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mercredi 30 mars 2016

"Du cinéma dans l'édition", une histoire qui décoiffe !



À l'invitation de MonBestSeller, je vous dévoile comme promis mon expérience incroyable mais vraie avec les éditions Robert Laffont en 1995 à propos de "Zone franche". 
Coincés s'abstenir...


Ma tribune sur MBS


mercredi 23 mars 2016

GRATUIT JUSQU'À CE SOIR, MINUIT !


Mon "roman à l'eau de vie" Zone franche, une romance + suspense + aventures, est en téléchargement gratuit sur Amazon jusqu'à ce soir en suivant ce lien

Profitez-en ! Vous devriez prendre plaisir à le découvrir, car en dehors de sa cavalcade inattendue dans le Top, il semble beaucoup plaire aux lecteurs, sur facebook pour le moment (Ah, mon royaume pour un commentaire sur Amazon !) 

Alors partagez, si vous le voulez bien... 
Vous m'aiderez à me faire de nouveaux lecteurs, qui sont ma nourriture, mon carburant, mon oxygène !

Et puis Zone franche, c'est l'un de mes petits trublions, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il avait fait des vagues chez Robert Laffont. Une histoire croustillante que vous aurez bientôt l'occasion de lire...

Un grand merci à toutes et à tous, chers amis, pour votre précieux soutien ! 


mardi 22 mars 2016

DEUX POIDS, DEUX MESURES...




Pourquoi faut-il toujours que les porteurs de valeurs baissent pavillon devant la violence, lui offrant ainsi une sorte de légitimité de fait ? 


Pourquoi laisse-t-on des porteurs de mort utiliser contre nous les lois bienveillantes et protectrices de nos démocraties ?


Le terrorisme, c'est la négation des valeurs de tolérance et d'empathie pour lesquelles nous nous battons depuis des siècles. 


C'est la preuve par le sang que non, tous les êtres humains ne sont pas égaux : parmi eux, toutes nations confondues, il y a des esprits ouverts d'une part, et des barbares de l'autre. 


Et que faisons-nous ? Alors même que nous exterminons en masse des animaux qui ignorent ce qu'est la haine, nous tolérons celle de ces barbares, nous leur offrons des tribunes et leur tendons des micros pour qu'ils y vomissent leur exécration de tout ce que nous sommes, et leur désir de nous anéantir.





samedi 19 mars 2016

ET MARC LÉVY, EST-CE QU'IL ÉCRIT SES LIVRES TOUT SEUL COMME UN GRAND ?



Ce deuxième volet sur le "rewriting"  pratique éditoriale courante dans les pays anglo-saxons, nous l'avons vu la semaine dernière , concerne donc notre pré carré national.

"Pré carré" ne signifie pas, hélas, décor bucolique et folles gambades. Non, l'édition française n'est pas une AOC label vert, un paradis sans clôtures où les auteurs seraient laissés en liberté pour produire tout naturellement le précieux lait de méninges dont l'éditeur fera son fromage. (Mais bon, même les vaches de la filière bio n'ont pas ce privilège.)

Avant tout persillage persiflage, il nous faut distinguer plusieurs laiteries à haut rendement domaines littéraires :




- Ce que l’on appelle tout bas "la littérature alimentaire".

Logique de commencer par là, n’est-ce pas ? Surtout que pour la grande édition, ce lait-ci est de loin le plus nourrissant.
Vous l’avez compris, on y trouve en vrac : 
les pamphlets politiques des moindres candidats à notre confiance ; 
les mémoires des artistes de tout poil, dès qu'ils sont devenus chauves et aphones (voire bien avant, car de nos jours tout s’accélère et des trouducs surdoués de vingt ans écrivent leurs mémoires) ; 
les confidences sulfureuses des starlettes passées par l’entrecuisse de Jupiter ; 
et les mises à table, vainement réprimées par la Production, des faux candidats de "Bienvenue et la ferme" ou autres émissions où ils avaient juré de ne jamais vendre la mèche.

Inutile de vous dire qu'aucun de ces zauteurs de trouble n'a jamais écrit une ligne, se contentant de dégobiller l'essentiel dans un dictaphone  le plus souvent celui d'un journaliste, auquel est confiée la double tâche de recueillir la matière fécale (pardonnez-moi ! je crève de jalousie, vous vous en doutez) et de transformer en or le plomb de ces mensonges et turpitudes. 


- Ce que l’on appelle en toute simplicité "la littérature".


Avant de prononcer ce mot sacré, il serait adéquat de se mettre dans l’ambiance en s’asseyant sur sa baguette de pain typiquement française  l’expression "avoir un parapluie dans le..." convenant mieux à nos amis d’outre-Manche. Comme l’exercice serait fort douloureux, même avec une ficelle (le pain, pas la combine), je vous recommanderai plutôt l’air mi-supérieur, mi-décontracté qui sied pour parler culture dans le biotope germanopratin, comprenez le quartier Saint-Germain-des-Prés, haut lieu de l’édition et de l’intellectualisme parisien. Accessoires recommandés : un titre de professeur à l’Université (la Sorbonne, de préférence), et une tenue hippie chic de chez Desigual.

Tout ça pour dire que la littérature, c’est un nid de vipères fleuron national, une chose sérieuse dont on traite entre initiés perchés sur des cimes vertigineuses (avec ou sans l’aide des substances appropriées) ; entre érudits amoureux de la beauté, de préférence celle que l’on juge inaccessible au commun des mortels.

La preuve, ces élites, qui incluent bien sûr la majorité de nos gloires littéraires made in France, pratiquent en circuit fermé l’attribution bidonnée très sélective de prix littéraires de renommée internationale, que tout le monde s’oblige à acheter même s’ils finissent en général intacts, en bas à gauche dans la bibliothèque Ikéa de mamie Linette.

Bon, rewrités ou pas ? En règle générale, les auteurs appartenant à cette espèce protégée rendent leur copie sans qu’on leur tienne la main. Ne serait-ce que parce qu’ils sont cooptés d’avance, en tant que membres de droit du biotope susdit. Et puis, ils sont du genre diva ; de l’espèce qui fait un caca nerveux si on oublie de la présupposer géniale. Non mais !

- Ce que l’on appelle de très haut "la littérature de genre"

Pour en parler, l'élite susmentionnée se bouche le nez ; comme ce n'est pas très commode, elle en parle le moins possible.

Les genres en question ? Vous l’avez deviné : la romance, le polar, le thriller, la fantasy, le fantastique, la science-fiction... Tout ce qui nous fait vibrer, quoi ! Mais ça, cela s'adresse aux gens qui lisent pour le plaisir, et non pour avoir l'air cultivés ou branchés. Autant dire que ça n'intéresse aucunement la faune haut-de-gamme qui pète dans la soie  pardon, dans le lin  et fait dans la "littérature". 

Ces ouvrages-là étant destinés à un vaste public, ils font l’objet d’une réécriture forcenée selon le modèle anglo-saxon. L’éditeur, qui détient la science infuse, sinon tout le monde s’autoéditerait (je plaisante, mais en effet, il connaît bien son marché, ce qui est la moindre des choses), va imposer une taille façon bonzaï. Pas sûr que l'auteur en ressorte fier comme un paon. 


Première étape : intégrer le livre dans une collection. Ce qui revient en gros à stocker un objet carré dans un trou rond. Nous avons tous appris dès le biberon que c’est impossible, mais un éditeur a ses raisons que la raison ne connaît point. Et comme il est doté de quelque magie, il saura, pourvu que votre tapuscrit ait pleinement justifié son nom en lui tapant dans l’œil, le glisser furtivement sous une étiquette improbable, mais vendeuse.

Dans le cas contraire, pas de miracle ! Autrement dit, si votre Voyage en Utopie ne lui paraît pas d’assez haute volée pour Pensées Profondes, la Collection phare de la maison, ne vous attendez pas à ce qu’on vous le case en force dans les guides touristiques, juste pour le plaisir de vous publier quand même.

Vous l’avez compris : si vous voulez être édité, évitez comme la peste les genres inclassables ou le multigenres, trop prise de tête. Les éditeurs aiment que le public se dirige vers leurs collections comme la foule dans un grand magasin : avec une sérénité guillerette, c’est-à-dire sans embouteillages et sans trop réfléchir avant de passer à la caisse.

Étape suivante : doit tomber sous le couperet de la censure éditoriale tout ce qui pourrait effaroucher la Ligue de Promotion du Coït à l’Ancienne, les Défenseurs des Chasseurs Incompris (un poids-lourds électoral, les chasseurs, prenez garde !), les retraités de la Bourse, les Militants pour le Goûter Obligatoire ou la Fraternité des Amateurs de Gruyère Sans Trou.
Sans compter tout ce qui pourrait susciter par pure malchance une chronique assassine.

Et ne croyez surtout pas que cela va s’arrêter là.

L’objectif secret d'une maison d'édition est d’amener quiconque ouvrira votre livre à tourner les pages sans s’arrêter, même pour aller faire pipi. Représentez-vous l’espèce de cage qu’un jardinier spécialisé en art topiaire déposerait sur un arbuste pour définir la forme à obtenir. Tout ce qui dépasse sera impitoyablement cisaillé, en vertu du principe que rien ne doit arrêter le lecteur, surtout pas un moment de réflexion irréfléchi (hé oui, un bon éditeur ne répugne pas au paradoxe).

Car le lecteur est là pour lire, pas pour penser ; prenez-en bonne note, et gardez pour l'éternité dans votre musée personnel les ciselures de votre prose, vos prétentions philosophiques et autres longueurs qui freineraient le sprinteur malgré lui dans sa ruée vers le mot "fin". Ou qui indisposeraient ceux qui lisent exclusivement pour "se vider la tête", autre paradoxe que les éditeurs ont intégré sans broncher.

Après quoi, restera à appliquer une touche marketing à votre pack de yaourts œuvre immortelle, laquelle, comme cette dernière expression ne l’indique en rien, passera seulement quelques semaines dans les bacs avant d’être périmée renvoyée à l’éditeur, suivant le cycle bien rodé que l'irremplaçable Nila Kazar vous explique ici.



La touche en question est plutôt du pré-marketing : de même que, quand la mode est aux probiotiques, l’industriel va s’empresser de faire concocter dans ses labos un super-yaourt au triple bifidus, l’éditeur va s’efforcer de faire coller votre laitage à la tendance, pour le rendre super-actif sur les marchés porteurs.
Par exemple, il vous conseillera plus de sexe, moins de politique, ou encore une subtile allusion à l’actualité qui permettra à votre lecteur de "se sentir concerné" (encore un paradoxe acrobatique : impliquer le lecteur tout en lui évitant de penser).

Si vous ne vous en sentez pas pour démembrer votre enfant chéri, l'éditeur proposera de vous faire aider par un psy l’un de ses réécriveurs maison - contre une réduction de vos droits d’auteur, bien entendu ; on ne va tout de même pas trahir votre oeuvre vous faire cartonner malgré vous, sans contrepartie sonnante et trébuchante.


À moins, bien sûr, que vous n’ayez vous-même flairé le vent et offert à sa cupidité clairvoyance un produit supposé "bankable", comme les histoires de sorciers au plus fort de la Pottermania, de vampires et de loups-garous après la folie Twilight, de zombies après The Walking Dead ou de mom porn après 50 shades of Grey, quand la moitié des femmes entre 15 et 90 ans s'est mise à rêver de se faire fouetter le derrière par un beau ténébreux. 
Mais méfiez-vous, l’éditeur, qui est loin d’être un sot, n’ignore pas que le public parvient vite à saturation, et ne risquera ses précieuses pépettes sur votre tapuscrit que s’il sort vraiment de l’ordinaire.


Pour conclure à propos de la littérature de genre : dans ce domaine, l’édition française n’a rien à envier aux Anglo-saxons. Elle n’avoue pas un usinage de type industriel, mais n’en pratique pas moins un intense labeur de réécriture. En particulier pour les sagas : imaginez-vous un éditeur acceptant le risque commercial que lui ferait courir : le décès / la panne d’écriture / un simple caprice (rayez la mention inutile) de l’auteur ? Alors qu’il est si sécurisant pour lui d’imposer une rédaction collective, dans laquelle nul n'est irremplaçable et chacun peut finir la tâche... En pareil cas, votre idée vous sera tout bonnement achetée ; parfois (mais rarement si vous êtes un parfait inconnu) moyennant des droits d'auteur assez décents.

Tout ceci explique pourquoi la plupart des éditeurs de littérature de genre préfèrent publier des best-sellers étrangers. Hé oui ! La traduction a un coût, mais la réécriture aussi ; la différence, c’est que dans le premier cas, le succès est presque assuré, alors que le second implique une prise de risque. Or obliger un éditeur à prendre un risque, c’est aussi difficile que de faire tenir ses promesses à un politicien. Car, en bon producteur de fromages, il ne perd jamais de vue que la vache à lait, ce n'est pas lui ! 



Alors, me direz-vous, lecteurs pensants qui n’avez pas, vous non plus, perdu de vue mon titre racoleur : Marc Lévy écrit-il lui-même ses livres, oui ou non ?

Au risque de vous décevoir, mes ami(e)s, je vais répondre : je n’en sais rien. Si je me livrais au dépit que suscite un tel succès, pardon, aux délices de la médisance, – oh, décidément je fatigue ! à une réflexion approfondie, je dirais que la production d’un Lévy ou d’un Musso, relevant sans conteste de la littérature industrielle, pourrait très bien être écrite en usine. Mais on pourrait conclure avec la même impartialité que le style de ces auteurs plaide plutôt en faveur d’un acte d’écriture authentiquement perso, perpétré sur un coin de table au Café de Flore, entre un shopping branché et un avion pour New-York. Du 100% naturel, du brut de tonneau, sans ce lifting qui trahit l’intervention d’experts en réécriture.
Trêve de venin ! Peu importe, en réalité, car le titre de cet article n’était là qu'afin de capter votre œil volage.


Ma conclusion de ce jour, c’est que pour être retenu par un éditeur, il faut présenter un ouvrage qui :

Non seulement possède de l’intérêt en soi – ce qui, hélas, ne veut pas forcément dire "un intérêt littéraire" ; 
non seulement entre dans le cadre des collections de la maison Machin ; 
non seulement surfe sur la tendance ou sur l’actualité ; 
non seulement va droit au but sans trop de détours ni de fioritures, sans quoi les comités de lecture concluront d’emblée que le lecteur perdra patience,

mais doit laisser supposer à l’éditeur qu’il pourra se transformer en produit fini au prix d’un travail minimum de réécriture. Parce que, se dit Machin non sans quelque logique, pendant que le soir, en pantoufles, vous jouez à l’écrivain en n’ayant investi que du temps, des espoirs, de la concentration et le courant pour alimenter votre ordinateur, lui a une entreprise à faire tourner et prend des risques en misant sur votre pomme. Alors, comme l’acheteur de chez Carrefour ou autres grandes surfaces, il veut bien l’acheter, votre pomme, mais à un prix de revient aussi compressé que possible.


Tout compte fait, c'est le cas de le dire, les comités de lecture, puis les décisionnaires (il y en a plusieurs étages) veulent rien moins que la perle rare : l'ouvrage qu'il ne faudra presque pas retoucher, celui qui fait mouche au premier coup d’œil. S'ils commencent à se dire : "Super ! mais... oh, dommage" ; s'il y a du potentiel, mais qu'ils sont arrêtés par de menus détails à chaque paragraphe, ils jettent l'éponge. 

En revanche, on publiera toujours les yeux fermés des livres comme 50 nuances de Grey, qui aurait bien mérité quelques cinquantaines d’heures (supplémentaires...) de réécriture. Le succès étant déjà là, l’éditeur sait d’entrée qu'avec un lifting express et un peu de battage médiatique, ce sera bingo. Démarche injuste, criminelle même, mais c'est ainsi.

Et c’est tout l’intérêt de l’autopublication, si vous vous sentez capable de peaufiner votre livre au point qu’il soit éligible par un éditeur, puis de mettre tout en œuvre pour en faire vous-même un succès, afin de le rendre encore plus sexy aux yeux de la profession. Parce que bien sûr, il y a fort à parier que malgré tout, vous ne renoncerez pas à décrocher le fameux contrat d'édition universellement convoité...

Voilà, vous savez presque tout, ou du moins quelques petites choses.
À commencer par le fait que la règle d’or, le canon éditorial : "vite imprimé – vite vendu – vite lu – et au suivant !", ne vaut pas pour vous, auteur, dont le mantra doit être : "soigneusement conçu, posément écrit, très longuement corrigé, et soumis seulement après mûre réflexion !"


Je vous laisse à présent sangloter tout votre saoul, et l’on se retrouve le week-end prochain pour la conclusion de cette petite série d’articles.

Ce sera plus positif, rassurez-vous !



dimanche 13 mars 2016

J.K. ROWLING A-T-ELLE ÉCRIT HARRY POTTER ?


Il y a longtemps que je me disais qu'il allait falloir que je me décide à l'écrire, cet article-là. J'hésitais, sûre de provoquer une pluie de sortilèges Endoloris. 

Et pourtant, l'exemple me semble bien choisi, à l'heure où j'essaie de rendre service à mes amis auteurs (amis facebook parfois devenus de vrais amis), en leur expliquant qu'ils doivent inlassablement retravailler leur copie, parce que les maisons d'édition n'attendent pas, la langue pendante tel le loup de Tex Avery, l'inappréciable offrande de notre prose. Très loin de là. 

En prime, avec un tel sujet, je suis sûre d'attirer votre attention ! ;-) Et vu l'enjeu, cela en vaut la peine. Donc, allons-y pour un titre à scandale. On recommence (roulement de tambour) :

J. K. Rowling a-t-elle écrit Harry Potter ?

Sans doute, si l'on entend par là que c'est elle qui a eu l'idée de départ.
Que nenni, si l'on se plaît à penser que cette affaire s'est déroulée conformément au mythe bien français de l'écrivain génial qui rédige spontanément un chef-d’œuvre, seul dans son coin, puis l'envoie par la poste et subjugue un éditeur (lequel l'attendait la langue pendante, etc.)

Ce qui est important dans tout cela, c'est en quoi la genèse de Harry Potter peut être utile aux auteurs débutants. 
Alors commençons par tordre le cou au mythe, et nous pourrons passer gaiement (ou pas) à une première conclusion.

La genèse de Harry Potter, donc, est un secret de Polichinelle dans les milieux de l'édition, et l'agent littéraire qui me l'a révélé en 2011 a bien ri de ma naïveté. Moi qui le rencontrais à propos d'Élie et l'Apocalypse, j'ai eu droit à un cours sur la façon dont les génies tutélaires de l'édition fabriquent un best-seller. Avant de créer, au besoin de toutes pièces, une légende d'auteur qui fera vendre le produit.

(En l'occurrence, la mère de famille sans ressources qui va écrire dans un café pour être au chaud – image d'Épinal torpillée çà ou là par quelques francs-tireurs qui, sans la moindre pitié pour cette malheureuse devenue milliardaire malgré elle, ont expliqué que d'une part, JK Rowling était professeur de littérature, et d'autre part, au Royaume-Uni, même un exclu  a fortiori une mère de famille  bénéficie d'une aide à la fourniture d'énergie. En France aussi, j'en sais quelque chose, hélas.)



Eh oui, tout ça, cela fait un peu marchands de lessive, je vous l'accorde. Alors au fond, pourquoi remuer la bouse de dragon ? Harry Potter, en fin de compte, c'est du lourd, de la bonne fantasy qui a bercé les rêves d'enfants  et bien diverti les adultes, dont votre humble servante. 

Revenons à nos dragons  dindons (de la farce) moutons. J'étais terrassée par cette horrible révélation, mais j'ai cru sur parole l'agent littéraire. Parce qu'en lisant Harry Potter, j'avais buté sur une erreur qu'à mes yeux, un écrivain NE PEUT PAS commettre, à moins d'avoir vraiment trop forcé sur la bièraubeurre.
Surtout une personne aussi organisée que JK Rowling, qui a raconté comment, avant d'écrire la moindre ligne, elle avait rédigé avec une louable maniaquerie des fiches détaillées sur tous ses personnages (appliquant en cela à la lettre une procédure chère aux « pro »).

De quelle erreur s'agissait-il, me direz-vous, la langue pendante ? (méfiez-vous, c'est très contagieux, et vous n'aurez plus le profil pour devenir éditeurs ! ^^) 

Souvenez-vous : quand Harry rencontre Sally pour la première fois la famille Weasley à King's Cross, il entend Mrs Weasley demander à Ginny où il faut aller ; et c'est donc sa benjamine (pas encore scolarisée à Poudlard) qui la guide vers la voie 9 ¾... alors que Mrs Weasley a déjà conduit sur ce quai, à chaque rentrée scolaire, ses 4 aînés ! 
(Nous reviendrons un autre jour, si cela vous tente – ce dont je doute , sur l'échantillonnage ethnique et international de rigueur dans un best-seller. Là, de toute évidence, la nombreuse et très rousse famille Weasley a pour mission secrète la conquête du marché pardon, des cœurs irlandais).  

Où en étions-nous ? Ah oui : un écrivain organisé peut-il vraiment commettre une bourde pareille, dès le début de son histoire ? En tant qu'auteur, je suis obligée de répondre, fût-ce avec des larmes dans la voix : non. Je suppose que la plupart d'entre vous feront de même. Y compris ceux qui écrivent après avoir abusé de la bièreaubeurre.

Ces révélations m'ont permis de comprendre pourquoi JK Rowling  qui, d'après son hagiographie, est tout sauf une poule mouillée  refusait obstinément de rencontrer ses lecteurs autrement que via internet ; et ce, avant même d'être une star.
Pourquoi, me suis-je dit derechef, sinon pour pouvoir gérer ses réponses en équipe (toujours ce fameux travail d'équipe), afin d'être sûre de ne pas commettre d'impairs en s'exprimant sur un livre écrit à plusieurs mains ?... 
Car entre nous, l'excuse officielle « Elle n'a pas le temps, vous pensez bien ! », c'est un peu, comment dire... surréaliste ?... vu que tous les auteurs de ma connaissance tueraient la totalité de leurs personnages (je ne vise personne, hein, monsieur Martins ! ^^) pour être mis à oilpé par une foule de fans en délire. Euh, désolée, ça, c'est pour les rock stars... enfin, vous m'avez comprise.  

Mine de rien, chers amis, je nous achemine vers le but ; encore un peu de patience !

Redevenons sérieux. Que JK Rowling ait ou non conçu (je n'ai pas dit « écrit », notez bien !) cette histoire de A à Z telle que nous la connaissons, Harry Potter n'est pas vraiment l’œuvre qui illustrerait le mieux le mythe de l'écrivain-génie-solitaire-qui-a-tout-fait-tout-seul.



Non, notre cher HP reste le type même du « best-seller industriel ».
Ne serait-ce que parce qu'il s'agit de la très intelligente transposition d'un immense succès international des années 90-2000 : "Tomber la chemise"... mais qu'est-ce que je raconte ! "La Roue du Temps", du regretté Robert Jordan.

Malgré plus de 80 millions d'exemplaires vendus, cette saga avait un petit défaut  aux yeux de l'édition, qui à défaut de langue pendante, possède un appétit de loup : elle n'était pas encore assez grand public, offrant une contexte socio-politico-stratégique fort complexe (bien que LRDT fût estampillée jeunesse, la fantasy étant, surtout à l'époque, difficilement considérée comme de la littérature pour adultes).

Quelqu'un de très futé – soit JK Rowling elle-même, experte en littérature, soit l'agent qui s'est emparé de son synopsis, soit, en amont, un éditeur cherchant à doper ses ventes –, s'est avisé que transposer La Roue du Temps dans un ouvrage jeunesse promettait un juteux pactole. Ainsi fut fait, puisque nous sommes tous devenus, sur trois générations voir davantage, addicts au petit sorcier. 

Le thème de départ est le même : dans un monde où règne la magie, un jeune « Élu », qui au départ refuse son destin, est désigné par une prophétie comme étant le seul à pouvoir vaincre les Ténèbres. Sujet archi classique, que bien des auteurs, ma pomme incluse, se sont amusés à revisiter.

Au-delà du thème, il y a d'innombrables similitudes entre les événements, les personnages, les objets, actions magiques, ou autres éléments y compris de style, de part et d'autre.
Je ne vous ennuierai pas avec une liste complète (je peux toujours traiter ce sujet à part, si cela vous intéresse), ni avec les autres ouvrages dont on a pu écrire, arguments à l'appui, qu'ils avaient été "pompés" au profit de HP (l'Ile du Crâne d'Anthony Horowitz, ou l'ouvrage de Nancy Stouffer, laquelle avait d'ailleurs porté plainte pour plagiat ; voir par exemple ce lien). Sans compter toutes les autres sources d'inspiration possibles, voir par exemple ce lien-ci.

L'essentiel, c'est que tout cela démontre clairement que HP est bien une habile réexploitation des points forts de LRDT, entre autres ingrédients.
Ce qui, attention ! est en soi un exploit créatif digne d'éloges : en effet, aucune œuvre ne surgit du néant ; s'il était illicite de s'inspirer de celles qui ont précédé, nous serions tous jetés aux lions pour plagiat. (Ah bon, ça ne se fait plus ? Dommage, ce serait plus dissuasif que les DRM^^)

Vous ai-je convaincus ? Si oui, tant mieux, car ce petit tremblement de terre n'est pas un but en soi, hé non ! Même si ça nous changeait de la routine. 

La finalité est de vous décomplexer et de vous armer mieux, en vous démontrant qu'un succès littéraire est rarement le fruit du génie, presque jamais le fruit du hasard, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, pas systématiquement le fruit véreux de facteurs relationnels : célébrité, copinage et promotion canapé. 
(sur le dernier point, je vous recommande cet article de Nila Kazar, qui a l'art de démonter avec humour les plus obscurs rouages de l'édition).

Rien de tout cela, donc... Je suis profondément navrée de vous l'apprendre, chers amis auteurs, et vous me le ferez peut-être payer très cher, mais voici l'affreuse vérité : le succès littéraire est le fruit du travail !

Comme nous venons de le voir, dans les pays anglo-saxons un best-seller naît le plus souvent du labeur acharné d'esclaves sous-payés de collaborateurs parfois fort nombreux. Qui, comme en Chine, "fabriquent" de toutes pièces et de leurs petites mains agiles gros cerveaux véloces, sur la base de recettes éprouvées, un produit quasi industriel parfaitement calibré pour son public. (Lequel ne s'aperçoit jamais de rien, bien sûr ; il ressent simplement l'efficacité finale. Cf la Pottermania.) 



L'objet de cet article n'est certes pas de vous inciter à procéder de la sorte. Non, je ne commettrais jamais pareil forfait, même si vous m'offriez un coquet pourcentage sur vos futures ventes. Inutile d'insister ! 

D'ailleurs, vous ne voudriez à aucun prix imiter le modèle industriel susdit.
Car si aux USA, par exemple, chacun sait en toute transparence qu'un best-seller est toujours plus ou moins issu d'un travail d'équipe, en revanche, en France, le mythe du génie solitaire a la peau dure. Chacun veut scribouiller dans son coin, certainement pas intégrer une chaîne de montage. 

À ma connaissance, dans notre beau pays seul Paul-Loup Sulitzer a avoué sans complexes employer une équipe de documentalistes et autres « préparateurs » - d'une trentaine de personnes, si ma mémoire et bonne. L'intrépide Paul-Loup avait aussi un « nègre », excellent auteur tant qu'à faire, en la personne de Lou Durand (« Daddy »...). Les milieux littéraires français ont daubé à pleine gorge sur Sulitzer, n'empêche que son usine à best-sellers, elle, tournait à plein régime. Produisant  n'est-ce pas ce qui compte ?  de très agréables lectures.

Bon, vous (oui, vous, là-bas) n'avez peut-être pas envie d'écrire un best-seller. Du moins, pas à ce prix-là. Ce que vous voulez, c'est tout bonnement écrire ce qui vous plaît !... Enfin, c'est ce que nous prétendons tous quand les ventes ne sont pas au rendez-vous. On « écrit pour le plaisir » ; et si les lecteurs sont trop c...  oh pardon ! si notre prose ne fait pas l'unanimité, n'allez pas vous imaginer, public ingrat, que cela nous chagrine le moins du monde. Pas du tout. Écrire nuit et jour en oubliant nos enfants chez la voisine/le voisin, et parfois notre mari/épouse avec, n'était pour nous qu'un aimable divertissement, un passe-temps sans importance...

Trêve de plaisanterie. Bien sûr, que vous avez envie qu'on le lise, votre « bébé ». Dussiez-vous, pour en arriver là, faire la danse du ventre devant tous les comité de lecture de la planète, les pages de votre manuscrit scotchées autour de votre taille façon pagne, comme Joséphine Baker avec ses bananes. 

Parce que, oui, avouez-le : même si vous vous autoéditez à tour de bras, vous vous dites parfois, un peu honteux, que c'est faute de mieux. Comme un abstinent malgré lui s'exhibe sur le Net.
Vice qui a tôt fait de réduire les adeptes de « l'écriture en tant que plaisir solitaire » à la pratique (toujours à tour de bras^^) d'une forme d'onanisme... du moins quand il n'y a encore aucun voyeur lecteur à l'horizon. 
Et bien sûr, la nuit, dans les bras de votre époux ou épouse innocemment endormi(e), vous faites à répétition le rêve torride de... ouiiiii, oooh ouiiiiii ! Décrocher un contrat d'édition !!!

Vous voyez bien : vous ne pouvez rien me cacher de vos espoirs, même inavoués. 
Et c'est pour cela que je tiens à vous balancer un seau d'eau afin de vous réveiller une bonne fois fournir quelques pistes et éclairages utiles.

Ce qui constituera la matière de mes deux prochains articles !

jeudi 10 mars 2016

UNE HISTOIRE DE FANTÔME EXTRA-TERRESTRE


Mes amis me surnomment « l'extra-terrestre ». Entre autres parce qu'au cours de ma vie consacrée à une grosse vingtaine d'activités principales, j'ai toujours fonctionné à rebours de mes intérêts, et même de la logique élémentaire qui consiste à se préserver avant tout.


Ici encore, dans ce « monde du livre 2.0 »  bouleversé par l'impression à la demande, les plateformes de publication et les réseaux sociaux , où je suis entrée sur la pointe des pieds en tant qu'auteur édité et m'épanouis désormais en tant qu'autoédité, je ne fais rien comme il conviendrait.

J'apprécie énormément les échanges avec les lecteurs ; comme je l'ai écrit, ils sont notre nourriture, notre oxygène, notre carburant. Et j'apprécie aussi beaucoup les échanges avec d'autres auteurs.
La communication, c'est la vie. Au point que désormais, au lieu de me démener pour conquérir de nouveaux lecteurs, je passe une partie de mon temps à bavarder sur facebook.

Je ne suis pas la seule, me direz-vous, loin de là ! Oui, mais les auteurs normaux, raisonnables, font leur travail : la promo. Alors que moi, consacrer mon énergie à poster des annonces vantant mes romans dans des pages qui croulent déjà sous ce genre d'informations, cela me donne l'impression de ne plus être un créateur, mais un ouvrier à la chaîne. 
Quand on est malade, on apprend à savourer chaque journée comme si elle devait être la dernière, même lorsque ce stade-là n'est pas encore au programme. Je vais volontiers à la rencontre des lecteurs, mais je ne gaspillerai certainement pas de précieuses heures à tenter de m'imposer ici ou là.

En revanche, je m'intéresse de plus en plus à ceux et celles qui m'entourent sur facebook. L'humain m'a toujours passionnée – normal, me direz-vous, pour un extra-terrestre ;-) – alors je crédite mes « amis » facebook d'une présomption d'amitié véritable. J'ai envie de les découvrir. J'ai même envie de les aider.

D'où les projets que je passe mon temps à tricoter : depuis les groupes où je m'emploie à fédérer les fondus de lecture et d'écriture (nous y sommes plus de 3 000, mes ami(e)s !), jusqu'à une liste en libre accès qui signalerait au public les livres autoédités plébiscités par les blogueurs, en passant par des trophées pour récompenser blogueurs et « indés » (un bide, et heureusement pour moi, l'indemnité avec laquelle je comptais financer cette initiative n'étant pas encore tombée, loin s'en faut).


De projet en projet, je me suis retrouvée, non plus seulement à visiter des blogs littéraires, mais à délaisser mes propres travaux d'écriture pour lire mes frères et sœurs d'infortune (hé oui, la fortune nous sourit rarement) : les auteurs indépendants.
J'ai eu de vraies bonnes surprises. Et de vrais crève-cœurs.


Pourquoi des crève-cœurs ? Parce que sont tombés sous mes yeux des ouvrages qui auraient leur chance – pas auprès d'un éditeur, sujet dont nous reparlerons dans un autre article – mais auprès des lecteurs, en tant qu'ouvrages autoédités. Qui auraient leur chance, donc, à quelques détails près.

Actuellement, j'accompagne une poignée d'auteurs, jeunes ou non, débutants ou non, que je considère comme doués. Certains se sont déjà publiés (mais l'un des atouts de l'autoédition, c'est que l'on peut toujours améliorer sa copie), d'autres pas encore. Certains, même, espèrent toujours retenir l'attention d'un éditeur. 

Mon expérience de « nègre »  ce que les Anglo-saxons appellent ghostwriter : écrivain fantôme  , me permet de les aider (bénévolement, bien sûr, sinon cela serait une contrainte, chose que je fuis avec constance) à passer du stade « a du potentiel » au stade « rien à redire ».

« Rien à redire » n'implique pas « best-seller, hélas » : tant de facteurs sont en jeu !
Cela signifie simplement que sur le papier, si je puis dire, l'auteur a toutes ses chances, qu'il peut être content de lui, qu'il n'échouera pas bêtement pour l'un de ces détails qui tuent un livre plus définitivement qu'une critique assassine.
Cela signifie que si le lecteur adhère au thème de l'œuvre, il auront toutes les chances de vivre une belle histoire d'amour.


Tout cela pour dire que j'ai désormais envie de communiquer davantage à propos de quelques trucs, quelques tours de main. Envie de livrer non plus en confidence mais ouvertement, sans tabous ni réserve, quelques infos condensées sur le « comment doit-on faire ». Je n'entrerai pas dans le détail, pour ne pas marcher sur les plate-bandes des coachs et conseillers professionnels qui assurent un service complet, mais j'espère rendre service.

D'où la petite série de courts articles qui va s'ensuivre.


À bientôt, donc !...  

lundi 7 mars 2016

GARE À LA DÉMOCRASHIE...


Aujourd'hui, je vais une fois de plus me mettre des gens à dos. :-)

Je réagis à "Attentat démocratique"une vidéo visionnée sur le profil d'un auteur que je connais depuis peu, mais que j'apprécie beaucoup. 

Bien sûr, je partage l'opinion, exprimée dans cette vidéo, que notre représentation nationale et nos élites politiques font assez mal leur travail.

Voilà longtemps que je déplore leur sinistre habitude de se coopter en douce, empêchant tout nouveau venu non affilié au sérail de briguer de hautes fonctions, ce qui permet à ce cénacle défaillant de perdurer sans espoir de remède.

Je trouve que notre sacro-sainte démocratie est, davantage qu'une ploutocratie (pouvoir basé sur l'argent) plutôt une techno-bureaucratie, dirigée par une élitocratie de hauts fonctionnaires. D'où son manque de réalisme, sa distance avec le quotidien des administrés.


Mais les arguments présentés dans la vidéo Attentat démocratique manquent eux aussi de réalisme.

Ses auteurs citent en exemple la démocratie athénienne, « oubliant » qu'il s'agissait d'une communauté restreinte, donc facilement autogouvernable. 
Or, l'on ne gère pas un pays comme une ville.

Ils « oublient » surtout que les citoyens d'Athènes formaient une élite violemment xénophobe et sectaire, d'où étaient exclus les femmes, les esclaves et les « métèques » (ressortissants d'autres cités grecques).
Peut-on qualifier cela de modèle pertinent ?

Enfin, ils « oublient » aussi que le système athénien a cruellement prouvé ses limites.

Ruinée et affaiblie par la guerre contre Sparte, la cité avait retrouvé au IVe siècle avant J.-C. un élan « démocratique » avec l'ouverture de la fonction publique aux citoyens de condition modeste. Une mesure exemplaire, à première vue !

Hélas, Aristote et Aristophane, en particulier, n'ont pas tardé à émettre le constat que les « pauvres » étaient plus sensibles à la démagogie que les élites – ce qui n'a rien d'étonnant, puisque c'est l'éducation qui permet aux individus de devenir moins influençables.

De fait, ce glissement vers des sentences « populaires » a produit des décisions éminemment critiquables, comme la condamnation à mort de Socrate.

L'Histoire est ponctuée de massacres suscités par l'émotion populaire. Pour n'en citer que quelques-uns : la Saint-Barthélémy, la Terreur, les pogroms (et pas seulement sous Hitler ou Staline)...

En se distanciant de la démocratie directe, nos élites modernes ont cherché, entre autres motivations plus ou moins valables, à en atténuer les effets pervers.

Car là se situe le principal problème.

On imagine facilement que les auteurs de la vidéo « Attentat démocratique » se rêvent dans le rôle des fondateurs de la démocratie athénienne, des patriciens éclairés, désireux de contrer l'influence des bourgeois (eh oui, déjà!). 

Mais ensuite ? Une fois les « puissances de l'argent » et les technocrates jetés à bas de leur piédestal, comment sera gérée la nation (et ne parlons pas de l'Europe, de l'Occident, du monde) ?



Par référendum ? Soit. Mais peut-être faudrait-il se demander si tout le monde a une conception éclairée des « bonnes » décisions à prendre. Peu probable, n'est-ce pas ? Raison pour laquelle, sans doute, le suffrage universel produit si peu de bons résultats.

Si l'on mettait directement aux voix du peuple certains sujets, notamment ceux qui veillent à empêcher des majorités hostiles d'opprimer des minorités, que croyez-vous qu'il se produirait ?

Peut-on oublier que les chasses aux sorcières, aux Juifs, aux homosexuels, ont toutes été portées par l'enthousiasme populaire ?

Pour prendre un exemple basique et qui ne heurtera personne, croyez-vous qu'une majorité de citoyens voterait des lois protégeant les animaux ? 
On n'en a peut-être pas conscience dans les villes, dans des milieux résolument empathiques et progressistes, mais la plupart des individus se moquent éperdument de ce qu'il se passe dans les abattoirs, ne voteraient certainement pas contre la chasse, et trouvent tout à fait normal qu'un animal soit considéré comme un objet.


Alors, la solution pour une gouvernance plus juste et plus efficace reste sans doute à inventer.

Mais faisons en sorte de ne pas verser d'une démocratie imparfaite à la démocrashie, faute de pilotes dans l'avion.

En ces temps périlleux que nous vivons, avant de souffler sur les braises, songeons aux dégâts que pourrait produire un gigantesque incendie.