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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

mercredi 13 juillet 2016

Nous mourrons tous de solitude



Les artistes dans leur ensemble sont souvent considérés comme centrés sur leur nombril.
Normal, au fond : la créativité est une hydre dévorante, et il est difficile d'aller jusqu'au bout de son talent tout en restant attentif à son entourage.



De plus, le public est une conquête que les artistes se disputent non sans jalousie, avec force manœuvres pour écarter la concurrence. Chacun garde par-devers soi, ou en petit comité, les clefs permettant sinon d'accéder au Graal – le succès –, du moins de s'en rapprocher.

Chez les auteurs indépendants, cet égocentrisme vital est moins perceptible. Pourquoi ?


  • Peut-être parce qu'il fait très froid en ce monde de la création littéraire indé.
Parmi cette frange innombrable mais reniée par l'establishment, qui l'accable de critiques et de railleries ou feint d'ignorer son existence, des millions d'auteurs, le plus souvent amateurs, briguent les faveurs d'un maigre lectorat au prix d'un travail acharné et ingrat. Résultat ? Pour la plupart, la plus cruelle absence de reconnaissance.

Alors on se réchauffe, sinon en faisant bloc, du moins en se serrant un peu les uns contre autres.


  • Peut-être aussi parce que le meilleur moyen de sortir de l'anonymat des auteurs autoédités, les pionniers l'ont bien compris, c'est de donner de sa personne en partageant ses savoir-faire.
Certains en tirent profit. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Ils ont payé ces savoirs de centaines d'heures de travail et de recherches, de tâtonnements, d'échecs. Autant en retirer un peu de visibilité.

D'autres de ces pionniers donnent sans compter, bétonnant peu à peu une réputation méritée. Et tant mieux si elle finit par rejaillir sur leurs ventes, ne serait-ce que parce que se constituent ainsi des noyaux de solidarité où les auteurs se font la courte-échelle.

En y regardant bien, d'ailleurs, ces groupes-là se ressentent comme le milieu des « indés » proprement dits, ceux qui sont pro ou quasi pro, par opposition à la masse impuissante des auteurs autoédités.
(Personnellement, je n'entrerai pas dans ce distingo indés vs autoédités, aussi démontrable soit-il)

Il n'empêche que malgré un incessant partage de connaissances, infos, méthodes, qui fait chaud au cœur et force l'admiration, tout ce petit monde de plus en plus vaste reste dans l'ensemble brouillon, individualiste, inorganisé.
Normal, le phénomène de l'autoédition est si récent...



Oui, mais le temps presse. 
Comme je l'ai déjà écrit, l'édition traditionnelle est en crise. Moins de lecteurs, plus de charges, la concurrence de l'autoédition : la grande édition financière sera tôt ou tard condamnée à se réformer ou mourir. Elle se réformera, croyez-moi. On n'efface pas d'un trait de plume des siècles d'expertise littéraire et relationnelle. Ces compétences seront utilisées pour survivre et reprendre le contrôle d'un fromage qui, peu à peu, se débine en faveur de l'autoédition. La nature a horreur du vide, les marchés encore davantage. La lecture, c'est un marché. Et les auteurs solitaires en sont un, eux aussi...

Adoncques, les grands éditeurs sauront se reconvertir. En agents littéraires, très probablement, qui capteront dans leurs filets l'immense troupeau désarmé des auteurs en mal d'assistance et en soif de reconnaissance.
Pas pour les sauver. Pour faire exactement la même chose que jusqu'ici : du profit. La majorité des autoédités n'y gagnera rien. On ne repérera pas davantage de talents inconnus ; on ne contentera de rentabiliser des « produits » qui auront déjà su se rendre visibles. Ce qui, vous l'avez compris, n'a pas toujours grand-chose à voir avec la qualité littéraire.

Et cela, moi, ça me navre. Pourquoi, me direz-vous ? Eh bien parce qu'étant une incurable humaniste, j'ai vu dans le mouvement indé la preuve qu'une libre coopération pourrait fleurir, ringardisant cette grande édition traditionnelle où l'amour de l'écrit s'étiole.
Où l'on ne subit plus que la dictature des chiffres de vente et la tyrannie du turn-over.
Où la course au profit aboutit déjà à du fast-book, comme elle a abouti au fast-food dans la restauration. De la malbouffe prédigérée, vite lue, aussitôt oubliée. 
Le lecteur ne doit plus être un cerveau qui se régale et s'enrichit de livre en livre, surtout pas ! mais un tube digestif dont le transit accéléré ne sert qu'à le conduire plus vite au repas suivant. C'est que cet intestin a la main, si j'ose dire, sur les cordons de son porte-monnaie, cible de l'industrie du livre.

Tout cela pour vous seriner une fois de plus (je sais, ça devient lassant) que le monde des auteurs autoédités gagnera à s'organiser par lui-même.
Il y a des valeurs à mettre en commun, des synergies à créer. Quelles sont-elles ?

Celle que certains indés maîtrisent mieux, pour l'instant, que les éditeurs tradi : la compétence technologique, la connaissance des plateformes de vente et des réseaux sociaux.
Dans ce domaine, comme je l'ai dit, le partage des savoir-faire va déjà bon train.

Celles que l'édition tradi détient encore :
  • L'expertise littéraire et la capacité de transformer un manuscrit brut en produit fini doté de toutes ses chances.
C'est cette compétence qui manque le plus aux auteurs autoédités. L'entraide est possible, mais encore faudrait-il que les auteurs soient prêts à accepter l'intervention de leurs pairs... Pas évident du tout. Alors que tant d'entre eux accepteraient sans moufter, avec humilité et reconnaissance, celle d'un parfait inconnu paré de l'enseigne « éditeur » !


  • Le relationnel : l'accès aux blogueurs influents, aux médias, aux salons, aux libraires, bref la voie royale vers le lectorat.
Ce point-là est crucial pour le succès d'un livre. Seulement, rien ne prouve que 3 semaines sur une étagère au ras du sol dans toutes les librairies de France et de Navarre assurent une meilleure chance de visibilité qu'une bonne campagne sur Amazon et les réseaux sociaux. Ce que nos pionniers indés, eux, savent faire mieux que personne.

Je l'ai dit dans les commentaires de mon précédent article, le parrainage peut être une belle et utile reconversion pour un auteur. Faire connaître ses propres œuvres n'est pas, fort heureusement, le seul moyen de trouver du bonheur à s'agiter dans le monde du livre ! Certains, je le sais, ressentent déjà cet appel.

Si suffisamment d'auteurs confirmés s'essayaient à coacher au moins un "espoir" chacun, ce serait le meilleur moyen d'aller vers une planète indé solide et autonome, capable d'assurer la promotion de ses talents pour affirmer sa crédibilité et contrer leur récupération mercantile.


Car ne vous y trompez pas, chaque autoédité capté par l'édition tradi est un argument de plus contre le sérieux des indés. 
« Oh, on y trouve quelques perles, mais c'est l'exception ». Ben voyons : tous ceux qui surnagent sortent bientôt des radars, promptement récupérés par l'establishment à son propre profit.

Pour ceux qui ont une vision exclusivement pragmatique de la question, je rappellerai ceci :


Une fois notre océan livré à une grande édition reconvertie en pêche industrielle de fast-books à haut rendement, combien d'entre vous tireront encore leur épingle du jeu ?

Contre une Nabilla autoéditée, ou les innombrables « auteurs » du même acabit qui s'engouffreront dans cette voie prétendument indépendante, soutenus par l'édition ex-tradi avec l'armement lourd de ses budgets et ses réseaux, pensez-vous faire longtemps le poids en tant qu'indé ?...



Mieux vaudrait mettre en commun les compétences, former des synergies qui se partageraient les tâches et les profits. Un processus coopératif, quoi. De multiples cellules fondées sur la capacité de travailler ensemble, et constituant un grand « tout » réellement indépendant du système actuel, qui, lui, ne fait que nous exploiter quand ça lui chante.

Un « tout » qui pourrait inclure la micro-édition, assez proche de ce fonctionnement cellulaire, et également victime de l'édition financière.

Réflexion : ne serait-il pas, non seulement plus satisfaisant, mais plus rentable, de se partager à 2, 3, 4 intervenants les redevances d'un livre qui marche fort, mis au point et promu en commun, plutôt que de végéter chacun dans son coin ? Parce que, vous le savez bien, à ce train-là nous mourrons tous de solitude. 

Mais bon, moi qui suis en transit parmi vous, je ne fais que rêver à voix haute. Sans la moindre illusion. Ce n'est pas la gravitation qui régit le monde, c'est l'inertie. Et la force centripète, oui, je sais.

Qui vivra verra !