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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

mardi 2 août 2016

Un auteur est-il responsable de ce qu'il écrit ?




Je ne pensais pas reprendre si tôt ma plume d'auteur-blogueur pour un nouvel article, mais suite au mini-débat qui a suivi ma chronique de "Bonbon", je souhaitais clarifier rapidement certaines de mes convictions.

Comme je ne désespère pas d'avoir un peu de temps aujourd'hui pour mes apéribooks en cours d'écriture, vous me pardonnerez de me contenter d'une synthèse de mes réponses au cours dudit débat.


Dans ma chonique de "Bonbon", j'ai dit, fort et clair, que j'ai beaucoup apprécié le style de l'auteur.

J'ai dit aussi ce que le contenu m'inspire. Cet ouvrage véhicule, volontairement ou non - mais l'auteur est sans aucun doute brillant, donc pleinement responsable de ses propos -, une terrible image de la femme et de ce qu'un homme peut en penser.

Je ne confonds pas le narrateur et l'auteur, comme on me l'a reproché. Dans le cas présent, j'ai déploré des phrases, une intrigue et une ambiance qui vont dans le sens d'une piètre image de la femme.

Je n'ai certes pas cherché à décortiquer chaque phrase pour y trouver un sens ou un autre ; cette approche, disons, universitaire, de la littérature n'est pas la mienne.

Mais l'une de ces phrases, d'une violence inouïe, m'a choquée, peut-être parce que j'ai tant entendu ce genre de propos... qui, pour certains, vont de soi.
Chacun sa propre sensibilité, mais moi, cela m'a hérissée.

Le problème, c'est qu'il n'y a rien dans ce court ouvrage qui vienne contrebalancer le jugement de la fameuse phrase. A part les très beaux passages exprimant l'amour de la mère. Mais c'est un grand classique : la mère et une sainte, et toutes les autres femmes sont des salopes. Le mot n'est pas moi, mais du narrateur.

Mettre dans la bouche du héros l'affirmation que certaines femmes méritent des yeux au beurre noir... que ce sont des salopes d'oser parler de violences conjugales... et cela, sans que rien ne vienne le contredire ou le "punir" ! Bon, le narrateur se suicide à la fin du roman (je ne spoile pas, puisque l'auteur l'annonce dès le début) ; mais justement, cela en fait la "victime" de son amour pour une femme qu'il vient tout de même de... brrr ! réminiscence d'un horrible fait divers !

Enfin, ce sera au lecteur d'apprécier.

Je n'accuse pas l'auteur de faire l'apologie du machisme. J'ai évoqué des propos qui sous-tendent, ou cautionnent par défaut, une vision révoltante des rapports homme-femme. Mais certaines d'entre nous sont, à cet égard, plus tolérantes que d'autres. Je ne cache pas mon militantisme dès qu'il est question de violences faites aux femmes.

Les mots ne sont pas anodins, aussi beaux soient-ils, aussi séduisante que soit leur musique. L'art n'excuse pas tout.

Je suis très attachée à la liberté d'expression, par principe, et aussi parce que l'être humain est faillible, et que se tromper d'idées n'est pas un crime en soi.

Ainsi, je déplore la condamnation pénale, dans le passé, d'auteurs qui s'étaient fourvoyés en exprimant dans leur oeuvre des opinions parfois nauséabondes ; les purges qui s'en sont suivi ont privé la littérature de quelques plumes remarquables. Sans compter que cette pratique est la porte ouverte à la condamnation pour simple délit d'opinion, plaie des sociétés répressives.

En revanche, l'on ne peut tout excuser, sous prétexte d'art ou de talent.

Alors je trouve normal qu'un chroniqueur évoque le ou les messages perceptibles dans les écrits, et que des débats publics sains et ouverts examinent les éventuels errements des auteurs.

Je ne dis pas que c'est le cas en l'espèce, que l'auteur de "Bonbon" fait passer dans son roman ses opinions personnelles sur la femme ; je dis que ce qu'il a écrit, beaucoup l'entendront ainsi, et en seront peut-être influencés.

Les mots sont des armes d'une incroyable puissance. Surtout quand ils banalisent (pire : en l'ornant de fleurs - c'est la magie de la poésie) un angle de vue pour le moins discutable. Assumé ou non par l'auteur, ce n'est pas mon propos, qui serais-je pour en juger ?

L'on ne peut pas nier le pouvoir des livres sur leurs lecteurs, ni leur responsabilité dans l'évolution ou la régression des idées et des mentalités.
L'écrivain, surtout s'il est talentueux, peut cautionner par mégarde des points de vue répréhensibles.

Donc, autant je trouve navant que l'on critique un livre parce que l'on n'aime pas son genre ou son style, autant je trouve normal que l'on analyse son contenu.

Sur facebook, certains des commentateurs de mon article prônent, semble-t-il, l'absolution systématique de tout auteur concernant les propos qu'il fait tenir à son narrateur.

Si l'on pousse ce point de vue jusqu'à sa logique ultime, alors félicitons-nous que Hiltler n'ait pas écrit, plutôt que Mein Kampf, un merveilleux roman esquissant les mêmes idées monstrueuses avec le charme subtil d'une plume poétique.

Non que je compare l'auteur de "Bonbon" à Hitler, bien entendu !!! Cet exemple outré n'est qu'une provocation destinée à montrer que oui, cent fois oui, l'auteur est responsable des idées qu'il exprime ou fait exprimer à ses personnages.

Sauf évidemment s'il prend soin de contrer ces idées dans le même temps, ce que font la plupart des auteurs.

Les autres essuient des critiques, et c'est tout à fait normal....