Windows en disant qu'il se bat pour défendre le logiciel libre…


En fin de compte, tout cela n'est guère qu'une tempête dans un verre d'eau. Mais si elle offre l'occasion de rappeler quelques vérités… de base 😁, tant mieux, n'est-ce pas ? 

Excellente journée à toutes et à tous !