Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/EBKoridwen et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 1 août 2016

Chroniquer ou ne pas chroniquer ? Telle est la question.


Auteurs, chroniqueurs, je vous recommande la lecture de cet article auquel je me permettrai d'ajouter quelques réflexions.
Je suis un fervent partisan de la blogosphère littéraire. D'abord parce que tant de passion, tant de temps et de labeur non rémunérés pour la transmettre, forcent l'admiration ; ensuite parce que les avis des blog'litt sont particulièrement intéressants, car ils expriment ceux des lecteurs, et pour cause.
Je déteste entendre tourner en dérision le fait qu'il s'agit de critiques littéraires amateurs, mot qui rend dans certaines bouches un son par trop méprisant. "Amateur", l'insulte suprême ! Souvent déplacée, parce qu'il y a des blog'litt fort érudits.

De plus, ces amateurs providentiels sont souvent le seul soutien des auteurs autoédités ou édités par la micro-édition, qui n'ont guère d'autre moyen de se faire connaître... Mais cela, les puristes du monde du livre s'en soucient peu, évidemment.

Il n'empêche que nos anges littéraires bien-aimés pèchent parfois par excès de zèle. Et ce, alors même qu'ils n'ont pas l'autorité d'un critique professionnel, dont le rôle est de relever sans états d'âme ce qui va ou ne pas pas dans une oeuvre, avec la précision et la compétence d'un critique gastronomique.

Deux cas litigieux peuvent se présenter :

Cas n° 1 :
Le/la blog'litt couronne un ouvrage d'étoiles et de louanges : ce livre est "génial", c'est le Livre avec un grand L, ardemment recommandé ! C'est sympa, mais parfois un peu décalé par rapport au contenu. Je vais faire hurler pas mal de monde, mais vous connaissez mon franc-parler : dans l'intérêt de la blogo littéraire et des auteurs dans leur ensemble, peut-être vaudrait-il mieux, comme le font déjà certains blog'litt, s'abstenir de noter. Parce qu'attribuer 5 étoiles à Twilight ("j'ai adoré") et 3 au Seigneur des Anneaux ("je me suis ennuyé/e"), c'est, disons, peu crédible : quoi que l'on pense des longues descriptions du père Tolkien, on ne peut pas sérieusement comparer la qualité littéraire de l'un et l'autre... Et ne parlons pas de la notation des classiques, parfois jugés illisibles, alors que 50 Nuances de Grey a déchaîné l'enthousiasme que l'on sait.

On me rétorquera que la blogo littéraire ne prétend pas juger la qualité littéraire, mais seulement refléter, comme je le disais plus haut, l'opinion du lectorat actuel. C'est vrai, c'est même son intérêt pour l'auteur qui veut savoir si son livre a des chances de plaire, ou s'il doit le remanier. Mais là, je me place du point de vue du blogueur méprisé par l'establishment : veut-il, oui ou non, être plus ou moins reconnu comme un maillon utile et efficace de la chaîne du livre ? Alors il doit évaluer ses lectures avec plus de raison que d'emballement, en sachant prendre du recul et remettre ses goûts personnels en perspective.

Cas n° 2 :
Le/la blog'litt n'aime pas un livre, pour une multitude de raisons définies de façon exhaustive dans l'article cité plus haut. Et il cède à la pulsion de l'enduire de goudron et de plumes séance tenante.

Je partage le point de vue de l'auteur de l'article : peut-être faudrait-il, parfois, s'abstenir de chroniquer.

D'abord, derrière un livre, il y a un auteur, une sensibilité souvent exacerbée : il est rare que l'on écrive, quand on est froid comme un poisson. (Et encore, un poisson est sûrement plus émotif qu'on ne le croit. Mais je m'égare.)

Je soulignerais cet aspect humain même si je n'avais jamais subi une critique assassine ; mais il se trouve que cela m'est arrivé. Deux fois. Qui ont suffi à me faire abandonner l'écriture d'Élie et l'Apocalypse pendant plus de deux ans.

Sans vouloir m'attarder sur cette mésaventure personnelle, je la décrirai pour bien montrer à quel point un avis à l'emporte-pièce, arbitraire par définition, nuit à la fois à l'auteur et au blogueur, comme le souligne l'auteur de l'article.

EELA à sa sortie a eu la chance de faire un modeste buzz sur la blogo, grâce à mon éditeur qui n'a pas lésiné sur les SP (Services Presse), envoyant le livre à quelques dizaines de chroniqueurs. Au milieu de nombreux avis positifs, deux chroniques plus que négatives sont apparues presque simultanément.

Peut-être pour se démarquer, une blogueuse a jugé le livre très mal écrit ; elle s'est d'ailleurs arrêtée après 50 pages. Comme elle mettait en avant sa qualité d'étudiante en lettres modernes, mais que sa chronique recelait des fautes, les fans du livre s'en sont émus, et une polémique s'ensuivit.

Quelqu'un d'autre, sur un site voué à la SF, a pris le roman au premier degré, se scandalisant de ce qu'il considérait comme une apologie de l'ésotérisme (il y a de célèbres précédents : J-K Rowling avait été accusée par un prêtre anglican de faire l'apologie de la sorcellerie !!).

Là encore, indignation des fans, et vive discussion sur facebook dont s'est mêlé mon éditeur en personne : choqué par le qualificatif de "littérature de gare pour amatrices d'ésotérisme sans aucune culture générale", il mettait un point d'honneur à défendre ses lectrices (il y avait tout autant de lecteurs, mais le chroniqueur devait viser une fascination supposément féminine pour l'astrologie et la lecture des lignes de la main).

Moyennant quoi, le second intervenant a achevé d'assassiner le roman dans un échange public où il concluait que la blogueuse avait raison et que l'auteur (votre humble servante, donc) écrivait comme un pied.
Et pendant ce temps, en réponse à un article d'une fan d'EELA qui protestait sur son blog contre ce jugement expéditif, l'administratrice du site de SF venait l'insulter copieusement en commentaire, la traitant de demeurée.

"Beaucoup de bruit pour rien", aurait conclu Shakespeare. Et beaucoup de blessures inutiles de part et d'autre. Car la vérité, c'est qu'un roman ne peut pas plaire à tout le monde, et que ce n'est pas une raison pour l'exécuter en quelques phrases défoulatoires. Même si c'est tentant, pour ceux qui se retiennent avec leurs éditeurs partenaires, de se lâcher avec les autoédités et la micro-édition, dont ils n'ont pas à craindre des mesures de rétorsion. (Le site de SF était carrément offusqué que les fans et l'éditeur osent critiquer sa critique... Ce qui en dit long sur l'inégalité des droits dans son esprit.)

Comme le préconise l'auteur de l'article, sans doute serait-il parfois plus raisonnable de ne chroniquer que ce que l'on aime ; j'entends par là, dans les cas où l'on a tendance à balancer des chroniques lapidaires et vengeresses dès que l'on est agacé ou déçu pour des raisons autres que littéraires. C'est plus fréquent qu'on ne le croit.

Contrairement à ce que professent quelques blog'litt, un blog littéraire n'est pas un journal intime ; il est public, et rend des jugements sur le travail d'autres personnes, au lieu de se contenter d'exposer des états d'âme ne concernant que soi. On oublie trop souvent, par clavier interposé, qu'à travers un ebook on juge un être humain, sensible, vulnérable, et non un punching-ball numérique sur lequel décharger ses humeurs.

Si l'on veut exprimer que l'on n'a pas aimé, il est bon de souligner - la plupart des blog'litt le font, merci à eux - que ce n'est que l'expression de goûts et d'opinions personnels.

Aucun ouvrage n'est parfait. Alors, me direz-vous, que faire lorsque l'on relève fautes et maladresses ? Je serais d'avis, moi aussi, de n'en rien dire publiquement ; ne serait-ce que parce qu'à l'ère du numérique, les bavures d'aujourd'hui peuvent être corrigées demain, et qu'il serait dommage de ruiner pour si peu la réputation d'une oeuvre.

De mon côté, je préfère m'adresser à l'auteur en privé pour lui signaler les coquilles et les points améliorables.
En faisant de même, amis blog'litt, vous rendrez service aux auteurs autoédités, qui n'ont souvent personne, sinon leurs proches - or rien ne vaut un oeil extérieur, vous le savez -, pour attirer leur attention sur ces petits défauts. Cela prend du temps, cela exige du tact et d'être sûr de ses assertions, mais vous conviendrez que c'est plus élégant, et surtout plus profitable à la communauté toute entière, que d'exécuter un roman en place publique...