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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

jeudi 21 juillet 2016

Pétrichor : l'odeur de l'humanité


Chers amis, voici ma chronique de "Pétrichor : L'odeur de la terre mouillée.", un thriller de l'auteur indépendant Frédéric Soulier. Sortez vos petits sacs à vomi et accrochez-vous, ça décape. 



Frédéric Soulier est un auteur qui ne soigne pas son image comme il est bien vu de le faire, en se faisant passer pour doux, lisse, pétri d'illusions et de bons sentiments. Au contraire, il s'acharne à donner de lui un aperçu aussi rugueux et provocateur que possible. Cela a suffi à susciter ma curiosité, et presque ma reconnaissance, tant m'exaspère cette époque qui se croit civilisée parce qu'elle se plaît à pratiquer une forme raffinée de veulerie.

Oui, j'ai bien dit « veulerie ». "Pusillanimité" sonne moins clair. Je suis très remontée, ce matin. Des chairs explosent un peu partout, des enfants se font poignarder, et l'on crie haro sur les médias pour avoir osé montrer des images à leurs téléspectateurs scandalisés... Hou, les malappris ! Les charognards ! (ça, ce n'est pas faux. Mais c'est leur métier, oui ou non ?)

Certes, il est tellement plus confortable de ne pas voir, de ne pas savoir. De croire que nous vivons dans un univers de bisounours, où drames et atrocités ne seraient que des sortes de bugs – des dysfonctionnements à vite passer sous silence, des fois que cela suffirait à les faire s'évaporer comme un mauvais rêve.

Moi qui ai vécu le plus clair de mon temps à l'étranger, je pourrais vous dire en quel mépris nous tiennent des peuples encore enracinés dans le réel. Ils raillent notre délicatesse de sentiments, poussée jusqu'au point où, par crainte légitime de régresser vers la barbarie, nous nous refusons au moindre sursaut, à la moindre prise de conscience, au moindre instinct de conservation, et même à la défense de nos propres valeurs. À les entendre, cette débauche de scrupules signifie que notre civilisation touche à son terme. Je crains bien qu'ils n'aient raison.

Plus je vieillis, donc, plus je déplore l'aveuglement qui conduit à se tromper de combat : travers classique des systèmes qu'un excès de vertu conduit à ratiociner sur ce qui est convenable et politiquement correct, au lieu de regarder en face les réalités du monde et de la nature humaine... 
Or, comme en amour, l'on ne peut pas aimer, l'on ne peut pas guérir un être ou une société sans admettre ce qui est, au lieu de ne considérer que ce que l'on préférerait voir.

Soulier, au contraire, s'attache avec une constance méritoire à nous extirper de notre zone de confort à la fourchette à escargots. 

Lecteurs, je vous engage à ne pas vous impatienter lors du long et lent démarrage, dans l'atmosphère désuète d'une ferme au cœur de la Creuse. Imprégnez-vous de cette ambiance, appréciez une plume qui n'a pas encore atteint son plein épanouissement, qui n'est pas exempte de défauts, mais qui transpire déjà le talent : riche, sonore, habile.

Et profitez-en pour boucler vos ceintures. Ce à quoi nous invite l'auteur, c'est une plongée à pic dans les plus sordides tréfonds de l'esprit. Âmes délicates s'abstenir : on nous sert là du vrai, du cru, cette réalité même qui cohabite avec nous, tout autour de nous, et que nous refusons de prendre en compte.

La marque de fabrique de Frédéric Soulier me paraît être une partition du roman en deux phases : pas de lente montée en puissance et en mystère, mais un début calme et douillet, presque soporifique, puis une seconde partie où tous les démons sont lâchés, sans aucun égard pour la sensibilité du lecteur. Pétrichor, ou la puanteur de l'humanité.

Il me faut aussi rendre justice à ce récit atrocement précis et documenté, très loin des approximations, voire des inexactitudes si agaçantes propres à trop de thrillers. Soulier sait de quoi il parle, et le décrit sans prendre de gants. Merci à lui, là encore, de ne pas chercher à nous faire croire que les victimes, comme des licornes, défèqueraient des paillettes en rendant leur dernier soupir. Les détails immondes, cent pour cent réalistes, sont légion dans cet ouvrage ; cela rend l'immersion totale et sans merci.

Pour finir, on serait presque tentés de psychanalyser cet amateur de Céline ("Voyage au bout de la nuit" l'a marqué très jeune, je parie, comme l'un de ses personnages). Afin de discerner pourquoi sa compréhension presque visionnaire de la noirceur de nos semblables est aussi brutale, sans concession, et pourquoi il prend tant de plaisir à nous l'asséner.


Quoi qu'il en soit, amateurs de thrillers et de voyages bien gore au bout de la nuit de l'âme humaine - ce qui, je le précise, n'est pas du tout mon cas -, délectez-vous de ce roman. Il ne triche pas, ne vous prend pas pour des gogos, et l'on sent bien que si l'auteur n'hésite pas à y répandre des tripes et à empoigner les vôtres, c'est tout simplement parce qu'il écrit avec les siennes.