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samedi 13 octobre 2018

Autoédition et société : polémiquons !



Ne vous fiez pas à la longue introduction de ce billet : il va taper dur, au point qu'on voudra peut-être me contredire vertement. Je l'espère, pour tout dire… 😏


Je viens de découvrir Aldous Huxley. J'entends d'ici votre effarement ! Amateurs de littérature blanche et de polar, mes parents n'étaient pas portés sur la SF ; seul un heureux hasard me fit rencontrer assez tôt le grand Theodore Sturgeon. De Huxley, je n'avais lu qu'un extrait du Meilleur des mondes au lycée : je n'en gardais aucun souvenir.

Pourtant, cet écrivain partageait avec mes parents nombre de préoccupations. Comme pas mal d'auteurs de l'entre-deux-guerres, il pouvait être défini comme à la fois lucide quant aux travers de l'humanité, mais profondément humaniste ; athée, mais non dénué de spiritualité ; vacciné contre toute forme d'idéologie (revenu du communisme au vu des crimes commis en son nom, il était devenu pacifiste et rêvait aussi aux chemins vers la paix intérieure) ; fier du génie de l'espèce humaine, mais préoccupé par son impact sur l'environnement… Bref, un penseur pragmatique, très impliqué quoique sans parti-pris.

Moins auteur de science-fiction, en vérité, que féru de sciences sociales (entre autres choses), Aldous Huxley a fait part de sa vision du monde et de ses craintes pour l'avenir en les projetant dans des dystopies – et une utopie : Île. Anticipation, donc ; contes philosophiques, réflexions tous azimuts sur le devenir de l'humanité… Autant dire qu'en tant qu'auteur d'Élie et l'Apocalypse, cela m'a passionnée de rattraper mon retard en avalant quelques-uns de ses chefs-d'œuvre, grâce à la petite anthologie (publiée par Omnibus) qui m'avait fait de l'œil à la bibliothèque municipale. À raison de quelques pages au coucher et pendant mes insomnies, j'ai dû renouveler quatre fois l'emprunt pour en venir à bout, mais je ne regrette pas cette entorse à mes habitudes.

Profitons de l'occasion pour rappeler une petite chose aux auteurs autoédités qui ont peu lu, comme on en rencontre pléthore en autoédition. Mes amis, quand vous croyez avoir trouvé une idée originale, exprimé un concept inédit, ne perdez pas de vue que quelqu'un l'avait sûrement fait avant vous. Je ne suis pas une érudite, très loin de là, mais j'ai été élevée par des libraires qui ont favorisé ma boulimie livresque ; eh bien, vous le voyez, malgré plus plus de sept mille lectures au compteur, je tombe encore sur un auteur qui a traité – magistralement – certains sujets que j'aborde dans mes ouvrages ! Tout cela pour dire qu'il ne faut pas trop nous illusionner sur notre créativité : à son insu, chacun de nous enfonce des portes ouvertes. Le tout est de le faire à sa manière, en essayant d'apporter sa voix propre, à défaut d'une voie novatrice…


« MacDonaldisation »

Revenons aux livres d'Aldous Huxley contenus dans la compilation. Comme je l'ai fait dire tout dernièrement à des personnages de L'Oracle vaudou, je ne suis guère emballée par son best-seller Le meilleur des mondes. Île et Temps futurs, que j'ai trouvés remarquables, ont fait un flop à leur sortie. Ne parlons même pas de Retour au meilleur des mondes, qui disserte sur les avancées des sciences sociales et leurs perspectives quant à la manipulation des masses (là encore, l'auteur se trompait assez largement, mais quel brillant esprit !).

Ces insuccès n'ont guère dû étonner Huxley, qui évoque de façon récurrente un triste constat : la majorité des gens ne souhaitent pas réfléchir, seulement se distraire. Je le cite (son propos vise les policitiens, mais il s'appliquerait aussi bien à un succès littéraire) :
« Il faut aussi qu'il soit distrayant et n'ennuie jamais un public endurci à la télévision […], habitué à être diverti et qui n'aime pas qu'on lui demande un effort intellectuel prolongé. » (in Retour au meilleur des mondes)
Nous le savons aussi, hélas, nous autres auteurs indés qui avons choisi de vendre du sens et/ou du style plutôt qu'un petit tour de manège ! Est-ce une raison pour céder aux sirènes de la facilité ?

Allez, une autre citation d'Aldous Huxley, précisément sur la littérature stéréotypée, le copié-collé si « vendeur » que j'ai souvent dénoncé :
« Ne seriez-vous pas humilié de gagner de l'argent en vous livrant au genre le plus vil, le plus malhonnête de contrefaçon littéraire ? J'avais du succès parce que j'étais irrémédiablement médiocre. » (in Île)
Outch, ça ne donne pas envie de se faire marchand de daube…

Et on dirait qu'en cinquante ou soixante ans, la situation s'est considérablement aggravée. Pire : le processus s'accélère. En témoigne cette très récente réflexion d'un éditeur :
« Il s’est passé ce que j’appelle la “ macdonalisation (sic) de la société et donc de la culture. On veut maintenant des littératures sans aspérités, sans danger pour le lecteur, comme on veut des plats sans goût ».

Autant préciser tout de suite – cela introduira le cœur du sujet –, que cet éditeur, fils de Régine Deforges (oui, la plagiaire d'Autant en emporte le vent), est spécialisé dans la publication de textes provocants.


Le règne de l'abêtissement

De plus en plus de voix s'élèvent pour oser dire que la culture fout le camp, que l'on gave de lectures ineptes des lecteurs à l'intellect procrastinateur, et que tout cela finira en catastrophe. En ce sens, Le meilleur des mondes n'est pas dénué d'intérêt, surtout dans sa première partie : ce qu'il montre, c'est moins une fiction dystopique (la tyrannie « douce », mais terrible, d'un gouvernement mondial sur ses citoyens conditionnés à rester soumis) qu'une réalité sociale : la tendance individuelle, dramatiquement répandue, à occulter toute réflexion pour se contenter de plaisirs faciles.

Dans le monde actuel, pas besoin de dictateur ni de conspiration pour que tout aille en ce sens : industrie, commerce et finance ont besoin de consommateurs aussi influençables que possible ; les politiciens, d'électeurs dénués de recul. Et ça leur tombe tout rôti dans le bec : pris dans la spirale stressante de la vie moderne, anxieux pour l'avenir à très juste titre, abandonnés par un système d'enseignement et des médias respectivement plus soucieux d'égalitarisme et de tirages (sans même parler de propagande) que d'œuvrer à l'émancipation et au libre-arbitre, les consommateurs-électeurs n'ont d'autre ressource que de se « vider la tête » en s'adonnant à des loisirs abrutissants. Lesquels, avouons-le, représentent le fin du fin pour une bonne partie d'entre eux.

Oui, mes propos sont « politiquement incorrects ». J'y tiens !


La bien-pensance, un fléau très comme-il-faut

Dans un pays comme les USA, la pression bien-pensante tend à s'exercer dans un sens patriotique et religieux ; en Europe, dans un sens progressiste et humaniste.

Le premier cas est perçu de façon tragique par l'opinion européenne. En tant qu'athée, je partage en partie cette inquiétude, même si l'on peut constater que dans les milieux intellectuels nord-américains, l'expression est beaucoup moins univoque que chez nous : la diversité d'opinions se fait encore entendre avec force, quels que soient les efforts des gouvernements ou des lobbies pour formater la pensée des citoyens.

En Europe, la déroute de l'individu pensant face au collectif censeur est à peu près totale : les voix divergentes se retrouvent clouées au pilori, et l'on essaie ouvertement de réduire au silence les intellectuels assez téméraires pour se rendre coupables d'une pensée « déviante ».

Dans un cas comme dans l'autre, c'est une insupportable atteinte à la libre expression.


Tous gardiens de la révolution ?

La grande force de cet endoctrinement, c'est de transformer nombre de citoyens en assistants zélés : chacun censure son entourage avec l'agréable certitude de se montrer sous son meilleur jour – sans se rendre compte qu'il ne fait que servir de gendarme pour le compte de la morale officielle.

Cela ne vous rappelle rien ? De tous temps, en tous lieux, on a voulu imprégner les gens d'un dogme religieux ou idéologique pour les faire collaborer au maintien de l'ordre social.
Je n'ai rien contre l'ordre social, bien entendu ; simplement, je trouve qu'inciter la population à confondre éducation morale et lavage de cerveau, c'est jouer avec le feu. Pourquoi ? Parce que cela conduit tout droit à… mince alors, l'intolérance ! « Si les autres ne se comportent pas comme moi, s'ils ne pensent pas comme moi, c'est mal »…

Oui à la prise de conscience, non à l'instrumentalisation. Être tolérants nous rend meilleurs, aucun doute. Imposer la tolérance à autrui ne nous rend pas angéliques, mais moralisateurs.


La polémique, activité salutaire

La vertu d'une société ne peut pas, ne doit pas consister en un arasage forcé des opinions, ramenées à ce qui est considéré comme juste et approprié. Elle se traduit, au contraire, par un respect scrupuleux du droit à la libre expression. Sinon, où s'arrête la censure ? Où s'arrête l'autocensure – invisible, mais non moins pernicieuse ?

C'est tout à fait volontairement que le contenu d'Élie et l'Apocalypse, bien que toujours nuancé, peut prêter à polémiques. Au pluriel.

De par son étymologie (« disposé à la guerre »), le mot « polémique » revêt une connotation agressive. Pourtant, l'histoire de la littérature s'enorgueillit de dizaines de célèbres polémistes, comme Voltaire ou Zola, qui ont contribué à faire évoluer la société. Et si, parfois, certaines idées semblaient plutôt vouloir la faire régresser, ce n'était pas grave : pour qu'un débat soit dynamique et qu'on en sorte par le haut, il faut que toutes les voix puissent se faire entendre.

La polémique n'est qu'une forme énergique, donc efficace, de participation à la confrontation d'idées. Elle est vertueuse en soi, comme toute démarche qui consiste à exprimer ses opinions. Même si les « adversaires » se rallient très rarement à une argumentation contraire, celle-ci peut éclairer des indécis ; et, quoi qu'il soit, dire ce que l'on pense vaut mieux que de se mettre la rate au court-bouillon.


« Cachez ce malsain que je ne saurais voir »

L'Europe d'aujourd'hui préfère les eaux tièdes et sirupeuses de la bien-pensance. Seules peuvent être exprimées les idées pré-admises. Avec une intention de départ tout à fait louable – lutter contre les dérives, apaiser la société – on a fini par créer une forme de pensée unique qui, mine de rien, se pique de remplacer la morale d'antan et tourne à l'Inquisition en fustigeant ou châtiant toute parole ou écrit « non conforme ».

Il me semble évident que dans une société de liberté, tout devrait pouvoir être dit ; la sanction juridique devrait concerner des cas flagrants d'appels à la haine, pas des dérapages ponctuels, des théories (fussent-elles infondées, voire odieuses), ou encore l'expression d'un mépris qui, aussi révoltant soit-il, relève du droit d'avoir un avis et ne devrait être sanctionné que par… la réciproque.

On comprend très bien la tentation de réprimer ce que l'on considère légitimement comme infâme, pour préserver ceux qui en sont la cible et ne manqueront pas d'en souffrir ; de même que l'on comprend la volonté d'empêcher que des idées nauséabondes ne fassent école. Mais en fin de compte, c'est une erreur fatale, car rien n'aide davantage les cafards à proliférer que de les cantonner dans les égouts.

La société n'est pas un espace privé où empêcher toute intrusion malveillante, comme dans un domicile ou un profil facebook. Son intérêt est de laisser les idées, y compris les pires, s'exprimer au grand jour : au lieu de pouvoir se plaindre d'être proscrits, leurs proclamateurs seront acculés au débat et se feront ridiculiser sur la place publique en moult occasions.

Ils se débrouilleront quand même pour pervertir des esprits influençables ? Pas plus qu'à l'époque où régnait la liberté d'opinion – et il semble bien que la nôtre recèle cent fois plus de tensions ! Certes, on peut arguer qu'il faut précisément prendre des précautions en temps de crise sociétale, mais quelques comparaisons suffisent pour gager que c'est la liberté accrue de mal agir, non de mal s'exprimer, qui a déclenché les tensions susdites.


L'enfer est pavé de bonnes intentions

Au départ de la régression du droit d'expression, il y eut le traumatisme de la Shoah, qui entraînait un légitime « plus jamais ça ». Peu à peu, la répression de toute opinion choquante s'est généralisée, au nom d'une vertueuse indignation que l'on pourrait trouver désormais quelque peu ostentatoire… surtout lorsque l'on constate que tout cela se borne parfois à des déclarations d'intention ou des condamnations de pure forme. Aujourd'hui, si, en réprimant toute phrase malvenue, notre société essaie de tuer dans l'œuf les idées insanes, c'est peut-être parce que sa capacité à les contrer au stade le plus nuisible, celui de l'agression physique, a tellement décliné qu'elle n'est plus en mesure de sécuriser les éventuelles victimes.

Il est beaucoup plus facile de faire planer sur le moindre trouble-fête la perspective d'une plainte, que de sanctionner de façon exemplaire les délits avérés (a fortiori, de les prévenir). D'où un décalage inquiétant. Un tribunal a considéré la petite Sarah, âgée de onze ans, comme coupable d'incitation au viol ; mais un plaisantin peu subtil écopera d'un licenciement pour harcèlement sexuel après une blague de mauvais goût.

Soyons honnêtes : de la réprobation devant un propos déplacé – réaction normale et souhaitable –, on est passé à une verbalisation du verbe. Le message implicite, c'est « pensez ce que vous voulez, pouvu que vous ne le disiez pas ». Et, très logiquement, tout cela est en train de produire l'inverse de ce qui était espéré : parmi nos concitoyens, les moins faciles à inhiber non seulement disent, mais passent à l'acte ; certains par exaspération, certains par certitude d'impunité. Le rêve d'éduquer les masses au « vivre ensemble » se heurte à de dures réalités.

Bien sûr, nous aimerions nous épanouir dans un monde où personne n'agresserait quiconque avec des propos malvenus. Mais ce que je trouve inquiétant, ce ne sont pas tant les propos que les faits. Je n'ai pas besoin qu'un homme me crible d'allusions condamnables pour décrypter un regard libidineux ou une attitude machiste ; et j'en fais mon affaire. En revanche, l'heure approche où je ne serai plus capable de me défendre en cas d'agression physique. En pareil cas, la réaction de la société sera-t-elle à la hauteur ? J'en doute.


Mise en balance

Mais, haut les cœurs ! tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (celui de Pangloss, pas de Huxley) : bientôt, on sera peut-être passible d'une amende pour avoir dit affectueusement « viens par là, mon gros ». Est-ce que les personnes en surpoids en seront mieux considérées ? Non, car seule l'éducation (au sens général) peut parvenir à ce résultat. Entre mille exemples : l'effet en termes d'image de Pénélope Garcia, de la série Esprits criminels, est sans commune mesure avec les sermons du genre « critiquer les obèses, c'est mal ».

La répression sociale ou pénale des dérapages inhibe peut-être l'expression de propos discriminatoires, mais en entraînant des rancœurs contre-productives. De mon côté, je préfère que les butors et les salauds s'expriment au grand jour, afin de pouvoir leur répondre ou les traiter par le mépris qu'ils méritent. Ce que je déteste dans la tyrannie de la bien-pensance, c'est qu'elle prétend se substituer à la pensée elle-même, à l'exercice du discernement par chaque individu. Non seulement chez l'agresseur, qu'elle infantilise au lieu de le responsabiliser, mais chez la victime, qu'elle dépossède de ses propres réactions. Dormez, braves gens, la censure veille et vous n'aurez qu'à porter plainte…

Voyons les choses en face : malgré le bisounoursisme et sa tentative symbolique d'épuration langagière, nous vivons encore dans une société où l'antisémitisme, le racisme, la xénophobie, l'homophobie, la misogynie, l'intolérance religieuse sont monnaie courante, qu'on le veuille ou non. Les préjugés, la malveillance, la bassesse et tout simplement la connerie sont là, tout autour de nous, loin d'être exceptionnels dans la nature humaine. Bien des gens n'aiment pas les gros, les vieux, les jeunes, les blondes, les « binoclards », les handicapés mentaux, tout ce qui défrise leur vision personnelle de l'ordre des choses.

Sans doute qu'une partie des intellectuels ou une certaine catégorie de population, dans leurs réserves urbaines encore situées en Utopie, ne s'en rendent pas clairement compte. Ils s'étonnent de certains durcissements dans l'opinion et ne comprennent pas qu'ils sont aggravés par le recul de la libre parole.


Deux poids, deux mesures

On a remplacé les cours de morale laïque, incitation à la prise de conscience, par de l'instruction civique – avec le piètre résultat auquel on pouvait s'attendre ; et on veut maintenant nous pavloviser, remplacer la réflexion par un réflexe d'inhibition. Peut-être que moins de gens oseront insulter autrui, sous peine d'être regardé de travers ou traduits en justice (les irréductibles oseront encore, et ce sont eux qui représentent un danger ; enfin, passons). Mais ce réflexe conditionné n'incite nullement au recul, à la compassion, à l'empathie. Au contraire, il excite le ressentiment, favorise le rassemblement dans des groupes ou groupuscules où les idées malvenues sont partagées, ressassées, chauffées à blanc… jusqu'au passage à l'acte.

Nous sommes à l'heure des tribunaux débordés, des prisons bondées, d'une société étrangement laxiste où l'on remet en liberté des auteurs multirécidivistes de coups et blessures, où les violences conjugales ou les maltraitances sur mineurs sont rarement ne serait-ce que repérées. Il me paraît cruellement déplacé, ce phénomène parallèle – faussement compensateur – que représente l'inflation hystérique des injonctions à la bien-pensance !

Sans compter qu'elle choisit parfois étrangement ses cibles. On a reproché à Charlie Hebdo ses caricatures provocantes : monstrueuse justification a posteriori d'un massacre, et première étape déshonorante vers une mise au pas des polémistes, humoristes et auteurs de satires ; mais la machine à réprimer les excès reste assez impuissante face à des prédicateurs qui appellent à tuer les Juifs et organiser la dhimmisation des « sous-chiens » (Français de souche). Y aurait-il donc, implicitement, des permis d'intolérance ?

On veut bien comprendre que le but – officiel ; car le trouillomètre des autorités entre aussi dans l'équation –, c'est de « vendre » un système grand, noble, vertueux. Avec une naïveté sidérante, on espère, par la magie de l'exemple, une conversion généralisée à la tolérance. On espère aussi, c'est déjà plus cohérent, limiter les réactions violentes desdits souchiens pour éviter d'en arriver au face à face, comme dirait monsieur Collomb.

D'accord, mais est-ce un bon calcul que de serrer la bride aux uns sans oser freiner les autres ? À ce compte, des barbares pourront bientôt, sans grands risques, brûler un porteur de kippa ou flinguer un ambulancier dans une zone de non droit ; en revanche, quiconque les traitera de sauvages ou les menottera brutalement sera traîné en justice par les coupables, leurs parents ou une association quelconque. Oh, mais… zut, on en est déjà là… Elle est pas belle, notre civilisation exemplaire, si chatouilleuse sur les droits de l'Homme  ?


Malentendus

Une minorité dirigeante (ou influente), même bien intentionnée, ne doit pas imposer sa vision de ce qui convient ou non, jusqu'au point de brider les langues et modeler les pensées. C'est ainsi que procèdent les dictatures. Sans aller jusque là, c'est ainsi que flambent les excès. Ce n'est pas vraiment un hasard si dans nos sociétés aseptisées, lissées ad nauseam, le goût du public pour les jeux violents, les thrillers sanglants et les sensations fortes ne cesse de croître. On peut, à raison, craindre l'étincelle ; mais ce n'est pas en proclamant l'interdiction des briquets qu'on évitera l'incendie.

Un autre aspect du problème, très préoccupant : avec ses constants appels à la tolérance et au respect des différences, la bien-pensance est interprétée par les éléments les plus agressifs de la société, non pas comme un signe de force et de dignité, mais comme un symptôme de faiblesse. Sans doute faut-il avoir vécu à l'étranger et s'être imprégné d'autres civilisations pour s'en rendre compte. Le danger, c'est une montée en puissance des « incivilités » (terme pudique qui inclut jusqu'à des violences physiques), qu'encouragerait implicitement le spectacle d'une société « décadente » rongée par la cupabilisation et pétrifiée par la peur de mal faire.

Ne vous leurrez pas, c'est en cours. D'autant plus vite et sûrement que, par un raffinement de coquetterie aussi touchant que suicidaire, nos démocraties – un système imparfait, mais le plus respectueux des libertés qui soit ou ait jamais été – s'autoflagellent avec constance et s'accusent de tous les maux : invitation supplémentaire à les pourfendre…

En termes plus limpides : d'un côté, on exaspère des citoyens condamnés au silence – à tort ou à raison, le résultat est le même. De l'autre, on incite à l'escalade des fauteurs de trouble qui se croient intouchables ; qui, victimes officielles, se verraient mieux en bourreaux. Après, on s'étonnera qu'un ministre de l'intérieur se défile en prédisant que l'on court au face à face… Pas d'accord ? On en discute ! Il se trouve que c'est un sujet que je connais bien.


La vérité ? Laquelle ?

Dans Élie et l'Apocalypse, je me fais un devoir de ramer à contre-courant. J'aborde les sujets qui fâchent, comme la religion et l'idéologie ; des questions toujours brûlantes comme l'esclavage ou la colonisation ; des thèmes sur lesquels on s'étripe souvent, comme le font les zététiciens pro-science et les fondus d'ésotérisme… Et j'attends de pied ferme les critiques qui pourraient s'ensuivre : je suis prête à débattre, ô combien ! Tout ce que j'espère, c'est ouvrir quelques fenêtres, laisser entrevoir que la vérité n'est jamais monolithique.

Prenons la colonisation, par exemple : terrain mouvant par excellence ! Beaucoup d'idéologues, en leur infinie délicatesse, traitent les descendants d'esclaves et les anciens colonisés comme des enfants épidermiques plutôt que des individus sensés et des nations tournées vers l'avenir ; ils les cantonnent à plaisir dans un rôle peu gratifiant d'éternelles victimes, grattent sans cesse leurs plaies et les invitent à les gratter, empêchant toute catharsis et toute cicatrisation. Instrumentalisation délibérée, condescendance indigne, méconnaissance ? Le résultat est le même : dans un monde qui va très mal, ces doctes irresponsables aggravent les ressentiments et l'incompréhension mutuelle.

On pourrait me soupçonner d'opinions partisanes, mon grand-père ayant possédé une exploitation au Maroc. En chroniquant Les émigrés, inspiré de son histoire, l'auteur-blogueuse Mélanie Talcott a livré une conclusion assez sévère pour le « colon » ; verdict que je respecte et comprends, eu regard à ses convictions. (Profitez-en pour visiter son blog : Mélanie est l'un des rares auteurs et/ou blogueurs qui ont le courage de livrer des chroniques sans concession.)

Dans les années 2000, en France, j'ai rencontré sur un marché un vieil épicier marocain. Par un hasard extraordinaire – comme disent les trois Sages, le hasard n'existe pas 😉 –, il se trouvait être le fils de l'ancien contremaître de mon grand-père. Il m'a raconté tout le bien que sa famille pensait de lui et la façon dont le « colon » avait aidé son père à se mettre à son compte. Mélanie ignorait ce détail, cela va de soi ; ainsi qu'un autre, que j'ai découvert il y a peu : le village construit au Maroc par mon grand-père pour ses ouvriers agricoles porte aujourd'hui son nom, toujours dans les mémoires plus d'un demi-siècle après sa mort.

Telle est la leçon qu'une vie d'aventures à travers monde m'a inculquée, parfois rudement : on n'est jamais en possession de toutes les informations. Jamais. Et si, malgré tout, on applique un peu vite quelque sentence instinctive, on se méprend presque à coup sûr. Voilà pourquoi je m'attache à refuser à mes lecteurs les violons conformistes des idées toutes faites ; au contraire, j'entonne des trompettes qui jouent à tue-tête un tout autre air : il n'y a jamais une seule, mais plusieurs vérités – entre lesquelles, embarras suprême, un tri « moral » est parfois impossible.


Faites votre boulot, lâchez-vous

Amis auteurs, l'autoédition est une grande chance pour la libre expression. Défendons cette dernière comme elle le mérite.

L'écriture inclusive, dont je vous ai parlé dans ce billet, n'est qu'une facette bénigne de la dérive bien-pensante en littérature. Nous avons évoqué récemment un habitué de la grande édition, l'écrivain Marco Koskas, obligé de s'autoéditer parce qu'aucun éditeur ne voulait prendre le risque de publier un ouvage pro-israélien. Et vous avez entendu parler de cet effarant signe des temps : les « sensibility readers » (lecteurs en sensibilité), qui, depuis quelques années, traquent dans les manuscrits absolument tout ce qui pourrait heurter les lecteurs.

Le phénomène se répand à vive allure. Où s'arrêtera-t-il, nom d'un petit bonhomme – sans vouloir offenser les personnes atteintes de nanisme 😇? Quand donc nos sociétés menacées d'uniformisation se rebelleront-elles enfin contre le prêt-à-penser ? Les anthologies de Voltaire, coupable de penchants pro-colonialisme et de préjugés raciaux (comme la quasi-totalité de ses contemporains), ont déjà été expurgées ; à ce compte-là, tous les livres antérieurs au Nouvel Ordre Moral seront un jour frappés d'interdiction.

« À quoi pourra servir demain la littérature, dont une des principales missions est de nous révéler en vérité, et plus qu’aucune enquête sociologique, ce qu’il en est de nos mœurs, de l’évolution de nos mentalités ? » s'interroge l'éditrice Teresa Cremisi, ex-PDG du groupe Flammarion. En effet : folle absurdité que de reprocher aux auteurs du passé leurs idées non conformes à celles du jour ! Un livre reflète la pensée de son temps. Lorsque cette pensée a évolué, faut-il bannir l'ouvrage ? On sent monter la fumée d'innombrables autodafés.

Oui, l'anathème, l'insulte et toute espèce de propos déplacés, c'est très moche. Mais le silence, s'il semble rassurant, peut être plus haineux encore… Museler la libre expression, étouffer certains débats, ce n'est pas seulement occulter l'Histoire ; pas seulement entretenir les braises ; c'est aussi prendre le risque d'annihiler la parole de ceux qui se dresseraient pour contredire les mal-pensants et éclairer leurs ouailles.

Nous autres auteurs touchons, par nos écrits, un public plus ou moins large. Gardons-nous de nous soumettre à l'injonction ambiante. Plutôt que du plat, du mou, du prédigéré dûment estampillé par la censure ; bref, du consensuel insipide et sans risques, publions ce que nous avons à dire, contribuons à la diversité des regards et à la richesse des informations. Le franc-écrire doit être notre règle. Bien sûr, quiconque dépassera vraiment les bornes en paiera le prix en termes de ventes ; du moins, il faut l'espérer. Mais espérons par-dessus tout, car l'enjeu est crucial, que les gens de bonne volonté ne se tairont pas de sitôt.


Excellente lecture et écriture à toutes et à tous !



















dimanche 7 octobre 2018

Autoédition : des pistes pour une démarche "Prokalité"


Me revoici ! Je vous avais promis un récapitulatif de quelques pistes qui permettraient la mise en avant de la qualité littéraire. J'en ai certainement oublié ; n'hésitez pas à contribuer à ce débat crucial en apportant vos remarques en commentaire.

Ces derniers mois, vous m'avez vue adopter un ton polémique pour aborder la question de la qualité. Je voulais en finir avec les débats énergivores qui me faisaient perdre un temps fou sans avancée décisive. Changer de discours m'a permis de commencer à mobiliser des auteurs, blogueurs et lecteurs « Prokalité » las de patauger dans la mare aux grenouilles : première étape indispensable pour qu'une partie de l'indésphère puisse prendre son destin en main.

Dans leur résistance au concept de qualité, les « Toussevô » exhibent souvent l'argument suivant : « la qualité d'un livre, c'est affaire de goûts, c'est subjectif. » Il serait donc impossible de démêler le « bon » du « mauvais » en matière de littérature ! C'est pourtant ce qu'ont fait depuis toujours les acteurs du monde du livre (lecteurs, éditeurs, libraires et critiques littéraires) ; et ce que font encore les éditeurs, même les plus critiquables en matière de qualité, lorsqu'ils jettent directement au rebut tous les manuscrits illisibles.

Cela étant dit, il conviendrait, avant toute chose, de…


S'entendre sur la définition de la qualité


Affaire en cours dans un groupe secret où j'œuvre à regrouper des auteurs « Prokalité ». Comme on pouvait s'en douter, la question n'est pas du tout simple !


► Qualité de présentation

Si par « qualité », on décide de désigner simplement les caractéristiques d'un livre présenté de façon impeccable, plusieurs facteurs peuvent être pris en considération :

● Les fautes d'orthographe, de syntaxe, de conjugaison.

Gardons à l'esprit qu'il est impossible de les expurger à 100 % : même aux temps glorieux de la grande édition, un livre sans coquilles était rarissime, peut-être même inexistant. Partant de là, à partir de quel niveau de « perfection » pourrait-on accoler la qualification « qualité littéraire » ? Question à trancher !

● La mise en page : respect des règles typographiques, texte justifié, césures correctes…

● Pour les livres imprimés, la mise en pages : numérotation, marges, respect des règles en la matière.

● Autres caractéristiques, comme la présence d'un sommaire, fortement recommandée.

J'en profite pour rappeler que si vous voulez insérer la liste des chapitres, KDP exige pour les ebooks qu'il s'agisse d'un sommaire (liste en début de livre) et non d'une table des matières (liste en fin de livre, de rigueur pour le format imprimé). Pour l'excellente raison que certains petits malins utilisaient ce procédé pour inciter le lecteur à aller consulter les dernières pages, et donc toucher des redevances KENPC sur l'ouvrage entier, même s'il n'était pas lu jusqu'au bout. Oui, le diable se niche sans les détails…

● Enfin, comment pourrait-on ne pas faire mention de la couverture ? Une couverture bâclée participe à donner une mauvaise image d'un livre, et de l'indésphère en général. On voit à quel point, hélas, en explorant Les bousins de l'autoédition.

N'empêche qu'un auteur talentueux peut très bien avoir écrit un superbe livre et avoir un goût détestable en matière de couvertures. Ou être rigoureusement incapable de bricoler une couverture décente, et ne pas avoir les moyens de la faire réaliser par un pro. Mes premières couv en autoédition faisaient pitié… Bref, là encore, il y a matière à discussion avant le choix final !


Devant le consternant raz-de-marée des livres « ni faits ni à faire » sur les plateformes, on a très envie de mettre en avant ceux qui, au moins, ont fait l'objet d'un travail soigneux de présentation. Les auteurs qui consentent cet effort, soit par eux-mêmes, soit en recourant à des prestataires, méritent une forme de reconnaissance.

Cela dit, on voit se profiler les limites de cette première définition de la qualité : un livre peut être impeccablement présenté, tout en étant médiocre, voire très mauvais. Et cela pose un problème. Par exemple, si un auteur a les moyens de rémunérer un correcteur, un graphiste et un spécialiste de la mise en pages, son livre pourra faire bonne impression à première vue, sans pour autant aider l'indésphère à gommer sa réputation de ghetto pour scribouilleurs ratés, puisque le contenu décevra les lecteurs un tant soit peu exigeants.


► Qualité d'écriture.

Là, nous passons à un autre niveau d'évaluation, où la qualité peut être définie selon des critères d'absence :

● Absence de fautes de temps (à distinguer des fautes de conjugaison : voir, par exemple, ce billet).

● Absence de défauts de construction : longueurs ou, au contraire, développements insuffisants ; découpage illogique ; mauvais choix de narration…

● Absence d'invraisemblances ou incohérences.

● Absence de lourdeurs et de maladresses.

● Absence de stéréotypes, clichés, lieux communs…

Encore une fois, il s'agit là de critères objectifs, n'en déplaise aux Toussevô.

En soumettant la production indé au filtre de ces critères, on pourrait déjà la diviser en deux catégories : ce qui peut satisfaire des lecteurs peu exigeants, mais ne relève pas de la littérature, et ce qui peut être lu avec plaisir par des lecteurs exigeants.
À ce stade, tout le monde se rend compte que la littérature industrielle n'est pas sûre de passer l'épreuve haut la main, c'est le moins que l'on puisse dire…

Le test « qualité d'écriture » aboutirait donc à la constitution de 2 listes distinctes :

● D'une part, les ouvrages entre « passable » et « correct, sans plus ».

Cette catégorie contiendrait, pour l'essentiel, ce que j'ai coutume d'appeler la littérature de loisirs : correctement rédigée et souvent très populaire, mais dont ne sortiront pas les grands écrivains de demain. 


Dans l'édition, ce type d'ouvrages est – parfois, volontairement – grevé de stéréotypes et autres défauts d'écriture : le but est de produire vite et à peu de frais ; sans compter que le lectorat-cible est réputé peu exigeant. La romance bas de gamme en fait partie, mais elle n'est pas la seule, loin de là ! Pas mal d'auteurs connus, y compris à prétentions littéraires, ne se donnent plus aucun mal pour rédiger leur copie (si tant est qu'ils l'aient jamais fait : certains n'ont été publiés que par la grâce du copinage ou/et en raison d'un sujet sulfureux.)

De son côté, l'indésphère trouve avantage à attirer un lectorat peu ou moyennement exigeant – qui, par définition, est d'ailleurs le plus enclin à s'y fournir sans préjugés.
Il s'ensuit que si les lecteurs pouvaient être dirigés en masse vers une sélection d'ouvrages indés « grand public » ET bien écrits, ce serait déjà un énorme pas vers la reconnaissance de l'autoédition.

● D'autre part, ce qu'il est convenu d'appeler « littérature » au sens propre, et qui relève de la catégorie suivante :


 Qualité littéraire.

Il est évident qu'une démarche de promotion de la qualité ne pourrait faire l'impasse sur ce critère de sélection. C'est celui qui :

● Est censé motiver le choix, par les éditeurs, des manuscrits à publier.

● A conduit le monde du livre à créer des prix pour récompenser l'excellence littéraire.

● Est évalué par les critiques.

Tout cela, bien sûr, souffre d'exceptions qui sautent aux yeux
L'éloge de la qualité a longtemps été plus théorique que réel, lorsque l'académisme étouffait toute créativité ; il en est de même à l'heure actuelle, où des coteries germanopratines s'entrelouangent abusivement, en même temps qu'une politique éditoriale mercantile et médiocratique prend le pas sur la recherche de talents.
Mais on ne peut nier qu'entretemps, la mise en avant de la qualité littéraire a fait les beaux jours de la grande édition. Et cela perdure chez des éditeurs indépendants amoureux de leur métier.

On m'objectera aussi que le critère « qualité littéraire » est des plus subjectifs. En effet ! Toutefois, si des générations de comités de lecture, de grands critiques et de jurés de prix fameux ont été capables de sélectionner, à quelques complaisances ou règlements de comptes près, une littérature digne de passer à la postérité, on voit mal pourquoi l'indésphère ne se donnerait pas pour but d'en faire autant à son niveau.
Au contraire, je dirais qu'elle est encore plus à même de réussir : malgré ses défauts déjà installés (l'humain étant ce qu'il est…), c'est une communauté neuve, donc non sclérosée ; sans systèmes ni hiérarchies, donc peu sensible aux pressions internes ; décloisonnée, donc capable de se fédérer à volonté ; enthousiaste, créative ; et qui a tout à prouver.


Comment s'entendre sur des critères de sélection subjectifs ? Eh bien, justement, en ne s'entendant pas a priori, en restant ouverts ! En matière de qualité littéraire, il ne faut pas définir un « bon roman » type ; il faut, au contraire, multiplier les prix et les jurés d'horizons différents – de façon à couvrir tout le champ, non seulement des genres et des styles, mais aussi des goûts et des sensibilités…

… À condition, bien sûr, de ne pas se contenter de laisser proliférer des prix de tout et n'importe quoi, avec des jurys incompétents qui couronneraient des livres ineptes ou bourrés de fautes. Il en fleurira, de ces prix sans légitimité véritable, on ne pourra l'éviter ; mais si l'autoédition veut redorer son blason, elle devra par ailleurs donner sa caution officielle à quelques prix présentant des garanties de sérieux et d'objectivité, grâce à des jurés pourvus d'un solide bagage littéraire et d'une compétence indiscutable.

Pour rassurer les sceptiques sur la possibilité de tomber plus ou moins d'accord sur une sélection représentative, rappelons que le choix peut se faire par élimination. Tous les lecteurs n'ont pas la même conception de ce qu'est la qualité littéraire (on aime Proust, ou Céline, ou Boris Vian, etc ; en dehors des circuits professionnels, rares sont ceux capables d'identifier la qualité comme telle, quel que soit le genre, le style et le contenu). Cependant, on s'aperçoit que la plupart s'entendent assez facilement sur la définition de ce qui n'est « pas bon » ou présente des défauts rédhibitoires.


Nous venons de le voir, la notion de qualité recouvre plusieurs conceptions, très différentes. En promouvoir une seule serait contre-productif. Il faudrait donc veiller à ce soient mis en avant de façon séparée et clairement identifiable :

● Les ouvrages bien présentés, indépendamment de leur contenu.

● Les ouvrages de bonne qualité « grand public » sans prétention littéraire, et les ouvrages à prétention littéraire… eh bien, disons moyens, mais pas indignes pour autant.
(Deux catégories ou une seule, à décider. Comme il est préférable de faire simple, j'ai tendance à penser que le genre pourrait suffire à les différencier ; mais je me trompe peut-être.)

● Les ouvrages de qualité littéraire au sens propre du terme, c'est-à-dire remarquables par leur style, leur originalité et/ou l'intérêt de leur contenu.

Oui, cela revient plus ou moins à un concept de label. Cependant, il n'est pas nécessaire de le mentionner sur la couverture des ouvrages, bien que cette éventualité ne soit pas dénuée d'intérêt (il faudrait cependant pouvoir déceler et sanctionner d'éventuels abus : des auteurs qui s'apposeraient un label non mérité). Le but est plutôt de constituer des listes. Pour servir de base à la communication Prokalité, dans un premier temps, et aussi en vue de l'étiquetage des ouvrages dans un futur site-vitrine officiel de l'autoédition de qualité.


Passons maintenant aux autres aspects de la démarche pro-qualité.


Désigner des référents qui aideront à rassembler les Prokalité

Plutôt que d'attendre indéfiniment un consensus dans l'indésphère, j'ai pris l'initiative de commencer à rassembler les auteurs, lecteurs et blogueurs soucieux de qualité. Il en sortira forcément des volontaires.

Ceux-ci pourront alors, dans leurs domaines respectifs :


Fédérer les auteurs Prokalité

Il est important de recenser aussi largement que possible les auteurs qui publient des ouvrages de bonne qualité, et de les lister dans les différentes catégories définies plus haut.

Concernés dès l'origine par la volonté de promouvoir la qualité, ces auteurs seront naturellement le moteur de toute l'opération.

● Leur implication permettra d'avancer, de dynamiser la démarche.

● Ils pourront à leur tour recenser les blogueurs et lecteurs Prokalité qu'ils connaissent.

● Leurs ouvrages permettront de constituer une première « vitrine » de l'autoédition pour chaque catégorie.


Lister les blogueurs Prokalité

Il s'agirait d'une étape très importante à plusieurs égards. Ces blogueurs seraient en mesure de :

● Permettre aux auteurs Prokalité de devenir plus visibles.

● Constituer de futurs jurys pour des prix littéraires.

● Communiquer sur leurs blogs à propos de la démarche qualité et, par là même, contribuer à revaloriser l'autoédition auprès du public et du monde du livre.


Regrouper des lecteurs exigeants

Les lecteurs constituent le soutien naturel des auteurs, c'est presque une lapalissade. Mais la tendance de ces derniers à garder jalousement leurs lecteurs pour eux-mêmes limite la possibilité de faire des lecteurs Prokalité une force de frappe efficace dans la démarche de revalorisation de l'indésphère.
Amis auteurs, je voudrais vous rappeler deux points :

● Il faut à tout prix sortir de la ronde « je te lis-tu me lis » où les auteurs s'adressent presque exclusivement aux autres auteurs.

Certes, de nos jours, la plupart des lecteurs assidus s'essaient tôt ou tard à l'autoédition, ce qui tend à élargir le cercle ; certes, être lu par ses pairs est plus facile, puisque nous nous fréquentons assidûment sur les réseaux sociaux ; il faut reconnaître que cela rapporte aussi davantage de commentaires, parce que l'échange est presque toujours de mise, et parce que les auteurs comprennent mieux que quiconque l'importance de ces commentaires…

Seulement, même si cela peut aider un auteur qui débute en autoédition, ce n'est pas une solution d'avenir. D'abord, cela aggrave le phénomène délétère des commentaires de complaisance. Ensuite, un auteur, par définition, n'est pas voué à faire votre promotion comme le ferait un lecteur « fan » de vos ouvrages. Il se fendra d'un commentaire, peut-être d'une chronique ; et se consacrera ensuite à ses propres ouvrages, c'est bien normal.

Ce dont nous aurions besoin désormais, c'est moins de compliments amicaux – voire, dans certains cas, intéressés –, que de « vrais » lecteurs, extérieurs à nos cercles !

● Les lecteurs-blogueurs, eux non plus, ne disposent pas d'assez de loisirs pour les besoins de chaque auteur : ils ont leur blog à tenir, tâche très chronophage ; ils sont submergés de sollicitations – dont les SP de maisons d'édition, à traiter dans un délai incompressible ; et ils lisent à un rythme si effréné que beaucoup d'entre eux n'ont pas le temps de livrer des chroniques vraiment approfondies. Ni, dans la foulée, de s'intéresser à tous les ouvrages d'un auteur, même s'il compte parmi leurs préférés.

Nous devons une immense reconnaissance aux blogueurs pour leur travail, leur rôle prééminent de mise en avant des ouvrages autoédités. Ils nous sont indispensables et certains seront des partenaires tout désignés de la démarque qualitative, par exemple en tant que jurés de prix littéraires.

Avec leur aide, il faut à présent songer à conquérir un autre type de lectorat, plus disponible : de « simples » lecteurs qui auront tout le loisir de nous lire et de parler de nos ouvrages autour d'eux. C'est précisément ce qui fait la force de la romance : drainer des milliers de lectrices enthousiastes, ni auteurs ni blogueuses, qui « roulent » pour leurs auteurs favoris, en font la promotion, communiquent à fond, les défendent, bref, se mobilisent.


Fonder un premier comité de lecture objectif et éclectique…

Formé d'auteurs, blogueurs, lecteurs, correcteurs Prokalité aux goûts variés et aux compétences certaines. Au départ, peu importe qu'ils soient très peu nombreux : mieux vaut commencer modestement et faire boule de neige, qu'attendre une mobilisation incertaine.

Le but serait d'estampiller (catégoriser) une première fournée d'ouvrages pour lancer la machine, puis, petit à petit, d'élargir cette « labellisation » au plus de livres possibles.


… Et appliquer le principe : l'union fait l'audience

Au départ, le comité de lecture pourrait se charger de mettre en avant les ouvrages sélectionnés. Dans la mesure où tous les auteurs et blogueurs du comité s'attelleraient à promouvoir largement chaque ouvrage au fur et à mesure de la sélection, l'effet de démultiplication serait déjà très appréciable, par rapport à la promotion effectuée isolément par chacun des auteurs.

Cette démarche nécessiterait un certain altruisme que l'on voit déjà à l'œuvre entre auteurs, même sans espoir de retour. Systématiser de telles actions, les amplifier en faisant en sorte qu'un certain nombre d'auteur et blogueurs fassent simultanément la promotion d'un seul ouvrage à la fois, constituerait un premier pas, convivial et assez facile à mettre en œuvre, vers une future vitrine de l'autoédition de qualité.


Mettre en avant les publications de qualité

Là aussi, mieux vaut un premier pas facile à organiser, plutôt que de repousser aux calendes grecques la création d'un site plus sophistiqué. On en voit fleurir, des sites magnifiques, ambitieux… mais qui échouent à convaincre. Si l'on ne peut faire les deux à la fois, il faut miser sur la compétence des intervenants, sur l'organisation de l'action, sur une réelle promotion de la qualité, avant de songer à la façade.

Un blog commun Prokalité, alimenté et promu par des auteurs et blogueurs attachés à la même cause, pourrait présenter des chroniques sur les livres sélectionnés et communiquer avec force sur la démarche qualitative.


Faire évoluer le goût des lecteurs

A contrario, on peut imaginer un blog commun et des blogs partenaires où l'on critiquerait des daubes avérées – sans méchanceté, bien entendu, mais avec humour et compétence.

Il faut admettre que la satire et la polémique font parfois davantage progresser une cause que la « discrimination positive ». Et puis, je crois au rôle formateur de la bonne critique, intelligente, bienveillante, solidement argumentée. Alors, pourquoi pas ?

Le but d'une telle initiative serait de faire réfléchir auteurs et lecteurs, de leur faire prendre conscience de certains défauts d'écriture « hénaurmes ». Cela nécessiterait du tact en même temps que de l'audace… Des auteurs de bonne volonté s'y exercent dans un autre de mes groupes secrets. Expérience à suivre !


Recenser les ouvrages prometteurs qui nécessitent un travail de finition

Il s'agirait là d'un finalité qui m'importe beaucoup : à terme, s'organiser pour proposer, aux auteurs d'ouvrages inaboutis, une aide bénévole et/ou des tarifs négociés auprès de correcteurs pro.

J'avais mis en place l'un et l'autre de ces services dans l'association à but non lucratif « L'écurie littéraire » dont je m'occupais en 2012-2013: c'est donc tout à fait faisable.


Et ensuite ?

De nombreuses pistes restent à explorer : labels à proprement parler, salons Prokalité, partenariats avec des libraires, approche des médias… et un jour, peut-être, un site de redirection comme évoqué dans plusieurs de mes billets, notamment celui-ci ou celui-là.

Voilà, mes ami(e)s ! J'espère que cette petite réflexion vous sera profitable. J'apporterai mon soutien à toute démarche sérieuse pilotée par des personnes compétentes en matière littéraire.

Excellentes lecture et écriture à toutes et à tous !