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mercredi 30 novembre 2016

LA RÉÉCRITURE, UN TRAVAIL DE L'OMBRE


Chers ami(e)s auteurs,

Voici enfin le billet sur la réécriture que je vous avais promis !

Cet article sera un peu long, mais j’espère qu’il apportera des éclairages et des pistes aux auteurs qui doivent travailler seuls sur leurs écrits. Pour s'approcher des étoiles, il faut améliorer inlassablement son texte ;  ou à la rigueur, si l'on ne s'en sent pas le courage ou la capacité, faire appel à un professionnel pour réécrire son manuscrit. Je précise tout de suite que je ne prêche pas pour ma paroisse ! Je n'exerce plus ce métier, même pour rendre service : ma dernière intervention bénévole fut en 2016, au bénéfice de Morgan Rozier.

Cette dernière (nom d'auteur : Morgan of Glencoe), pour qui j’ai réécrit Si loin du soleil et le premier chapitre de son préquel en cours de publication, et Marie Claude Barbin, pour qui j’ai réécrit Ras le sein !, m’avaient par avance donné l’autorisation d’illustrer mon propos avec des exemples puisés dans leurs ouvrages.

Cela devrait grandement faciliter la compréhension des aspects techniques, afin que les auteurs débutants puissent, ensuite, porter sur leurs textes un regard plus averti. C'est pourquoi certains exemples seront un peu longs, afin d'être aussi pédagogiques que possible.

Pour simplifier la compréhension, j'utiliserai, comme en réécriture, des codes couleur :

surlignage orange pour les parties du tapuscrit originel qui étaient à modifier,

vert fluo pour mes commentaires à l'auteur,

bleu pour les réponses de l'auteur,

jaune pour mes propositions de réécriture,

vert pâle pour mes interventions mentionnées dans cet article, lorsqu'elles ne sont pas illustrées par des extraits.


« NÈGRE LITTÉRAIRE » OU RÉÉCRIVEUR ?

La première appellation est désormais proscrite : on doit dire ghost-writer, ou encore « plume de l'ombre ». Dans les deux cas, il s’agit d’un écrivain expérimenté.

La différence couramment admise avec un « réécriveur », c’est que le ghost-writer écrit un livre de bout en bout à partir d’une idée, d’un scénario ou d’une interview (qu’il réalise souvent lui-même). Malgré l'ancienne appellation, qui sous-entendait un statut d'esclave, ce travail est beaucoup plus facile que le fait de travailler à partir d’un matériau déjà existant, qu’il va falloir remodeler sans complètement le dénaturer.

Beaucoup de réécriveurs sont simplement chargés de mettre un texte dans une forme « grand public » en lui appliquant un style de type journalistique. D’autres, en revanche, sont des écrivains à part entière, avec un ou des styles véritablement littéraires.

Le même différence s’observe d’ailleurs chez les traducteurs.


RÉÉCRIVEUR OU CO-AUTEUR ?

En dehors de cas bien identifiés, comme par exemple le « Journal à quatre mains » de Benoîte et Flora Groult, il est rare que deux co-auteurs écrivent en alternance, et plus encore qu’ils écrivent ensemble, ce qui serait difficile à mettre en œuvre – c’est le cas de le dire.

Souvent, l’un des deux écrit le premier jet, l’autre le peaufine. Bien entendu, les deux auteurs dialoguent et se concertent tout au long du processus, comme très fréquemment en réécriture.

Enfin, l’univers est en général le fruit d’une réflexion commune, mais pas toujours ; il peut arriver que les deux co-auteurs exploitent l’idée d’un seul d’entre eux, quitte à, s’ils le souhaitent, inverser les rôles lors de leur prochaine entreprise littéraire.

On le constate : la frontière entre co-écriture et réécriture est fort mince. La différence la plus notable, c’est que pour les co-auteurs, il préexiste parfois une complicité, motif de leur association. C’est alors une aventure entre potes.

Mais en d’autres circonstances, c’est l’éditeur qui impose un « co-auteur » dans la réalisation d’un projet.

On peut dire que dans l’édition, lorsqu’un manuscrit est « lissé » avant publication par un auteur « maison », il s’agit clairement d’une réécriture ;

lorsque deux auteurs s’associent volontairement pour valoriser le manuscrit de l’un d’entre eux, l’on est plus proches de l’esprit de la co-écriture.

En littérature, décidément, rien n’est simple ! :-)


UNE INDISPENSABLE COMPLICITÉ AUTEUR-RÉÉCRIVEUR

Cet exemple de dialogue avec Morgan sur un point de l’intrigue de Si loin du soleil démontre à quel point le dialogue, et une bonne entente, sont nécessaires.

Pour que l’ouvrage puisse prendre une forme optimale, il faut parfois que l’auteur réévalue sa vision d’origine sur un point d’intrigue.

Tout doit se faire dans la concertation, mais le réécriveur doit faire valoir son point de vue si l’auteur fait fausse route ; ce qui arrive fréquemment, dans la mesure où un auteur a forcément moins de recul sur son texte :

Là, nous avons un problème, parce qu’il est très curieux qu’il réalise maintenant, après coup, que Gabrielle est pour quelque chose dans ce projet d’union, qui doit se tramer depuis longtemps, car de telles choses ne se décident pas en quelques mois. Or dans le dialogue qui suit, tu l’as fait parler comme si tout cela était nouveau à ses yeux. Il faut donc rattraper la mayonnaise. À toi de formuler leur conversation comme tu l’entends, mais il faut qu’il ait réalisé soudain qu’elle est impliquée, qu’il le lui dise, qu’elle se défende, et que finalement il la menace de révéler son secret. Je te livre un modèle, mais j’ai bien conscience qu’il ne collera sans doute pas à la situation, alors à toi de l’adapter

En fait il sait rien du tout, et Gabrielle a rien fait. C’est Louis-Philippe qui a imposé son choix, mais comme le père ne veut pas s’avouer que son fils puisse avoir choisi librement le PIRE choix à ses yeux, il essaie de reporter le blâme sur Gabrielle. Et ils ont dû avoir cette conversation plus d’une fois… Sauf que cette fois Yuri est bel et bien là. Ceci dit, on peut aussi le faire comme le « il vient de découvrir qui est la mère de Yuri et ça fait mal. » Du coup j’ai un doute. Conseil ?
Cela demande réflexion, car dans l’un et l’autre cas tu vas avoir du pain sur la planche, et tu t’embarques dans une voie périlleuse.
Dans le premier cas (elle n’a rien fait et il ne sait rien, c’est le choix du dauphin) tu t’embarques sur un terrain mouvant : le mariage a forcément été conçu très en amont, donc le roi ne peut guère penser tout d’un coup, sans raison, que la reine y est pour quelque chose, puisque son fils a dû exprimer clairement son avis à maintes reprises. En plus, pourquoi cette scène gratuite à ce moment-là précisément ? Ça fait artifice, genre « je voulais une scène frappante entre le roi et la reine, alors j’ai monté de toutes pièces ce scénario du roi qui se défoule sur la reine juste à cet instant ».

L’autre point est plus intéressant, même s’il va être compliqué de l’exposer. Mais il paraît artificiel, là aussi, que le roi découvre ça maintenant, alors qu’il a des espions et a dû les activer d’autant plus avant de donner son consentement au mariage. Non, ça me paraît peu crédible.
Es-tu sûre de ne pas préférer le scénario que j’avais mis en place : le roi a soudain cru réaliser que la reine était satisfaite de ce choix, tout simplement en voyant son expression pendant les cérémonies (ça peut introduire de façon intéressante la suite de l’histoire : en fait, Gabrielle tremblait pour Yuri, et masquait ce sentiment derrière un sourire figé que le roi, parano comme il l’est, a pris pour une tentative de cacher sa joie) ; et comme le roi sait très bien qui est la mère de Yuri, s’imaginer que ce mariage est un coup monté par la reine le rend furax, et par conséquent, il la menace de tout dire au Dauphin sur les origines de Yuri, rien que pour le plaisir de casser un peu plus son épouse…
Je serais d’avis d’en profiter pour faire monter la tension d’un cran en précisant

« ce mariage ne pourra se faire que si Louis ignore qui est la mère de sa promise ».
On a toujours intérêt à distiller des bribes d’intrigue pour titiller le lecteur, plutôt que de tout garder caché jusqu’à la révélation, comme tu as tendance à le faire. Nourris ton lecteur !
Proposition de réécriture :

Bravo, femme, tu as joliment manœuvré !
— Pardonnez mon incompréhension, Votre Majesté, je ne…
Ne te prétends pas étrangère à ce projet de mariage. Tu dois bien t’en amuser, n’est-ce pas ?
(…)
Même si cette fille n’a pas la blondeur requise pour mettre au monde des Princes de France, articula-t-il avec l’air de mâcher un fruit pourri, elle représente indubitablement un choix judicieux sur le plan politique ; c’est pourquoi j’avais donné mon aval à cette union. Je n’en aurais rien fait si j’avais pu soupçonner que tu en étais l’inspiratrice, toi, intriguant derrière mon dos !
Ces derniers mots tonnèrent si fort que la Reine se tassa, s’attendant à être frappée.

Il est trop tard à présent, mais je t’ai percée à jour, poursuivit son époux d’un ton glacial. Hier, pendant les cérémonies, j’ai surpris ce rayonnement de satisfaction derrière ton masque de soumission hypocrite. Alors, parle ! Quel est ton but ?
— Je n’ai aucun but, Votre Majesté, et je n’ai pas du tout…
Comme il ignorait purement et simplement ses faibles protestations, elle se tut, baissant la tête. Le Roi éleva à nouveau la voix :

Ce mariage dont tu te réjouis ne pourra se faire que si Louis ignore qui est la mère de sa promise. Tu tiens beaucoup à ce qu’il continue à l’ignorer, n’est-ce pas ? Alors, tu es prévenue !
Il la jaugea un instant, vérifiant qu’elle était bien pétrifiée de terreur au fond de son fauteuil. Lorsqu’il sortit enfin, le gynécologue qui attendait dans l’antichambre se plia en deux à son passage, claquant presque des dents.
Quant à Aliénor-Héloïse Adèle de Fontainebleau-d’Armentières, duchesse-héritière de Lorraine, première demoiselle d’honneur de la Reine, elle frémissait encore de peur derrière la colonne du baldaquin, les paupières crispées et les mains pressées sur ses oreilles.

C'est cette version, plus logique, qui a prévalu ; mais les auteurs ne sont pas toujours aussi raisonnables.


AU FOND, LA RÉÉCRITURE, À QUOI ÇA SERT ?

Dans une maison d’édition, une partie de ce que l’on appelle le « travail éditorial » consiste très souvent à faire réécrire un ouvrage avant publication.

Il est la plupart du temps très difficile pour un auteur d’opérer des changements importants sur son propre tapuscrit (sauf bien sûr dans le cas d’un écrivain aguerri, et encore).

Plutôt que d’amener l’auteur originel à assumer les améliorations qui s’imposent, il sera plus économique pour l’éditeur de faire « mettre au point » le tapuscrit par un professionnel rémunéré, qui sait par expérience quel est le résultat visé et effectuera rapidement ce travail

Le « réécriveur » est donc un écrivain chargé d’intervenir sur des ouvrages impubliables en l’état. Un peu comme un diamantaire : l’auteur originel fournit sa pierre brute, et le réécriveur va en ôter les scories, la tailler, la polir, pour en faire un joyau commercialisable du point de vue d’un éditeur.

D’une manière générale, une réécriture vise à ce que rien n’arrête le lecteur : ni aspérités dans le style, ni incohérences ou lourdeurs dans l’intrigue ; il faut au contraire que tout soit fluide, musical, bien rythmé, logique, bien campé, très vivant, afin que l’histoire soit pleinement mise en valeur et que les lecteurs vivent une expérience aussi agréable que possible.


PLUS PRÉCISÉMENT…

Dans le cas d’une réécriture complète – et non d’un simple lissage ou formatage –, le travail s’exerce à plusieurs niveaux :


    ● Les défauts d’écriture : orthographe, conjugaison, syntaxe ; tournures maladroites ou ampoulées ; lourdeurs, répétitions, tics d’écriture ; fautes de ponctuation ou de typographie, etc.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil : comme beaucoup d’auteurs qui se sont formés seuls, Morgan a des problèmes de concordance des temps, confond le passé simple ou antérieur et le subjonctif imparfait (eut/eût), et a acquis des tics d’écriture, en particulier la tendance à faire de trop longues phrases et à multiplier les adjectifs en les reliant par des virgules et des « et ». Mon travail a consisté à restaurer une forme intégralement correcte.

    Dans Ras le sein, des tournures trop familières comme :

    « Je suis Moi, une personne à part entière et je vous fuck. »

    sont devenues :

    « Moi, je refuse que l’on m’assimile à une cause, si belle soit-elle. Je prétends être une personne à part entière, qu’on se le dise, et je n’entrerai pas dans votre jeu !… »


    ● Le vocabulaire : erreurs, imprécisions, expression impropres, pléonasmes…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    Erreurs de vocabulaire, comme « fléau » pour « fleuret », « mitraillette à pied » pour « mitrailleuse », etc.

    Plénonasmes, comme « en pénétrant à l’intérieur », « semblait comme », « vieilli par le temps », « s’interposa entre les deux », « elle en resta coite de surprise », « un lipizzan blanc », « se frottait les yeux, perplexe », etc.

    Contresens, comme « l’objet » au lieu de « la cause », etc.

    Expressions fautives, comme « le vulgaire » (substantif péjoratif et vieilli, qui désigne collectivement « la plèbe, le peuple ») employé à tort pour désigner un individu :

    « Elle n’aurait jamais imaginé entendre dans la bouche d’un vulgaire un discours d’une telle élégance. »

    Expressions erronées, comme : « la taille valorisée par le nœud de son obi » au lieu de « mise en valeur », etc.

    Expressions inappropriées, comme « note blanche » (qui a un sens très précis : note non signée, notamment au sein d’une administration) pour signifier « lettre sans contenu explicite ». A été remplacé en l’occurrence par « lettre blanche ».

    Expressions maladroites, comme « des yeux sans double paupière » au lieu de « à peine bridés », etc.

    Dans Ras le sein, Marie Claude Barbin, Réunionnaise, employait parfois des mots ou expressions créoles que les lecteurs non avertis auraient pris pour des fautes.

     

    ● Le style : de lourd ou au contraire superficiel, d’appliqué ou maladroit, il doit devenir léger, agréable, vivant, imagé, adapté au sujet…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    Une phrase trop longue et maladroite, avec une faute de syntaxe, comme :

    « Elle éclaira le fond du trou avec une lampe torche pour lui permettre de descendre l’échelle soudée au mur qui menait au conduit, puis y sauta elle-même, la torche entre les dents et la plaque d’égout dans les mains, qui se referma avec un bruit mat quand elle la replaça au beau milieu de son saut. »

    est devenue :

    « La Selkie hocha la tête et éclaira le fond du trou avec une lampe torche pour permettre à la jeune aristocrate de descendre l’échelle soudée au mur. Lorsqu’elle sauta à son tour, la torche entre les dents et la plaque d’égout dans les mains, l’ouverture se referma avec un bruit mat, avalant le ciel. »

    Dans Ras le sein, ouvrage sur le cancer,

    « Quand on touche aux seins, on s’attaque aux symboles de la beauté, de la féminité, de la sexualité, de la maternité. Qui n’a pas connu dans son entourage, une épouse, une mère, une sœur, une belle-sœur, une amie… en cours de traitement, en rémission ou tout simplement décédée ? L’engouement autour du cancer du sein dépasse de loin celui du cancer de la prostate, peu vendeur car peu flatteur pour l’image de la virilité. De plus, aurait-on idée d’affubler un homme ou une femme, d’un ruban marron couleur caca pour sensibiliser à la lutte contre le cancer colorectal ? Pas très glamour ! Le bleu c’est mieux ! »

    est devenu :

    « Le cancer du sein s’attaque au symbole de la beauté, de la féminité, de la sexualité, de la maternité. C’est le seul qui passionne le public tous sexes confondus, le seul que l’on peut évoquer de façon presque poétique. On imagine mal le cancer de la prostate provoquant autant d’émoi : peu flatteur pour l’image de la virilité, ce dépistage-là n’est pas vendeur. De même, songerait-on à affubler les gens d’un ruban marron pour prôner la prévention du cancer colorectal ? Pas très glamour, tout cela. »

 

    ● Le rythme : non seulement la lecture doit se faire sans heurts, mais à chaque histoire son rythme, qui doit lui être adapté. Les ralentissements, digressions, parties hors-sujet, phrases à rallonge(s) doivent être éradiqués.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, l’abus de qualificatifs (en gras) nuisait au rythme, comme dans :

    « l’aire de combat, figurée par une place dégagée au croisement de deux rues obscures entre des immeubles sales et miteux »

    est devenu :

    « l’aire de combat : une place déserte au croisement de deux rues qui se faufilaient entre des immeubles presque en ruine. »

    Dans Ras le sein, un long passage comme :

    « N’en déplaise à une copine (non touchée) qui voyait en cette démarche, un moyen d’exorciser le mal, au mieux se marrer, quand je lui disais que cela ne faisait pas avancer la recherche et que ça n’aidait personne. Les cancéreuses seraient trop souvent les victimes directes ou collatérales d’opérations commerciales juteuses, médiatisées à outrance, qui profiteraient peu à la recherche, tandis que les marques se frotteraient les mains avec leurs produits dérivés. »

    est devenu :

    « N’en déplaise à une copine (non touchée) qui voyait en cette démarche un moyen d’exorciser le mal. Elle n’en revenait pas de ma mauvaise volonté quand je lui disais que ce cirque ne fait pas avancer les choses, et en vérité, n’aide personne. Les cancéreuses semblent plutôt servir de prétexte à de juteuses opérations, médiatisées à outrance, qui profitent peu à la recherche tandis que les sponsors, eux, se frottent les mains ! »

     

    ● Les descriptions : des remaniements peuvent être nécessaires pour les rendre moins longues, ou au contraire les développer. Il faut parfois aussi les rendre plus imagées, leur donner du style, lorsque le sujet s’y prête.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, une longue phrase unique, trop complexe et mal balancée, comme :

    « Encore très brun malgré ses tempes grisonnantes, l’œil gris et vif, le visage ferme mais agréable avec son front intelligent et ses pommettes nobles, et le corps mince et musclé, il paraissait quarante ans mais la princesse devinait qu’il en avait au moins cinquante, à cette sérénité que seul le temps apporte et aux dires de Bran sur l’âge de la communauté elle-même. »

    a été coupée en deux phrases et remaniée pour devenir :

    « Il paraissait avoir à peine dépassé la quarantaine, mais la princesse devinait qu’il avait au moins cinquante ans, parce que seul le temps procure une telle sérénité. Indéniablement, c’était un bel homme, encore très brun malgré ses tempes grisonnantes, l’œil gris plein de vivacité, le visage ferme et agréable avec un grand front intelligent. »

    Une scène importante méritait des développements supplémentaires :

    « Celles-ci impliquaient entre-deux cinq changements de vêtements et de coiffure, dont trois à l'occidentale, quatre collations avec champagne, deux avec thé japonais, sept séances de photo et l'inévitable bénédiction des deux fiancés par le Roi de France, une heure et demie de verbiage oiseux à subir à genoux. En cet instant, la princesse n'avait simplement plus envie de faire le moindre mouvement. Elle se serait bien endormie là, toute habillée et maquillée, mais ses quatre obiko entrèrent en silence et lui ôtèrent son obi et son kimono. »

    Commentaire et propositions de réécriture :

    « (…) l’inévitable bénédiction des deux fiancés par le Roi de France, une heure et demie de verbiage oiseux subi à genoux Où ? C'est un détail intéressant. Salle du trône ? Chapelle ? Tu peux en profiter pour ajouter un détail évocateur, genre : « à genoux sur le dallage de la chapelle, froid comme la mort » ou « à genoux sur un somptueux tapis de la salle du trône, dont chaque fibre avait paru s'incruster dans sa peau à travers la lourde soie de son kimono » Ce faisant, tu ajoutes une touche supplémentaire à l'ambiance, au lieu de seulement dresser un catalogue des événements.

    "En cet instant, la princesse n’avait simplement plus envie de faire le moindre mouvement." : trop fade. N'hésite jamais à empoigner ton lecteur pour lui faire subir ce que ressentent tes personnages. Ne reste pas en retrait :

    Même comprimée dans ses vêtements jusqu'à se sentir exangue, la princesse serait bien endormie là sans plus de cérémonie (petit jeu de mot, les amateurs apprécient toujours) (...)

    Dans Ras le sein, un passage descriptif sous-exploité :

    « Le bâtiment rénové, couleur jaune safran, s’imposait au bout d’une rampe pour handicapée aux barres rouillées, longeant des cuisines délabrées. Ce qui me frappa, c’était le carrelage d’un autre âge, à moitié décollé par endroits, la grande poubelle crasseuse trônant devant la porte. Ça ne respirait pas la joie, ici ! Au-dessus de ma tête, fixé au plafond, un enchevêtrement de tuyaux de cuivre, de plastique vieillots, semblait destiné à me mettre d’emblée, le moral à zéro.

    À l’entrée, un bouton couleur ocre, brisé en son centre, nécessitait une gymnastique intellectuelle, quant à son maniement, malgré l’inscription : « Appuyez pour ouvrir ».

    est devenu plus vivant et a servi de prétexte pour souligner l’ambiance psychologique :

    « Le bâtiment dit « rénové », couleur safran, s’élevait au bout d’une rampe pour handicapés aux barres rouillées qui longeait des cuisines délabrées. Un vieux carrelage à moitié décollé par endroits, une grande poubelle crasseuse trônant devant la porte : ça respirait l’hygiène et la joie de vivre, ici ! À l’intérieur, l’enchevêtrement de tuyaux de cuivre et de plastique fixés au plafond me rappellerait Andromaque, « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »… Très réconfortant, vraiment !

    Perplexité : à l’entrée, un bouton défoncé au centre était flanqué d’un panonceau « Appuyez pour ouvrir ». Appuyer, très volontiers, bonnes gens ; mais où, vu l’état du bidule ? Toujours cette impression désobligeante d’être un chimpanzé qui ne recevra sa pâtée que s’il réussit un tour… Hélas, c’est toujours ainsi : entre le jargon médical et ces lieux austères, vétustes ou mal organisés, on se sent en permanence dans la peau d’un non-initié s’apprêtant à subir un test d’admission devant des juges au regard sévère. »

     

    ● L’intrigue : vérification de sa validité, ajout de passages si nécessaire pour préciser une situation, remodelage des scènes si besoin est…

    Cet aspect est, bien entendu, primordial pour l’efficacité d’un ouvrage.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, je suis intervenue sur les défaillances de l’intrigue originelle : certains comportements des personnages ; les invraisemblances concernant les relations hiérarchiques, les attitudes de cour, ou encore le déroulement des enquêtes (ATTENTION SPOILER : l’assassin disparu du train, l’empoisonnement de Yuri, la tentative d'assassinat de Ren, la recherche des bijoux…), certains détails des relations de Yuri avec son père, le déroulement de la scène suivant la tentative de viol, les batailles, etc.

    Dans Ras le sein, j’ai fréquemment interverti des paragraphes, voire des portions entières de chapitres, pour restaurer la logique du récit, livrée parfois en vrac par Marie Claude au fil de ses souvenirs et de ses émotions.

     

    ● La logique : le texte doit être expurgé de toute contradiction interne qui pourrait déranger le lecteur, auquel tout doit apparaître comme limpide et stisfaisant pour l’esprit.

    Exemple + commentaire extrait du préquel de La dernière geste :

    Il s’interrompit soudain et dévisagea un William tout à fait perdu, qui se demandait visiblement ce qu’il faisait là, lui étudiant studieux et discret, à l’écouter s’émerveiller de ses découvertes en physique quantique deux jours avant la fin de l’année scolaire

    Mauvaise présentation logique. Ce qui est étonnant, en réalité, c’est qu’il ne s’agit pas de son cursus ; mais là, on dirait que c’est parce qu’il est timide (déjà dit), qu’on devrait pas lui parler de physique quantique. Proposition de réécriture :

    William n’avait rien contre la physique quantique, non, rien du tout, mais elle lui était aussi étrangère que les préférences sexuelles des Feux-Follets. Pourquoi Lors Pruitt lui parlait-il de cela comme à l’un de ses futurs élèves, deux jours avant la fin de l’année scolaire ?

     

    ● La cohérence : cela peut être, comme dans Si loin du soleil, une simple étourderie de l’auteur qui désigne le Dauphin tantôt par « Louis » (comme son père) tantôt par « Louis-Philippe », détail propre à désorienter le lecteur.

     

    ● La simplicité : dans bien des cas, la meilleure formule est d’aller à l’essentiel, sans effets de manches.

    Exemple + commentaire extrait du préquel de La dernière geste :

    « William attrapa (!) la boîte en tissu que le directeur lui lança et y prit un bonbon. »

    Plutôt :

    « William prit un bonbon dans la boîte habillée de tissu que lui tendait le directeur. »

     

    ● La psychologie des personnages : en dehors même des cas fréquents (erreurs ou contradictions psychologiques, caractères trop peu développés ou au contraire trop « forcés »…), les auteurs rédigent en ayant à l’esprit leur perception d’un personnage ou d’une situation ; ils ne réalisent pas toujours comment cela peut être ressenti par les lecteurs, qui ne possèdent pas ces éléments.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, j’ai infléchi l’attitude de Yuri pour la rendre moins dure et méprisante, en faisant valoir à Morgan qu’il ne fallait pas la rendre dès le départ antipathique aux lecteurs, qui, contrairement à elle en tant qu’auteur, ne savaient pas à l’avance comment elle allait évoluer.

    Dans Ras le sein, j’ai atténué ou supprimé certaines réactions d’humeur de Marie Claude dans son récit des traitements subis ou ses réflexions sur le système de santé ; là encore afin de ne pas provoquer de réactions négatives chez les lecteurs, étrangers à son calvaire.

     

    ● L’humour : lorsque le ton de l’ouvrage le permet, voire l’exige, des effets humoristiques doivent être ajoutés chaque fois que possible, ou rendus plus efficaces.

    Aucun effet d'humour ne doit être amoindri par des lourdeurs de style.

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil :

    « Le machiniste hippie ne dit rien, mais se leva en abandonnant cartes, mug et délicats œufs brouillés et se dirigea vers la porte du fond de son pas un peu traînant. »

    est devenu :

    « Sans un mot, Douze abandonna son jeu et son petit déjeuner pour se diriger vers la porte du fond à son allure habituelle de méduse flottant entre deux eaux. »

    « Il lâcha son arme, qui tomba sur le sol avec un tintement clair, détaillant avec des yeux perplexes mais brillants d’espoir l’espèce de hippie qui se tenait devant lui, mains dans les poches, immobile comme il l’eut été face à une hallucination aux champignons. »

    est devenu :

    « De son côté, le hippie, les mains dans les poches, considérait le chevalier comme s’il voyait un éléphant évadé de son kurta, venu caracoler devant lui pour fêter une orgie de champignons hallucinogènes. »

    Dans Ras le sein, j’ai renchéri sur l’humour grinçant de Marie Claude en ajoutant de nombreuses formules destinées à détendre l’atmosphère, comme :

    « Hélas, une fois de plus, la suite était du chinois. À croire que le corps médical de toute la planète va faire ses classes à Pékin ! ».

    J’ai également choisi d’accentuer la dédramatisation chaque fois que possible, tout en précisant mieux les enjeux psychologiques :

    « je travaillais comme une bête au club de sport, avec l’obsession de faire fondre les kilos stockés sur mon ventre. Ce n’était pas dramatique, mais une fixation peut vous pourrir le quotidien. »

    est devenu :

    « je m’escrimais comme une bête au club de sport, espérant anéantir les kilos qui s’étaient stockés sur mon ventre comme une sacoche de survie – rien de dramatique, en fait ; mais faire une fixation sur ses petits bourrelets mignons peut très bien vous pourrir la vie, et je n’avais nul besoin d’ajouter ce genre de complexe à une image de soi vacillante de femme opérée du sein. »

     

    ● La documentation : chaque élément doit être vérifié afin que l’auteur en titre ne soit jamais pris en défaut par un lecteur sur un point quelconque, qu’il s’agisse d’aspects techniques, géographiques, linguistiques…

    Exemples :

    Dans Si loin du soleil, Morgan avait mis en scène des combats où des troupes d’élite tiraient en rafale et utilisaient des gaz dans un tunnel d’égout.

    À défaut de pouvoir rescénariser cette assaut non crédible, j’ai mentionné l’effet dévastateur des ricochets sur les assaillants et les ai décrits portant des masques à gaz.

    Ce sont des détails, certes, mais le genre de détails qui incitera un lecteur connaissant la question à sacquer le livre dans ses commentaires. Le devoir du réécriveur est d’éviter de telles conséquences.

    Pour Ras le sein, j’ai vérifié chaque information d’ordre médical et reformulé ce qui était inexact ou inuffisamment précis.

    « Le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire. Ces maudites cellules cancéreuses friandes de sucre, se piègeraient elles-mêmes. Comme elles ne parviennent pas à digérer le glucose, elles fermentent, se divisent, se subdivisent. N’oublions pas l’hypothèse « acide » liée à notre mode vie moderne. Si votre corps secrète un PH trop acide (penchez-vous souvent sur vos urines !), plus vite les cellules cancéreuses s’engraisseront comme des mauvaises herbes. Réalimentez vite vos tissus en oxygène, afin de lutter contre l’excès de l’acidité. »

    est devenu :

    « Le cancer correspondrait à un dérèglement du métabolisme cellulaire : les cellules cancéreuses tirent le plus gros de leur énergie de la fermentation du glucose. Une alimentation riche en sucres favorise donc leur multiplication. Elle stimule aussi la production d’insuline, facteur indirect de croissance cellulaire. Enfin, les résidus de la fermentation acidifient les tissus cancéreux ; là encore, cela facilite leur prolifération. Car n’oublions pas l’hypothèse selon laquelle le PH de votre corps jouerait un rôle non négligeable. Vous pouvez vérifier s’il est « trop acide » en trempant régulièrement une bandelette-test dans vos urines. Afin de contrer cet excès d’acidité, favorisé par le mode de vie moderne, il vous faut veiller à l’équilibre de votre alimentation et bien oxygéner vos tissus par le biais d’une activité physique adaptée à vos capacités. 

     

    La vie, tout simplement : il est important qu’un livre soit vivant, emporte le lecteur. Une certaine sécheresse de ton, des passages trop rapidement traités peuvent empêcher cette alchimie.

    Exemple de réécriture + commentaires (coaching) dans Si loin du soleil :

    Une marche tonitruante retentit au-dehors.

    En tant que musicienne, je pense que tu peux beaucoup mieux faire. Ce sont ces petits détails vivants qui laisseront une impression physique à tes lecteurs, genre :

    « Au-dehors, une marche tonitruante fit vibrer l’air de tous ses cuivres triomphants, de tous ses tambours grondants. Glacée de la tête aux pieds, Yuri sentit les battements sourds de la grosse caisse résonner dans sa poitrine comme s’ils avaient remplacé ceux de son propre cœur. »

    Attention à cette tendance très normale chez les jeunes auteurs, de décrire minutieusement le film qu’ils ont dans la tête, geste par geste, mais d’oublier que le lecteur a besoin qu’on le fasse aussi sentir, ressentir, goûter, entendre…


UN TRAVAIL DE FORME… ET DE FOND

Vous comprenez donc que le travail de réécriture est une lourde tâche, où le réécriveur doit s’immerger entièrement.

Pour Si loin du soleil (500 pages), cela a représenté 7 semaines de travail à raison d’une dizaine d’heures par jour.

Pour Ras le sein (150 pages), 4 semaines à un rythme plus raisonnable.

Dans les deux cas, chaque phrase, à de rares exceptions près, a été remaniée ou complètement réécrite. De nombreux passages ont été ajoutés pour harmoniser l’ensemble, mieux expliquer certaines situations, adoucir les transitions, bref pour ne pas semer les lecteurs en route.

 

Exemple de remaniement + commentaires dans Si loin du soleil

(toujours un surlignage jaune pour les passages réécrits ; surlignage vert fluo pour les commentaires ; sur fond blanc, le texte d’origine).

Vous constaterez en passant que l’auteur et le réécriveur peuvent collaborer en s’amusant :

Il s’interrompit
. Un homme venait d’entrer dans la salle d’arme. Il avait entre trente et quarante ans, on ne peut pas être plus précis en voyant entre quelqu’un, ni même en l’examinant de près ! des cheveux bruns emmêlés retenus par un bandana et la sangle de ses lunettes, une longue kurta jaune à motifs d’éléphants oranges au-dessus de son pantalon gris de Fourmi, un collier de coquillages et l’air complètement perdu. Tu peux écrire « il avait les cheveux bruns » (ou : les cheveux emmêlés) ; tu peux écrire « il avait des cheveux bruns (ou : des cheveux emmêlés) ; mais pas « il avait les cheveux bruns emmêlés ». Par ailleurs, ton énumération est beaucoup trop longue et poussive. Je propose :
Yuri lui donna entre trente et quarante ans. Difficile, en vérité, d’attribuer un âge à cette drôle de Fourmi… Par-dessus son pantalon gris réglementaire, l’individu arborait un long kurta imprimé d’éléphants oranges sur fond jaune, dont l’encolure bâillait sur un collier de coquillages. Ses cheveux bruns, qui devaient agréer la visite d’un peigne tous les 29 février, étaient retenus par un bandana violet (ou autre couleur, en 2 syllabes de préférence) emmêlé dans la sangle d’une paire de grosses lunettes – ces dernières relevées sur son front, si bien qu’il semblait pourvu de quatre yeux ronds comme des culs de verre. Il avait l’air perdu, pour ne pas dire égaré.
Il lâcha son arme, qui tomba sur le sol au plafond, se serait plus original :-) avec un tintement clair, ce tintement clair revient trop souvent… en plus, le tintement est un son clair par définition ! détaillant telle qu’est bâtie ta phrase, c’est l’arme qui détaille avec des yeux perplexes encore ! mais brillants d’espoir l’espèce de hippie qui se tenait devant lui, mains dans les poches, immobile comme il l’eût été face à une hallucination aux champignons. tournure maladroite
Beaucoup trop long dans l’ensemble, aucune coupure pour souffler.

Exemple de remaniement d’un paragraphe dans Ras le sein :

« Je déteste ces clichés ressassés dans les médias : « Mon combat. Ma bataille », synonymes de guerre. Depuis quand va-t-on en guerre contre un cancer ? Ça paraît puéril, dérisoire. Tandis qu’un Alien se vautre dans votre poitrine étalant ses pinces fourchues, vous devez puiser au fond de vous, toute l’énergie indispensable pour résister activement à Thanatos. Comment partirait-on en guerre contre un cancer ? Ces métaphores bravaches sont dérisoires. La vérité, c’est que tandis qu’un alien se vautre dans votre poitrine et cisaille votre chair de ses pinces maléfiques, vous êtes bien incapable de le combattre : vous êtes trop occupée à survivre, puisant au fond de vos ressources toute l’énergie nécessaire. »

Autre exemple, avec les commentaires :

quand Octobre Rose rendit son sinistre verdict : « la prédiction s’avéra exacte » semble dire que c’était déjà prédit, puis que cela a été confirmé. Et «s’avérer exact » est un pléonasme. j’étais touchée à mon tour, et non plus susceptible de l’être. Inutile et ruine la force du début de phrase

 

C’est ce type de travail qu’un auteur indépendant doit s’efforcer d’accomplir dans son coin, avant même les bêta-lectures, s’il veut donner le maximum de chances à son manuscrit (que ce soit auprès d’un éditeur ou sur une plateforme d’autopublication).


UN DEVOIR D’OUBLI DE SOI

La réécriture, c’est le sacrifice du « moi », et tout écrivain ne serait pas prêt à l’accepter.

D’abord, en tant que réécriveur, l’on doit se couler dans l’univers de l’auteur originel, en respecter les codes, la logique, le ton. On n’est pas là pour briller à titre personnel, mais pour mettre l’autre en valeur.

C’est pourquoi réécriveur est un métier qui, parfois, s’exerce au détriment d’une carrière personnelle.

Ensuite, il faut accepter de bon cœur que l’auteur originel reçoive les honneurs, soit invité par les médias, encensé par la critique. Personnellement, je trouve beaucoup plus enviable de rester dans l’ombre, mais j’ai d’excellentes raisons ; et j’imagine que certains réécriveurs doivent, au contraire, vivre cela comme un aspect très ingrat de leur fonction.

Enfin, il faut supporter sans déplaisir que nos phrases, nos « trouvailles » littéraires, soient attribuées à l’auteur originel, et qu’il soit louangé à notre place. J’avoue que c’est un peu plus dur ; non pas tant à cause des louanges, que parce que ce que l’on écrit est un morceau de notre chair, et que l’on ressent toujours un petit pincement à le voir présenté sous le nom d’un(e) autre ; un peu comme si une tierce personne devenait légalement le père ou la mère de nos enfants. :-) Cela fait toujours un drôle d’effet de lire des citations de sa propre plume, censées illustrer celle de l’auteur originel. Mais c’est le jeu !


RÉÉCRIVEUR, EST-CE QUE CELA RAPPORTE ?

À cause de toutes les contraintes et frustrations inhérentes à leur métier, les réécriveurs gagnent souvent assez bien leur vie.

Les conditions habituelles d’un contrat de réécriture sont les suivantes :

  • Le réécriveur est salarié par l’éditeur, ou rétribué pour son travail, soit par l’éditeur dans le cas d’un réécriveur free-lance ou d’un autre auteur « maison », soit, plus rarement, par l’auteur originel : celui qui a eu l’idée et, souvent, a rédigé la version « brute » (quel que soit le temps qu’il y a passé, la version dite « brute » est celle qui ne serait pas publiable en l’état).

  • En plus de cela, le réécriveur est mentionné, soit avec l’auteur sur la couverture, soit en première page intérieure par le biais de la mention « Avec la collaboration de X ».

  • Enfin, l’auteur et le réécriveur se partagent les droits d’auteur, ce qui est normal puisqu’il y a une double paternité : « l’inventeur » du livre et son « arrangeur », sans lequel le livre n’était pas publiable.

Cette dernière disposition fait parfois l’objet d’une renonciation de la part du réécriveur lorsqu’il a perçu une importante rémunération forfaitaire. Pas forcément, même dans ce cas-là ; mon dernier contrat free lance s’élevait à 50 000 € plus l’intégralité des droits d’auteur. Mais il s’agissait d’écriture de A à Z à partir de simples notes, soit une année entière de travail ; et le cas était un peu particulier, l'intéressé.e (pardonnez-moi de rester floue) dédaignant les droits d'auteur. Celles et ceux qui me suivaient déjà sur facebook se souviennent que j’avais annoncé ce contrat VIP avec enthousiasme ^^ : dans la majorité des cas, la rémunération d’un réécriveur est loin d’atteindre de tels montants.


LA JOIE DU « CO-NAISSEUR », comme on dit en élevage de chevaux

Tout le monde n’est pas disposé à utiliser son talent pour écrire des livres dont des tiers endosseront la paternité, au lieu de se consacrer tranquillement à ses propres œuvres.

Mais lorsqu’on l’accepte de bon gré et que tout se passe comme cela se doit, la réécriture implique une grande joie : celle d’être à la fois « l’autre parent » et l’accoucheur (au même titre, voire davantage que l’éditeur) de ce nouvel ouvrage qui va partir à la conquête des lecteurs. Un ouvrage qui, sans nous, n’aurait pas vu le jour, ou de façon plus lointaine, plus improbable, ou encore sous une forme moins achevée.

Les échanges entre l’auteur originel et le réécriveur peuvent d’ailleurs se dérouler dans la sympathie mutuelle et la bonne humeur, et apporter un élément positif supplémentaire à cette expérience.

LE CAS PARTICULIER DES AUTOÉDITÉS

J’ai toujours trouvé navrant que des tapuscrits possédant du potentiel restent dans les tiroirs de leurs auteurs, faute pour eux de trouver un éditeur prêt à tenter l’aventure. Parfois parce que les éditeurs sont frileux, qu’ils cherchent pour leurs collections des ouvrages très formatés. Et souvent parce que (et cela, les auteurs ne s’en rendent pas suffisamment compte), le travail de réécriture nécessaire est trop important pour qu’un éditeur veuille investir sur le tapuscrit.

Depuis que j’ai rejoint les rangs des auto-édités, j’ai essayé de faire profiter quelques auteurs de mon expérience. En dehors des réécritures complètes déjà mentionnées, j’ai souvent aidé ponctuellement les auteurs qui me le demandaient. Cette aide s’est exercée à titre bénévole à travers des conseils, mais aussi en donnant des exemples de réécriture pour qu’ils réalisent dans quel sens il faut travailler. Car un bon exemple vaut souvent mieux qu’une longue explication !

Je ne pourrais pas aider tout le monde, mais je peux donner aux auteurs quelques pistes pour auto-améliorer leur tapuscrit.

Exemple des conseils de remaniement donnés à Morgan entre janvier 2013 et la réécriture contractuelle du printemps 2016 :

Page 10 : il y a une phrase inachevée après la harangue du Dauphin à ses soldats.


J’insiste sur le fait que la harangue est trop longue : un chef de guerre quel qu’il soit, et a fortiori un futur souverain, n’a pas à convaincre ses soldats : en l’occurrence, ils sont descendus
[dans les égouts] parce qu’ils n’avaient pas le choix ;-)

En revanche, je trouve excellente l’idée de souligner le fait qu’ils sont des hommes, EUX
[par opposition avec les fées qu’ils traquent] : ça, c’est très crédible. Mais au sein de deux ou trois phrases bien senties, pas d’un long exercice de rhétorique, tu comprends ?


Enfin, j’insiste aussi : ce ne peut être qu’un sergent qui commande les artificiers (un lieutenant seconde l’officier d’une unité de combat, mais les artilleurs ne sont que quelques hommes au sein d’une unité).


Page 13 : des casques en plastique pour les soldats ? Ce n’est pas possible.


Page 16 : les forces royales gagnaient peu à peu
du terrain (non « en influence ») ; « connaissait d’autant mieux ses limites qu’elle les repoussait » (singulier)

Comme vous le voyez, des commentaires argumentés sont un précieux concours pour un auteur, surtout s’il manque à la fois de recul sur son texte (comme tous les auteurs, moi incluse !) et d’expérience.

À défaut de réécriture ou de co-écriture en bonne et due forme (qui d’ailleurs pourrait être une solution, si des auteurs s’entendant parfaitement voulaient collaborer : Boileau et Narcejac, les sœurs Groult et bien d’autres, s’en sont fort bien trouvés), j’encourage donc les auteurs indépendants à s’entre-commenter de façon constructive et détaillée, pour s’aider mutuellement à progresser dans leur écriture.

Tout le monde aurait à y gagner…

J’aimerais beaucoup, par ailleurs, voir davantage de remarques de ce genre dans les chroniques (ou encore mieux, par message privé, mais je comprends bien que cela exigerait davantage de travail) : ces critiques précises et argumentées seraient très profitables aux auteurs. De mon côté, je le fais toujours, au moins çà et là, lorsque je lis un ouvrage.

Donc, merci d’avance aux blog'litt qui accepteraient de jouer le jeu !


C’est fini pour aujourd’hui, mes ami(e)s. Ouf ! J'ai beaucoup transpiré pour vous compiler tout cela, mais j'espère vous avoir été utile.

Si vous souhaitez en apprendre davantage, je vous suggère l'excellent article de Nila Kazar, écrivain et également réécriveur, que vous trouverez
ici.

Dans mon prochain billet, je vous confierai la suite de « ce que je peux vous dire sur l’autoédition ».

Excellente fin de semaine à toutes et à tous !

mardi 22 novembre 2016

Un site pour tous les indés


Commentaire après coup : 

La proposition que nous portions depuis 2016, Alexy Soulberry et moi-même (mettre gratuitement à la disposition des auteurs un embryon de fédération des auteurs indépendants que ces derniers pourraient s'approprier, ainsi qu'un site-vitrine qui permettrait aux lecteurs de trouver en quelques clics, 
de façon précise et multicritères, les livres autoédités correspondant à leur recherche), a provoqué des réactions de dernière minute, peu nombreuses mais catégoriques, qui ont mis fin au consensus. 

Les auteurs en question rejetaient définitivement l'idée de la démarche qualité fondée sur le volontariat, réclamée par de nombreux auteurs.

Comme notre but était de rendre service et non de créer des tensions, j'ai décidé de me recentrer sur mes propres écrits.

Pour autant, je ne supprime pas les articles que j'avais consacrés à ce projet, par respect pour leurs commentateurs et pour les auteurs que de tels sujets intéressent.

Ni Alexy ni moi n'oublions les très nombreux adhérents du site originel. Tout est au point mort, mais seulement parce que notre projet reposait sur une large mobilisation volontaire, et qu'il apparaît
 impossible d'obtenir cette adhésion collective sans provoquer des polémiques (dernière chose que nous souhaitions).

Si une solution est trouvée pour faire avancer les choses, nous ne manquerons pas de le faire savoir.
Par ailleurs, si d'autres initiatives correspondant à notre vision éthique nous semblent répondre aux besoins des auteurs, c'est avec joie que nous y joindrons nos forces. 


(Article originel)


Chers ami(e)s auteurs,

J'avais un rêve...

Voilà longtemps que je vous parle de ce projet de site au service des indés, pour les fédérer, les informer, et plus généralement, servir l'intérêt général de façon gratuite, complète et solidaire.

Diverses pistes ont été explorées, et un site est en train d'être mis en place. J'en tracerai les grandes lignes à la fin de ce post.

L'objectif principal, c'est d'organiser de façon pratique tous les échanges, si dynamiques et si solidaires, qui caractérisent le mouvement indé, de façon à ce qu'une gamme complète d'outils et d'informations soit à la portée des auteurs à partir de ce point de ralliement central.

L'autre objectif sera bien sûr d'œuvrer à la reconnaissance des auteurs indépendants dans le monde du livre et auprès du grand public. Il est complètement anormal que nous soyons méprisés (ou exploités) par les uns, ignorés en toute bonne foi par les autres, et n'ayons même pas droit à un statut fiscal clair !

Il est temps de passer à l'action, c'est-à-dire dans un premier temps, à la mise en place des contenus du site.

En priorité, et c'est normal étant les services qu'ils ne cessent de rendre à la communauté, j'invite les "pionniers" de l'autoédition et les auteurs qui, eux aussi, proposent déjà des ressources, à s'y associer par les moyens qui leur conviendront : articles, liens vers leurs propres sites, blogs, pages, etc.

Tout auteur qui souhaite participer à l'élaboration des contenus est le bienvenu.

Les blog'litt sont également conviés, bien entendu. L'organisation d'une plateforme de rencontre entre blogueurs et auteurs est au menu, ainsi que la promotion auprès du gand public des chroniques que font certains blogueurs – merci à eux – sur les ouvrages des auteurs indépendants.

Je suis à votre disposition pour toute question, et vous invite d'ores et déjà à proposer votre participation, quelle qu'elle soit, à l'adresse :
7independants@gmail.com

L'union fait la force !

samedi 19 novembre 2016

Un auteur doit-il se brader ?




Depuis que j'ai mis en ligne le 1er épisode de mon feuilleton Au bonheur des dames, experts en délices, j'ai essuyé plusieurs commentaires d'un ami facebook, auteur de talent, qui me dit : 0,99 € pour 11 pages, c'est trop cher (même si les autres épisodes sont plus longs, jusqu'à 40 pages et davantage).

J'en conclus qu'il ne serait pas inutile de vous livrer le fond de ma pensée sur ce sujet brûlant :

Faut-il brader nos écrits pour être lus ?


Comme beaucoup d'entre vous, quand j'ai débarqué sur la planète Indé, j'ai commencé par jouer très « petit bras ». Je connaissais les éléments de l'équation :
  • Le public s'est habitué à avoir des romans de 300 pages pour trois thunes japonaises (moins d'un euro, le plus souvent !).
  • L'idée que les produits culturels devraient être en accès libre et gratuit fait de plus en plus d'adeptes.
  • La concurrence est sauvage, et l'on entend dire un peu partout que si l'on affiche son livre trop cher, on ne le vendra pas.
  • De toute façon ce que je cherche, comme tant d'entre vous, c'est le bonheur d'échanger avec mes lecteurs.


Conclusion : autant leur faire cadeau de mes écrits, ça m'éviterait au moins la corvée de persuader des inconnus de les acheter.

Mais j'ai très vite découvert que sur Amazon, la gratuité ne va pas de soi. Il faut publier son livre gratuitement sur un autre support (et ça, franchement, j'ai la flemme), puis signaler à Amazon qu'ils sont tenus de s'aligner, et attendre qu'ils s'y résignent. Pffff...

Il se trouve que je n'ai pas envie de changer de plateforme, en partie pour ne pas me compliquer la vie. 
J'adhère le plus souvent du programme KDP Select, dont je vous parlerai dans le prochain article de la série « Ce que je peux vous dire sur l'autoédition ».

Ledit programme permet de proposer chaque livre gratuitement 5 jours par trimestre. 
Pendant ma première année d'auteur indépendant, j'ai donc utilisé cette possibilité à fond pour semer à tous vents des ebooks gratuits. 
Le reste du temps, je maintenais leur prix à 0,99 €, convaincue qu'un tarif plus élevé découragerait les lecteurs.


Puis j'ai constaté qu'à l'inverse de cette démarche, les « pionniers » indés s'efforçaient de relever leurs prix de vente, conseillant à leurs amis auteurs de mettre plutôt leurs ebooks à 2,99 €, voire 3,99 €. (Ce qui, admettons-le, n'est pas ruineux : le prix d'un thé en terrasse...)

Et j'ai réfléchi.

Les seuls commentaires 1 étoile que j'aie reçus émanaient de trois amatrices de romans à l'eau de rose qui, ayant téléchargé l'un de mes romans « littéraires » pour 0,99 €, se sont empressées de se le faire rembourser et de me gratifier d'un avis vengeur (ben oui, Zone franche c'est plutôt de l'eau de vie, qu'on se le dise !).

Finalement, j'ai modifié les prix de tous mes livres, portant même à 9,99 € l'Intégrale 1 d'Élie et l'Apocalypse, que je proposais jusque là pour 0,99 €, comme le reste. 800 pages, plus de 10000 heures de travail, sans compter plus de 30 années d'expérience en tant qu'écrivain... Je comprends désormais l'écœurement qu'avaient dû ressentir mes frères et sœurs d'écriture. Ma seule excuse, c'est que comme la majorité d'entre vous, j'essayais désespérément de ne pas faire fuir les lecteurs en appliquant un prix « normal ».


Mais 0,99 € pour un ebook, ce n'est pas un prix normal, c'est même une véritable honte.
Sauf dans le cas d'une nouvelle ou d'un épisode de feuilleton littéraire. Et encore ! Le premier épisode du mien représente 2 jours de travail : 0,005 € de l'heure. 
On pleure à juste titre sur les petits chinois aux salaires indécents, on fustige l'irresponsabilité des consommateurs occidentaux ; alors je ne vois pas pourquoi les lecteurs devraient trouver moins scandaleux de payer le travail d'un auteur à un tarif horaire qui ferait rougir de honte les exploiteurs de sous-prolétariat dans un pays en voie de développement.


Parce que les auteurs font cela de leur propre gré ? Que pour eux, c'est souvent un simple loisir ? 

Non, pas toujours ! Partir de ce principe, ce serait admettre que les auteurs professionnels doivent cesser d'exister, remplacés par des « amateurs » tenus de dispenser leur prose au plus bas prix, puisqu'elle ne serait qu'un hobby.

Je ne m'étendrai pas sur ce que cela risquerait d'entraîner en termes de qualité. Combien d'auteurs amateurs s'échinent par perfectionnisme, pour l'amour de l'art ? La plupart rêvent d'être édités, ou de vivre de leur plume en tant qu'indépendants.

De toute façon, professionnels ou amateurs, tous les auteurs ont, il me semble, le droit de percevoir une juste rétribution de leurs efforts...


Alors, parce que les lecteurs ont des budgets riquiquis ? 

Beaucoup d'auteurs aussi. J'en fais partie. Je profite des promos gratuites pour télécharger les ebooks de mes camarades. Les mois fastes, je me fends de quelques achats à prix cassés. Si je le pouvais, je souscrirais au programme Kindle Unlimited pour lire à volonté pour 9,99 € par mois; je ne le peux pas.

Par chance, je n'ai plus le temps de lire, je ne suis donc pas trop frustrée.
Mais même dans le cas contraire, il ne me viendrait jamais à l'idée d'aller me plaindre à mes amis auteurs que leurs livres sont trop chers.


En tant qu'auteur, je vous le dis tout net : je préfère vendre 1 exemplaire d'Élie et l'Apocalypse à 9,99 € de temps en temps, téléchargé par un lecteur vraiment motivé qui se plongera avec intérêt dans sa lecture et me fera plus volontiers un retour (euh, là, l'expérience prouve que c'est trop d'optimisme), plutôt que 100 exemplaires à 0,99 € téléchargés par des clients Amazon opportunistes, uniquement soucieux de bourrer leur Kindle de livres à prix cadeau qu'ils ne liront probablement jamais.

D'accord, 11 pages, c'est très court. Mais après tout, moi, quand j'aime une chanson, je ne regarde pas si c'est court comme Her Majesty ou long comme Bohemian Rhapsody. Quand je savoure une mise en bouche, je ne m'attends pas à ce qu'on me mette une pleine marmite sur la table.

Si je suis déçue par la qualité, alors je me sentirai en droit de le faire remarquer ; mais critiquer la « quantité » n'a aucun sens. Car les produits culturels nécessitent tant de savoir-faire et de travail en amont, qu'il est impossible de leur attribuer une valeur d'après leur poids ou leur taille, mais seulement en fonction du plaisir qu'ils procurent.

Je trouve donc profondément aberrant d'évaluer un livre sous l'angle d'un rapport prix-quantité, plutôt que prix-qualité. Ce serait supposer que seul compte le volume, et non le contenu.


Loin de considérer que la culture devrait être gratuite (à moins que les artistes ne soient rémunérés par un moyen différent, mais c'est un autre débat), je trouve au contraire que les produits culturels n'ont pas de prix en soi, en tant qu'objets. Leur seul critère d'évaluation valable, encore une fois, c'est la satisfaction qu'on en retire.

Bon, mais les consommateurs ont des ressources limitées pour acquérir ces sources de satisfaction, me rétorquera-t-on une fois de plus (comme mon ami auteur qui, en pleine forme, s'est acharné à me contredire tel un taon vorace sur un cheval au pré). 

J'entends bien cet argument. Dans un monde parfait, chacun donnerait à sa guise selon ses moyens et/ou la valeur qualitative qu'il attribue au produit. Mais nous ne sommes pas dans un monde parfait ; même si les sites de crowdfunding comme Ulule et consorts permettent des rencontres artistes/public basées sur ce genre de volontariat.

Dans notre monde imparfait, l'on ne règlera jamais de délicats problèmes, comme celui du niveau de vie (ou du niveau d'éducation, l'un des thèmes qui me hantent), en tirant tout vers le bas. Bien au contraire. D'autres voies sont à explorer. J'en explore de mon côté, en espérant qu'elles seront profitables à d'autres auteurs.


Mes Apéribooks sont une première expérience, encore en cours.

Je suis convaincue que l'on peut proposer aux lecteurs des textes plus courts, qui mobilisent l'auteur moins longtemps, qui sont plus faciles à glisser dans les interstices d'une PAL (beaucoup de blogueurs annoncent désormais des délais de lecture de 6 mois !), et que l'on peut lire en intégralité dans une salle d'attente, dans les transports en commun, le soir juste avant de s'endormir... Bref, dans toutes les circonstances inappropriées pour se lancer dans un bon gros pavé. 

Tout le monde serait gagnant, auteurs, blog'litt, lecteurs du grand public. Et ce serait un bon moyen de promouvoir rapidement l'autoédition en tant que littérature de qualité.

En publiant des Apéribooks de 20 à 50 pages, j'ai voulu prouver aux auteurs et aux lecteurs que l'on peut apprécier une lecture courte, mais soignée, au même titre qu'une œuvre plus longue. Leur prouver que, tout naturellement, l'évaluation de ce travail s'opère sur le contenu, pas sur le poids du fichier.

Et cette preuve, la voici : les lecteurs Amazon téléchargent environ 30 fois plus de mes Apéribooks que de mes « gros » romans.


Au bonheur des dames, experts en délices est la seconde étape expérimentale.
Les épisodes de ce feuilleton sont encore plus courts : entre 10 et 40 pages. Mais j'espère démontrer que ce critère n'entrera pas en compte, si l'attractivité de l'histoire, du style, des thèmes est suffisante.


Ami(e)s auteurs – bien entendu, je m'adresse à celles et ceux qui n'ont pas encore pu se constituer un lectorat –, cessez d'auto-dévaluer le fruit de votre labeur.

Sur Amazon, il faut vendre plus de 6 ebooks à 0,99 € pour percevoir l'équivalent d'une seule vente à 2,99 €.
Moralité : sans risquer de perdre un centime, vous pouvez envisager d'attirer à vous moins de lecteurs, sans doute ; mais des lecteurs qui, pour la plupart, apprécieront vraiment votre prose. Pas de simples passants, mais un véritable lectorat.

Misez sur la qualité. 
Attachez-vous à offrir le meilleur de votre talent, quitte à écrire des ebooks plus compacts, pour qu'ils soient malgré tout accessibles à tous les budgets. 
En prime, ils est plus facile de peaufiner un texte court autant que nécessaire sans céder à la lassitude ou au découragement.

Et ne bradez plus vos ebooks, ce n'est pas nécessaire (sauf promo de lancement ou promo Amazon, mais ce sera traité dans mon prochain billet). 

Vous n'entrerez pas dans une éventuelle postérité, vous ne laisserez pas votre trace sur terre parce que vous aurez vendu des centaines, voire des milliers de livres, mais parce que vos écrits auront touché le cœur et marqué l'esprit des lecteurs.

Si des archéologues exhument au prochain millénaire les œuvres éditées ces cent dernières années, que croyez-vous que leurs contemporains considèreront comme un témoignage du génie humain : Fifty shades of Grey, ou, par exemple, Le grand Meaulnes ?... (Si ce dernier ne vous « parle » pas, je vous invite à parcourir la liste des cent livres du XXe siècle qui ont marqué les Français, sondage réalisé en 1999.)

Hé oui : les chiffres de ventes, c'est une chose. Rester dans les mémoires, c'en est une tout autre !


Quant à vous, ami(e)s lecteurs, habituez-vous, s'il vous plaît, à considérer que vous « en avez pour votre argent » quand un ebook vous a émus, tenus en haleine, intéressés, charmés. Pas pour la simple raison qu'il fait 500 pages.

Aidez les auteurs à valoriser leur travail, donc à vous procurer ce que vous espérez d'un livre, 
  • en commentant systématiquement et façon constructive pour les aider à progresser encore (par message privé pour les avis très négatifs, c'est plus élégant),
  • en faisant la promotion de leurs livres s'ils vous ont plu,
  • en répandant à votre tour l'idée que la valeur d'un ouvrage, c'est le poids de son contenu, celui des rêves qu'il vous a inspirés, du bonheur que vous avez retiré de sa lecture.

Peut-être, petit à petit, parviendrons-nous tous ensemble à établir un équilibre plus positif, qui apportera au grand public davantage de lectures de qualité (fût-ce sous un moindre volume), et aux auteurs, une plus juste reconnaissance de la valeur de leur travail.