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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 18 novembre 2016

Qualité, le mot qui fâche



Depuis pas mal de temps, je brame à tous les échos pour prôner la qualité de l'écriture. On m'a traitée d'élitiste, et ce n'était pas un compliment. 

Je ne vous assommerai pas aujourd'hui à expliquer en détail pourquoi je ne me range pas parmi les « élitistes » qui estiment que l'art et la culture doivent être réservés à une frange de privilégiés (horrible concept !) mais parmi les idéalistes pragmatiques, convaincus que les bons livres sont le ferment d'un monde meilleur. En deux mots, j'en fais une affaire éthique, humaniste, qui me tient fort à cœur

Si je vous écris aujourd'hui, c'est simplement parce que je me suis rendu compte que mes propos à ce sujet pouvaient être mal interprétés, une fois de plus, mais sur un plan autre qu'idéologique.

Quand je parle de qualité littéraire, je n'invoque pas la Grande Littérature, en particulier la « blanche » – intimiste et assez souvent ennuyeuse, avouons-le –, pour dénigrer, par comparaison, la littérature de genre : polar, thriller, romance, SF, fantasy, etc.

Je n'invoque pas non plus les « classiques » pour flétrir les écrits modernes. Ce n'est pas ma pensée, très loin de là ! J'ai lu les classiques, bien sûr, mais, dans l'ensemble, ils m'ont moins marquée que la littérature de la première moitié du XXe siècle, qui fut ma plus grande source d'inspiration.

Enfin, même si j'ai à titre très personnel une prédilection pour les styles qui m'épatent, je ne fais pas l'éloge de l'écriture brillantissime de certains auteurs, au détriment du mode d'expression efficace et direct des créateurs de « page-turners ».

D'une manière générale, je ne suis pas de ceux qui opposent l'art à l'artisanat. L'un et l'autre ont leur valeur propre, leur « moment » et leur public privilégié. Et l'on ne peut décemment glorifier l'un par rapport à l'autre au nom de je ne sais quel purisme déplacé, d'autant plus que parfois – assez souvent – ils se combinent en un même ouvrage.

Non, mon propos est ailleurs. Ce à quoi j'appelle les auteurs, c'est au sérieux. Au travail de leurs textes. Je les conjure de ne pas se laisser aller à publier n'importe quoi, sous le prétexte que dans notre monde stressant, la mode est à la lecture « de loisir », facile, qui sert juste à se changer les idées en s'immergeant dans une histoire, sans se soucier qu'elle soit bien ou mal écrite.

Certes, je trouve dommage que maints lecteurs d'aujourd'hui renâclent devant les romans qu'ils trouvent « compliqués », ceux qui informent, provoquent la réflexion, ou dont le style laisse parfois l'intrigue un peu de côté pour broder quelques phrases purement esthétiques.

Je pense qu'en se détournant de ce genre de littérature (qui peut, en même temps, être très moderne), ils passent à côté de certains des aspects les plus enrichissants de la lecture, celle qui parle aux sens et à la pensée, celle que l'on sent nous sublimer, nous aider à mieux vivre le monde.

Mais encore une fois, là n'est pas la question.

En exhortant les auteurs à soigner leurs textes, je suis consciente que certains font ce qu'ils peuvent. Je ne prétends pas qu'une personne qui ne possède pas les acquis préalables, ou qui éprouve des difficultés particulières – une personne dyslexique, par exemple – n'a pas le droit de s'exprimer. Certainement pas.

Ces auteurs-là peuvent avoir à dire des choses intéressantes, profondes, belles. Et j'aimerais tant que chacun d'entre eux puisse être parrainé par un auteur confirmé, qui l'aiderait à déployer ses ailes... C'est mon rêve de « réécriveuse », forcément convaincue qu'il faut parfois quelqu'un derrière l'épaule d'un auteur débutant, pour qu'en fin de compte une œuvre aboutie puisse voir le jour. Mais je reviendrai une autre fois sur ce sujet.

En vérité, ce que je vise lorsque je fustige la littérature « fast-food », c'est cette dérive – initiée par une grande édition en quête de profits – qui consiste à proposer des livres purement commerciaux : une idée ou un genre « vendeurs », une intrigue « bateau », quelques rebondissements plus ou moins bien ficelés, un style passe-partout, et le tour est joué. 

Par le biais de cette industrie cynique, l'édition a habitué les lecteurs à dévorer des millions d'ouvrages médiocres. Elle les a accoutumés à suivre le fil d'une histoire sans recul, sans réflexion, sans repérer les faiblesses et la vacuité de l'ensemble. Elle les a rendus accro à une pâtée sans saveur, sans relief, qui ne les nourrit pas pour l'excellente raison qu'elle n'a pas pour ambition de les nourrir, mais seulement de leur faire sortir leur carte bleue à un rythme aussi soutenu que possible. 

Car chaque livre doit être oublié sitôt que lu, pour que le lecteur passe aussitôt au suivant, victime d'un véritable manque, parce qu'au lieu de rêver, de méditer, de rester imprégné par ce qu'il a lu, il reste sur... du vide.

Tout cela est un procédé commercial délibéré, redoutable. Une arnaque, disons-le tout net. Et très pernicieuse. Car plus les lecteurs avalent de ce type d'ouvrages, moins ils sont difficiles, moins ils sont en mesure de se dire « mais c'est nul ! »...

Exactement comme avec les films d'action. Entraînés sur une espèce de tapis roulant par des procédés parfaitement calculés, les spectateurs restent suspendus jusqu'à la fin, haletants. Alors que l'intrigue est toujours stéréotypée, le rythme des péripéties réglé comme du papier à musique, les faits invraisemblables, les situations « cliché », et le tout creux comme une lanterne en papier. Mais trompeur, et très addictif...

Déjà conditionnés par tout cela, les lecteurs se sont trouvés confrontés au phénomène de l'autoédition. Qui a aggravé la tendance.

Pourquoi ? Eh bien, pour deux raisons.

D'une part, des petits malins ont imité les méthodes de l'édition, et vivent aux dépens des lecteurs en pondant à la chaîne des ebooks médiocres conformes aux recettes du « vite fait mal fait, bien vendu ». 
Ceux-là, en général, maîtrisent à fond le côté marketing et parfois, n'hésitent pas à recourir à des méthodes plus que douteuses pour faire monter leurs livres dans les Tops. Parce que si MyKindex, dont je vous parlais récemment, n'existe plus, les achats massifs de commentaires de complaisance ont toujours cours, paraît-il (de commentaires dénigrant la « concurrence » aussi, et c'est encore plus répugnant).

D'autre part, il y a des auteurs pleins de bonne volonté, mais qui ne « savent » pas écrire, et qui, donc, se contentent de raconter une histoire. Malheureusement pour eux, ils rencontrent un certain succès, parce que leurs idées de départ sont intéressantes et que leurs histoires ont « un petit quelque chose ».

C'est à ceux-là que je m'adresse. Pour eux que je me démène, entre quelques pages corrigées par-ci, un livre entier réécrit par-là, et mes déclarations tonitruantes sur la littérature de qualité. 
Parce que je trouve désolant que des auteurs qui ont des idées, un « ton », parfois un vrai talent, gâchent leurs chances de progresser et de proposer aux lecteurs des ouvrages plus aboutis.

Bon, ils vendront quand même, on l'a bien vu : les lecteurs d'aujourd'hui avalent n'importe quoi. Mais cela contribuera à amoindrir encore plus le sens critique de ces lecteurs, dérive que je trouve terriblement dangereuse pour l'avenir de la littérature, et même de l'humanité en tant qu'ensemble de consciences.

Seulement, ces auteurs n'auront aucune chance de se faire éditer un jour, objectif que poursuivent, en l'avouant ou non, beaucoup d'indépendants. (Après tout, chacun son « trip » !)

Plus grave : je ressens un sentiment d'insupportable gâchis lorsque je vois un auteur qui a de l'étoffe en rester au stade d'un quasi premier jet, alors qu'il pourrait faire tellement mieux.
Apprendre à écrire, c'est l'affaire de toute une vie. Cependant, quelques conseils, et par-dessus tout la volonté de mieux faire, peuvent aider à progresser plus vite.

Je trouve essentiel de rappeler à ces auteurs qu'ils ne doivent pas se contenter du fruit de leurs premiers efforts, en se disant qu'ils ne pourront pas mieux faire. On peut toujours mieux faire. Et il le faut.

D'où mes cris d'orfraie à propos de la littérature médiocre. Ce n'est pas pour dénigrer les uns, culpabiliser les autres, marquer du mépris envers qui que ce soit.

C'est pour rappeler aux auteurs encore débutants, aux écrivains en devenir, qu'il faut « cent fois sur le métier remettre leur ouvrage ». Ne jamais se décourager. Demander de l'aide au besoin, lire, s'exercer. Réécrire, se relire à haute voix, améliorer encore et encore. Soumettre ses écrits à des regards sans complaisance, et ne pas s'offusquer des critiques, mais en faire son profit. Ne jamais se contenter de ce qui semble « pas mal ». On en est fier, c'est légitime, mais, je le répète, on peut toujours faire mieux.

Sans aller jusqu'à peaufiner un tapuscrit pendant le reste de ses jours sans oser passer à l'acte, il faut se fixer pour but de ne jamais publier quelque chose qui n'est pas satisfaisant. La perfection n'est pas de ce monde, mais l'excellence, si. Nous devons nous efforcer de l'atteindre. Je ne relis jamais l'un de mes textes déjà publiés sans déplorer telle ou telle phrase qui aurait dû être mieux tournée, tel ou tel point trop peu ou mal traité (raison pour laquelle je n'ai encore proposé aucun de mes ebooks en format imprimé). Mais je sais au moins qu'avant de le livrer au public, j'ai fait de mon mieux, en remettant mon travail en question avec toute l'honnêteté et la rigueur dont je suis capable.

C'est cet effort permanent, menacé par le règne lucratif du « vite fait mal fait » et le manque de recul (et de références littéraires) des lecteurs, qui fait toute la valeur de notre travail d'auteurs. Cet effort qui, à la longue, transforme un auteur débutant en véritable écrivain. C'est lui qui nourrit les lecteurs affamés d'autre chose que de page-turners bâclés. Lui qui permet l'existence d'une production littéraire digne du nom de « littérature ».


Alors, si certains veulent se contenter de jeter des mots sur le papier, pas de problème. Si certains lecteurs s'en satisfont, tant mieux pour eux. Mais rien ne m'empêchera de rêver d'autre chose, et de me démener pour rappeler haut et fort que cet idéal-là est à la portée, sinon de presque tous, du moins de beaucoup d'entre vous.