Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/EBKoridwen et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

dimanche 11 juin 2017

Auteur indépendant : bonheur et frustration.




Transfuge de l'édition tradi, j'ai coutume de me proclamer très heureuse de mon sort d'auteur désormais libre.
Oui, mais je suis aussi profondément frustrée.
Alors je me pose la question – et puisqu'on me dit généreuse, je vous en fais profiter 😜:

Le vrai bonheur existe-t-il pour les auteurs indépendants, c'est-à-dire autoédités ?



Pour commencer, mettons les choses au point : l'édition tradi ne rend pas plus heureux. Demandez donc à Nila Kazar !
Petit rappel à l'intention de ceux qui n'ont pas lu nos billets sur le sujet :

Le processus de sélection, d'une longueur décourageante, ne repose pas sur des critères universels et parfaits. Les nécessités d'ordre commercial, la ligne éditoriale des collections, des motifs stratégiques, des règlements de compte ou au contraire des alliances ou des préférences, et bien sûr l'humeur des membres des comités de lecture (qui ne sont pas composés de dieux de l'Olympe, mais d'être humains avec leur lot de migraines, d'a priori et même de pulsions misanthropiques), interfèrent sur les choix d'édition, voire les motivent dès le départ.

Aucune décision ne vous appartient plus – pas seulement concernant la couverture, mais même quant au contenu. Vous vous retrouvez assujetti aux décisions de tiers qui, certes, ont de l'expérience, mais pas forcément raison.
Le fait qu'ils ont sélectionné votre « bébé » ne signifie pas qu'ils partagent à cent pour cent votre point de vue à son sujet. Ils ont leurs propres attentes, fantasmes et connaissance du marché. La plupart du temps, ils vous feront modifier votre ouvrage de façon plus ou moins importante ; souvent, ils le feront même réécrire par un tiers (comme votre humble servante).

Après quoi l'on vous dira qui rencontrer, à quelle séance de dédicaces vous rendre, à quel salon. Pas question de vous dérober ; vous êtes en représentation, et soyons clairs : c'est « la maison » que vous représentez, bien avant vous-même. Gare aux impairs.

Bref, vous aurez perdu votre « autodétermination ». Or, ce mot qui préoccupe si fort les peuples et les nations préoccupe aussi les auteurs, sans quoi l'autoédition n'aurait pas le vent en poupe – y compris chez les « élus » de l'édition.

Enfin, sauf exception, ne croyez pas que votre livre sera affiché dans le métro, ni que vous serez exposé en librairie le temps nécessaire pour vous y faire de fidèles lecteurs. Le turn-over est endiablé, et 3 semaines d'exposition (le plus souvent en bas de rayon) représentent un bon score. Au final, vous aurez le plus souvent vendu bien peu de livres. Moyenne nationale : 300 exemplaires. Vous pourrez peut-être vous targuer d'être un auteur édité, mais vous resterez un inconnu. Alors tout ça pour ça ?



J'ai déjà exprimé à maintes reprises ce qui précède, ce n'est pas nouveau et ce n'est même pas le fond du problème. Car, soyons objectifs, l'édition tradi ne rend (normalement) pas malheureux non plus.

Il y a de – rares – auteurs qui sortent vraiment de l'ombre grâce à elle. Et la publication de livres, c'est un peu comme le loto ; beaucoup d'auteurs s'y lancent en espérant être l'exception statistique, le numéro gagnant. Alors ce n'est pas moi qui voudrais vous empêcher de rêver : la chance vous sourira peut-être.

En outre, la tutelle d'un éditeur, père et mère à la fois – c'est très freudien, le rapport auteur-éditeur, je vous préviens – a d'autres avantages, et heureusement : elle vous décharge des décisions stratégiques, des tâches techniques et administratives ; une équipe vous soutient, vous conseille (qui n'a besoin de progresser ? En écriture, on évolue à tout âge), vous raisonne, vous présente à des contacts utiles ; c'est la meilleure option quand on est sujet aux états d'âme, ou quand on redoute l'isolement. 
Hypersensibles par nature et souvent assez imperméables aux contigences pratiques, les auteurs peuvent s'en trouver extrêmement bien. À condition de choisir un « bon » éditeur et d'être choisi par lui, ce qui nous ramènerait à d'autres débats.



Revenons au sujet du jour : heureux ou frustré, l'auteur indé ?

L'autoédition entraîne rarement des tirages record (cela arrive néanmoins, et parions que 100 % de ces best-sellers n'auraient été retenus par aucune maison d'édition).

En ce qui me concerne, le problème ne se situe pas réellement au niveau des ventes, même si, comme l'immense majorité des indés, j'écoule fort peu d'exemplaires. J'en suis bien marrie, parce que je vis désormais sur le montant indécent de l'allocation adulte handicapé, mais c'est ainsi ; et comme beaucoup d'auteurs, je me sens incapable de pratiquer l'intensif labeur/labour permanent auprès des groupes facebook, blogueurs, médias, libraires et salons, nécessaire pour que germe et prospère la réputation d'un indé. Mon état de santé n'est pas seul en cause : j'aurais l'impression de harceler tout ce monde, et le fatalisme l'emporte.

L'autoédition me permet d'être libre et d'écrire ce que je veux, et ça, cela n'a pas de prix. Sur ce plan-là, je suis donc follement heureuse. J'espère qu'il en est de même pour la plupart d'entre vous.

Si les autres veulent bien me permettre un conseil : oubliez le nombre de livres vendus. La vie est courte et l'on ne sait jamais ce que le lendemain vous réserve. Le succès viendra, ou pas ; s'il vient, ce sera en partie grâce à quelque chose qui se ressent très bien dans un livre : la joie d'écrire ; s'il ne vient pas, au moins aurez-vous savouré cette joie en toute liberté.
Sans compter que le grand pied de l'auteur indé, tous vous le diront, c'est le contact direct et sans contraintes avec ses lecteurs. Ils commentent, un échange s'instaure, des liens se créent Le nirvana !

Sur ce plan, le nombre de ventes joue tout de même un certain rôle. Un auteur invisible n'a pas de lecteurs : autant (oui, j'emploie volontairement cette graphie prônée par d'illustres experts, même si d'autres, et l'Académie, ont tranché en faveur d'« au temps ») autant, disais-je, pour le délice des avis positifs et la joie des échanges.
Il y a cependant des auteurs indés qui vendent à tout va, et certains ont l'honneur d'avoir un fan-club. C'est là, chers ami(e)s, qu'intervient ma frustration. Non parce que je n'ai pas de fan-club ; j'ai des amis facebook, auteurs, blogueurs et autres livrolâtres : c'est pareil.

Ah mais, le problème réside dans le « c'est pareil ».

Car le grand avantage d'avoir un éditeur (un bon, encore une fois), c'est que vous trouvez, en lui-même et en son équipe, d'inestimables interlocuteurs. Ils vous comprennent, vous apprécient sans flagornerie, analysent votre œuvre, en parlent avec compétence, la font évaluer par des critiques professionnels qui, même s'ils ne sont plus ce qu'ils étaient (comme je le déplore dans d'autres billets), savent encore disséquer un texte et en distinguer les moindres rouages.

Pour l'ego fragile de l'auteur, tout ce travail sur ses écrits peut être un encens bienvenu, mais aussi bien, une belle gifle. Le plus souvent, il s'agit d'une douche écossaise : chaud-froid-chaud, etc. 
Et c'est là tout l'intérêt. Être compris, mais aussi recadré. Discerner, à travers une foule d'avis éclairés, la façon dont vos idées sont perçues, et déterminer si la forme choisie fonctionne ou non. C'est ainsi que l'on apprend ou perfectionne son métier d'auteur – son art d'écrire, si l'on ne veut pas parler de métier.


En tant qu'indé, l'on ne bénéficie pas, ou guère, de cet entourage fécond.

Un blogueur littéraire est rarement un expert en littérature ; certains auteurs leur reprochent de donner cependant leur avis, et c'est absurde autant qu'injuste. 
Les avis des blogueurs sont des avis de lecteurs, il faut bien en être conscient. Ils ne sont pas obligés de faire ce qu'ils font, seule la passion de la lecture les motive. Leurs chroniques disent s'ils ont aimé ou non, et livrent des ressentis ; ils sont dans leur rôle, celui du témoignage et non de l'analyse. 
Même si certains sont brillants et sagaces, les blog'litt ne sont donc pas des critiques littéraires, et cela ne les empêche pas de nous être infiniment précieux. Un auteur autoédité n'a guère d'autre moyen d'être évalué et de se faire connaître.

Il y a aussi, bien entendu, les commentaires de ses pairs. Mais là, le problème est le même : le plus souvent, eux aussi sont des amateurs. Et ils ont bien autre chose à faire, s'ils veulent sortir de l'ombre, que de se livrer à une analyse en règle des écrits d'autrui.
Il y a des exceptions. Un auteur indé de talent, Didier Betmalle, s'est fait connaître à travers de fins commentaires sur les livres de ses petits camarades : bravo et merci à lui. D'autres auteurs se fendent d'avis qui vont au-delà du simple espoir d'échange de politesses, et argumentent leur commentaire avec brio. Il n'empêche que par rapport aux lecteurs-chroniqueurs, ils ont d'autres chats à fouetter, et qu'il peut être délicat de recevoir des commentaires si, pour une raison ou une autre, l'on ne peut pas lire et commenter en retour.
De mon côté, je chronique peu, en m'efforçant de le faire plus ou moins à la manière d'un critique littéraire. C'est d'ailleurs en partie pour cela que mes chroniques sont rares : cet exercice est chronophage, énergivore et exige un engagement qui va très au-delà du commentaire poli : on émet un jugement, on l'argumente, il faut peser chaque mot et même ainsi, cela peut déplaire.

Quant aux lecteurs en tant que tels, ils sont prisonniers de notre époque : tout va très vite, le temps manque, le stress règne, les contraintes sont légion, compensées par un déferlement de distractions faciles et addictives ; alors on avale une histoire quand on le peut, dans le meilleur des cas on parcourt en diagonale le profil de l'auteur, on zappe nécessairement la plupart de ses déclarations, et ensuite on like, ou quand on est vraiment sympa, on lâche un avis plus ou moins bref. 
Résultat : seulement 1 ou 2 % des lectures se soldent par un commentaire. Pour compléter ce tableau, n'oublions pas que plus de 85 % du lectorat est féminin – et les femmes, il faut bien le dire, sont dans l'ensemble encore plus multitâches et surbookées que les hommes. 
Aussi, lorsque des lecteurs pressés, harassés, trop sollicités, prennent le temps d'exprimer leur enthousiasme ou leurs réserves, nous leur devons reconnaissance. Parce que eux ne nous doivent rien, en dehors d'un moment de lecture – et sur ce plan, ils n'ont que l'embarras du choix.

C'est plus comme avant, ma bonne dame...

Ben oui. Sauf exception, tout cela n'a rien de comparable avec les échanges d'antan, quand les lecteurs avaient le temps de se sentir personnellement concernés par un livre et pas seulement par une histoire ; le temps et le désir de le relire, de se l'approprier, d'en discerner les moindres rouages, de se sentir en communion (ou pas) avec l'auteur. Beaucoup d'entre nous avons fait partie de ces lecteurs qui rêvaient d'entamer une correspondance presque intime avec leur(s) écrivain(s) préféré(s), et parfois réussissaient à le faire. 
Il fut une époque, déjà lointaine, où de telles correspondances duraient une vie entière. Les gens avaient le loisir et le réflexe d'écrire, d'exprimer des idées, de les confronter à celles d'autrui. Ce faisant, on matérialisait par le canal épistolaire la fraternité de pensées qui constitue, me semble-t-il, l'espérance de l'individu et le sel de l'existence.

En tant qu'auteurs, que constate-t-on? La quasi totalité de nos effets de style, nos audaces, nos finesses d'intrigues, nos références culturelles, nos clins d'œil, nos idées même, nos paraboles et les messages que nous souhaitons faire passer, nos convictions sous-jacentes, nos motivations profondes, demeurent aujourd'hui complètement inaperçus. Si de temps en temps un commentaire fait trépider notre cœur en soulevant un point qui sort de l'ordinaire, la plupart des fruits de notre travail assidu ne seront jamais cueillis par quiconque.

C'est vexatoire, pour commencer. Mais dans ce registre-là, il est carrément affreux de constater (et cela, aussi bien dans l'édition tradi) que des auteurs qui n'ont rien à dire, qui se contentent de raconter sans talent des histoires simplistes, en jouant avec cynisme sur des rouages à la Pavlov, ont des milliers, voire des millions de fans. Il n'y a pas lieu d'être jaloux, mais il y a lieu d'être malheureux. Est-ce vraiment cela, le résultat de tant d'efforts de l'humanité toute entière pour démocratiser la culture, cet incomparable ferment émancipateur ?

Le pire, pour l'auteur, est ailleurs que dans l'amertume de ce premier constat. On « se décarcasse », comme dirait Ducros ; et tout cela pour ne presque jamais jouir d'une étincelle de reconnaissance (au sens de : « je t'ai reconnu »). Étincelle qui constitue notre raison de vivre, en tout cas la mienne.

Un livre, c'est une bouteille à la mer, le fragile vaisseau sur lequel nous entassons nos sentiments les plus intimes, nos visions du monde, nos espoirs d'être entendus et compris, de créer un pont entre nous et des inconnus qui, peut-être, entreront en résonance avec notre âme, oui, j'ose le mot.
Et c'est là que je suis frustrée. Infiniment.

Mais bon, que les choses soient claires : je ne retournerais à l'édition tradi pour rien au monde, quels que soient ses atouts et même, parfois, ses vertus. 

Dernière minute : je viens de créer un groupe facebook qui tentera de remédier un tant soit peu à la solitude des auteurs (et des blogueurs, et des lecteurs) sur le plan des échanges, en proposant des débats à thème : Le salon littéraire. Vous y serez les bienvenu(e)s.