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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 1 août 2016

"Bonbon", de Samir : Délectable. Détestable.



Disponible sur Amazon, ici

Voilà longtemps que je voulais lire ce bref récit dont l'extrait Amazon m'avait conquise.

Je confirme : Samir, le Maître confiseur (c'est d'ailleurs son pseudo) de « Bonbon », est l'un des auteurs autoédités les plus doués que j'aie lus depuis une éternité. L'un des auteurs les plus doués, tout court, car la grande édition ne produit plus guère, hélas, de chefs-d'oeuvre littéraires au sens où je l'entends : celui d'un style étincelant.

Cette prose nerveuse, rythmée, fourmillant de succulentes trouvailles, m'a rappelé les meilleurs orfèvres : Vian, Albert Cohen, la Sarrazin et bien d'autres, presque oubliés de nos jours, mais qui avaient cette même créativité rebelle, terriblement moderne et follement poétique, à la Rimbaud. J'en riais de joie, comme un enfant les mains plongées dans un coffre aux trésors, caressant des yeux les joyaux, les écoutant cascader.

La qualité de la correction (de très rares coquilles, quelques erreurs de conjugaison devenues presque banales : l'imparfait au lieu du futur, comme « je me plantais face à elle » au lieu de « je me plantai ») a achevé de me séduire, moi qui souffre mille morts en lisant les manuscrits d'aujourd'hui. À peine si j'ai regretté la mise en page alignée à gauche, qui serait tellement plus présentable en mode justifié. La couverture, elle, était superbe. Mais peu importait l'écrin, je tenais là une vraie perle, que dis-je, une rivière, un Niagara de perles. Oui, Samir est un auteur qui, je l'espère, écrira beaucoup d'autres choses ; il a l'étoffe d'un véritable écrivain.

L'histoire, de son côté, m'a rappelé Creezy, de Félicien Marceau : un grand fauve conquérant qui tombe amoureux fou d'une beauté vide, et s'en trouve très mal. Curieusement, les hommes riches et puissants sont les premiers à perdre tous leurs moyens devant une jolie femelle sans âme. Ils élèvent son esthétique au rang d'un tableau de maître, d'un quatrain, d'une symphonie. Peu importe ce qui siège - ou pas - à l'arrière-scène. Avez-vous remarqué que les grands capitaines d'industrie, pourtant doués pour les affaires, épousent des mannequins, frivoles de préférence, jamais des Marie Curie même ravissantes ? D'où, peut-être, ces rejetons scandaleux affamés de passe-temps ruineux et futiles, qui traînent leur nez dans la blanche et le nom paternel dans la boue au lieu d'utiliser leur fric pléthorique à tenter de rendre le monde meilleur.

Donc, l'histoire m'a rappelé Creezy, et j'étais aux anges, car ce brillant roman avait fasciné mes quinze ans. C'était, pour « Bonbon », un charme supplémentaire. Et Samir se tirait fort bien de la comparaison, menant son récit à bride abattue, avec une grande économie de phrases ; chacune faisait mouche, traversait l'espace comme un baladin : une acrobatie aérienne, un effet de manche cabotin, une guirlande de mots tressés comme par le plus habile prestidigitateur... Du grand art.
Un exemple parmi cent ? « Derrière elle, des palmiers ployaient à s'en ouvrir les veines, cherchant désespérément à tremper leurs feuilles dans ses cheveux. »

Je me régalais, donc... Et puis, cette phrase impardonnable à mes yeux :
« Ce jour-là, je me suis promis de gifler la prochaine salope qui viendrait me parler violences conjugales. L'oeil au beurre noir qu'une fille a peut-être mérité, est risible face au pogrom permanent que perpètre la beauté. La vraie. Celle qui écrase les cœurs sur des tessons de bouteilles. »

Et je me suis dis : encore un.
Encore un homme – le narrateur, mais pourquoi l'auteur n'a-t-il pas pris la précaution élémentaire de s'en distancier ? vous savez, cet avertissement "Les opinions de mon personnage n'engagent que lui"... – un homme, donc, chez qui l'érection engendre la haine. Pour qui, vouloir une femme à en crever, c'est en même temps rêver de le lui faire payer très cher. Pour qui le dégoût n'est jamais très loin du désir.

J'ai eu la chance de ne pas avoir à vivre avec un homme de cette espèce, mais j'ai croisé bien des prédateurs dont l'oeil allumé de concupiscence trahissait la folie du pyromane. Et j'ai vu bien trop de victimes. Comment peut-on mériter un œil au beurre noir infligé par plus costaud que soi ?...

Dire que l'on a chargé Ève, et toutes les femmes après elle, du Péché de l'humanité ; asservi, battu, brûlé les femmes pendant des siècles et des siècles de monstrueuse injustice... alors qu'en fait, le vrai crime héréditaire est celui des porteurs de testostérone (non, pas tous, fort heureusement) : cette brûlante détestation de la femme qui les fait bander.

Alors, dommage. Cent fois dommage. « Bonbon » m'a épatée dans l'ensemble, et je persiste à saluer la performance littéraire. Je souhaite à son auteur le renom que mérite un tel talent. Mais ce bonbon me laisse un petit goût amer. Car même son titre, à présent, me rappelle ce qu'est une femme aux yeux de tant d'hommes encore : l'objet à la fois de convoitise, de crainte, de mépris, de répulsion, si atrocement fustigé par les ignobles frères Goncourt ; la pathétique créature que Freud, pauvre fou, imaginait accablée, frustrée jusqu'à la névrose, de ne posséder qu'un clitoris entre les jambes.