Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/editionsimaj et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

samedi 19 novembre 2016

Un auteur doit-il se brader ?




Depuis que j'ai mis en ligne le 1er épisode de mon feuilleton Au bonheur des dames, experts en délices, j'ai essuyé plusieurs commentaires d'un ami facebook, auteur de talent, qui me dit : 0,99 € pour 11 pages, c'est trop cher (même si les autres épisodes sont plus longs, jusqu'à 40 pages et davantage).

J'en conclus qu'il ne serait pas inutile de vous livrer le fond de ma pensée sur ce sujet brûlant :

Faut-il brader nos écrits pour être lus ?


Comme beaucoup d'entre vous, quand j'ai débarqué sur la planète Indé, j'ai commencé par jouer très « petit bras ». Je connaissais les éléments de l'équation :
  • Le public s'est habitué à avoir des romans de 300 pages pour trois thunes japonaises (moins d'un euro, le plus souvent !).
  • L'idée que les produits culturels devraient être en accès libre et gratuit fait de plus en plus d'adeptes.
  • La concurrence est sauvage, et l'on entend dire un peu partout que si l'on affiche son livre trop cher, on ne le vendra pas.
  • De toute façon ce que je cherche, comme tant d'entre vous, c'est le bonheur d'échanger avec mes lecteurs.
Conclusion : autant leur faire cadeau de mes écrits, ça m'éviterait au moins la corvée de persuader des inconnus de les acheter.



Mais j'ai très vite découvert que sur Amazon, la gratuité ne va pas de soi. Il faut publier son livre gratuitement sur un autre support (et ça, franchement, j'ai la flemme), puis signaler à Amazon qu'ils sont tenus de s'aligner, et attendre qu'ils s'y résignent. Pffff...

Il se trouve que je n'ai pas envie de changer de plateforme, en partie pour ne pas me compliquer la vie. 
J'adhère le plus souvent du programme KDP Select, dont je vous parlerai dans le prochain article de la série « Ce que je peux vous dire sur l'autoédition ».

Ledit programme permet de proposer chaque livre gratuitement 5 jours par trimestre. 
Pendant ma première année d'auteur indépendant, j'ai donc utilisé cette possibilité à fond pour semer à tous vents des ebooks gratuits. 
Le reste du temps, je maintenais leur prix à 0,99 €, convaincue qu'un tarif plus élevé découragerait les lecteurs.


Puis j'ai constaté qu'à l'inverse de cette démarche, les « pionniers » indés s'efforçaient de relever leurs prix de vente, conseillant à leurs amis auteurs de mettre leurs ebooks à 2,99 €, voire 3,99 €. (Ce qui, admettons-le, n'est pas ruineux : le prix d'un thé en terrasse...)

Et j'ai réfléchi.

Les seuls commentaires 1 étoile que j'aie reçus émanaient de trois amatrices de romans à l'eau de rose qui, ayant téléchargé l'un de mes romans « littéraires » pour 0,99 €, se sont empressées de se le faire rembourser et de me gratifier d'un avis vengeur (ben oui, Zone franche c'est plutôt de l'eau de vie, qu'on se le dise !).

Finalement, j'ai modifié les prix de tous mes livres, portant même à 9,99 € l'Intégrale 1 d'Élie et l'Apocalypse, que je proposais jusque là pour 0,99 €, comme le reste. 800 pages, plus de 10000 heures de travail, sans compter plus de 30 années d'expérience en tant qu'écrivain... Je comprends désormais l'écœurement qu'avaient dû ressentir mes frères et sœurs d'écriture. Ma seule excuse, c'est que comme la majorité d'entre vous, j'essayais désespérément de ne pas faire fuir les lecteurs en appliquant un prix « normal ».


Mais 0,99 € pour un ebook, ce n'est pas un prix normal, c'est même une véritable honte.
Sauf dans le cas d'une nouvelle ou d'un épisode de feuilleton littéraire. Et encore ! Le premier épisode du mien représente 2 jours de travail : 0,005 € de l'heure. 
On pleure à juste titre sur les petits chinois aux salaires indécents, on fustige l'irresponsabilité des consommateurs occidentaux ; alors je ne vois pas pourquoi les lecteurs devraient trouver moins scandaleux de payer le travail d'un auteur à un tarif horaire qui ferait rougir de honte les exploiteurs de sous-prolétariat dans un pays en voie de développement.


Parce que les auteurs font cela de leur propre gré ? Que pour eux, c'est souvent un simple loisir ? 

Non, pas toujours ! Partir de ce principe, ce serait admettre que les auteurs professionnels doivent cesser d'exister, remplacés par des « amateurs » tenus de dispenser leur prose au plus bas prix, puisqu'elle ne serait qu'un hobby.

Je ne m'étendrai pas sur ce que cela risquerait d'entraîner en termes de qualité. Combien d'auteurs amateurs s'échinent par perfectionnisme, pour l'amour de l'art ? La plupart rêvent d'être édités, ou de vivre de leur plume en tant qu'indépendants.

De toute façon, professionnels ou amateurs, tous les auteurs ont, il me semble, le droit de percevoir une juste rétribution de leurs efforts...


Alors, parce que les lecteurs ont des budgets riquiquis ? 

Beaucoup d'auteurs aussi. J'en fais partie. Je profite des promos gratuites pour télécharger les ebooks de mes camarades. Les mois fastes, je me fends de quelques achats à prix cassés. Si je le pouvais, je souscrirais au programme Kindle Unlimited pour lire à volonté pour 9,99 € par mois; je ne le peux pas.

Par chance, je n'ai plus le temps de lire, je ne suis donc pas trop frustrée.
Mais même dans le cas contraire, il ne me viendrait jamais à l'idée d'aller me plaindre à mes amis auteurs que leurs livres sont trop chers.


En tant qu'auteur, je vous le dis tout net : je préfère vendre 1 exemplaire d'Élie et l'Apocalypse à 9,99 € de temps en temps, téléchargé par un lecteur vraiment motivé qui se plongera avec intérêt dans sa lecture et me fera plus volontiers un retour (euh, là, l'expérience prouve que c'est trop d'optimisme), plutôt que 100 exemplaires à 0,99 € téléchargés par des clients Amazon opportunistes, uniquement soucieux de bourrer leur Kindle de livres à prix cadeau qu'ils ne liront probablement jamais.

D'accord, 11 pages, c'est très court. Mais après tout, moi, quand j'aime une chanson, je ne regarde pas si c'est court comme Her Majesty ou long comme Bohemian Rhapsody. Quand je savoure une mise en bouche, je ne m'attends pas à ce qu'on me mette une pleine marmite sur la table.

Si je suis déçue par la qualité, alors je me sentirai en droit de le faire remarquer ; mais critiquer la « quantité » n'a aucun sens. Car les produits culturels nécessitent tant de savoir-faire et de travail en amont, qu'il est impossible de leur attribuer une valeur d'après leur poids ou leur taille, mais seulement en fonction du plaisir qu'ils procurent.

Je trouve donc profondément aberrant d'évaluer un livre sous l'angle d'un rapport prix-quantité, plutôt que prix-qualité. Ce serait supposer que seul compte le volume, et non le contenu.


Loin de considérer que la culture devrait être gratuite (à moins que les artistes ne soient rémunérés par un moyen différent, mais c'est un autre débat), je trouve au contraire que les produits culturels n'ont pas de prix en soi, en tant qu'objets. Leur seul critère d'évaluation valable, encore une fois, c'est la satisfaction qu'on en retire.

Bon, mais les consommateurs ont des ressources limitées pour acquérir ces sources de satisfaction, me rétorquera-t-on une fois de plus (comme mon ami auteur qui, en pleine forme, s'est acharné à me contredire tel un taon vorace sur un cheval au pré). 

J'entends bien cet argument. Dans un monde parfait, chacun donnerait à sa guise selon ses moyens et/ou la valeur qualitative qu'il attribue au produit. Mais nous ne sommes pas dans un monde parfait ; même si les sites de crowdfunding comme Ulule et consorts permettent des rencontres artistes/public basées sur ce genre de volontariat.

Dans notre monde imparfait, l'on ne règlera jamais de délicats problèmes, comme celui du niveau de vie (ou du niveau d'éducation, l'un des thèmes qui me hantent), en tirant tout vers le bas. Bien au contraire. D'autres voies sont à explorer. J'en explore de mon côté, en espérant qu'elles seront profitables à d'autres auteurs.


Mes Apéribooks sont une première expérience, encore en cours.

Je suis convaincue que l'on peut proposer aux lecteurs des textes plus courts, qui mobilisent l'auteur moins longtemps, qui sont plus faciles à glisser dans les interstices d'une PAL (beaucoup de blogueurs annoncent désormais des délais de lecture de 6 mois !), et que l'on peut lire en intégralité dans une salle d'attente, dans les transports en commun, le soir juste avant de s'endormir... Bref, dans toutes les circonstances inappropriées pour se lancer dans un bon gros pavé. 

Tout le monde serait gagnant, auteurs, blog'litt, lecteurs du grand public. Et ce serait un bon moyen de promouvoir rapidement l'autoédition en tant que littérature de qualité.

En publiant des Apéribooks de 20 à 50 pages, j'ai voulu prouver aux auteurs et aux lecteurs que l'on peut apprécier une lecture courte, mais soignée, au même titre qu'une œuvre plus longue. Leur prouver que, tout naturellement, l'évaluation de ce travail s'opère sur le contenu, pas sur le poids du fichier.

Et cette preuve, la voici : les lecteurs Amazon téléchargent environ 30 fois plus de mes Apéribooks que de mes « gros » romans.


Au bonheur des dames, experts en délices est la seconde étape expérimentale.
Les épisodes de ce feuilleton sont encore plus courts : entre 10 et 40 pages. Mais j'espère démontrer que ce critère n'entrera pas en compte, si l'attractivité de l'histoire, du style, des thèmes est suffisante.


Ami(e)s auteurs – bien entendu, je m'adresse à celles et ceux qui n'ont pas encore pu se constituer un lectorat –, cessez d'auto-dévaluer le fruit de votre labeur.

Sur Amazon, il faut vendre plus de 6 ebooks à 0,99 € pour percevoir l'équivalent d'une seule vente à 2,99 €.
Moralité : sans risquer de perdre un centime, vous pouvez envisager d'attirer à vous moins de lecteurs, sans doute ; mais des lecteurs qui, pour la plupart, apprécieront vraiment votre prose. Pas de simples passants, mais un véritable lectorat.

Misez sur la qualité. 
Attachez-vous à offrir le meilleur de votre talent, quitte à écrire des ebooks plus compacts, pour qu'ils soient malgré tout accessibles à tous les budgets. 
En prime, ils est plus facile de peaufiner un texte court autant que nécessaire sans céder à la lassitude ou au découragement.

Et ne bradez plus vos ebooks, ce n'est pas nécessaire (sauf promo de lancement ou promo Amazon, mais ce sera traité dans mon prochain billet). 

Vous n'entrerez pas dans une éventuelle postérité, vous ne laisserez pas votre trace sur terre parce que vous aurez vendu des centaines, voire des milliers de livres, mais parce que vos écrits auront touché le cœur et marqué l'esprit des lecteurs.

Si des archéologues exhument au prochain millénaire les œuvres éditées ces cent dernières années, que croyez-vous que leurs contemporains considèreront comme un témoignage du génie humain : Fifty shades of Grey, ou, par exemple, Le grand Meaulnes ?... (Si ce dernier ne vous « parle » pas, je vous invite à parcourir la liste des cent livres du XXe siècle qui ont marqué les Français, sondage réalisé en 1999.)

Hé oui : les chiffres de ventes, c'est une chose. Rester dans les mémoires, c'en est une tout autre !


Quant à vous, ami(e)s lecteurs, habituez-vous, s'il vous plaît, à considérer que vous « en avez pour votre argent » quand un ebook vous a émus, tenus en haleine, intéressés, charmés. Pas pour la simple raison qu'il fait 500 pages.

Aidez les auteurs à valoriser leur travail, donc à vous procurer ce que vous espérez d'un livre, 
  • en commentant systématiquement et façon constructive pour les aider à progresser encore (par message privé pour les avis très négatifs, c'est plus élégant),
  • en faisant la promotion de leurs livres s'ils vous ont plu,
  • en répandant à votre tour l'idée que la valeur d'un ouvrage, c'est le poids de son contenu, celui des rêves qu'il vous a inspirés, du bonheur que vous avez retiré de sa lecture.

Peut-être, petit à petit, parviendrons-nous tous ensemble à établir un équilibre plus positif, qui apportera au grand public davantage de lectures de qualité (fût-ce sous un moindre volume), et aux auteurs, une plus juste reconnaissance de la valeur de leur travail.