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mardi 28 juin 2016

Un peu plus près des étoiles ?


Chers ami(e)s auteurs,

Voici enfin le billet sur la réécriture que je vous avais promis !

Cet article sera un peu long, mais j’espère qu’il apportera des éclairages et des pistes aux auteurs qui doivent travailler seuls sur leurs écrits. Pour s'approcher des étoiles, il faut améliorer inlassablement son texte ;  ou à la rigueur, si l'on ne s'en sent pas le courage ou la capacité, faire appel à un professionnel pour réécrire son manuscrit. Je précise tout de suite que je ne prêche pas pour ma paroisse ! Je n'exerce plus ce métier, même pour rendre service : ma dernière intervention bénévole fut en 2016, au bénéfice de Morgan Rozier.

Cette dernière (nom d'auteur : Morgan of Glencoe), pour qui j’ai réécrit Si loin du soleil et le premier chapitre de son préquel en cours de publication, et Marie Claude Barbin, pour qui j’ai réécrit Ras le sein !, m’avaient par avance donné l’autorisation d’illustrer mon propos avec des exemples puisés dans leurs ouvrages.

Cela devrait grandement faciliter la compréhension des aspects techniques, afin que les auteurs débutants puissent, ensuite, porter sur leurs textes un regard plus averti. C'est pourquoi certains exemples seront un peu longs, afin d'être aussi pédagogiques que possible.

Pour simplifier la compréhension, j'utiliserai, comme en réécriture, des codes couleur :

surlignage orange pour les parties du tapuscrit originel qui étaient à modifier,

vert fluo pour mes commentaires à l'auteur,

bleu pour les réponses de l'auteur,

jaune pour mes propositions de réécriture,

vert pâle pour mes interventions mentionnées dans cet article, lorsqu'elles ne sont pas illustrées par des extraits.


« NÈGRE LITTÉRAIRE » OU RÉÉCRIVEUR ?

La première appellation est désormais proscrite : on doit dire ghost-writer, ou encore « plume de l'ombre ». Dans les deux cas, il s’agit d’un écrivain expérimenté.

La différence couramment admise avec un « réécriveur », c’est que le ghost-writer écrit un livre de bout en bout à partir d’une idée, d’un scénario ou d’une interview (qu’il réalise souvent lui-même). Malgré l'ancienne appellation, qui sous-entendait un statut d'esclave, ce travail est beaucoup plus facile que le fait de travailler à partir d’un matériau déjà existant, qu’il va falloir remodeler sans complètement le dénaturer.

Beaucoup de réécriveurs sont simplement chargés de mettre un texte dans une forme « grand public » en lui appliquant un style de type journalistique. D’autres, en revanche, sont des écrivains à part entière, avec un ou des styles véritablement littéraires.

Le même différence s’observe d’ailleurs chez les traducteurs.


RÉÉCRIVEUR OU CO-AUTEUR ?

En dehors de cas bien identifiés, comme par exemple le « Journal à quatre mains » de Benoîte et Flora Groult, il est rare que deux co-auteurs écrivent en alternance, et plus encore qu’ils écrivent ensemble, ce qui serait difficile à mettre en œuvre – c’est le cas de le dire.

Souvent, l’un des deux écrit le premier jet, l’autre le peaufine. Bien entendu, les deux auteurs dialoguent et se concertent tout au long du processus, comme très fréquemment en réécriture.

Enfin, l’univers est en général le fruit d’une réflexion commune, mais pas toujours ; il peut arriver que les deux co-auteurs exploitent l’idée d’un seul d’entre eux, quitte à, s’ils le souhaitent, inverser les rôles lors de leur prochaine entreprise littéraire.

On le constate : la frontière entre co-écriture et réécriture est fort mince. La différence la plus notable, c’est que pour les co-auteurs, il préexiste parfois une complicité, motif de leur association. C’est alors une aventure entre potes.

Mais en d’autres circonstances, c’est l’éditeur qui impose un « co-auteur » dans la réalisation d’un projet.

On peut dire que dans l’édition, lorsqu’un manuscrit est « lissé » avant publication par un auteur « maison », il s’agit clairement d’une réécriture ;

lorsque deux auteurs s’associent volontairement pour valoriser le manuscrit de l’un d’entre eux, l’on est plus proches de l’esprit de la co-écriture.

En littérature, décidément, rien n’est simple ! :-)


UNE INDISPENSABLE COMPLICITÉ AUTEUR-RÉÉCRIVEUR

Cet exemple de dialogue avec Morgan sur un point de l’intrigue de Si loin du soleil démontre à quel point le dialogue, et une bonne entente, sont nécessaires.

Pour que l’ouvrage puisse prendre une forme optimale, il faut parfois que l’auteur réévalue sa vision d’origine sur un point d’intrigue.

Tout doit se faire dans la concertation, mais le réécriveur doit faire valoir son point de vue si l’auteur fait fausse route ; ce qui arrive fréquemment, dans la mesure où un auteur a forcément moins de recul sur son texte :

Là, nous avons un problème, parce qu’il est très curieux qu’il réalise maintenant, après coup, que Gabrielle est pour quelque chose dans ce projet d’union, qui doit se tramer depuis longtemps, car de telles choses ne se décident pas en quelques mois. Or dans le dialogue qui suit, tu l’as fait parler comme si tout cela était nouveau à ses yeux. Il faut donc rattraper la mayonnaise. À toi de formuler leur conversation comme tu l’entends, mais il faut qu’il ait réalisé soudain qu’elle est impliquée, qu’il le lui dise, qu’elle se défende, et que finalement il la menace de révéler son secret. Je te livre un modèle, mais j’ai bien conscience qu’il ne collera sans doute pas à la situation, alors à toi de l’adapter

En fait il sait rien du tout, et Gabrielle a rien fait. C’est Louis-Philippe qui a imposé son choix, mais comme le père ne veut pas s’avouer que son fils puisse avoir choisi librement le PIRE choix à ses yeux, il essaie de reporter le blâme sur Gabrielle. Et ils ont dû avoir cette conversation plus d’une fois… Sauf que cette fois Yuri est bel et bien là. Ceci dit, on peut aussi le faire comme le « il vient de découvrir qui est la mère de Yuri et ça fait mal. » Du coup j’ai un doute. Conseil ?
Cela demande réflexion, car dans l’un et l’autre cas tu vas avoir du pain sur la planche, et tu t’embarques dans une voie périlleuse.
Dans le premier cas (elle n’a rien fait et il ne sait rien, c’est le choix du dauphin) tu t’embarques sur un terrain mouvant : le mariage a forcément été conçu très en amont, donc le roi ne peut guère penser tout d’un coup, sans raison, que la reine y est pour quelque chose, puisque son fils a dû exprimer clairement son avis à maintes reprises. En plus, pourquoi cette scène gratuite à ce moment-là précisément ? Ça fait artifice, genre « je voulais une scène frappante entre le roi et la reine, alors j’ai monté de toutes pièces ce scénario du roi qui se défoule sur la reine juste à cet instant ».

L’autre point est plus intéressant, même s’il va être compliqué de l’exposer. Mais il paraît artificiel, là aussi, que le roi découvre ça maintenant, alors qu’il a des espions et a dû les activer d’autant plus avant de donner son consentement au mariage. Non, ça me paraît peu crédible.
Es-tu sûre de ne pas préférer le scénario que j’avais mis en place : le roi a soudain cru réaliser que la reine était satisfaite de ce choix, tout simplement en voyant son expression pendant les cérémonies (ça peut introduire de façon intéressante la suite de l’histoire : en fait, Gabrielle tremblait pour Yuri, et masquait ce sentiment derrière un sourire figé que le roi, parano comme il l’est, a pris pour une tentative de cacher sa joie) ; et comme le roi sait très bien qui est la mère de Yuri, s’imaginer que ce mariage est un coup monté par la reine le rend furax, et par conséquent, il la menace de tout dire au Dauphin sur les origines de Yuri, rien que pour le plaisir de casser un peu plus son épouse…
Je serais d’avis d’en profiter pour faire monter la tension d’un cran en précisant

« ce mariage ne pourra se faire que si Louis ignore qui est la mère de sa promise ».
On a toujours intérêt à distiller des bribes d’intrigue pour titiller le lecteur, plutôt que de tout garder caché jusqu’à la révélation, comme tu as tendance à le faire. Nourris ton lecteur !
Proposition de réécriture :

Bravo, femme, tu as joliment manœuvré !
— Pardonnez mon incompréhension, Votre Majesté, je ne…
Ne te prétends pas étrangère à ce projet de mariage. Tu dois bien t’en amuser, n’est-ce pas ?
(…)
Même si cette fille n’a pas la blondeur requise pour mettre au monde des Princes de France, articula-t-il avec l’air de mâcher un fruit pourri, elle représente indubitablement un choix judicieux sur le plan politique ; c’est pourquoi j’avais donné mon aval à cette union. Je n’en aurais rien fait si j’avais pu soupçonner que tu en étais l’inspiratrice, toi, intriguant derrière mon dos !
Ces derniers mots tonnèrent si fort que la Reine se tassa, s’attendant à être frappée.

Il est trop tard à présent, mais je t’ai percée à jour, poursuivit son époux d’un ton glacial. Hier, pendant les cérémonies, j’ai surpris ce rayonnement de satisfaction derrière ton masque de soumission hypocrite. Alors, parle ! Quel est ton but ?
— Je n’ai aucun but, Votre Majesté, et je n’ai pas du tout…
Comme il ignorait purement et simplement ses faibles protestations, elle se tut, baissant la tête. Le Roi éleva à nouveau la voix :

Ce mariage dont tu te réjouis ne pourra se faire que si Louis ignore qui est la mère de sa promise. Tu tiens beaucoup à ce qu’il continue à l’ignorer, n’est-ce pas ? Alors, tu es prévenue !
Il la jaugea un instant, vérifiant qu’elle était bien pétrifiée de terreur au fond de son fauteuil. Lorsqu’il sortit enfin, le gynécologue qui attendait dans l’antichambre se plia en deux à son passage, claquant presque des dents.
Quant à Aliénor-Héloïse Adèle de Fontainebleau-d’Armentières, duchesse-héritière de Lorraine, première demoiselle d’honneur de la Reine, elle frémissait encore de peur derrière la colonne du baldaquin, les paupières crispées et les mains pressées sur ses oreilles.

C'est cette version, plus logique, qui a prévalu ; mais les auteurs ne sont pas toujours aussi raisonnables.


AU FOND, LA RÉÉCRITURE, À QUOI ÇA SERT ?

Dans une maison d’édition, une partie de ce que l’on appelle le « travail éditorial » consiste très souvent à faire réécrire un ouvrage avant publication.

Il est la plupart du temps très difficile pour un auteur d’opérer des changements importants sur son propre tapuscrit (sauf bien sûr dans le cas d’un écrivain aguerri, et encore).

Plutôt que d’amener l’auteur originel à assumer les améliorations qui s’imposent, il sera plus économique pour l’éditeur de faire « mettre au point » le tapuscrit par un professionnel rémunéré, qui sait par expérience quel est le résultat visé et effectuera rapidement ce travail

Le « réécriveur » est donc un écrivain chargé d’intervenir sur des ouvrages impubliables en l’état. Un peu comme un diamantaire : l’auteur originel fournit sa pierre brute, et le réécriveur va en ôter les scories, la tailler, la polir, pour en faire un joyau commercialisable du point de vue d’un éditeur.

D’une manière générale, une réécriture vise à ce que rien n’arrête le lecteur : ni aspérités dans le style, ni incohérences ou lourdeurs dans l’intrigue ; il faut au contraire que tout soit fluide, musical, bien rythmé, logique, bien campé, très vivant, afin que l’histoire soit pleinement mise en valeur et que les lecteurs vivent une expérience aussi agréable que possible.


PLUS PRÉCISÉMENT…

Dans le cas d’une réécriture complète – et non d’un simple lissage ou formatage –, le travail s’exerce à plusieurs niveaux :


    ● Les défauts d’écriture : orthographe, conjugaison, syntaxe ; tournures maladroites ou ampoulées ; lourdeurs, répétitions, tics d’écriture ; fautes de ponctuation ou de typographie, etc.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil : comme beaucoup d’auteurs qui se sont formés seuls, Morgan a des problèmes de concordance des temps, confond le passé simple ou antérieur et le subjonctif imparfait (eut/eût), et a acquis des tics d’écriture, en particulier la tendance à faire de trop longues phrases et à multiplier les adjectifs en les reliant par des virgules et des « et ». Mon travail a consisté à restaurer une forme intégralement correcte.

    Dans Ras le sein, des tournures trop familières comme :

    « Je suis Moi, une personne à part entière et je vous fuck. »

    sont devenues :

    « Moi, je refuse que l’on m’assimile à une cause, si belle soit-elle. Je prétends être une personne à part entière, qu’on se le dise, et je n’entrerai pas dans votre jeu !… »


    ● Le vocabulaire : erreurs, imprécisions, expression impropres, pléonasmes…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    Erreurs de vocabulaire, comme « fléau » pour « fleuret », « mitraillette à pied » pour « mitrailleuse », etc.

    Plénonasmes, comme « en pénétrant à l’intérieur », « semblait comme », « vieilli par le temps », « s’interposa entre les deux », « elle en resta coite de surprise », « un lipizzan blanc », « se frottait les yeux, perplexe », etc.

    Contresens, comme « l’objet » au lieu de « la cause », etc.

    Expressions fautives, comme « le vulgaire » (substantif péjoratif et vieilli, qui désigne collectivement « la plèbe, le peuple ») employé à tort pour désigner un individu :

    « Elle n’aurait jamais imaginé entendre dans la bouche d’un vulgaire un discours d’une telle élégance. »

    Expressions erronées, comme : « la taille valorisée par le nœud de son obi » au lieu de « mise en valeur », etc.

    Expressions inappropriées, comme « note blanche » (qui a un sens très précis : note non signée, notamment au sein d’une administration) pour signifier « lettre sans contenu explicite ». A été remplacé en l’occurrence par « lettre blanche ».

    Expressions maladroites, comme « des yeux sans double paupière » au lieu de « à peine bridés », etc.

    Dans Ras le sein, Marie Claude Barbin, Réunionnaise, employait parfois des mots ou expressions créoles que les lecteurs non avertis auraient pris pour des fautes.

     

    ● Le style : de lourd ou au contraire superficiel, d’appliqué ou maladroit, il doit devenir léger, agréable, vivant, imagé, adapté au sujet…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    Une phrase trop longue et maladroite, avec une faute de syntaxe, comme :

    « Elle éclaira le fond du trou avec une lampe torche pour lui permettre de descendre l’échelle soudée au mur qui menait au conduit, puis y sauta elle-même, la torche entre les dents et la plaque d’égout dans les mains, qui se referma avec un bruit mat quand elle la replaça au beau milieu de son saut. »

    est devenue :

    « La Selkie hocha la tête et éclaira le fond du trou avec une lampe torche pour permettre à la jeune aristocrate de descendre l’échelle soudée au mur. Lorsqu’elle sauta à son tour, la torche entre les dents et la plaque d’égout dans les mains, l’ouverture se referma avec un bruit mat, avalant le ciel. »

    Dans Ras le sein, ouvrage sur le cancer,

    « Quand on touche aux seins, on s’attaque aux symboles de la beauté, de la féminité, de la sexualité, de la maternité. Qui n’a pas connu dans son entourage, une épouse, une mère, une sœur, une belle-sœur, une amie… en cours de traitement, en rémission ou tout simplement décédée ? L’engouement autour du cancer du sein dépasse de loin celui du cancer de la prostate, peu vendeur car peu flatteur pour l’image de la virilité. De plus, aurait-on idée d’affubler un homme ou une femme, d’un ruban marron couleur caca pour sensibiliser à la lutte contre le cancer colorectal ? Pas très glamour ! Le bleu c’est mieux ! »

    est devenu :

    « Le cancer du sein s’attaque au symbole de la beauté, de la féminité, de la sexualité, de la maternité. C’est le seul qui passionne le public tous sexes confondus, le seul que l’on peut évoquer de façon presque poétique. On imagine mal le cancer de la prostate provoquant autant d’émoi : peu flatteur pour l’image de la virilité, ce dépistage-là n’est pas vendeur. De même, songerait-on à affubler les gens d’un ruban marron pour prôner la prévention du cancer colorectal ? Pas très glamour, tout cela. »

 

    ● Le rythme : non seulement la lecture doit se faire sans heurts, mais à chaque histoire son rythme, qui doit lui être adapté. Les ralentissements, digressions, parties hors-sujet, phrases à rallonge(s) doivent être éradiqués.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, l’abus de qualificatifs (en gras) nuisait au rythme, comme dans :

    « l’aire de combat, figurée par une place dégagée au croisement de deux rues obscures entre des immeubles sales et miteux »

    est devenu :

    « l’aire de combat : une place déserte au croisement de deux rues qui se faufilaient entre des immeubles presque en ruine. »

    Dans Ras le sein, un long passage comme :

    « N’en déplaise à une copine (non touchée) qui voyait en cette démarche, un moyen d’exorciser le mal, au mieux se marrer, quand je lui disais que cela ne faisait pas avancer la recherche et que ça n’aidait personne. Les cancéreuses seraient trop souvent les victimes directes ou collatérales d’opérations commerciales juteuses, médiatisées à outrance, qui profiteraient peu à la recherche, tandis que les marques se frotteraient les mains avec leurs produits dérivés. »

    est devenu :

    « N’en déplaise à une copine (non touchée) qui voyait en cette démarche un moyen d’exorciser le mal. Elle n’en revenait pas de ma mauvaise volonté quand je lui disais que ce cirque ne fait pas avancer les choses, et en vérité, n’aide personne. Les cancéreuses semblent plutôt servir de prétexte à de juteuses opérations, médiatisées à outrance, qui profitent peu à la recherche tandis que les sponsors, eux, se frottent les mains ! »

     

    ● Les descriptions : des remaniements peuvent être nécessaires pour les rendre moins longues, ou au contraire les développer. Il faut parfois aussi les rendre plus imagées, leur donner du style, lorsque le sujet s’y prête.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, une longue phrase unique, trop complexe et mal balancée, comme :

    « Encore très brun malgré ses tempes grisonnantes, l’œil gris et vif, le visage ferme mais agréable avec son front intelligent et ses pommettes nobles, et le corps mince et musclé, il paraissait quarante ans mais la princesse devinait qu’il en avait au moins cinquante, à cette sérénité que seul le temps apporte et aux dires de Bran sur l’âge de la communauté elle-même. »

    a été coupée en deux phrases et remaniée pour devenir :

    « Il paraissait avoir à peine dépassé la quarantaine, mais la princesse devinait qu’il avait au moins cinquante ans, parce que seul le temps procure une telle sérénité. Indéniablement, c’était un bel homme, encore très brun malgré ses tempes grisonnantes, l’œil gris plein de vivacité, le visage ferme et agréable avec un grand front intelligent. »

    Une scène importante méritait des développements supplémentaires :

    « Celles-ci impliquaient entre-deux cinq changements de vêtements et de coiffure, dont trois à l'occidentale, quatre collations avec champagne, deux avec thé japonais, sept séances de photo et l'inévitable bénédiction des deux fiancés par le Roi de France, une heure et demie de verbiage oiseux à subir à genoux. En cet instant, la princesse n'avait simplement plus envie de faire le moindre mouvement. Elle se serait bien endormie là, toute habillée et maquillée, mais ses quatre obiko entrèrent en silence et lui ôtèrent son obi et son kimono. »

    Commentaire et propositions de réécriture :

    « (…) l’inévitable bénédiction des deux fiancés par le Roi de France, une heure et demie de verbiage oiseux subi à genoux Où ? C'est un détail intéressant. Salle du trône ? Chapelle ? Tu peux en profiter pour ajouter un détail évocateur, genre : « à genoux sur le dallage de la chapelle, froid comme la mort » ou « à genoux sur un somptueux tapis de la salle du trône, dont chaque fibre avait paru s'incruster dans sa peau à travers la lourde soie de son kimono » Ce faisant, tu ajoutes une touche supplémentaire à l'ambiance, au lieu de seulement dresser un catalogue des événements.

    "En cet instant, la princesse n’avait simplement plus envie de faire le moindre mouvement." : trop fade. N'hésite jamais à empoigner ton lecteur pour lui faire subir ce que ressentent tes personnages. Ne reste pas en retrait :

    Même comprimée dans ses vêtements jusqu'à se sentir exangue, la princesse serait bien endormie là sans plus de cérémonie (petit jeu de mot, les amateurs apprécient toujours) (...)

    Dans Ras le sein, un passage descriptif sous-exploité :

    « Le bâtiment rénové, couleur jaune safran, s’imposait au bout d’une rampe pour handicapée aux barres rouillées, longeant des cuisines délabrées. Ce qui me frappa, c’était le carrelage d’un autre âge, à moitié décollé par endroits, la grande poubelle crasseuse trônant devant la porte. Ça ne respirait pas la joie, ici ! Au-dessus de ma tête, fixé au plafond, un enchevêtrement de tuyaux de cuivre, de plastique vieillots, semblait destiné à me mettre d’emblée, le moral à zéro.

    À l’entrée, un bouton couleur ocre, brisé en son centre, nécessitait une gymnastique intellectuelle, quant à son maniement, malgré l’inscription : « Appuyez pour ouvrir ».

    est devenu plus vivant et a servi de prétexte pour souligner l’ambiance psychologique :

    « Le bâtiment dit « rénové », couleur safran, s’élevait au bout d’une rampe pour handicapés aux barres rouillées qui longeait des cuisines délabrées. Un vieux carrelage à moitié décollé par endroits, une grande poubelle crasseuse trônant devant la porte : ça respirait l’hygiène et la joie de vivre, ici ! À l’intérieur, l’enchevêtrement de tuyaux de cuivre et de plastique fixés au plafond me rappellerait Andromaque, « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »… Très réconfortant, vraiment !

    Perplexité : à l’entrée, un bouton défoncé au centre était flanqué d’un panonceau « Appuyez pour ouvrir ». Appuyer, très volontiers, bonnes gens ; mais où, vu l’état du bidule ? Toujours cette impression désobligeante d’être un chimpanzé qui ne recevra sa pâtée que s’il réussit un tour… Hélas, c’est toujours ainsi : entre le jargon médical et ces lieux austères, vétustes ou mal organisés, on se sent en permanence dans la peau d’un non-initié s’apprêtant à subir un test d’admission devant des juges au regard sévère. »

     

    ● L’intrigue : vérification de sa validité, ajout de passages si nécessaire pour préciser une situation, remodelage des scènes si besoin est…

    Cet aspect est, bien entendu, primordial pour l’efficacité d’un ouvrage.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, je suis intervenue sur les défaillances de l’intrigue originelle : certains comportements des personnages ; les invraisemblances concernant les relations hiérarchiques, les attitudes de cour, ou encore le déroulement des enquêtes (ATTENTION SPOILER : l’assassin disparu du train, l’empoisonnement de Yuri, la tentative d'assassinat de Ren, la recherche des bijoux…), certains détails des relations de Yuri avec son père, le déroulement de la scène suivant la tentative de viol, les batailles, etc.

    Dans Ras le sein, j’ai fréquemment interverti des paragraphes, voire des portions entières de chapitres, pour restaurer la logique du récit, livrée parfois en vrac par Marie Claude au fil de ses souvenirs et de ses émotions.

     

    ● La logique : le texte doit être expurgé de toute contradiction interne qui pourrait déranger le lecteur, auquel tout doit apparaître comme limpide et stisfaisant pour l’esprit.

    Exemple + commentaire extrait du préquel de La dernière geste :

    Il s’interrompit soudain et dévisagea un William tout à fait perdu, qui se demandait visiblement ce qu’il faisait là, lui étudiant studieux et discret, à l’écouter s’émerveiller de ses découvertes en physique quantique deux jours avant la fin de l’année scolaire

    Mauvaise présentation logique. Ce qui est étonnant, en réalité, c’est qu’il ne s’agit pas de son cursus ; mais là, on dirait que c’est parce qu’il est timide (déjà dit), qu’on devrait pas lui parler de physique quantique. Proposition de réécriture :

    William n’avait rien contre la physique quantique, non, rien du tout, mais elle lui était aussi étrangère que les préférences sexuelles des Feux-Follets. Pourquoi Lors Pruitt lui parlait-il de cela comme à l’un de ses futurs élèves, deux jours avant la fin de l’année scolaire ?

     

    ● La cohérence : cela peut être, comme dans Si loin du soleil, une simple étourderie de l’auteur qui désigne le Dauphin tantôt par « Louis » (comme son père) tantôt par « Louis-Philippe », détail propre à désorienter le lecteur.

     

    ● La simplicité : dans bien des cas, la meilleure formule est d’aller à l’essentiel, sans effets de manches.

    Exemple + commentaire extrait du préquel de La dernière geste :

    « William attrapa (!) la boîte en tissu que le directeur lui lança et y prit un bonbon. »

    Plutôt :

    « William prit un bonbon dans la boîte habillée de tissu que lui tendait le directeur. »

     

    ● La psychologie des personnages : en dehors même des cas fréquents (erreurs ou contradictions psychologiques, caractères trop peu développés ou au contraire trop « forcés »…), les auteurs rédigent en ayant à l’esprit leur perception d’un personnage ou d’une situation ; ils ne réalisent pas toujours comment cela peut être ressenti par les lecteurs, qui ne possèdent pas ces éléments.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, j’ai infléchi l’attitude de Yuri pour la rendre moins dure et méprisante, en faisant valoir à Morgan qu’il ne fallait pas la rendre dès le départ antipathique aux lecteurs, qui, contrairement à elle en tant qu’auteur, ne savaient pas à l’avance comment elle allait évoluer.

    Dans Ras le sein, j’ai atténué ou supprimé certaines réactions d’humeur de Marie Claude dans son récit des traitements subis ou ses réflexions sur le système de santé ; là encore afin de ne pas provoquer de réactions négatives chez les lecteurs, étrangers à son calvaire.

     

    ● L’humour : lorsque le ton de l’ouvrage le permet, voire l’exige, des effets humoristiques doivent être ajoutés chaque fois que possible, ou rendus plus efficaces.

    Aucun effet d'humour ne doit être amoindri par des lourdeurs de style.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    « Le machiniste hippie ne dit rien, mais se leva en abandonnant cartes, mug et délicats œufs brouillés et se dirigea vers la porte du fond de son pas un peu traînant. »

    est devenu :

    « Sans un mot, Douze abandonna son jeu et son petit déjeuner pour se diriger vers la porte du fond à son allure habituelle de méduse flottant entre deux eaux. »

    « Il lâcha son arme, qui tomba sur le sol avec un tintement clair, détaillant avec des yeux perplexes mais brillants d’espoir l’espèce de hippie qui se tenait devant lui, mains dans les poches, immobile comme il l’eut été face à une hallucination aux champignons. »

    est devenu :

    « De son côté, le hippie, les mains dans les poches, considérait le chevalier comme s’il voyait un éléphant évadé de son kurta, venu caracoler devant lui pour fêter une orgie de champignons hallucinogènes. »

    Dans Ras le sein, j’ai renchéri sur l’humour grinçant de Marie Claude en ajoutant de nombreuses formules destinées à détendre l’atmosphère, comme :

    « Hélas, une fois de plus, la suite était du chinois. À croire que le corps médical de toute la planète va faire ses classes à Pékin ! ».

    J’ai également choisi d’accentuer la dédramatisation chaque fois que possible, tout en précisant mieux les enjeux psychologiques :

    « je travaillais comme une bête au club de sport, avec l’obsession de faire fondre les kilos stockés sur mon ventre. Ce n’était pas dramatique, mais une fixation peut vous pourrir le quotidien. »

    est devenu :

    « je m’escrimais comme une bête au club de sport, espérant anéantir les kilos qui s’étaient stockés sur mon ventre comme une sacoche de survie – rien de dramatique, en fait ; mais faire une fixation sur ses petits bourrelets mignons peut très bien vous pourrir la vie, et je n’avais nul besoin d’ajouter ce genre de complexe à une image de soi vacillante de femme opérée du sein. »

     

    ● La documentation : chaque élément doit être vérifié afin que l’auteur en titre ne soit jamais pris en défaut par un lecteur sur un point quelconque, qu’il s’agisse d’aspects techniques, géographiques, linguistiques…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, Morgan avait mis en scène des combats où des troupes d’élite tiraient en rafale et utilisaient des gaz dans un tunnel d’égout.

    À défaut de pouvoir rescénariser cette assaut non crédible, j’ai mentionné l’effet dévastateur des ricochets sur les assaillants et les ai décrits portant des masques à gaz.

    Ce sont des détails, certes, mais le genre de détails qui incitera un lecteur connaissant la question à sacquer le livre dans ses commentaires. Le devoir du réécriveur est d’éviter de telles conséquences.

    Pour Ras le sein, j’ai vérifié chaque information d’ordre médical et reformulé ce qui était inexact ou inuffisamment précis.

    « Le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire. Ces maudites cellules cancéreuses friandes de sucre, se piègeraient elles-mêmes. Comme elles ne parviennent pas à digérer le glucose, elles fermentent, se divisent, se subdivisent. N’oublions pas l’hypothèse « acide » liée à notre mode vie moderne. Si votre corps secrète un PH trop acide (penchez-vous souvent sur vos urines !), plus vite les cellules cancéreuses s’engraisseront comme des mauvaises herbes. Réalimentez vite vos tissus en oxygène, afin de lutter contre l’excès de l’acidité. »

    est devenu :

    « Le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire : les cellules cancéreuses tirent le plus gros de leur énergie de la fermentation du glucose. Une alimentation riche en sucres favorise donc leur multiplication. Elle stimule aussi la production d’insuline, facteur indirect de croissance cellulaire. Enfin, les résidus de la fermentation acidifient les tissus cancéreux ; là encore, cela facilite leur prolifération. Car n’oublions pas l’hypothèse selon laquelle le PH de votre corps jouerait un rôle non négligeable. Vous pouvez vérifier s’il est « trop acide » en trempant régulièrement une bandelette-test dans vos urines. Afin de contrer cet excès d’acidité, favorisé par le mode de vie moderne, il vous faut veiller à l’équilibre de votre alimentation et bien oxygéner vos tissus par le biais d’une activité physique adaptée à vos capacités. 

     

    La vie, tout simplement : il est important qu’un livre soit vivant, emporte le lecteur. Une certaine sécheresse de ton, des passages trop rapidement traités peuvent empêcher cette alchimie.

    Exemple de réécriture + commentaires (coaching) dans Si loin du soleil :

    Une marche tonitruante retentit au-dehors.

    En tant que musicienne, je pense que tu peux beaucoup mieux faire. Ce sont ces petits détails vivants qui laisseront une impression physique à tes lecteurs, genre :

    « Au-dehors, une marche tonitruante fit vibrer l’air de tous ses cuivres triomphants, de tous ses tambours grondants. Glacée de la tête aux pieds, Yuri sentit les battements sourds de la grosse caisse résonner dans sa poitrine comme s’ils avaient remplacé ceux de son propre cœur. »

    Attention à cette tendance très normale chez les jeunes auteurs, de décrire minutieusement le film qu’ils ont dans la tête, geste par geste, mais d’oublier que le lecteur a besoin qu’on le fasse aussi sentir, ressentir, goûter, entendre…


UN TRAVAIL DE FORME… ET DE FOND

Vous comprenez donc que le travail de réécriture est une lourde tâche, où le réécriveur doit s’immerger entièrement.

Pour Si loin du soleil (500 pages), cela a représenté 7 semaines de travail à raison d’une dizaine d’heures par jour.

Pour Ras le sein (150 pages), 4 semaines à un rythme plus raisonnable.

Dans les deux cas, chaque phrase, à de rares exceptions près, a été remaniée ou complètement réécrite. De nombreux passages ont été ajoutés pour harmoniser l’ensemble, mieux expliquer certaines situations, adoucir les transitions, bref pour ne pas semer les lecteurs en route.

 

Exemple de remaniement + commentaires dans Si loin du soleil

(toujours un surlignage jaune pour les passages réécrits ; surlignage vert fluo pour les commentaires ; sur fond blanc, le texte d’origine).

Vous constaterez en passant que l’auteur et le réécriveur peuvent collaborer en s’amusant :

Il s’interrompit
. Un homme venait d’entrer dans la salle d’arme. Il avait entre trente et quarante ans, on ne peut pas être plus précis en voyant entre quelqu’un, ni même en l’examinant de près ! des cheveux bruns emmêlés retenus par un bandana et la sangle de ses lunettes, une longue kurta jaune à motifs d’éléphants oranges au-dessus de son pantalon gris de Fourmi, un collier de coquillages et l’air complètement perdu. Tu peux écrire « il avait les cheveux bruns » (ou : les cheveux emmêlés) ; tu peux écrire « il avait des cheveux bruns (ou : des cheveux emmêlés) ; mais pas « il avait les cheveux bruns emmêlés ». Par ailleurs, ton énumération est beaucoup trop longue et poussive. Je propose :
Yuri lui donna entre trente et quarante ans. Difficile, en vérité, d’attribuer un âge à cette drôle de Fourmi… Par-dessus son pantalon gris réglementaire, l’individu arborait un long kurta imprimé d’éléphants oranges sur fond jaune, dont l’encolure bâillait sur un collier de coquillages. Ses cheveux bruns, qui devaient agréer la visite d’un peigne tous les 29 février, étaient retenus par un bandana violet (ou autre couleur, en 2 syllabes de préférence) emmêlé dans la sangle d’une paire de grosses lunettes – ces dernières relevées sur son front, si bien qu’il semblait pourvu de quatre yeux ronds comme des culs de verre. Il avait l’air perdu, pour ne pas dire égaré.
Il lâcha son arme, qui tomba sur le sol au plafond, se serait plus original :-) avec un tintement clair, ce tintement clair revient trop souvent… en plus, le tintement est un son clair par définition ! détaillant telle qu’est bâtie ta phrase, c’est l’arme qui détaille avec des yeux perplexes encore ! mais brillants d’espoir l’espèce de hippie qui se tenait devant lui, mains dans les poches, immobile comme il l’eût été face à une hallucination aux champignons. tournure maladroite
Beaucoup trop long dans l’ensemble, aucune coupure pour souffler.

Exemple de remaniement d’un paragraphe dans Ras le sein :

« Je déteste ces clichés ressassés dans les médias : « Mon combat. Ma bataille », synonymes de guerre. Depuis quand va-t-on en guerre contre un cancer ? Ça paraît puéril, dérisoire. Tandis qu’un Alien se vautre dans votre poitrine étalant ses pinces fourchues, vous devez puiser au fond de vous, toute l’énergie indispensable pour résister activement à Thanatos. Comment partirait-on en guerre contre un cancer ? Ces métaphores bravaches sont dérisoires. La vérité, c’est que tandis qu’un alien se vautre dans votre poitrine et cisaille votre chair de ses pinces maléfiques, vous êtes bien incapable de le combattre : vous êtes trop occupée à survivre, puisant au fond de vos ressources toute l’énergie nécessaire. »

Autre exemple, avec les commentaires :

quand Octobre Rose rendit son sinistre verdict : « la prédiction s’avéra exacte » semble dire que c’était déjà prédit, puis que cela a été confirmé. Et «s’avérer exact » est un pléonasme. j’étais touchée à mon tour, et non plus susceptible de l’être. Inutile et ruine la force du début de phrase

 

C’est ce type de travail qu’un auteur indépendant doit s’efforcer d’accomplir dans son coin, avant même les bêta-lectures, s’il veut donner le maximum de chances à son manuscrit (que ce soit auprès d’un éditeur ou sur une plateforme d’autopublication).


UN DEVOIR D’OUBLI DE SOI

La réécriture, c’est le sacrifice du « moi », et tout écrivain ne serait pas prêt à l’accepter.

D’abord, en tant que réécriveur, l’on doit se couler dans l’univers de l’auteur originel, en respecter les codes, la logique, le ton. On n’est pas là pour briller à titre personnel, mais pour mettre l’autre en valeur.

C’est pourquoi réécriveur est un métier qui, parfois, s’exerce au détriment d’une carrière personnelle.

Ensuite, il faut accepter de bon cœur que l’auteur originel reçoive les honneurs, soit invité par les médias, encensé par la critique. Personnellement, je trouve beaucoup plus enviable de rester dans l’ombre, mais j’ai d’excellentes raisons ; et j’imagine que certains réécriveurs doivent, au contraire, vivre cela comme un aspect très ingrat de leur fonction.

Enfin, il faut supporter sans déplaisir que nos phrases, nos « trouvailles » littéraires, soient attribuées à l’auteur originel, et qu’il soit louangé à notre place. J’avoue que c’est un peu plus dur ; non pas tant à cause des louanges, que parce que ce que l’on écrit est un morceau de notre chair, et que l’on ressent toujours un petit pincement à le voir présenté sous le nom d’un(e) autre ; un peu comme si une tierce personne devenait légalement le père ou la mère de nos enfants. :-) Cela fait toujours un drôle d’effet de lire des citations de sa propre plume, censées illustrer celle de l’auteur originel. Mais c’est le jeu !


RÉÉCRIVEUR, EST-CE QUE CELA RAPPORTE ?

À cause de toutes les contraintes et frustrations inhérentes à leur métier, les réécriveurs gagnent souvent assez bien leur vie.

Les conditions habituelles d’un contrat de réécriture sont les suivantes :

  • Le réécriveur est salarié par l’éditeur, ou rétribué pour son travail, soit par l’éditeur dans le cas d’un réécriveur free-lance ou d’un autre auteur « maison », soit, plus rarement, par l’auteur originel : celui qui a eu l’idée et, souvent, a rédigé la version « brute » (quel que soit le temps qu’il y a passé, la version dite « brute » est celle qui ne serait pas publiable en l’état).

  • En plus de cela, le réécriveur est mentionné, soit avec l’auteur sur la couverture, soit en première page intérieure par le biais de la mention « Avec la collaboration de X ».

  • Enfin, l’auteur et le réécriveur se partagent les droits d’auteur, ce qui est normal puisqu’il y a une double paternité : « l’inventeur » du livre et son « arrangeur », sans lequel le livre n’était pas publiable.

Cette dernière disposition fait parfois l’objet d’une renonciation de la part du réécriveur lorsqu’il a perçu une importante rémunération forfaitaire. Pas forcément, même dans ce cas-là ; mon dernier contrat free lance s’élevait à 50 000 € plus l’intégralité des droits d’auteur. Mais il s’agissait d’écriture de A à Z à partir de simples notes, soit une année entière de travail ; et le cas était un peu particulier, l'intéressé.e (pardonnez-moi de rester floue) dédaignant les droits d'auteur. Celles et ceux qui me suivaient déjà sur facebook se souviennent que j’avais annoncé ce contrat VIP avec enthousiasme ^^ : dans la majorité des cas, la rémunération d’un réécriveur est loin d’atteindre de tels montants.


LA JOIE DU « CO-NAISSEUR », comme on dit en élevage de chevaux

Tout le monde n’est pas disposé à utiliser son talent pour écrire des livres dont des tiers endosseront la paternité, au lieu de se consacrer tranquillement à ses propres œuvres.

Mais lorsqu’on l’accepte de bon gré et que tout se passe comme cela se doit, la réécriture implique une grande joie : celle d’être à la fois « l’autre parent » et l’accoucheur (au même titre, voire davantage que l’éditeur) de ce nouvel ouvrage qui va partir à la conquête des lecteurs. Un ouvrage qui, sans nous, n’aurait pas vu le jour, ou de façon plus lointaine, plus improbable, ou encore sous une forme moins achevée.

Les échanges entre l’auteur originel et le réécriveur peuvent d’ailleurs se dérouler dans la sympathie mutuelle et la bonne humeur, et apporter un élément positif supplémentaire à cette expérience.

LE CAS PARTICULIER DES AUTOÉDITÉS

J’ai toujours trouvé navrant que des tapuscrits possédant du potentiel restent dans les tiroirs de leurs auteurs, faute pour eux de trouver un éditeur prêt à tenter l’aventure. Parfois parce que les éditeurs sont frileux, qu’ils cherchent pour leurs collections des ouvrages très formatés. Et souvent parce que (et cela, les auteurs ne s’en rendent pas suffisamment compte), le travail de réécriture nécessaire est trop important pour qu’un éditeur veuille investir sur le tapuscrit.

Depuis que j’ai rejoint les rangs des auto-édités, j’ai essayé de faire profiter quelques auteurs de mon expérience. En dehors des réécritures complètes déjà mentionnées, j’ai souvent aidé ponctuellement les auteurs qui me le demandaient. Cette aide s’est exercée à titre bénévole à travers des conseils, mais aussi en donnant des exemples de réécriture pour qu’ils réalisent dans quel sens il faut travailler. Car un bon exemple vaut souvent mieux qu’une longue explication !

Je ne pourrais pas aider tout le monde, mais je peux donner aux auteurs quelques pistes pour auto-améliorer leur tapuscrit.

Exemple des conseils de remaniement donnés à Morgan entre janvier 2013 et la réécriture contractuelle du printemps 2016 :

Page 10 : il y a une phrase inachevée après la harangue du Dauphin à ses soldats.


J’insiste sur le fait que la harangue est trop longue : un chef de guerre quel qu’il soit, et a fortiori un futur souverain, n’a pas à convaincre ses soldats : en l’occurrence, ils sont descendus
[dans les égouts] parce qu’ils n’avaient pas le choix ;-)

En revanche, je trouve excellente l’idée de souligner le fait qu’ils sont des hommes, EUX
[par opposition avec les fées qu’ils traquent] : ça, c’est très crédible. Mais au sein de deux ou trois phrases bien senties, pas d’un long exercice de rhétorique, tu comprends ?


Enfin, j’insiste aussi : ce ne peut être qu’un sergent qui commande les artificiers (un lieutenant seconde l’officier d’une unité de combat, mais les artilleurs ne sont que quelques hommes au sein d’une unité).


Page 13 : des casques en plastique pour les soldats ? Ce n’est pas possible.


Page 16 : les forces royales gagnaient peu à peu
du terrain (non « en influence ») ; « connaissait d’autant mieux ses limites qu’elle les repoussait » (singulier)

Comme vous le voyez, des commentaires argumentés sont un précieux concours pour un auteur, surtout s’il manque à la fois de recul sur son texte (comme tous les auteurs, moi incluse !) et d’expérience.

À défaut de réécriture ou de co-écriture en bonne et due forme (qui d’ailleurs pourrait être une solution, si des auteurs s’entendant parfaitement voulaient collaborer : Boileau et Narcejac, les sœurs Groult et bien d’autres, s’en sont fort bien trouvés), j’encourage donc les auteurs indépendants à s’entre-commenter de façon constructive et détaillée, pour s’aider mutuellement à progresser dans leur écriture.

Tout le monde aurait à y gagner…

J’aimerais beaucoup, par ailleurs, voir davantage de remarques de ce genre dans les chroniques (ou encore mieux, par message privé, mais je comprends bien que cela exigerait davantage de travail) : ces critiques précises et argumentées seraient très profitables aux auteurs. De mon côté, je le fais toujours, au moins çà et là, lorsque je lis un ouvrage.

Donc, merci d’avance aux blog'litt qui accepteraient de jouer le jeu !


C’est fini pour aujourd’hui, mes ami(e)s. Ouf ! J'ai beaucoup transpiré pour vous compiler tout cela, mais j'espère vous avoir été utile.

Si vous souhaitez en apprendre davantage, je vous suggère l'excellent article de Nila Kazar, écrivain et également réécriveur, que vous trouverez
ici.

Dans mon prochain billet, je vous confierai la suite de « ce que je peux vous dire sur l’autoédition ».

Excellente fin de semaine à toutes et à tous !


dimanche 12 juin 2016

Continuer d'y croire, c'est sexy (paraît-il)


.Je n’ai pas oublié que je vous avais promis la suite de ma série d’articles sur l’édition, mais mon programme a été pas mal désorganisé par le succès inattendu de Zone franche et de Propos d’homme à homme, respectivement sur Amazon et monBestSeller. Du coup, je me suis livrée à de petites expériences de promotion de mes livres sur facebook, et j’en partagerai très prochainement les résultats.
AVERTISSEMENT : Aujourd’hui, je m’apprête aussi à aborder ce sujet complètement tabou : les ventes de nos livres.
Auteurs, mes frères et sœurs, en ce jour particulier de l’an de grâce 2016, reconnaissons solennellement que même les plus désintéressés d’entre nous (je n’en fais qu’à moitié partie, ayant un ado à nourrir) ont besoin de vendre leurs ouvrages, ne serait-ce que pour rencontrer de nouveaux lecteurs.
Je dis bien : vendre, sachant qu’un préjugé tenace donne à penser que livre gratuit = mauvais livre. C’est absurde, mais c’est ainsi.
Bon, il y a peut-être des auteurs qui n’écrivent que pour eux-mêmes, mais alors pourquoi publient-ils ?…
Conclusion qui fait mal : un auteur doit vendre sa soupe ; c’est son job, sinon sa raison d’être – laquelle, nous sommes bien d’accord, est d’écrire.


Permettez-moi, pour commencer, de vous raconter une histoire juive que j’ai toujours trouvée non seulement drôle, mais très pertinente. Et particulièrement dans notre cas.


« Éphraïm et Morchechaï sont deux marchands d’art qui possèdent chacun une petite galerie plutôt miteuse dans une ruelle de Brooklyn.
Un jour, alors qu’ils se promènent ensemble, Éphraïm remarque un tableau dans une vitrine. Il entre en coup de vent, s’enquiert du prix, qui est de cent dollars, sort un billet de sa poche et fait emballer le tableau.
Lorsqu’ils repartent tous les deux, Éphraïm tout content portant sous le bras son acquisition, Mordechaï se perd en conjectures : « Je connais bien Éphraïm ; il écorcherait une puce pour avoir sa peau, et voilà qu’il crache cent dollars sans même discuter le prix, pour un tableau que je n’avais même pas remarqué ! Pour que ce vieux filou ait fait une chose pareille, l’œuvre doit valoir au moins mille dollars ! »
Après mûre réflexion, il se décide : « Écoute, Éphraïm, ce tableau que tu viens d’acheter… Il me plaît, à moi aussi ; je le verrais bien dans mon salon. Je t’en propose cinq cents dollars ».
Éphraïm hésite, puis finit par accepter. Mordechaï sort son chéquier et signe un chèque de 500 $ à l’ordre de son ami.
Mais à peine le tableau a-t-il changé de mains qu’Éphraïm se met à gamberger : « Je suis complètement fou, pourquoi ai-je accepté ? Si Mordechaï, qui vendrait sa grand-mère pour dix dollars, vient de m’en offrir cinq cents, c’est qu’il sait une chose que j’ignore. En réalité, cette petite croûte doit avoir beaucoup de valeur. Sûrement cinq mille dollars, au moins ! »
Quelques jours plus tard, Éphraïm se présente donc chez son ami et lui propose de lui racheter son tableau pour deux mille cinq cents dollars. Mordechaï accepte, et Éphraïm repart avec le tableau.
Bien entendu, Mordechaï ne tarde pas à se dire : « Ma parole, je me viens de me faire avoir ! Si Éphraïm m’a racheté ce tableau 2 500 $ avec autant d’empressement, c’est qu’il en vaut au moins 25 000 ! »
Et ainsi de suite…
Cinq ans plus tard, Éphraïm et Mordechaï se retrouvent au cours d’un cocktail que donne le premier à l’occasion d’un vernissage dans sa somptueuse galerie de la cinquième avenue.
- Hé, Mordechaï, notre tableau que je t’ai vendu la semaine dernière pour trente millions de dollars… Je t’en propose soixante millions.
Et là, Mordechaï dit :
- Non. Désolé, mon ami, mais cette fois, j’ai décidé de le garder pour ma villa de Beverly Hills.
Alors Éphraïm devient tout pâle et s’écrie :
- Mais tu es fou ! De quoi allons-nous vivre à présent, toi et moi ? »


J’espère que vous avez apprécié le sel de cette histoire. Parce que, désolée de remuer le couteau dans la plaie, mais elle me fait irrésistiblement penser à notre situation, à nous autres auteurs indépendants.
En effet, à qui vendons-nous nos livres, pauvres de nous ?
Rarement à des lecteurs, sauf dans le cas des pionniers qui ont fidélisé un lectorat depuis belle lurette, ou de quelques heureux élus qui se sont fait remarquer sur Amazon.
Rarement à des lecteurs, donc, pour l’excellente raison que la plupart du temps, le grand public ne sait même pas que nous existons ; et qu’il a autant de chance de tomber par hasard sur Untel, perdu dans l’énorme masse des publications, que de le pêcher à la ligne si Untel était une sardine dans l’océan.
Pas non plus aux blogueurs : même ceux qui, loués soient-ils, s’intéressent aux indés, nous lisent en vertu du principe : « un livre gratuit contre une chronique ». Ils n’achètent pas, donc (sauf pour soutenir un auteur de temps à autre, merci à eux).
Non : comme Éphraïm et Mordechaï, nous faisons nos affaires en vase clos. Surtout que de nos jours, la plupart des lecteurs et des blogueurs écrivent aussi…
Résultat ? Sur facebook, nous échangeons majoritairement entre auteurs. Nous faisons notre promotion dans des groupes d’autres auteurs indés, et de même que nous nous intéressons à ce qu’ils écrivent, ce sont eux en priorité qui achètent, lisent, et souvent commentent, nos ouvrages.
Alors, comme la petite affaire de nos deux marchands d’art, les choses peuvent tourner ainsi pendant longtemps. Mais est-ce vraiment ce que nous cherchons ? Ou, en dehors du plaisir certain de découvrir nos amis auteurs, avons-nous pour objectif naturel d’aller à la rencontre des lecteurs ?
Si c’est le cas, nous ne sommes pas sur la bonne voie.



Comme je le disais, aussi agréable qu’il soit de nous entrelire les uns les autres (dit comme ça, cela fait un peu pratique sexuelle scabreuse, désolée), sur facebook nous tournons en rond, même si le vivier d’auteurs-lecteurs, et donc acheteurs, semble s’étendre de façon exponentielle.
De plus, au risque d’être très désagréable, je vais soulever une pénible vérité : ces lectures croisées, si tant est qu’on en trouve le loisir (moi, je ne demanderais que cela, mais les journées ne sont pas extensibles…), prennent sur un temps qui devrait normalement être consacré à l’écriture. Rien que l’inévitable promotion/communication mange déjà la moitié de notre vie d’auteurs !
Je soupçonne d’ailleurs les auteurs si acharnés à trouver un éditeur, d’aspirer, entre autres motivations, à pouvoir enfin ne faire que cela : écrire, tandis que papa éditeur se débrouillerait pour leur trouver des lecteurs.
Sacré paradoxe, vous ne trouvez pas, que de rêver de s’enchaîner pour avoir enfin l’illusion d’être libre !
Bref, moi, j’adore communiquer, mais il faut bien avouer que du coup, à part remanier de vieux manuscrits, je n’ai pas pu écrire plus de quelques pages en 6 mois. Et si je rencontre ce problème, combien êtes-vous, mes amis, à le rencontrer aussi ?


Mais où et comment trouver des lecteurs purs et durs, si j’ose dire ?
Sur Amazon, cela ne peut être que par un hasard qui confine à la loterie.
J’ai fait l’expérience de présenter un roman assez littéraire, dont le sujet est une histoire d’amour, avec une couverture très Harlequin. Résultat, il s’est trouvé propulsé dans le top 100 dès l’issue de la promotion gratuite KDP Select. Il y est resté moins d’un mois, ce qui n’est pas le Pérou.
Et quand on regarde le top 100, on comprend pourquoi : les « littératures » sentimentale et érotique sont très largement majoritaires, accompagnées de quelques comédies ou romans dits « feel good ». Ces genres ont leur public, qui n’est pas du tout celui des lecteurs de romans « littéraires ».
Et si les amateurs de SF, de fantasy ou autres genres pointus ont le réflexe de se diriger vers les top 100 spécialisés, les amateurs de romans littéraires doivent aller pêcher leurs lectures parmi près de cent mille ebooks Kindle.
D’où les conseils que l’on vous donne : écrire ce qui se vend en masse, ou ce qui correspond à une « niche » porteuse.
Oui, mais si vous, vous écrivez du roman au sens large ? Ou pire, du roman littéraire, autrement dit, soyons honnêtes, quasi illisible, ou du moins pénible à lire, aux yeux de la majorité des lecteurs actuels, habitués à la « malbouffe » de la production littéraire industrielle ?


D’où ma proposition de rassembler les auteurs un peu « atypiques », ceux qui font de la littérature pas-trop-grand-public, ceux qui pratiquent le multigenres (non, ce n’est pas non plus une orientation sexuelle), ceux qui mériteraient d’être en tête de gondole pour servir de figure de proue à toute la littérature autoéditée, qui, n’en soyons pas vexés, aurait bien besoin d’être revalorisée dans l’esprit du grand public, des blogueurs, des médias et de la grande édition.
Parce que, jusqu’à présent, qu’est-ce que nous sommes, à part un grand vivier inorganisé, ou plutôt, organisé autour de quelques pôles non coordonnés ; un vivier où les éditeurs pêchent parfois quand ça les arrange, qui impressionne par son nombre, mais qui suscite beaucoup plus de critiques que de louanges ?

Qu’il existe de nombreuses initiatives intéressantes, méritantes, dynamiques, n’empêche pas d’essayer AUSSI une action globale, à la fois plus généraliste et plus pointue.
Et ce n’est pas parce que je me bats pour cette idée que ce serait « mon » action ; ce serait celle de tout le monde, d’où sa force.
Je me (ré)explique : une vitrine qui ne rassemblerait que « la crème des indés », comme il se doit pour une vitrine, mais qui les rassemblerait tous, et que l’on pourrait promouvoir collectivement avec une énorme force de frappe.
Parce que, disons, 500, ou 1 000 auteurs, ou davantage, faisant la promotion d’un site unique, où tous les lecteurs francophones pourraient venir faire leur marché en étant sûrs de ne pas avoir à trier parmi des milliers d’ouvrages, cela serait forcément plus efficace que 500, 1 000 auteurs ou davantage faisant leur promotion chacun dans son coin.
Et que l’on ne me dise pas que déterminer qui pourra ou non figurer dans cette vitrine représente un problème éthique ou pratique !
Nous sommes tous capables de déterminer presque au premier regard si un ebook écorche les yeux, donne envie de demander à son auteur s’il l’a écrit entre deux trips à l’acide tout en faisant ses courses au supermarché, ou encore, endort le lecteur mieux qu’une triple dose de somnifères – bref, NE PEUT PAS être utilisé pour promouvoir la littérature indé dans son ensemble ; ou si, au contraire, il le peut.
Je ne vais pas revenir sur le serpent de mer de l’élitisme, ni sur les pinaillages idéologico-égotiques qui nous poussent à refuser toute idée d’un tri, ni sur la frilosité qui incite à laisser les choses en l’état, parce que jusqu’à présent ça allait bien comme ça, et que l’on craint de ne pas être parmi les « élus » si les « trieurs » ne jouaient pas le jeu loyalement.

Voilà, c’était ma réflexion du jour, enfin d’il y a déjà quelques semaines : depuis début mai je corrige pour des amis auteurs, alors je suis encore plus surbookée que d’habitude.:-)
La prochaine fois, je publierai justement à ce propos : comment doit-on corriger son manuscrit, dans quel but, avec quels impératifs ?…


Excellente fin de week-end à toutes et à tous !