Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/EBKoridwen et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


Invitations au voyage

lundi 17 juillet 2017

50 000 nuances de tout




On me demande souvent des liens vers des articles utiles aux auteurs ou aux blogueurs. En voici un assez ancien mais très complet, concernant les points de suspension, qui fera sûrement le bonheur de certains d'entre vous :


Il y a tout de même quelques affirmations contestables dans l’article lui-même et dans les commentaires.
Qu’il ne faille pas abuser des points de suspension, bien sûr, mais dire qu’ils trahissent une faiblesse de style est une insulte à bien des grands auteurs, comme le relève un commentateur.
« Espace », mot masculin ET féminin, est indéniablement féminin lorsqu’il désigne le caractère d’imprimerie en plomb qui sert à marquer l’espace entre deux mots, et le code informatique correspondant. Lorsqu’il désigne l’espace entre deux mots dans un texte, son emploi au féminin est aussi entré dans l'usage ; mais cet usage, fondé sur des justifications pour le moins floues, reste contestable. De plus, on dit « une interligne » pour désigner la languette utilisée en imprimerie pour séparer les lignes, mais « un interligne » pour désigner l’espace entre deux lignes dans un texte. Il serait judicieux d’appliquer la même logique au mot « espace ».
Enfin, un commentateur évoque la faute, inadmissible selon lui, qui consisterait à écrire « autant pour... » au lieu de « au temps pour ». Qu’il sache que même si l’Académie a tranché en ce sens, d’illustres linguistes et grammairiens ont toujours contesté ce choix : ils le qualifient de pédant et contestent son bien-fondé, car l’expression « au temps » n’est pas du tout attestée dans la tradition militaire (dont elle est censée provenir), tandis que « autant pour » peut tout à fait se justifier, à la fois de par son sens intrinsèque, par comparaison avec d’autres langues et parce qu’on en trouve trace dans la littérature bien avant l’apparition de « au temps ».
Voir entre autres, à ce sujet, l'argumentation de Maurice Grévisse et Claude Duneton, excusez du peu…

Tout cela pour vous dire que le purisme, c’est très honorable ; seulement, tout n’est pas noir ou blanc ! Il n'y a pas que dans les romans de E. L. James qu'au contraire, la vie se décline en nuances de gris – et de toutes les autres couleurs. 
Informer les gens, corriger les erreurs d'autrui quand on a la chance d'être en mesure de le faire, c'est rendre service. 
En revanche, juger tout un chacun d'après des présupposés définitifs trahit un désir de paraître « meilleur » que ses semblables ou de leur imposer son point de vue. C'est, me semble-t-il, la plaie universelle, la cause de tous les maux ou presque, des guerres de religion aux conflits de voisinage. 
Je suis toujours horrifiée de voir des personnes persuadées de leur bon droit camper sur des positions tranchées, dans quelque domaine que ce soit. Rares sont les vérités uniques et irréfutables. Dommage, sans doute, car ce serait bien plus facile et satisfaisant pour l'esprit.
On voit chaque jour des gens tenir de grands discours sur des situations qu'ils n'ont étudiées que de loin, à travers des articles eux-mêmes sous-tendus par maints préjugés, ou d'après les démonstrations de théoriciens dont, comme pour tout spécialiste, le fonds de commerce consiste à asséner des certitudes.
La plupart de ces personnes n'ont pas l'air d'imaginer le moins du monde que leurs opinions les plus chères sont loin de faire l'unanimité ; que presque toute théorie a ses contre-théories ; que rien n'est gravé dans le marbre ; que des experts se sont affrontés de tous temps sur tous les sujets possibles et imaginables en réussissant rarement à clore le débat – et le bec de leurs contradicteurs ; enfin, que la plupart du temps, l'expérience de terrain envoie tout le reste à la poubelle, après « beaucoup de bruit pour rien », nous dirait Shakespeare.
Il est vrai que le public est tenté de se laisser convaincre par les marchands d'idées toutes faites. Considérer les choses sous l'angle qui nous convient le mieux est une pulsion très compréhensible, et il faut bien de l'énergie pour résister à ce travers et prendre du recul. En outre, les positions radicales satisfont un besoin très humain de simplification et/ou d'emportement  auquel il est facile de se laisser entraîner.
La meilleure attitude dans tous les cas, me semble-t-il, c'est de s'informer autant que possible et le plus objectivement possible, de faire jouer à la fois son esprit critique et son ouverture d'esprit, enfin de se garder de conclure par principe ou par élan idéologique, ces deux inlassables fauteurs de guerre.

Quel rapport entre mon petit coup de gueule d'ordre général et l'écriture ? vous demandez-vous sans doute. Eh bien, cela se situe à deux niveaux.
Dans la conception de vos écrits, ami(e)s auteurs débutants, attachez-vous à rendre une palette nuancée. Rien n'est plus désolant que les clichés, les situations convenues, les genres figés, le ronron de la facilité. Surprenez vos lecteurs… et vous-mêmes.
En écriture proprement dite, veillez à la correction de l'orthographe, de la syntaxe, respectez toutes les règles incontestables, sous peine de choquer à juste titre vos futurs lecteurs. 
Mais lorsqu'une alternative est permise, laissez parler votre instinct et votre originalité. Inventez des mots, optez pour des formules qui ne font pas l'unanimité, si vous pensez que cela servira mieux votre texte.
Bien entendu, l'on ne peut pas faire n'importe quoi ; ceux qui prétendent le contraire cherchent à vous flatter, ou prêchent pour leur paroisse parce qu'eux-mêmes accumulent les fautes et aimeraient voir toute critique tomber aux oubliettes. 
La véritable liberté de l'écrivain, ce n'est pas la transgression par principe, vaine provocation qui fait du tort à l'auteur. C'est le choix éclairé de son propre mode d'expression, lorsque celui-ci pimente et renouvelle l'écrit sans le dénaturer. 
Qu'est-ce que cela signifie ? Vous trouverez les réponses dans la lecture des grands écrivains qui ont su enrichir la littérature sans la malmener. Ces créatifs, ces explorateurs, ont osé s'affranchir des diktats superflus pour nous laisser des œuvres aux saveurs inoubliables. 
Je ne donnerai pas de noms, car là encore, l'appréciation relève de chacun d'entre vous. Cependant, l'on peut considérer sans risque que les auteurs « originaux » qui ont marqué leur temps possèdent une légitimité et peuvent être pris pour exemple (au contraire des auteurs institutionnels ou « à la mode », lesquels ont souvent mérité de ne pas laisser de traces). 
En conclusion, permettez-moi de paraphraser Dumas, à l'imitation d'un auteur dont j'ai oublié le nom, en vous recommandant ceci : « On peut violer la langue, à condition de lui faire de beaux enfants ».