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l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


dimanche 31 juillet 2016

"La table des reliefs", un petit festin de surprises


Le roman de Didier Betmalle « La table des reliefs » a réussi à m'étonner, ce qui m'arrive trop rarement. Quand on est écrivain, on démêle assez facilement les intentions de l'auteur : la plupart du temps, on le voit venir, avec ses plus ou moins gros sabots que l'on a chaussés nous aussi un jour ou l'autre ! La liste des intrigues et rebondissements possibles n'est pas illimitée, et l'on est habitué à déceler les ficelles qui sous-tendent les plus subtils schémas de narration.

À ce sujet, ami(e)s auteurs, voici quelques suggestions d'articles propres à vous intéresser (ou à vous faire fuir, c'est selon).



Le "schéma narratif canonique" (fameux somnifère, ce soit dit en passant.)



La table des reliefs, que vous trouverez ici, est un repas à thèmes et saveurs multiples. Un repas que l'on prendrait au cœur d'un parc d'attraction, assis dans un wagon qui, multipliant les virages dans des directions improbables, va nous secouer en tous sens et nous procurer une foule d'émotions inattendues.

Blanche et lisse comme une serviette, la couverture s'efface devant le contenu. 
Tout commence de façon presque banale, par une entrée en matière assez classique. Réflexion à ce stade : « Pas mal, mais où veut-il en venir ? » Hé oui, l'on se demande quel plat de résistance va nous être servi, tant sont vastes les possibilités...

C'est alors que Betmalle nous plonge dans le fantastique, si abruptement qu'on en a les papilles presque révoltées. Son potage très original immerge l'un des ingrédients, pardon, l'un des héros, dans une situation tellement étrange que c'est presque burlesque ; mais si l'humour ne manque pas, parsemé tout au long du roman comme une pointe d'ail revigorante, l'angoisse est présente également, soulignant de ses troublantes épices une visite guidée des méandres de la psychologie humaine – sur le thème, entre autres, de la culpabilité.

On ressort de ce long passage essoré, hésitant entre sourire et malaise, se disant en tout cas : quelle belle imagination !

Et là, on se voit servir derechef, sans jeu de mots, une intrigue policière à nouveau presque classique, quoique présentée de façon piquante, persillée de réminiscences et de points de vue alternés.

Attention : il s'agit aussi d'une intrigue à tiroirs, une cascade d'expériences gustatives qui mêle plusieurs protagonistes avec chacun ses motivations, parfois tortueuses.

Font graduellement irruption des goûts qui râpent la langue et emportent la bouche : le désir, la violence, la solitude, la haine, auxquels nous avaient préparés les quelques touches perçues dans le plat précédent ; mais de ce ragoût complexe s'exhale aussi un fumet de douceur : la tendresse, le pardon, l'espoir.

Puis l'horreur atteint un point culminant, transcrite avec une crudité – toujours sans jeu de mots – insoutenable. Ma fibre féministe s'en est même un peu émue, l'espace d'un instant ; il est des sujets difficiles à aborder sans réticence. Mais j'ai l'estomac solide, et puis l'on sent toujours en filigrane l'amour, note de fond entêtée, entêtante.

Lorsque l'on se croit arrivé au bout du festin, bousculé mais assez satisfait de cette expérience, le dessert débarque en fanfare... et l'on s'aperçoit que l'auteur, fieffé manipulateur, nous a égarés de bout en bout : rien n'est ce que l'on croyait.
Le repas s'achève alors sur une note douce-amère. Bien entendu, je ne vous en dirai pas davantage...

Didier Betmalle est un fin gastronome.
Si la première pression du texte qu'il m'a soumis n'est pas exempte d'impuretés, si elle demande à être raffinée pour atteindre sa pleine saveur, j'en retiens surtout l'originalité et la grande richesse sensorielle.
Ce roman sollicite notre goût, notre vue, notre odorat, notre toucher... Le passage sur les calissons, véritables madeleines de Proust (patronyme de l'un des héros, entre autres clins d'œil de l'auteur), est presque jouissif, tant il nous entraîne dans un dédale de sensations comparable au dédale secret de nos neurones : mémoire, fantasmes, errements d'un esprit perturbé...

Ça et là, une jolie trouvaille joue les truffes et croque sous la dent, savoureuse :
« Leur bavardage, frétillant comme une noix de beurre jetée dans une poêle brûlante ».


Alors, à table ! Je vous invite à goûter ce roman intelligent, malicieux, sensuel et original, ne serait-ce que pour ne pas oublier qu'il y a mille et une manières d'accomoder une intrigue !