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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


mardi 9 août 2016

L'art de la chronique : états d'âme



Je me suis aperçue ces derniers jours que, dans ma hâte à publier mon dernier apéribook – acte-réflexe, quelque peu thérapeutique, au sortir de l'hôpital où je venais d'être bouclée 24 h pour une suspicion d'AVC – j'avais livré à mes lecteurs un ouvrage entaché de nombreuses coquilles.
Même dans l'édition, on en évite rarement quelques-unes dans un roman de 500 pages ; surtout moi, qui suis un vrai chien truffier pour les repérer dans les manuscrits des autres, mais ai du mal à relire mes propres écrits.
C'est, hélas, beaucoup moins pardonnable dans une nouvelle.

Même corrigées aussitôt, ces bavures demeurent une épine dans ma chair, car je suis toujours frappée, au sens le plus négatif du terme, par les livres bourrés de fautes.

Je me garderais bien de juger une œuvre sur ce seul critère (parce qu'il peut y avoir une histoire bien menée, des idées intéressantes, chez un auteur dyslexique ou de formation littéraire inaboutie, et trop isolé ou désargenté pour se faire corriger par d'autres yeux). Mais, je l'avoue, je me détourne au bout de quelques pages des ouvrages qui cumulent ce défaut-là avec une prose maladroite et une intrigue indigente. 

L'autoédition à elle seule produit, même perdus dans la masse, tant de livres admirables qu'une vie entière ne suffirait pas à les dénicher, savourer et promouvoir ; alors je ne peux pas m'adonner au passe-temps masochiste de m'infliger ceux qui n'ont rien pour eux – et là, je parle de qualités objectives ! pas de sentiment personnel, ou d'inclination pour tel ou tel genre, style ou histoire.



L'incident des coquilles et cette réflexion sur « qu'est-ce qu'un mauvais livre », exacerbée par un contexte particulier, m'amènent à m'interroger une fois de plus sur le bien-fondé de la critique littéraire.
Pas celle des spécialistes dont le métier est d'analyser un texte et d'en faire le compte-rendu, parfois impitoyable, mais toujours expert (du moins, à la grande époque de ce métier noble et ingrat ; aujourd'hui, c'est souvent une tâche essentiellement publicitaire).
Non, celle des blogueurs littéraires et des auteurs-blogueurs qui, par goût ou par espoir de réciprocité, s'aventurent à chroniquer les livres de leurs pairs.

Je vais m'efforcer, par souci d'impartialité, de mener cette réflexion sous l'angle de ma double casquette d'auteur et de lectrice, chroniqueuse à l'occasion.

Les blogueurs sont les anges des auteurs autoédités, leur seul moyen, le plus souvent, de toucher un lectorat. 
Je défends depuis longtemps la blogosphère littéraire contre le mépris qu'elle a inspiré aux puristes à ses débuts, et dont elle pâtit encore bien que l'édition, ayant compris l'importance croissante des « avis consommateurs », ne manque pas de l'utiliser à des fins publicitaires.


Nous entrons déjà dans le vif de ce sujet si délicat.


En effet, un blogueur n'a pas intérêt à compromettre ses partenariats avec des maisons d'édition – relation dont il est fier à juste titre –, en disant tout le mal qu'il pense de tel ou tel roman reçu en « SP » (Service Presse), autrement dit, gratuitement en échange de son avis. Le monde étant ce qu'il est, on imagine bien que, quoi que prétende l'éditeur, le franc-parler du blog'litt serait sanctionné tôt ou tard, et finirait peut-être par ruiner sa réputation dans tout ce petit milieu.
Certains exercent néanmoins une méritoire liberté de jugement. Mais la plupart, en chroniquant un livre édité, pèsent leurs mots, et avec raison.

En revanche, il n'est pas rare de voir des blog'litt se défouler sur les autoédités, qui par définition n'ont pas d'éditeur derrière eux.
Cette expression, « se défouler », va me valoir des réactions indignées dans la blogo, car la grande majorité des blog'litt s'efforce de chroniquer en toutes circonstances avec justesse et modération. Seulement, si l'on voit tourner ces temps-ci beaucoup de débats sur le sujet, c'est que les limites de l'exercice sont assez floues pour amener toutes sortes de questions dérangeantes.

Les blog'litt revendiquent leur droit à critiquer un texte en fonction de leur ressenti. Ils ne sont pas des experts, soulignent-ils à juste titre, mais des lecteurs qui divulguent leurs impressions. Certains n'hésitent pas à comparer un blog à un journal intime, entendant par là qu'ils/elles sont libres d'y déverser leurs humeurs.

Or un blog n'est pas un journal intime. Ce qu'on y écrit est public, et aura des conséquences. 
Parfois positives : une polémique et le buzz qu'elle génère peuvent être très profitables aux ventes d'un livre. 
Souvent négatives : derrière un livre, il y a l'auteur, être hypersensible la plupart du temps, pétri de doutes, d'états d'âme, de souffrances invisibles. Et puis, soyons honnêtes : une chronique négative dissuadera certains lecteurs de tenter l'expérience, or pour un autoédité, chaque vente compte - pour le moral, voire aussi sur le plan matériel.

Alors, doit-on toujours s'abstenir de critiquer un ouvrage de peur de blesser l'auteur ?
La réponse est non.
À ce stade, permettez-moi une petite digression personnelle.

Je suis une erreur de la nature, sans doute à la fois de par l'acquis, l'éducation reçue, et l'inné, la génétique : pas mal de mes proches pratiquaient en effet un dévouement quasi pathologique. Chez moi, cette tendance est poussée jusqu'à l'aberration. La maladie qui m'a frappée dès la naissance en est peut-être responsable : quand on se sent éphémère, on se détourne de soi-même pour s'intéresser au monde auquel on craint de se voir arraché trop vite... 
Quoi qu'il en soit, c'est un fait : j'ai toujours été plus soucieuse d'aider, protéger et ménager les autres que d'exiger des retours. Véritable malédiction, car ce travers exacerbe chez autrui la tendance à tirer la couverture à soi.

Cette dernière est bien naturelle, au sens propre du terme : l'impératif de la survie imprègne les êtres vivants d'une obsession égocentrique que seuls contrarient puissamment l'instinct maternel  ou paternel, moins systématique donc plus méritoire  et le désir (nous autres humains nous plaisons à l'appeler amour, oubliant qu'il survit rarement à sa satisfaction durable : une fois la personne aimée enfin séduite et annexée, combien d'hommes et de femmes se désintéressent progressivement de leur conquête ?). Mais pardon, je digresse toujours !

Là où je voulais en venir, c'est que cette disposition d'esprit très particulière me porte, parfois presque malgré moi, à épargner la sensibilité d'autrui.

Cela ne m'a pas empêchée, récemment, d'exposer en toute transparence mon sentiment suite à la lecture d'une nouvelle écrite avec un talent remarquable ; mais où une phrase qui m'avait choquée, et, de façon plus générale, le schéma d'interaction entre les personnages masculin et féminin, m'ont inspiré une réflexion assez virulente sur l'image de la femme dans l'imaginaire masculin, la littérature, et la société dans son ensemble. Je suis féministe et ne m'en cache pas – par réaction à l'injustice, non par principe lié à mon sexe (ou plus exactement, à mon genre).

On m'a reproché d'attaquer l'auteur, et je l'ai vécu comme un terrible paradoxe, moi si soucieuse de ne pas froisser.
Seulement, si l'on ne peut plus exprimer les réflexions que nous inspire un ouvrage, alors, aurais-je tendance à dire : à quoi cet ouvrage sert-il ?


À mon sens, un livre doit toucher son lecteur sur quatre plans : esthétique (le style), émotionnel, philosophique et pédagogique. Le livre « parfait » m'emporte sur sa musique, m'émeut, suscite des réflexions, et m'apporte en prime de nouvelles connaissances.



C'est dire si je suis désespérée de voir que de nos jours, trop souvent, un roman n'est plus qu'une histoire superficielle et très formatée, qu'on lit pour se distraire, « se vider la tête » (horreur ! sinon dans des cas très particuliers) ; un produit de consommation jetable réduit à un « page-turner » et donc volontairement dépouillé de style, de réflexions un tant soit peu profondes (l'on ne peut considérer comme tels les aphorismes affligeants dont sont truffés les fast-books de Lévy ou Musso, que leurs fans me pardonnent) et a fortiori, d'éléments instructifs et documentaires.
On n'imagine pas, me direz-vous, une enseigne de restauration rapide élaborant et décorant ses sandwiches comme des plats de haute gastronomie...

C'est d'ailleurs à partir de ce constat désolant que j'ai lancé le concept d'apéribook ; pour démontrer que l'on peut faire de la littérature à lire vite et n'importe où – grâce à sa taille : un court récit –, mais suffisamment soignée pour proposer au lecteur de se mettre sous la dent une vraie expérience gustative, de préférence à une histoire creuse sous une forme très convenue. 
Mais je me lance là, sans doute, dans un combat largement au-dessus de mes petits moyens... Et puis, me voilà hors-sujet !

Pour en revenir une fois de plus à l'art de la chronique, je suis donc solidaire des blog'litt quand ils affirment leur droit à exprimer leur ressenti sur un ouvrage.
Seulement voilà, qu'est-ce qu'un ressenti ?

Si c'est : « ce livre m'inspire telle ou telle chose, positive ou négative, qui me fait rebondir sur telle ou telle réflexion, comparaison, ou sujet de société », alors oui, nous sommes en plein dans l'aspect intime de la chronique littéraire ; celui où le/la blog'litt, s'appuyant sur sa lecture, exprime sa propre personnalité, ses goûts, ses pensées, et où le livre remplit son rôle, devient pleinement ce qu'il doit être : à fois une porte ouverte sur notre monde intérieur, et une fenêtre offrant un angle de vue particulier sur le monde extérieur. Pardonnez-moi ces métaphores foireuses, l'idée n'est pas très facile à retranscrire en quelques mots.

Si c'est seulement « j'adore ce livre, il est génial, il est fluide (dans le sens : style ordinaire et vocabulaire courant, qui ne me freinent pas et ne m'inspirent aucun commentaire), l'histoire est prenante (autrement dit : construite avec les rebondissements d'usage pour m'entraîner de page en page), je m'identifie complètement au héros/à l'héroïne... » ;

ou, au contraire « ce livre m'agace, ce n'est pas mon genre de prédilection, le style me déplaît, il y a trop de mots que je ne comprends pas, c'est trop compliqué ou au contraire, trop simple, je n'aime pas ce genre d'histoire, le héros/l'héroïne ne me plaît pas »,

alors, danger ! Le blog'litt a retranscrit des impressions volatiles, des ressentis subjectifs, qui peuvent être liés à un contexte précis et ne seraient peut-être pas les mêmes en d'autres circonstances, ou qui démontrent simplement que ce livre ne lui parle pas, qu'il n'était pas fait pour lui/elle et que la rencontre n'a pas porté ses fruits.


L'on trouve ce genre de réflexions dans trop de chroniques, je le dis en toute franchise. On a trop souvent l'impression que le/la blog'litt n'a pas analysé sa lecture, les pensées qu'elle lui inspire, mais se contente de lâcher la bride à ses humeurs, positives ou négatives : « Cet auteur est super sympa, son livre est génial ! », « Ce héros m'énerve, je déteste cette histoire ! »...

Le sacro-saint droit à exprimer ses ressentis ne peut pas, à mon humble avis, être invoqué pour livrer en pâture au public un avis aussi personnel, sur la foi d'une réflexion aussi mince et subjective (même s'il est de bon ton, en ce monde démoralisé – dans tous les sens du terme  de revendiquer haut et fort sa subjectivité).

Non, car être chroniqueur littéraire implique une responsabilité.

"C'est génial !"
Une chronique dithyrambique sans aucun discernement ni analyse contribue à abaisser la compétence des lecteurs, qui perdent tout sens critique ; y compris les autres blog'litt, car s'instaure alors un phénomène mimétique où nul ne songe plus à remettre en question le jugement du plus grand nombre.

On le constate à chaque sortie d'un « page-turner » bien marketé : emportés par l'effet de masse que les agents de presse de la grande édition savent si bien orchestrer, les lecteurs deviennent des consommateurs : ils s'enthousiasment pour des produits industriels fabriqués à la chaîne pour être vendus en masse ; ou pour des ouvrages autoédités dont les auteurs, aussi habiles vendeurs soient-ils, trouveraient avantage à être aidés en privé à améliorer leur copie, si leur objectif est d'être des « écrivains » et non des marchands de livres. (Voilà que je viens de me faire des ennemis parmi mes pairs ! Peu importe, j'ai promis de toujours dire ici ce que je pense).

Une chronique assassine implique encore davantage de responsabilités. Elle peut conduire un bon auteur à cesser d'écrire, ou avoir d'autres effets incalculables sur son moral, son avenir ou le contenu de son assiette.
Alors bien sûr, l'on ne va pas ménager un auteur pour ces raisons hors propos si son livre est critiquable ; mais il faut bien vérifier que s'il ne nous plaît pas, ce n'est pas pour des raisons purement subjectives.


Il m'est arrivé de lire un livre dans certaines circonstances, puis de le relire en une autre occasion par acquis de conscience, et de le trouver d'abord banal, ou au contraire fabuleux ; puis intéressant, ou à l'inverse, médiocre. L'humeur du moment, le contexte psychologique, hormonal, affectif – ce que mes parents pensaient de l'auteur, par exemple – avaient eu sur mon jugement une influence dévastatrice.

Raison de plus pour laquelle, du simple fait qu'on va blesser et provoquer des conséquences matérielles, il faudrait toujours envisager de reconsidérer une chronique négative si l'on s'aperçoit qu'elle émet un jugement tranchant sans motifs rationnels, sans prise de recul.

Pour le moins, il faudrait toujours peser ses mots et de ne rien dire qui ne soit objectif, ou du moins relativisé par des phrases telles que « ce n'est que mon impression, mon sentiment personnel ». La plupart des blog'litt y sont très attentifs, en vérité, et c'est tout à leur honneur.

Ne l'oublions jamais, le/la blog'litt est un prescripteur ; il influence son public, provoque des choix ; et cela, que ce soit délibéré ou qu'il ait l'innocente impression de songer à voix haute. 



Voilà, mes ami(e)s, c'était ma réflexion du jour, une de plus sur un sujet qui nous tient beaucoup à cœur, que nous soyons auteurs ou blog'litt.

En résumé, livrer publiquement ses impressions sur une œuvre littéraire est un exercice délicat, qui ne doit pas être exercé avec légèreté sous prétexte qu'un blog est un espace intime – étant public, il ne l'est pas – ou qu'il s'agit d'une activité non rémunérée.

Cela exige au contraire un énorme prise de recul et, sans que cela devienne un obstacle à la liberté de jugement, nécessite une interrogation honnête sur les conséquences de ce verdict. Pour le moins, attachons-nous à répondre à la question : « Ai-je été juste, cohérent(e), impartial(e) ? ».

Pour finir, je vous confierai à quel point je suis horrifiée de voir que le côté virtuel, le fait que nous sommes derrière des claviers et non face à des personnes perçues comme « réelles », tend à pousser les gens à dire tout et n'importe quoi sans le moindre ménagement.

On s'imaginerait mal rencontrer nos voisins dans la rue, à plus forte raison être invités chez eux, et héler les passants pour leur dire : « Voyez ces gens, eh bien je ne les aime pas ! Ils sont moches, mal habillés, ils puent, ils parlent comme des ados (ou au contraire : ils sont prétentieux) ; ils m'énervent ! Je regrette d'avoir perdu mon temps avec eux. Ne les fréquentez surtout pas, ou si vous y tenez quand même, sachez bien que moi, je les trouve imbuvables... »

C'est pourtant exactement ce que font certaines chroniques en démolissant un livre et, derrière lui, un auteur, sur la foi d'un ressenti subjectif que le ou la blog'litt n'aura pas pris la peine de relativiser en son âme et conscience.