Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/editionsimaj et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

dimanche 11 juin 2017

Auteur indépendant : bonheur et frustration.




Transfuge de l'édition tradi, j'ai coutume de me proclamer très heureuse de mon sort d'auteur désormais libre.
Oui, mais je suis aussi profondément frustrée.
Alors je me pose la question – et puisqu'on me dit généreuse, je vous en fais profiter 😜:

Le vrai bonheur existe-t-il pour les auteurs indépendants, c'est-à-dire autoédités ?



Pour commencer, mettons les choses au point : l'édition tradi ne rend pas plus heureux. Demandez donc à Nila Kazar !
Petit rappel à l'intention de ceux qui n'ont pas lu nos billets sur le sujet :

Le processus de sélection, d'une longueur décourageante, ne repose pas sur des critères universels et parfaits. Les nécessités d'ordre commercial, la ligne éditoriale des collections, des motifs stratégiques, des règlements de compte ou au contraire des alliances ou des préférences, et bien sûr l'humeur des membres des comités de lecture (qui ne sont pas composés de dieux de l'Olympe, mais d'être humains avec leur lot de migraines, d'a priori et même de pulsions misanthropiques), interfèrent sur les choix d'édition, voire les motivent dès le départ.

Aucune décision ne vous appartient plus – pas seulement concernant la couverture, mais même quant au contenu. Vous vous retrouvez assujetti aux décisions de tiers qui, certes, ont de l'expérience, mais pas forcément raison.
Le fait qu'ils ont sélectionné votre « bébé » ne signifie pas qu'ils partagent à cent pour cent votre point de vue à son sujet. Ils ont leurs propres attentes, fantasmes et connaissance du marché. La plupart du temps, ils vous feront modifier votre ouvrage de façon plus ou moins importante ; souvent, ils le feront même réécrire par un tiers (comme votre humble servante).

Après quoi l'on vous dira qui rencontrer, à quelle séance de dédicaces vous rendre, à quel salon. Pas question de vous dérober ; vous êtes en représentation, et soyons clairs : c'est « la maison » que vous représentez, bien avant vous-même. Gare aux impairs.

Bref, vous aurez perdu votre « autodétermination ». Or, ce mot qui préoccupe si fort les peuples et les nations préoccupe aussi les auteurs, sans quoi l'autoédition n'aurait pas le vent en poupe – y compris chez les « élus » de l'édition.

Enfin, sauf exception, ne croyez pas que votre livre sera affiché dans le métro, ni que vous serez exposé en librairie le temps nécessaire pour vous y faire de fidèles lecteurs. Le turn-over est endiablé, et 3 semaines d'exposition (le plus souvent en bas de rayon) représentent un bon score. Au final, vous aurez le plus souvent vendu bien peu de livres. Moyenne nationale : 300 exemplaires. Vous pourrez peut-être vous targuer d'être un auteur édité, mais vous resterez un inconnu. Alors tout ça pour ça ?



J'ai déjà exprimé à maintes reprises ce qui précède, ce n'est pas nouveau et ce n'est même pas le fond du problème. Car, soyons objectifs, l'édition tradi ne rend (normalement) pas malheureux non plus.

Il y a de – rares – auteurs qui sortent vraiment de l'ombre grâce à elle. Et la publication de livres, c'est un peu comme le loto ; beaucoup d'auteurs s'y lancent en espérant être l'exception statistique, le numéro gagnant. Alors ce n'est pas moi qui voudrais vous empêcher de rêver : la chance vous sourira peut-être.

En outre, la tutelle d'un éditeur, père et mère à la fois – c'est très freudien, le rapport auteur-éditeur, je vous préviens – a d'autres avantages, et heureusement : elle vous décharge des décisions stratégiques, des tâches techniques et administratives ; une équipe vous soutient, vous conseille (qui n'a besoin de progresser ? En écriture, on évolue à tout âge), vous raisonne, vous présente à des contacts utiles ; c'est la meilleure option quand on est sujet aux états d'âme, ou quand on redoute l'isolement. 
Hypersensibles par nature et souvent assez imperméables aux contigences pratiques, les auteurs peuvent s'en trouver extrêmement bien. À condition de choisir un « bon » éditeur et d'être choisi par lui, ce qui nous ramènerait à d'autres débats.



Revenons au sujet du jour : heureux ou frustré, l'auteur indé ?

L'autoédition entraîne rarement des tirages record (cela arrive néanmoins, et parions que 100 % de ces best-sellers n'auraient été retenus par aucune maison d'édition).

En ce qui me concerne, le problème ne se situe pas réellement au niveau des ventes, même si, comme l'immense majorité des indés, j'écoule fort peu d'exemplaires. J'en suis bien marrie, parce que je vis désormais sur le montant indécent de l'allocation adulte handicapé, mais c'est ainsi ; et comme beaucoup d'auteurs, je me sens incapable de pratiquer l'intensif labeur/labour permanent auprès des groupes facebook, blogueurs, médias, libraires et salons, nécessaire pour que germe et prospère la réputation d'un indé. Mon état de santé n'est pas seul en cause : j'aurais l'impression de harceler tout ce monde, et le fatalisme l'emporte.

L'autoédition me permet d'être libre et d'écrire ce que je veux, et ça, cela n'a pas de prix. Sur ce plan-là, je suis donc follement heureuse. J'espère qu'il en est de même pour la plupart d'entre vous.

Si les autres veulent bien me permettre un conseil : oubliez le nombre de livres vendus. La vie est courte et l'on ne sait jamais ce que le lendemain vous réserve. Le succès viendra, ou pas ; s'il vient, ce sera en partie grâce à quelque chose qui se ressent très bien dans un livre : la joie d'écrire ; s'il ne vient pas, au moins aurez-vous savouré cette joie en toute liberté.
Sans compter que le grand pied de l'auteur indé, tous vous le diront, c'est le contact direct et sans contraintes avec ses lecteurs. Ils commentent, un échange s'instaure, des liens se créent Le nirvana !

Sur ce plan, le nombre de ventes joue tout de même un certain rôle. Un auteur invisible n'a pas de lecteurs : autant (oui, j'emploie volontairement cette graphie prônée par d'illustres experts, même si d'autres, et l'Académie, ont tranché en faveur d'« au temps ») autant, disais-je, pour le délice des avis positifs et la joie des échanges.
Il y a cependant des auteurs indés qui vendent à tout va, et certains ont l'honneur d'avoir un fan-club. C'est là, chers ami(e)s, qu'intervient ma frustration. Non parce que je n'ai pas de fan-club ; j'ai des amis facebook, auteurs, blogueurs et autres livrolâtres : c'est pareil.

Ah mais, le problème réside dans le « c'est pareil ».

Car le grand avantage d'avoir un éditeur (un bon, encore une fois), c'est que vous trouvez, en lui-même et en son équipe, d'inestimables interlocuteurs. Ils vous comprennent, vous apprécient sans flagornerie, analysent votre œuvre, en parlent avec compétence, la font évaluer par des critiques professionnels qui, même s'ils ne sont plus ce qu'ils étaient (comme je le déplore dans d'autres billets), savent encore disséquer un texte et en distinguer les moindres rouages.

Pour l'ego fragile de l'auteur, tout ce travail sur ses écrits peut être un encens bienvenu, mais aussi bien, une belle gifle. Le plus souvent, il s'agit d'une douche écossaise : chaud-froid-chaud, etc. 
Et c'est là tout l'intérêt. Être compris, mais aussi recadré. Discerner, à travers une foule d'avis éclairés, la façon dont vos idées sont perçues, et déterminer si la forme choisie fonctionne ou non. C'est ainsi que l'on apprend ou perfectionne son métier d'auteur – son art d'écrire, si l'on ne veut pas parler de métier.


En tant qu'indé, l'on ne bénéficie pas, ou guère, de cet entourage fécond.

Un blogueur littéraire est rarement un expert en littérature ; certains auteurs leur reprochent de donner cependant leur avis, et c'est absurde autant qu'injuste. 
Les avis des blogueurs sont des avis de lecteurs, il faut bien en être conscient. Ils ne sont pas obligés de faire ce qu'ils font, seule la passion de la lecture les motive. Leurs chroniques disent s'ils ont aimé ou non, et livrent des ressentis ; ils sont dans leur rôle, celui du témoignage et non de l'analyse. 
Même si certains sont brillants et sagaces, les blog'litt ne sont donc pas des critiques littéraires, et cela ne les empêche pas de nous être infiniment précieux. Un auteur autoédité n'a guère d'autre moyen d'être évalué et de se faire connaître.

Il y a aussi, bien entendu, les commentaires de ses pairs. Mais là, le problème est le même : le plus souvent, eux aussi sont des amateurs. Et ils ont bien autre chose à faire, s'ils veulent sortir de l'ombre, que de se livrer à une analyse en règle des écrits d'autrui.
Il y a des exceptions. Un auteur indé de talent, Didier Betmalle, s'est fait connaître à travers de fins commentaires sur les livres de ses petits camarades : bravo et merci à lui. D'autres auteurs se fendent d'avis qui vont au-delà du simple espoir d'échange de politesses, et argumentent leur commentaire avec brio. Il n'empêche que par rapport aux lecteurs-chroniqueurs, ils ont d'autres chats à fouetter, et qu'il peut être délicat de recevoir des commentaires si, pour une raison ou une autre, l'on ne peut pas lire et commenter en retour.
De mon côté, je chronique peu, en m'efforçant de le faire plus ou moins à la manière d'un critique littéraire. C'est d'ailleurs en partie pour cela que mes chroniques sont rares : cet exercice est chronophage, énergivore et exige un engagement qui va très au-delà du commentaire poli : on émet un jugement, on l'argumente, il faut peser chaque mot et même ainsi, cela peut déplaire.

Quant aux lecteurs en tant que tels, ils sont prisonniers de notre époque : tout va très vite, le temps manque, le stress règne, les contraintes sont légion, compensées par un déferlement de distractions faciles et addictives ; alors on avale une histoire quand on le peut, dans le meilleur des cas on parcourt en diagonale le profil de l'auteur, on zappe nécessairement la plupart de ses déclarations, et ensuite on like, ou quand on est vraiment sympa, on lâche un avis plus ou moins bref. 
Résultat : seulement 1 ou 2 % des lectures se soldent par un commentaire. Pour compléter ce tableau, n'oublions pas que plus de 85 % du lectorat est féminin – et les femmes, il faut bien le dire, sont dans l'ensemble encore plus multitâches et surbookées que les hommes. 
Aussi, lorsque des lecteurs pressés, harassés, trop sollicités, prennent le temps d'exprimer leur enthousiasme ou leurs réserves, nous leur devons reconnaissance. Parce que eux ne nous doivent rien, en dehors d'un moment de lecture – et sur ce plan, ils n'ont que l'embarras du choix.

C'est plus comme avant, ma bonne dame...

Ben oui. Sauf exception, tout cela n'a rien de comparable avec les échanges d'antan, quand les lecteurs avaient le temps de se sentir personnellement concernés par un livre et pas seulement par une histoire ; le temps et le désir de le relire, de se l'approprier, d'en discerner les moindres rouages, de se sentir en communion (ou pas) avec l'auteur. Beaucoup d'entre nous avons fait partie de ces lecteurs qui rêvaient d'entamer une correspondance presque intime avec leur(s) écrivain(s) préféré(s), et parfois réussissaient à le faire. 
Il fut une époque, déjà lointaine, où de telles correspondances duraient une vie entière. Les gens avaient le loisir et le réflexe d'écrire, d'exprimer des idées, de les confronter à celles d'autrui. Ce faisant, on matérialisait par le canal épistolaire la fraternité de pensées qui constitue, me semble-t-il, l'espérance de l'individu et le sel de l'existence.

En tant qu'auteurs, que constate-t-on? La quasi totalité de nos effets de style, nos audaces, nos finesses d'intrigues, nos références culturelles, nos clins d'œil, nos idées même, nos paraboles et les messages que nous souhaitons faire passer, nos convictions sous-jacentes, nos motivations profondes, demeurent aujourd'hui complètement inaperçus. Si de temps en temps un commentaire fait trépider notre cœur en soulevant un point qui sort de l'ordinaire, la plupart des fruits de notre travail assidu ne seront jamais cueillis par quiconque.

C'est vexatoire, pour commencer. Mais dans ce registre-là, il est carrément affreux de constater (et cela, aussi bien dans l'édition tradi) que des auteurs qui n'ont rien à dire, qui se contentent de raconter sans talent des histoires simplistes, en jouant avec cynisme sur des rouages à la Pavlov, ont des milliers, voire des millions de fans. Il n'y a pas lieu d'être jaloux, mais il y a lieu d'être malheureux. Est-ce vraiment cela, le résultat de tant d'efforts de l'humanité toute entière pour démocratiser la culture, cet incomparable ferment émancipateur ?

Le pire, pour l'auteur, est ailleurs que dans l'amertume de ce premier constat. On « se décarcasse », comme dirait Ducros ; et tout cela pour ne presque jamais jouir d'une étincelle de reconnaissance (au sens de : « je t'ai reconnu »). Étincelle qui constitue notre raison de vivre, en tout cas la mienne.

Un livre, c'est une bouteille à la mer, le fragile vaisseau sur lequel nous entassons nos sentiments les plus intimes, nos visions du monde, nos espoirs d'être entendus et compris, de créer un pont entre nous et des inconnus qui, peut-être, entreront en résonance avec notre âme, oui, j'ose le mot.
Et c'est là que je suis frustrée. Infiniment.

Mais bon, que les choses soient claires : je ne retournerais à l'édition tradi pour rien au monde, quels que soient ses atouts et même, parfois, ses vertus. 

Dernière minute : je viens de créer un groupe facebook qui tentera de remédier un tant soit peu à la solitude des auteurs (et des blogueurs, et des lecteurs) sur le plan des échanges, en proposant des débats à thème : Le salon littéraire. Vous y serez les bienvenu(e)s. 

lundi 22 mai 2017




Bonjour mes ami(e)s ! 

Un extrait de mon dernier Apéribook goût Thriller "Une nuit très noire" est disponible gratuitement sur monbestseller.com, ici.

J'en profite pour rappeler que la plupart de mes ouvrages sont en lecture gratuite par le biais des programmes d'abonnement Amazon (bibliothèque de prêt Kindle et bibliothèque Premium) : voir ma page auteur Amazon.

Bonne lecture, merci d'avance pour vos retours, et à très bientôt !


  

vendredi 5 mai 2017

AUTO-RÉÉCRITURE : bis repetita non placent (ne pas trop en faire, suite)




À son tour, ce billet est désormais publié sur le site monBestSeller, ici.

POUR NE PAS SE TROMPER : l'expression " et/ou autres"




Réjouissez-vous, ami(e)s auteurs, pour une fois le billet de ce jour va être très simple et très court. :-)

En littérature comme en journalisme et autres arts de la communication, l'expression et autres/ou autres, justement, se rencontre assez souvent.

Cette petite formule passe-partout évite une énumération fastidieuse – laquelle, de surcroît, obligerait l'auteur à ne rien oublier. 
En effet, imaginez un peu :

À cette cérémonie étaient présents le maire, le député Trucmuche, le président du conseil général, le chef de la police, le directeur du lycée Machin, le capitaine des pompiers, la bibliothécaire (etc, etc, on pourrait continuer longtemps. Et gare à vous si vous oubliez l'un de ces honorables participants).

Il est plus simple et plus prudent d'écrire :  

À cette cérémonie étaient présents le maire, le député Trucmuche, le président du conseil général et autres personnalités de Charbonneaux-les-Mines.


Et/ou autres est donc une expression "ouverte" qui permet d'entamer une énumération pour faire plus vivant, et de la clore par une généralité pour ne pas s'emm avec davantage de détails. 
Autrement dit, c'est un raccourci bien pratique pour un auteur. 

Exemple : 
Une soupe à base de carottes, poireaux et autres.


Si cette expression banale mérite un billet rien que pour elle, c'est parce qu'on lit ou entend très souvent la formulation fautive :

Une soupe à base de carottes, poireaux et autres patates.

Non et non ! Les patates sont priées de retourner s'enterrer dans le potager, d'où elles n'auraient jamais dû sortir. Enfin, pas nommément. Elles auraient dû rester sous-entendues dans "et autres", en compagnie du reste des ingrédients.


Quand on y réfléchit, la faute tombe sous le sens : "et autres patates" impliquerait que les carottes et poireaux précités sont des patates. Même dans la fiction la plus échevelée, rien à faire, ça ne passera pas. :-)


Il n'y a donc que deux formulations correctes.

La formule lapidaire (nous dirons "évasive" parce que ça fait plus élégant, mais dans un ouvrage littéraire elle peut être considérée comme un peu cavalière) :

Une soupe à base de carottes, poireaux et autres.

et celle, plus académique, où "et autres" est suivi d'un nom générique :

Une soupe à base de carottes, poireaux et autres légumes


Dernier point, et après je vous laisse préparer votre weekend :

Et/ou autres peut facultativement s'employer au singulier quand il est suivi d'un terme générique lui-même au singulier (genre, espèce, forme… mais aussi animal, individu, représentant).
En règle générale, les termes précédents sont aussi au singulier.
"Tout(e)" est souvent sous-entendu.

La lutte contre la peste, le choléra ou autre espèce de maladie.

L'entêtement, le déni et autre forme de mauvaise foi.

Une société répressive fustige le poète, le vagabond et (tout) autre individu considéré comme louche.

On craint les frelons, moustiques-tigres ou (tout) autre insecte dangereux.



(Tiens, voilà l'un des nombreux domaines où la réforme de l'orthographe a fait prévaloir la simplicité sur la logique. On écrivait des moustiques tigre (qui ressemblent au tigre – allusion à leurs rayures), de même que "des sans-abri" (qui n'ont pas d'abri). L'application uniforme du pluriel donne à entendre que ces moustiques sont aussi des tigres, et que seules peuvent êtres considérés comme "des sans-abris" les SDF qui ne possèdent pas plusieurs abris... J'en passe et des meilleures. Enfin, j'arrête de râler ; je fais de la résistance en tant qu'auteur, je ne vais pas vous prendre la tête en prime.) 


Finalement je me suis laissée aller à bavarder, comme d'habitude (encore un accord qu'il faudra que j'aborde dans un prochain billet : laissé aller ou laissée aller ? Là encore la réforme a tranché, mais je reste fidèle à la graphie classique, qui a un sens).
Bon, ça suffira pour aujourd'hui ! 

Excellent travail d'écriture à toutes et à tous 



jeudi 27 avril 2017

POUR NE PAS SE TROMPER : "près de" ou "prêt à" ?





Aujourd'hui, mes ami(e)s, nous allons voir de plus près, c'est le cas de le dire, deux expressions souvent confondues : prêt à et près de.


Je ne sais pas si, comme moi, vous avez déjà grincé des dents en lisant (ou entendant) cette faute qui résonne comme la roulette du dentiste : « Elle n'est pas prête de s'arrêter ».
Double aïe ! La bonne formulation, c'est « Elle n'est pas PRÈS DE s'arrêter ».
On pourrait dire à la rigueur « Elle n'est pas prête à s'arrêter » (même si le sens est différent, nous le verrons plus loin) mais en aucun cas « prête de », tonnerre de Brest !
Ça, c'est une formulation très vilaine, rigoureusement interdite. Souvenez-vous-en, mes ami(e)s, je vous en conjure. Jamais de « prêt/prête de », ou bien vous irez rôtir (de votre vivant, en plus) dans l'enfer des écrivains qui se prennent en plein ego des volées de commentaires acerbes sur Amazon. Chose à ne souhaiter à personne, même son pire ennemi.

Double faute, disions-nous.
Pourquoi ? Parce que la phrase « Elle n'est pas près de s'arrêter » veut exprimer que le moment où se produira l'action est éloigné, et non pas que le sujet est prêt à l'action.
Si l'on écrit prête de, il y a donc non seulement faute de syntaxe, mais faute de sens. Double rôtissage en perspective ! Vous comprenez que je sois prête à tout faire pour vous éviter ça.


Bon, si mes affreuses menaces ci-dessus ont été efficaces, vous n'écrirez plus jamais « prêt de », même sous la torture, jusqu'à la fin de votre vie.
Reste à savoir choisir entre « près de » et « prêt à ».
Facile.


« Près de » s'impose lorsqu'il est question de proximité dans le temps ou l'espace, comme dans :
Je ne suis pas près d'accepter.
Il n'est pas près de comprendre.
Elles ne sont pas près de se faire avoir.
Ou dans :
Je suis près du but.
Nous sommes arrivés près de chez moi.
Là, vous êtes très près de la faute.

Pour plus de certitude, il vous suffit de vérifier que « près de »  pourrait être remplacé par « loin de », comme dans :
Il est loin de comprendre
Je suis loin du but
etc.


« Prêt à » s'impose lorsqu'il s'agit de signifier que le sujet est à point pour agir. Il est question d'état approprié pour accomplir une action.
Pour plus de certitude, vérifiez si « prêt à » peut être remplacé par « prêt pour » :
Je ne suis pas prête à faire ce geste = prête pour ce geste.
Elle est prête à partir au bal = prête pour ce départ.
Il est prêt à réussir = prêt pour cette réussite.

Vous pouvez aussi remplacer « prêt à » par « préparé pour », « capable de », « disposé à », « décidé à » :
Ils sont prêts à tout = capables de tout.
Je suis prêt à vous suivre = disposé à le faire.
Nous sommes prêts au combat = décidés à nous battre.
Le char est prêt pour la parade = préparé pour


« Oui mais, me direz-vous avec un petit sourire en coin (si si, je vous imagine très bien), « Je ne suis pas prêt à faire ce geste », c'est aussi « Je suis loin de le faire », alors Elen, quand tu nous dis de remplacer par « loin de » pour déterminer quand il faut écrire « près de », ça ne sert à rien ! »
Comprenons-nous bien :
Si vous avez orthographié « près de » et que vous pouvez le remplacer par « loin de », c'est que votre phrase est correcte.
Pareil si vous avez orthographié « prêt à » et que vous pouvez le remplacer par « prêt pour », « capable de », « disposé à », « décidé à » ou « préparé pour ».
Maintenant, si vous vous demandez comment orthographier (« près de » ou « prêt à » ?), il faut vous interroger sur le sens de votre phrase, et je vous renvoie alors à la différenciation ci-dessus : soit il est question de proximité dans le temps et l'espace (près de), soit il est question d'état approprié pour passer à l'action (prêt à).



Comme vous êtes des petits futés, vous n'allez pas renoncer si facilement. Vous me lancerez donc avec un nouveau petit sourire en coin (et vous avez raison, sourire, c'est bon pour la santé) : « Tu es bien gentille, Elen, mais « Elle est près de craquer » (= elle est près du point de rupture), cela signifie aussi qu'elle 
s'apprête à craquer (= elle est prête pour le faire). Et vlan. Qu'est-ce que tu réponds à ça ? »
Vous n'avez pas tort en l'occurrence, et merci pour votre intervention si avisée : car c'est justement de cette proximité de sens qu'est née la confusion.
On peut dire indifféremment : « Elle est près de craquer » et « Elle est prête à craquer », parce que dans ce cas précis, le sujet est à la fois sur le point d'agir, très proche de l'action donc, et prêt – disposé – à l'accomplir.
Il y a ainsi des phrases où les deux formulations sont valides.



Remarque : je profite de ce débat pour attirer votre attention sur la différence de sens entre deux formes verbales qui ont pourtant la même racine : « s'apprêter » (qui implique une proximité de l'action dans le temps : « on va agir », littéralement « on se prépare en vue d'agir ») est très différent de « on est prêt à agir, préparé à agir » (notion d'état).
« Il est près de risquer sa vie » peut signifier aussi bien « il est en train de frôler la mort » que « il s'apprête à risquer sa vie ».
Dans le second cas, vous pouvez constater que « s'apprêter » signifie « être sur le point de » : on est toujours dans une notion de temps.
Pour exprimer la notion d'état (= il est décidé à risquer sa vie s'il le faut), il faudrait orthographier « prêt à ».

On finit avec quelques illustrations de fameuses différences de sens :
« Elle est près de se marier » (= elle va se marier bientôt) n'a rien à voir avec « Elle est prête à se marier » (= elle est mûre pour le mariage, comme on disait autrefois.)
« Il est près de gagner » signifie que la ligne d'arrivée est proche et que la victoire se profile (ou, au passé, « il était près de gagner » indique que cette victoire n'a tenu qu'à un fil).
Tandis que « Il est prêt à gagner » signifie qu'il est dans des conditions optimales pour gagner, ou décidé à gagner.


En cherchant d'autres exemples que les miens pour conclure, je viens de tomber sur cette innocente question sur le forum www.languefrançaise.net. Je ne la cite pas pour me moquer, mais pour montrer que la plus grande confusion règne sur ce sujet :

« L'adjectif "prêt" s'accord t-il [sic] en genre, dans la phrase suivante:
"Elle n'est pas prête d'y arriver" ou "Elle n'est pas prêt d'y arriver" ?
Je pense qu'il y a accord, mais j'ai un doute...
Par ailleurs, peut-on écrire "Elle n'est pas près d'y arriver", dans le sens "Elle est loin d'y arriver" ? »

Aïe ouille aïe ! Vous avez bien lu : concernant la version doublement incorrecte, l'auteur de la question n'a qu'un petit doute à propos de l'accord. Et s'il évoque l'expression correcte, c'est pour demander si elle est valide... Comme quoi, mieux vaut toujours avoir le courage de demander.

Conclusion : Le message n'est pas près de passer partout, et j'espère au moins que vous, mes ami(e)s, vous sentez maintenant prêts à faire plus aisément la différence. Je file, j'ai un paracétamol à prendre !

samedi 22 avril 2017

POUR NE PAS SE TROMPER : -é ou -er ?



Comme je sens que c'est une urgence, nous poursuivons la série sur les fautes les plus courantes avec cet autre dilemme : -é et -er ?

C'est une faute que l'on rencontre sans cesse sur facebook, et j'avoue que ça pique les yeux. On la rencontre aussi, hélas, dans beaucoup de livres auto-édités.


J'en profite pour donner en passant un petit conseil aux auteurs débutants : profitez des avantages du numérique ; ne vous précipitez pas pour publier des livres brochés. 

Je publie mes écrits sur Amazon depuis 2015, et si je m'abstiens encore de sauter le pas vers le format imprimé, c'est parce que je ne voudrais pas figer sur le papier, sinon couler dans le marbre ^^, les coquilles qui peuvent y subsister malgré mes relectures. 

J'ai pourtant un œil exercé, penserez-vous... Eh bien, ce n'est pas suffisant quand, comme moi, on se relit seul et publie toujours dans l'urgence (j'ai mes raisons, liées à mon état de santé, mais c'est un exemple à ne pas suivre). 

L'œil élude certaines coquilles – pas toujours les mêmes, d'ailleurs : d'où l'obligation de se relire à plusieurs reprises si l'on veut se donner toutes les chances de bien nettoyer son texte. 

L'exercice devra être effectué plusieurs fois à tête reposée, à intervalles assez grands pour avoir toujours un regard neuf ; et cela n'exonère pas de la mesure de prudence qui consiste à se faire si possible relire aussi par plusieurs tiers, expérimentés si ce n'est professionnels.


Pour en revenir au -é ou -er, il s'agit de choisir entre le participe passé et l'infinitif d'un verbe du premier groupe :

« Je suis arrivé », ou « je suis arriver » ?

Tout le monde n'a pas le bon réflexe. 
(Je rappelle qu'en matière d'orthographe, les bons réflexes ne sont pas innés ! À moins que l'on n'applique avec constance les leçons apprises à l'école – trop souvent oubliées, avouons-le –, ils deviennent acquis à force de lectures de qualité. Votre premier outil, auteurs débutants, c'est la lecture...)


La solution ? Très simple. Encore une fois, on va remplacer le verbe du premier groupe par un verbe d'un autre groupe :

« Je suis perdu » ou « Je suis perdre » ?

La réponse saute aux yeux.

La bonne orthographe dans l'exemple fourni n'est donc pas un infinitif (-er), mais un participe passé : -é. 
CQFD.


Comme la vie est bien faite ^^, ça marche aussi dans l'autre sens :

« Je vais dîner » ou « Je vais dîné » ?

Hop ! On tire de notre manche un verbe d'un autre groupe : 

« Je vais venir » ou « Je vais venu » ?

Et voilà, vous savez que cette fois il faut utiliser l'infinitif (-er). 


Voilà, j'ai presque l'impression de vous avoir fait perdre votre temps avec une démonstration aussi courte. Mais elle n'est évidente que pour ceux qui n'ont jamais à se poser cette question du « -é ou -er », ou qui connaissent déjà l'astuce. Quant aux autres, j'espère que ce petit rappel les tirera d'embarras.


P.S. : On m'avise après coup que la notion même d'infinitif tend à se perdre dans les limbes. Snif.

Bon, si vous ne vous souvenez plus de ce qu'est un infinitif, casez un verbe qui ne finit pas par le son 
« é » dans cette phrase:
Il est temps de... (venir, rire, prendre, cuire, vendre, etc).
La forme que prendra votre verbe, c'est l'infinitif. 

Vous pouvez maintenant l'utiliser pour remplacer un verbe du premier groupe, comme vu plus haut. 

Quant à l'infinitif des verbes du premier groupe (manger, râler, brûler, dicter, espérer, etc), c'est précisément celui qui vous pose des problèmes parce si vous ne le distinguez pas à l'oreille du participe passé.
Comment ? C'est quoi, un participe passé ? Misère !
Eh bien, c'est la forme que prend un verbe dans la phrase : Il a... (pris, cuit, vendu, mangé, brûlé, etc), ou dans la phrase : Il est... (venu, sorti, arrivé, etc).

À présent, pardonnez-moi, j'ai un peu la migraine. Je vais me coucher avec mes chats et une poche de glace sur la tête... :-)


Bon travail à toutes et à tous !

POUR NE PAS SE TROMPER : le verbe "s'avérer"



Comme les précédents, cet article se trouve désormais sur le site monbestseller.fr.