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l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

mardi 30 octobre 2012

La culture est-elle une aliénation ?


J'ai eu hier soir sur facebook un échange de vues avec un homme qui considère la culture comme un odieux symptôme d'arrogance bourgeoise. De mon côté, je fais partie de ceux qui au contraire, voient en la culture un outil d'émancipation sociale.

J'ai dit à ce monsieur que je descendais d'instituteurs, « hussards noirs de la République » (hussards parce qu'ils incarnaient l'armée pacifique du Savoir, et noirs à cause de leur blouse de maître d'école) qui s'étaient donné pour mission de donner à chacun son billet pour l'ascenseur social. 
Il s'est alors violemment emporté contre « ces cogneurs aux pratiques brutales perverses » (allusion aux coups de règle sur les doigts, déplorable méthode assortie aux mœurs de l'époque), et s'est réjoui que des camarades aient retrouvé leur ancien instituteur à la retraite pour le faire « déguster »  à titre de vengeance. Sans commentaires...

Visiblement, on ne parlait pas des mêmes instits. Jusqu'à la mort de mes grands-parents, j'ai vu la foule de leurs anciens élèves rendre hommage à leur humanité et leur dévouement. Vertus qui étaient d'ailleurs la moindre des choses, dans l'exercice d'une vocation aussi essentielle que celle d'aider des enfants de classes défavorisées à devenir des hommes et des femmes libres.

À s'entendre traiter de valets de la bourgeoisie, mes aïeux, socialistes militants, doivent se retourner dans leur tombe. Mais les outrances de langage et les postures scandalisées de mon interlocuteur m'ont démontré l'inanité de mes protestations de bonne foi. De toute évidence j'avais affaire à un idéologue, et cette espèce est irréductiblement sectaire.

Je constate que celui-là, prêchant que « l'enseignement des instits, ce n'est qu'un aspect de la culture petite-bourgeoise » se réjouit néanmoins des succès scolaires de sa propre progéniture. On peut s'étonner qu'il cherche à la conduire vers un statut social si nauséabond à ses yeux. Surtout quand il souligne fièrement : « mes enfants font bien la distinction entre le dialecte bourgeois tribal ostracisant de la "bonne langue" (...) et les pratiques langagières spontanées des groupes désavoués, toutes aussi nobles mais qui excluent moins et protègent ». Ouf ! Nous sommes soulagés d'apprendre qu'il a renoncé à les protéger en leur imposant l'argot plutôt que le français, jargon « ostracisant » !

C'est précisément à cause de ma tendresse, de mon admiration pour les jeunes de banlieue qui s'efforcent jour après jour d'échapper à leur condition, que je déplore de tels propos. Voilà un intellectuel, « nanti » par rapport à eux, qui s'offre le luxe de piétiner le socle culturel - passeport pour une meilleure vie - qu'ils s'efforcent vaillamment d'acquérir. Mais j'imagine que notre donneur de leçons n'a jamais vécu en banlieue, parmi ces jeunes.

Facile de prétendre que tous les niveaux de culture se valent, que l'ignorance égale le savoir, et qu'il suffit de proclamer cela pour assurer le bonheur universel. Tous les niveaux ne sont pas égaux devant l'exigence de trouver un emploi, condition première pour contrôler sa vie. Et l'ignorance ne mène qu'à être facilement manipulé par les idéologues et autres charlatans. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que certains font si volontiers l'éloge de l'ignorance...