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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 9 décembre 2016

Chronique du recueil de nouvelles de Nila Kazar : Les rivières fantômes



Disponible sur Amazon.


Une fois n'est pas coutume, je vais rédiger cette chronique sous la forme d'une lettre à l'auteur.



« Ma chère Nila,

En lisant ton recueil de nouvelles « Les rivières fantômes », bien des choses me sont venues à l'esprit.

Je te l'avoue, j'ai eu du mal à accrocher à la première. Puis peu à peu, je me suis laissée emporter par cette plongée en gros plan dans l'intime, l'instantané, l'indicible. Des nouvelles comme des flashs dans la nuit, précis et diffus à la fois.

En dehors d'un certain parcours et d'une certaine idée de la littérature, toi et moi semblons avoir en commun une certaine expérience des champs de bataille. Nous différons, en revanche, par notre façon de restituer nos vécus.

Il y a trop de choses que je tais, que je ne saurais retranscrire ; alors en écriture, j'ai pris le parti de faire mon numéro. Je jongle, je me dépense en cabrioles, je lance des paillettes, je fais le pitre. Je prends le lecteur par un pan de chemise et je l'entraîne dans la ronde en lui disant « Regarde, la mort n'est pas un drame, l'essentiel est dans la beauté du monde et dans l'élégance de notre acceptation ». La musique du style est là pour retranscrire l'idée que seuls comptent nos efforts pour mériter cette beauté, pour accéder nous-mêmes à une grâce éphémère. Je porte un masque orné de plumes, car à mes yeux la vie est un carnaval tragique où il faut s'amuser malgré tout.

De ton côté, tu fais le mime : sobre, minimaliste, au point qu'une chroniqueuse a ressenti que tu « exclus le lecteur » de ce Sarajevo en ruines où tu l'entraînes. « Venez, voyez, mais attention ! il n'y a rien à voir, hormis si vous le décidez vraiment. Allez-vous-en, circulez. Je dis ce qui est, ou plutôt je l'évoque, mais ce n'est sûrement pas pour vous ». Voià ce qu'elle a éprouvé, me semble-t-il.

Et je la comprends. Car dans ces scènes, il règne un certain vide. Le vide assourdissant des champs de bataille après l'action, quand est retombé le silence. Ne restent que des absences et quelques lambeaux de vies à reconstruire. Les mots sont inutiles. Pourtant tu as trouvé ces mots, des pans de phrases pudiques, sans effets de manches, qui claquent dans le silence comme des draps blancs pendus à ces fenêtres béantes.

Et c'est pareil pour chacune de tes nouvelles. Elles nous projettent dans un décor à peine esquissé, puis s'attardent, avec l'air de ne pas y toucher, sur des sentiments, des impressions, des choix de vie, des émotions, des regrets. À la fin, il n'y a pas de chute, pas de surprise, pas de point d'orgue. Ce n'est au fond que la vie qui passe, coulant comme les rivières fantômes : sans début ni fin. Juste d'éphémères parcelles de réalité.

Souvent, l'espace d'un instant, tu évoques avec précision le cheminement des états d'âme. Toujours d'une façon épurée. Des photos en noir et blanc dans leur netteté originelle, voilà ce que cela m'évoque. Cette forme d'expression simple, limpide, souligne aussi la dualité vie-mort ; mais comme ces projecteurs que l'on appelle des poursuites et qui, impitoyables, viennent tout à coup souligner un point précis du décor, un geste particulier d'un acteur choisi entre tous.

Cela, c'est ce que l'on appelle « un moment ». Presque au sens scientifique du terme : cette donnée qui, en physique, traduit la capacité d'une force à faire tourner un système autour de son pivot. Chacune de tes nouvelles est un moment. Et chacune recèle d'autres moments, fragiles états d'équilibre où la vie suspend son souffle. Où l'on sent que oui, c'est là, à cet instant précis, que tout se joue. Où l'on comprend qu'en ce « moment » résident toutes les clés du monde.

Alors merci, Nila, pour tous ces petits moments de vérité. »


Vous l'avez compris, je vous recommande cette lecture.