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l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 8 février 2016

« RÉFORME » DE L'ORTHOGRAPHE : et si le problème était ailleurs ?


Pour parler comme nos jeunes, elle me gave, cette affaire. Oui, grave !... 
Essayons d'y voir plus clair, un angle d'approche après l'autre.
Je vais être un peu longue, alors les impatients pourront sauter directement à la conclusion. :-)



Évolution de la langue : devait-on se précipiter ?

Oui, certaines graphies sont désuètes, voire absurdes. Oui, toute langue évolue ; il est ridicule de le nier, de prétendre s'y opposer ; et je comprends certains esprits logiques qui brûlent de rectifier de vieilles aberrations.

(Tiens, à propos... "Bruler" sans accent circonflexe, ça fait tiède, je trouve. Et "l'abime" manque de profondeur...)

Le français évolue de lui-même, au fil des décennies, des siècles. C'est un phénomène naturel. Décréter qu'il faut tout changer, là, maintenant, c'est aussi vain que présomptueux. Laissons plutôt agir le temps, ce grand maître...

Et si je puis me permettre un petit mouvement d'humeur, je suis beaucoup plus choquée de lire ou d'entendre la façon dont on maltraite notre belle langue dans les médias, la pub etc.



Dans les écoles : un cadeau empoisonné...

Je crois sincèrement que les instituteurs ont mieux et plus urgent à faire que d'imposer les nouvelles règles dans leurs classes. Ils ont assez de problèmes sans en créer de toutes pièces, vous ne croyez pas ?

Concernant les enseignants qui n'approuvent pas cette directive, veut-on vraiment leur envoyer le message « on s'en fiche de ce que vous pensez ? »

Alors, je vous le demande, pourquoi ne pas se contenter de faire œuvre de pédagogie, en expliquant le caractère désuet de certaines exceptions pour préparer les Français à leur abandon progressif, tout en faisant la promotion d'une tolérance totale vis-à-vis de l'une et l'autre graphie ?


Dans la société : l'art de cliver pour pas grand-chose !

Les conséquences seront énormes. Le fossé entre les « Anciens » et les « Modernes », vieux comme le monde, se creusera encore.

Les parents qui tiennent à l'ancienne graphie se sentiront remis en question par le système scolaire, et verront leurs enfants penser ou dire qu'ils ont tort. 
Les familles saignent déjà de nombreuses blessures, fallait-il vraiment ajouter un autre point de désaccord entre générations ?

Dans le monde du travail, les jeunes employeurs ou cadres adeptes de la nouvelle graphie ne seront-ils pas tentés de juger dépassés, incapables d'adaptation, les auteurs de lettres de candidature « ancienne graphie » ?

Et ainsi de suite. Il ne sert à rien de se moquer des personnes qui protestent à l'annonce de cette mesure. Leur réaction signifie tout simplement que ladite mesure est « clivante »...


Question de principe : pourquoi donc passer en force ?

Sur le plan de la légitimité, comme je le répondais à un (fort aimable) partisan du changement de graphie, un ministre est une « tutelle », c'est-à-dire qu'il doit protéger et guider le secteur dont il est en charge, pas déclencher des crises en foulant aux pieds la volonté des opposants.

Est-il légitime d'imposer ces dispositions ? Est-ce juste ? Un droit fondamental de l'être humain est-il en jeu, ou une question de justice, d'égalité ?

Non, au contraire ; on attente à la liberté des gens, puisque, certes, ils pourront toujours pratiquer la graphie ancienne, mais, qu'ils soient parents, formateurs, employés, auteurs..., ils encourront, nous l'avons vu, le risque d'être jugés là-dessus.

Les personnes « coupables » de mal maîtriser les exceptions orthographiques étaient déjà victimes d'un jugement, va-t-on me répliquer. 
Certes. Et maintenant tout le monde sera jugé, qu'il use de l'une ou de l'autre graphie. Le beau progrès que voilà !

Si tant est qu'il ne s'agisse pas d'une simple manœuvre de diversion, comme il en surgit depuis toujours aux heures de grande instabilité sociale - mais ceci est une autre histoire -, imposer aux forceps une mesure non essentielle représente un viol politique, un déni de démocratie, ni plus ni moins.


Question qui fâche : s'agit-il d'une méprise idéologique ?

Il est important d'évoquer la volonté idéologique qui, depuis plus de 25 ans, sous-tend la fameuse « réforme ».

Certains, dans leur générosité, aimeraient éradiquer de force l'orthographe « ancienne », « savante », qui, pensent-ils, permet à une « élite » de prendre de haut les « non-instruits », les jeunes, les personnes d'origine étrangère, etc.
Comme ils se trompent !

Mes grand-parents, en charge d'une école de campagne, en ont vu passer, des jeunes « paysans » - ainsi disait-on à l'époque - qui venaient, au prix d'une longue marche en sabots après la traite du matin, recevoir l'inappréciable don du savoir...
Les complexités de la langue française ne rebutaient pas ces enfants, et tous ont fait, parfois très brillamment, leur chemin dans l'existence.

Ils ont fêté chaque année leurs anciens instituteurs jusqu'à la mort de ces derniers. Jamais je n'en ai entendu aucun exprimer qu'il s'était senti humilié par les exigences de la langue, sous le prétexte qu'il ne la maîtrisait pas « de naissance ». 
Au contraire, conquérir cette maîtrise si ardue les emplissait de fierté.

Autres temps, me dira-t-on... D'accord. Mais je ne croirai jamais, au grand jamais, qu'abaisser la difficulté procède d'une démarche bienveillante envers les défavorisés.

Bien au contraire, c'est un geste condescendant.
C'est le choix de la facilité et de la démagogie.
C'est le parti-pris irresponsable de ne pas se battre de toutes ses forces pour élever le niveau de tous ; et par conséquent, de laisser prospérer, au détriment des humbles, les « nantis » qui ont les moyens d'acquérir un savoir « élitiste » et qui le cultivent entre eux, comme un signe de reconnaissance.


Question qui gêne : et si simplifier nous faisait du tort ?

Celle-là va me valoir les foudres de pas mal de monde, mais je m'en tamponne le coquillard, comme aurait dit un personnage d'Audiard.

Car enfin, au nom de quoi prôner la « simplification », quand on a la moindre idée des capacités cognitives d'un jeune cerveau ?

Pourquoi ne pas, au contraire, ouvrir ses ailes, si je puis dire, en lui permettant de se colleter avec des difficultés qui développeraient le nombre et l'efficacité de ses connexions cérébrales ? 
D'accord, nous ne sommes pas des animaux de laboratoire, mais nul ne peut nier que nous aussi, la difficulté nous rend plus performants.

Performance, un mot que détestent les idéologues ! Mais à moins que l'on n'instaure, d'un coup de baguette magique, un monde régi par des règles 100% différentes, penser efficacement est le seul moyen d'améliorer notre condition humaine – et je ne parle pas seulement d'amélioration matérielle, loin de là.




Pour conclure : le vrai problème est ailleurs...

Car je crains qu'il ne faille attribuer principalement cette pseudo-réforme à la pédanterie dantesque qui, pour le malheur de nos enfants - et donc le nôtre - sévit dans une certaine intelligentsia universitaire, en particulier chez les auteurs de manuels scolaires.

Puisque le prétexte est d'aller vers la simplicité, rappelons-nous « l'ancienne manière » d'enseigner les exceptions - par exemple, concernant l'accent circonflexe, l'inoubliable cime avec son chapeau de neige qui est « tombé dans l'abîme ».

N'était-ce pas plus simple, plus évocateur, plus facile à mémoriser que le jargon abscons dans lequel sont désormais rédigés les manuels ?

(Ne parlons même pas de ce que l'on enseigne aux futurs instituteurs, bombardés de formules à hurler de consternation, comme le tristement célèbre « référentiel bondissant », tellement plus gratifiant pour l'ego de son inventeur qu'un simple... ballon !)

Comment s'étonner de perdre en route une bonne partie des « sujets apprenants », oh pardon, des élèves ?...

Les parents eux-mêmes, quel que soit leur niveau d'études, s'effarent et se découragent devant ce galimatias, beaucoup plus traumatisant qu'une affaire d'accents circonflexes.

C'est peut-être là, plus que dans un arasement forcené des difficultés de la langue française, qu'il faudrait rechercher des marges d'amélioration.