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l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


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jeudi 25 février 2016

UNE VRAIE PORCHERIE !


Aujourd'hui, j'espérais vivre enfin une journée sans stress, mais peine perdue : CET ARTICLE m'a fait sauter au plafond !
Pardonnez-moi d'y répondre très longuement, parce que le sujet l'impose.



Outre le style verbeux et le ton supérieur d'un propos « philosophisant » aussi indigeste que prétentieux, il y a maintes raisons de s'indigner haut et fort à la lecture de cet ignoble faux-plaidoyer.

Pour commencer, il faut savoir que l'auteur, madame Jocelyne Porcher, travaille pour l'INRA, l'Institut National de la Recherche Agronomique, qui soutient bien entendu à fond l'un des piliers de notre économie nationale, l'élevage faussement dit « industriel » (je reviendrai sur ce terme).

Ancienne éleveuse de chevaux de loisirs (à titre personnel et non pour les vendre, je le précise), j'ai lu dans les années 90 d'innombrables brochures de cet organisme. Et j'avais écumé d'indignation en y découvrant un conseil éclairé aux éleveurs de chevaux de boucherie : utiliser en hiver « l'effet accordéon ».

Ce nom musical recouvre une notion ô combien sordide : l'effet accordéon consiste, tenez-vous bien, à économiser le fourrage en laissant tout simplement le cheptel dépérir pendant l'hiver ; puisque, expliquait la brochure, les chevaux possèdent une remarquable capacité à « se rattraper » ensuite au printemps grâce à la pousse de l'herbe, ce qui les rend fin prêts pour l'abattage nonobstant les substantielles économies réalisées précédemment !!!

Sans commentaire... parce que je dirais des choses très désagréables. 
Mais que l'on se rassure, je vais tout de même en dire pas mal.

Bien que sachant, hélas, où madame Porcher veut en venir et pour quel camp elle monte à l'assaut, l'on reste confondu par l'ahurissante mauvaise foi dont elle fait preuve dans l'ensemble de son article.

Notre « sociologue » commence par étayer son raisonnement sur un sophisme : Les défenseurs de la cause animale veulent libérer les animaux du joug humain, or sans animaux l'Homme est fort marri, et sans l'Homme, que deviendraient les malheureux animaux ?...

À en croire dame Porcher, donc, lesdits défenseurs sont au mieux des irresponsables, au pire d'affreux égotistes qui ne cherchent qu'à se faire mousser au dépens de la belle, millénaire, et même sacrée, relation entre l'être humain et son compagnon préféré.

Voilà qui me rappelle l'horrible argument des pro-viande, ou pro-élevage d'animaux de compagnie, qui vous déclarent : « Si on n'élevait pas de chevaux de boucherie (ou : s'il n'y avait pas d'élevages de chiens), certaines races auraient disparu, tu te rends compte !... »

La belle affaire ! Le cheval qui se retrouve dans le couloir de la mort, ou le chiot abandonné peu après Noël, préféreraient sûrement, s'ils avaient le choix, que leur race se soit éteinte bien avant leur naissance. 

C'est par le vécu que je me suis ralliée à la cause animale, aussi je n'ai pas lu les théoriciens que critique Jocelyne Porcher. Mais quand elle écrit pour les ridiculiser :
« Telle qu’elle est traitée, la question des frontières entre « humanité » et « animalité » qui mobilise intellectuels et médias est aporétique. Elle occulte une autre question, beaucoup plus pressante et moins rhétorique, qui est celle des liens entre humains et animaux, celle de la construction de la subjectivité humaine par la relation aux animaux »
j'ai envie d'appeler aux armes.

Car pour quoi se battent-ils, les défenseurs des animaux, sinon pour l'amélioration des liens entre homme et animal, en appelant le premier à porter sur le second un regard plus responsable et compatissant ?
Si ce n'est pas vraiment le cas des penseurs cités par madame Porcher, alors elle a délibérément choisi de mauvais exemples... Mais je n'en crois rien.

« La construction de la subjectivité humaine par la relation aux animaux » 
Aaargh !!! À lui seul, ce genre de vomissure pédantesque fait que l'on brûle d'administrer à l'auteur une correction bien méritée. À la pile à bœufs, pourquoi pas... (D'accord, je ne suis pas fière de cette brusque soif de violence, mais que voulez-vous : c'est un réflexe animal... oh, pardon : un réflexe humain !)

La suite laisse encore plus perplexe. Ou bien madame Porcher, malgré son nom, ne connaît ni les animaux ni les éleveurs, ou bien elle est décidément machiavélique.

« Ils font partie de notre famille, ils sont notre corps et notre âme même » 
Re-Aaargh !!! Mais où a-t-elle vu jouer cela ? Qu'elle aille donc observer des exploitations ! J'ai passé la plus grande partie de ma vie à la campagne, j'ai arpenté des dizaines de marchés aux bestiaux pour acheter des chevaux ; je connais la terrible réalité. Dans ce monde-là, les animaux, tout le monde s'en contrefiche, à de rarissimes exceptions - que, d'ailleurs, je suppose sans les avoir jamais rencontrées.

Pour commencer, soyons clairs : ce ne sont pas les industriels qui ont dépossédé les agriculteurs d'un savoir-faire respectueux en matière d'élevage, mais les agriculteurs eux-mêmes qui sont passés à l'élevage intensif par appât du gain. Qu'ils n'aient peut-être pas eu le choix pour sauver leurs exploitations, c'est un autre débat.

Je respecte les agriculteurs, j'ai des amis parmi eux. Mais ils ont bon dos, les « industriels » qui incarnent un capitalisme déshumanisé auquel tous les maux seraient imputables ! En l'occurrence, l'élevage dit « industriel », il est l'œuvre de la filière agricole, pas du grand capital. Ce sont des hommes, des braves « paysans de chez nous », pas des « actionnaires », qui ont jugé bon de caser des centaines, voire des milliers d'animaux dans des espaces concentrationnaires, afin de doper le rendement et leur profit. Hé oui ; là encore, c'est la nature humaine !

Un autre sophisme utilisé par Jocelyne Porcher : dans ces élevages concentrationnaires, on traite l'animal comme un produit, c'est mal, reconnaît-elle, et cela prouverait à ses yeux qu'il ne faut surtout pas dissocier l'animal de l'Homme !...
Bon sang (si j'ose dire), de qui se moque-t-on ??? 

Malhonnêteté suprême, madame Porcher feint de constater que le traitement inhumain réservé aux animaux en cas d'épizootie confirme une dislocation du lien entre humain et animal.
Sous-entendu : dislocation imputable à ces penseurs déviants qui, en exigeant la reconnaissance de l'animalité, voudraient « établir une frontière entre humanité et animalité ».
Sous-sous-entendu : lesdits penseurs seraient en fait à la solde du système existant, et ils pousseraient au divorce entre l'Homme et l'animal pour que les choses puissent continuer en l'état...

Alors là, c'est le pompon ! Madame Porcher qui, elle, travaille effectivement pour le système en place - l'élevage de masse représentant de colossaux intérêts économiques -, accuse les défenseurs de la cause animale de faire le jeu de ce même système en voulant éloigner l'homme de l'animal !!
Je suis tentée d'applaudir, comme au cirque. Bien joué. Very clever. Avez-vous d'autres tours de ce genre dans votre sac à malice, chère madame ?

Oui-da :
« Travailler avec les animaux, cela veut dire produire, mais cela veut dire aussi vivre ensemble, se construire, s’épanouir. » 
Re-re-Aaaargh ! QUI se construit, QUI s'épanouit, nom d'un chien ? Certainement pas l'animal. « VIVRE ENSEMBLE » ! Ben voyons !

Toute salariée de l'INRA que vous soyez, madame Porcher, vous êtes sociologue, et non une « citoyenne de la ruralité ». Avez-vous jamais quitté votre bureau douillet pour mettre les pieds dans une cour de ferme ? Avez-vous vu tuer un cochon, ou visité un site de production d’œufs en batterie ? 
Mais nous y reviendrons.

Autre morceau de bravoure :
« Cela veut dire accepter de les transformer, mais accepter également d’être transformé par eux. »
Donnant-donnant, bonnes gens ! Les animaux seront gagnants. On les transforme en salami, ils ont l'insigne honneur de transformer leurs éleveurs en... en quoi, au fait ? Pas en personnes meilleures, en tout cas ; ça, c'est sûr.

Après quoi Jocelyne Porcher resserre le tir, accusant les penseurs et journalistes précités de travailler non par amour, pour l'amélioration du sort de l'animal, mais pour rendre service à un obscur lobby, lequel trouverait plus pratique de faire son beurre, si j'ose dire, avec du lait de soja « délocalisable » qu'avec du steak bien de chez nous.

Je ne sais pas si c'est pure mauvaise foi, là encore, ou si réellement certains penseurs ne sont pas totalement irréprochables. J'ai mon idée, mais on pourrait m'accuser d'être partiale... :-)

Quoi qu'il en soit, le problème est ailleurs. On en revient au sempiternel, mais toujours aussi absurde « élevons des animaux pour les manger, sinon ils vont disparaître ».

Qu'à cela ne tienne ! Remplaçons une société prisant l'animal de boucherie par une société prisant l'animal de compagnie. Pour éviter les inévitables dérives, affûtons l'arsenal législatif pour vérifier que ces animaux, pourvus de véritables droits, seront dignement traités...

Et si la population d'animaux domestiques diminue de ce fait drastiquement, pourquoi s'en désoler ? Mieux vaut peu d'animaux bien traités, qu'une multitude martyrisée. Qui en souffrira ? Les éleveurs ? Oui, les conséquences économiques seront pour eux un réel problème, qu'il faut prendre à bras-le-corps et traiter efficacement. Mais évoquer leur souffrance d'être séparés des animaux est un véritable foutage de gueule, et je n'ai pas l'habitude d'être grossière ! 

Pour conclure, je vais peut-être vous choquer en expliquant que bien que devenue végétarienne, je ne suis pas a priori contre le fait que l'on tue pour vivre. Tout être finit par mourir ; et je ne suis pas sûre qu'il soit plus confortable pour un animal de mourir vieux, blessé à mort ou dévoré vivant par un prédateur, que d'être tué rapidement, sans peur ni souffrance.

La vraie question, c'est : une mort sans peur ni souffrance est-elle réalisable ? Oui, mais à une échelle « artisanale », dans la cadre d'une relation personnelle entre l'animal et son exécuteur ; relation que madame Porcher feint de croire habituelle, mais qui est, en fait, plus qu'exceptionnelle.

Mon ex-mari, qui aime la viande mais aussi les animaux, professe que l'on devrait s'astreindre à tuer soi-même ce que l'on mange. Quand nous vivions à la campagne, il tuait donc des volailles achetées chez des éleveurs bio (qui, eux, les égorgeaient par l'intérieur du bec, méthode courante car jugée « esthétique », mais effroyablement douloureuse).
Lui, il pratiquait une minuscule incision à la jugulaire, tout en choyant sa victime. J'ai pu constater que cela se passait, disons « au mieux ». Certes, les oiseaux devaient vivre un moment peu agréable au moment où l'irrigation décroissante de leur cerveau, sans être assez importante pour les plonger en syncope, l'était déjà assez assez pour qu'ils se sentent mal à l'aise ; mais je n'en ai vu aucun s'affoler ou se débattre.

En toute conscience, je ne crois pas qu'une telle mort soit pire à endurer que les douleurs rhumatismales, les défaillances cardiaques, et tous les maux de la vieillesse. Je n'approuve pas pour autant le fait de prendre une vie innocente pour le seul plaisir de manger de la viande, mais une telle démarche, une telle philosophie se respectent. Les personnes qui attendent la dernière minute pour piquer leur animal de compagnie souffrant sans espoir de guérison sont, de mon point de vue, tout aussi coupables, voire davantage.  

Par ailleurs, je ne fais pas partie des naïfs qui pensent que la vie d'un animal de compagnie est idéale, non plus que je n'imagine que la vie d'animal sauvage est une sinécure.

L'idéal, c'est bien entendu une vie d'animal de compagnie pourvu de droits attentivement respectés, ou d'animal sauvage sous étroite surveillance, notamment pour éviter des souffrances inutilement prolongées.

Des reporters qui filment, sans intervenir, un éléphanteau se faisant éventrer et manger vivant par des hyènes, cela me révolte. La nature n'est pas cruelle, mais pas compatissante non plus.  Alors, relâcher tous les animaux et les laisser se débrouiller entre eux sans intervention humaine serait certes une solution déresponsabilisante, mais pas du tout généreuse.

Tout ceci pour dire que je ne prends pas le contre-pied de madame Porcher par principe, car l'idée de tuer des animaux ne soulèverait pas autant mon indignation si l'on pouvait être certain qu'ils ne souffriraient ni n'auraient peur. Le problème, c'est que de telles conditions NE PEUVENT PAS être assurés de façon systématique et généralisée.

Je me sens donc d'autant plus habilitée à dire que l'article de Jocelyne Porcher est un véritable monument de malfaisance, qui feint d'être objectif et soucieux de "vraie morale", alors que son véritable but est de torpiller sournoisement l'une des plus belles causes de l'histoire de l'humanité.  

Pour mieux embobiner ses lecteurs, madame Porcher décrit d'une plume bucolique une charmante scène rurale. Qui n'existe pas. Nulle part. Ou n'existe plus, en tout cas ; il y a sans doute eu, dans le passé, des éleveurs à très petite échelle relativement respectueux de leurs bêtes. Je dis bien « relativement ».

Car au moment de l'abattage, qui se souciait vraiment d'inciser seulement les jugulaires en épargnant la trachée, pour éviter que l'animal ne se noie dans son sang ? Qui prenait soin de ne pas abattre plusieurs animaux d'affilée, pour que l'odeur du sang et la hâte des humains ne stresse pas les victimes suivantes ?...

Personne, évidemment : l'homme fait toujours passer ses intérêts avant ceux des êtres qu'il domine. Et, c'est une évidence : le paysan qui trimait de l'aube au crépuscule dans de rudes conditions, qui savaient que ses enfants pouvaient mourir en cas de mauvaise récolte, ne considérait pas les animaux comme des membres de sa famille, contrairement à ce que prétend notre auteur si joliment lyrique quand ça l'arrange.

Soyons réalistes. Sachons ce qu'il se passait, ce qu'il se passe. Même pour les chiens, « le plus fidèle compagnon de l'homme ». Un chien de ferme en fin de vie devenu une « bouche inutile », ou même quand son maître concevait la louable intention d'abréger ses souffrances, était (et cela se pratique encore) le plus souvent pendu. Hé oui. Parce que ça ne coûte rien, alors qu'une cartouche, on doit l'acheter...

Je ne jette pas la pierre à quiconque. Mais il est absurde de prétendre que les agriculteurs entretiennent une relation d'amour avec leurs animaux, alors que forcément, l'humain prime ; que l'animal n'est qu'un « produit d'exploitation » auquel même les enfants les plus sensibles sont sommés de ne pas s'attacher, sachant qu'il sera mis à mort à brève échéance...
Et de toute façon, combien de fois l'ai-je entendu : « Ce n'est qu'une bête »...

Jocelyne Porcher se permet de donner une ultime leçon aux défenseurs des animaux en prétendant que leur engagement procède du même mécanisme de supériorité condescendante que, jadis, la défense des femmes ou des esclaves.
Très habile, en vérité ! Mais vraiment pas glorieux. Ne trouvez-vous pas désolant, en vérité, madame Porcher, de vous abaisser à tirer d'aussi grosses ficelles ?

En conclusion :

Si l'on en juge par cet écrit, madame Jocelyne Porcher appartient à la catégorie de ce que l'on appelle « un pervers manipulateur ». Elle en a toutes les tactiques, sans exception. Pain bénit pour ses employeurs ! Ils doivent se régaler, quand ils lâchent cette experte en désinformation sur les doux idéalistes de la défense animale.

Honte à vous, madame, d’employer vos ressources intellectuelles, de toute évidence brillantes, pour œuvrer sournoisement à torpiller une juste cause.

Honte à vous d'apparaître aussi trivialement vendue à vos donneurs d'ordres, le puissant lobby agro-alimentaire - c'est-à-dire, soyons simples, cette importante fraction du monde agricole et industriel qui, sans états d'âme, tire profit de la souffrance !...

Si vous n'étiez pas seulement une pseudo-penseuse dévoyée, une « zootechnicienne » avant tout froidement technicienne, une « sociologue » moins préoccupée de la relation entre l'Homme et les animaux que de sociologie économique au sens le plus désenchanté du terme, si vous étiez simplement humaine, madame, je vous le dis tout net : vous ne pourriez pas relire votre infâme pamphlet sans courir vous offrir vous-même en sacrifice expiatoire dans le premier abattoir venu.

Songez-y, à l'occasion ! Cela vous permettra, en vous mettant dans la peau de l'autre, d'enfin éprouver pour de bon, jusqu'à sa conclusion brutale, la vérité du lien humain-animal. Ce lien très normalement sanctifié par la mort, à vous croire, puisque justifié par « l'amour ». Ce lien intime, quasi mystique, que vous décrivez avec des accents si émouvants...