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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

vendredi 23 novembre 2012

Littérature : l'artiste et l'artisan



Depuis que je hante la blogosphère littéraire, je vois des blogueurs, souvent jeunes (mais pas toujours) s'extasier devant un nouvel ouvrage en le qualifiant de « génial ». Bon, le mot signifie maintenant « c'est excellent, j'ai adoré » (encore un verbe qui a dérivé bien loin de son sens originel). 
Tout de même, cela m'inspire une petite réflexion mélancolique sur la différence entre l'art et l'artisanat - en matière littéraire, car pour le reste je suis incompétente.

On parle souvent d'alchimie pour l'art d'écrire, or l'alchimie était un long processus de laboratoire fondé sur le savoir et la dextérité. Le hasard conduisait à l'échec. Tels les inventeurs, les meilleurs alchimistes recombinaient le fruit de leurs expériences et testaient des voies inédites, mais toujours méthodiquement, comme un artisan s'aventure dans de nouvelles techniques, de nouvelles approches esthétiques. Et là, nous frôlons peut-être l'art - mais l'art procède d'une inspiration indépendante de tout travail, quand l'artisanat, même créatif, repose sur un savoir-faire.

L'art, c'est le don de faire éclore des phrases qui touchent les sens, l'esprit, le cœur et l'âme. On peut évoquer un art de la formule, des « trouvailles », du style au sens artistique du terme - celui qui revisite la langue pour mieux véhiculer l'idée ou l'émotion. Bien au-delà de la simple créativité, ce résultat naît d'un élan qui coule de source, même quand la mise en forme exige du labeur comme en peinture, sculpture ou musique. 
Dans ses formes les plus irrésistibles, cet élan - l'inspiration - mérite le nom de génie. Rimbaud était un génie. Il avait le don de faire comprendre et ressentir des choses nouvelles et bouleversantes, rien qu'en jetant au vent une coulée de mots qui s'agençaient avec autant de naturel que d'évidence.

Nous sommes bien loin de cela s'agissant de « best-sellers » et plus généralement, de livres dits « grand public ». Là, il n'est pas question d'art, encore moins de génie, mais de la réalisation industrielle de produits de grande consommation. 
Dans les pays anglo-saxons, on apprend dès le collège à « fabriquer » un livre-produit. En France, pays d'Art par tradition, c'est plus souvent le fruit du cheminement personnel d'un auteur soucieux d'efficacité. 

En tant qu'auteur qui s'est donné beaucoup de mal pour réécrire son dernier roman dans une forme plus ludique, j'apprécie que l'on respecte ce savoir-faire. D'autant plus que la production estampillée « art littéraire » ne m'inspire plus le même enthousiasme que du temps des Boris Vian, Albert Cohen ou Jean Anouilh (pour ne citer que quelques auteurs parmi tous ceux véritablement géniaux). J'avoue même que le plus souvent, elle me paraît limitée aux élucubrations auto-satisfaites d'une « élite » germanopratine repliée sur son nombril, les uns encensant les autres en un cercle qui n'est pas sans rappeler d'autres pratiques de la même faune. Pas de quoi foncer chez le libraire.

Mais l'édition numérique et le web aidant, les petits éditeurs indépendants se multiplient, et la grande édition elle-même s'empresse avec raison de briguer les faveurs des lecteurs plutôt que de l'intelligentsia parisienne. 
La confection de l'immense majorité des livres est désormais une alchimie au sens artisanal du terme : un patient processus de mise en œuvre qui exige à la fois un bagage de connaissances pratiques, le respect des règles de construction et d'écriture, et souvent de la créativité - même si certains excellents romans se contentent d'appliquer méthodiquement une recette éprouvée.

Le style approprié est l'absence de style-art, c'est-à-dire un langage fluide, simplifié, sans la moindre fantaisie risquant de vous distraire ou vous déconcerter. Le plan est essentiel, car un suspense bien distillé permet d'entraîner le lecteur à courir de page en page - sans trop se poser de questions : la complexité de l'existence provoque un appétit exponentiel pour des ouvrages à gober sans effort. 

Je suis tombée des nues quand j'ai vu pour la première fois des blogueurs déclarer qu'ils lisaient « pour se vider la tête ». Moi qui m'obstinais à lire pour me la remplir ! Je n'adhère pas aux livres creux, ils m'ennuient quel que soit leur rythme ou leur adresse. Mais je comprends la mode actuelle (en phase avec une époque de malbouffe et de malculture) des romans vite concoctés, prédigérés, pas dérangeants. Le livre devient une évasion au Club Med sans complications superflues, et les éditeurs une agence de voyage, vendant des parenthèses dans une réalité morose. Je suis sans doute un peu folle et outrancièrement optimiste de préférer partir à l'aventure, en m'invitant chez l'habitant...

Toutefois je me calme en vieillissant, et me tourne de plus en plus vers le plaisant dépaysement de la littérature fantastique, fût-elle « jeunesse ». J'ai dévoré Harry Potter - un travail remarquable, même si je préfère l'engagement philosophique de Pullman ou l'expertise diplomatico-géopolitique de Robert Jordan. 
Alors, oui aux produits-livres ! Mais des produits pertinents, de qualité, et dont on n'aura pas oublié le contenu dès la sortie médiatique d'un nouveau best-seller éphémère. 

Et surtout, de grâce, que l'on fasse bien la distinction entre production de masse et Art. Sinon, alors que les nouvelles technologies permettent enfin l'avènement d'une infinité d'auteurs pour tous les goûts, y compris les plus rares, le niveau d'exigence baissera si fort que plus personne ne saura apprécier la littérature en tant qu'art, ni même en tant qu'artisanat de qualité. Et pour espérer être lus, tous les auteurs se verront acculés à l'obligation sans fin de faire de la copie bas-de-gamme plutôt que de développer leur propre singularité. Car l'art aussi bien que le bon artisanat, c'est aussi cela : le chant de la singularité...