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l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 14 avril 2017

Chronique de "Triumvirat"



Voilà exactement, à mon sens, la plus grande vertu de l’autoédition : permettre à un ebook de ce genre de trouver ses lecteurs – et réciproquement, à des lecteurs de dénicher ce genre d’histoire. Jamais un ouvrage aussi peu conçu pour séduire les foules n’aurait passé la sélection d’un éditeur. En revanche, il ravira les amateurs de romans sortant de l’ordinaire.

Trimvirat m’a rappelé une saga dont je me suis régalée en 2016 : Il sera…, de l’astronome Boris Tzaprenko : un ouvrage plus grand public, très distrayant mais également virtuose, drôle, inventif : tout pour me plaire.

Ici, l’auteur n’a pas choisi la facilité. Un long début un peu aride est nécessaire à la compréhension du « Triumvirat », jeu pour le moins complexe, de son organisation mondiale (qui nous évoque tour à tour – quand ce n’est pas en même temps – les échecs, tous les jeux de stratégie connus, les grandes rencontres sportives internationales et les tournois de jeux en ligne… en beaucoup moins simple : belle créativité !), et enfin des enjeux en cours, que l’auteur nous laisse ensuite habilement perdre de vue.

J’avoue avoir pensé que Bouffanges, concepteur d’un jeu qui n’avait pas trouvé éditeur, s’en consolait en faisant de son invention le sujet d’un roman. N’est-ce pas exactement ce que j’ai fait en créant Au bonheur des dames, experts en délices à partir d’une idée que, je l’avoue, j’aurais aimé mettre en œuvre il y a dix ans ?… :-)

Les lecteurs qui auront passé l’étape d’initiation se laisseront séduire par une intrigue érudite, émaillée de clins d’œil. Certains jeux de mots, tel l’Apple « iScube », m’ont bien amusée (j'avais moi-même osé l'iTem dans ma saga Élie et l'Apocalypse). J’apprécie l’humour dans un livre quel que soit son genre, et ne dédaigne pas les « blagounettes », comme dit ma fille. D’autres références sont plus sophistiquées, d’autres encore ne parleront qu’à des initiés dont je ne suis pas.

La description à l’acide des noces sulfureuses entre les médias et un sport à la fois élitiste et populaire vaut son pesant de moutarde. De même, le rappel constant que « Tout le monde ment », comme disait le Dr House (et bien d’autres ; mais ce génie solitaire est plus approprié ici). Enfin, presque tout le monde ment ! Car, ô suprise, il y a aussi quelques Candide dans le décor.

Le raffinement des références latines est un plus, ainsi que les notes, passionnantes et généreusement documentées. Des illustrations nous aident à mieux comprendre le jeu, merci à l’auteur pour ce bonus, parce qu’insérer des images sur KDP est un vrai casse-tête.

Enfin, l’alternance de multiples modes narratifs (choix trop rare) ajoute un regain d’intérêt et permet de varier les plaisirs autant que les points de vue. Raffinement suprême, l’idéogramme d’une pièce du jeu orne – et symbolise… – chaque « chapitre » du livre « Autopsie d’une trahison » qui, de loin en loin, appporte sa petite pierre en racontant après coup le déroulement de cette affaire. Oui, l’auteur s’est bien amusé ! Very clever.

J’ai aimé le fait que le héros soit un maths addict, comme la petite Élisabeth d'Élie et l’Apocalypse. Exactement le genre de choix que l’édition tradi sanctionne habituellement : « un mathématicien, non mais ! qui cela peut-il bien intéresser ?… ». Alors forcément, le courage de l’auteur représente à mes yeux une vertu supplémentaire. Et je salue cette galerie d'individus brillants, atypiques voire déjantés, dont la psychologie délicieusement machiavélique fait accessoirement du roman un vrai traité de stratégie sociale, mais fera fuir à toutes jambes les lecteurs soucieux de s'identifier aux personnages.

En prime, même si Jacques Leroux n’est pas menacé de mort, très vite on le voit s’engager dans des décisions qui ne peuvent que mener à des catastrophes. Comme dans les romans d’aventure les plus addictifs, on a envie de lui crier « Mais arrête, bon sang, tu ne vois pas que ça va mal finir ? ».

Certains mystères sont décryptables assez vite, comme l’identité du mystérieux Quercus, du moins pour d'autres auteurs, qui savent comment on balade gentiment les lecteurs tout en s’offrant le luxe provocateur de leur servir des évidences sur un plateau. ;-)

L'intrigue générale est de très belle tenue. Bluffer les lecteurs de bout en bout, c’est l’un des arts que doit savoir pratiquer un auteur de romans à suspens. Mission accomplie avec brio sur ce point : l’auteur nous offre un final étincelant, succession de « surprises logiques » vraiment très satisfaisantes pour l’esprit. Bravo !

Enfin, la petite note douce-amère finale, que l’on sentait venir, n’en est pas moins une conclusion satisfaisante – de celles qui, en laissant planer des "si..., mais...", prolongent le goût d'un livre dans nos mémoires.

Toutes ces qualités cumulées font passer cul sec les nombreuses coquilles, fautes, etc. On en trouve d’ailleurs pléthore dans les romans autoédités, parfois même parmi les meilleurs, et cela ne gêne pas tout le monde.
(Je m’exprime souvent à ce sujet, parce que cela amène certains « experts » à railler l’autoédition sans discernement : ils ont grand tort, mais je reconnais qu’en général, les fautes me font souffrir autant qu’eux. « Élitisme » que je me fais pardonner, ou pas, en corrigeant beaucoup à titre bénévole. Sérieusement, les fautes dans un bon livre, c’est trop dommage !)

En fin de compte, ce Trimvirat m’a offert d’excellents moments, au point de me détourner toute une journée de l’écriture ; et même, beaucoup plus grave, des ebooks d’amis auteurs entassés – les ebooks, pas les auteurs ^^ – dans ma Pile à Lire depuis plus d’un an, et que je viens de trahir pour un parfait inconnu.

Tout ce que j’ai à dire pour ma défense, c’est que dans mon immense fatigue je peine à rester verrouillée sur une histoire, quels que soient son intérêt ou son niveau littéraire ; il me faut le piment d’un atypisme hors normes, ou d’un style rare comme celui de Bonbon, dont pourtant le thème m’a déplu. Hier, en panne d’inspiration, j’ai ouvert ma liseuse, feuilleté au hasard le début de Trimvirat… et m’y suis engluée jusqu’au bout.

Qu’en sera-t-il pour vous-même, mes ami(e)s ? Eh bien, si vous aimez le défi éditorial que constitue un univers complexe, décidé à cavaler en dehors des sentiers rebattus du roman à succès ; si votre esprit rebelle aime à se sentir entraîné dans une « private joke » qui laissera de marbre la majorité des lecteurs Amazon ; si la richesse et l’exactitude documentaire font vos délices au lieu de vous rebuter ; si vous attendez d’un livre qu’il vous ouvre tout grand le sac à malices d’un auteur futé et même retors… alors vous allez adorer Triumvirat.


P.S. : Enchantée, monsieur Bouffanges, d’apprendre que je ne suis pas seule à avoir trouvé soporifique le suricônisé 2001, Odyssée de l’espace.