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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


mardi 29 août 2017

L'essentiel




Il y a eu de l'orage cette nuit. Un parfum de terre mouillée et de verdure imprégnait ma chambre. À présent, c'est le chaleureux arôme de pains au chocolat échappé des fours de la boulangerie voisine. Chaque matin, je savoure à pleines narines cette gourmandise. Elle s'accorde avec les instants d'éternelle, fugace magie où la fraîcheur pénètre à flots, où la pénombre s'évapore, où je vois renaître les potées fleuries de ma terrasse, la silhouette des buis taillés et l'étroite « promenade », au sommet de la palissade, où mes chats se sont accroupis pour contempler le jardin en contrebas.

Très vite, le soleil levant atteint le versant de basse montagne qu'encadre ma porte-fenêtre. Sa chaleur blondit comme une poêlée de choux-fleurs les pommeaux serrés des arbres, luxuriant mélange d'essences aux teintes appétissantes : toutes les nuances de vert, depuis les sapins presque noirs jusqu'aux bouleaux presque jaunes ; le pourpre profond d'un prunus ; çà et là, de riches floraisons en grappes poudrées de pollen ; des cimes qui rissolent déjà pour annoncer l'automne. Peu à peu, un voile de brume s'élève du sous-bois gorgé d'humus. Par-dessous, les arbres sont toujours resplendissants de lumière, et cette splendeur que voile un glaçage immatériel en paraît à la fois plus délicate, plus triomphale.

Un à un, les chats reviennent, la fourrure toute humectée de fraîcheur, m'offrir en ronronnant leur premier câlin du jour. À pattes de velours ils cueillent ma main pour la lécher, apposent sur mes joues le cachet de leur petit nez tendre, plongent dans mes yeux un regard ruisselant d'amour. Comme tous les humains pétris de certitudes, ceux qui croient les chats « égoïstes » et indifférents se fourvoient cruellement, mais les détromper serait impossible. Certains combats sont inutiles : mieux vaut jouir de ce qui est. Les prétextes à menus bonheurs ne manquent pas, voilà l'essentiel.

J'ai ouvert toutes les fenêtres pour chasser la moiteur nocturne et rapporté dans mon lit, face au paysage, le plateau de mon petit déjeuner : du thé à la menthe, du pain frais grillé, des fruits. Cette frugalité me convient, et le spectacle de la nature me nourrit si bien ! À présent, la forêt est dorée à point ; sous le soleil, ses sucs s'exaltent, prennent des tons de miel et d'ambre. L'angle des rayons avive les couleurs, souligne les ombres, isole l'eau-forte d'une branche nue. Une nuée de pigeons tourbillonne en roucoulant, à la grande passion de mes petits fauves. Sur le platane, le merle familier chante une mélodie qui se boit avec délices, comme une gorgée de thé bien chaud, la vue des bois ensoleillés ou l'odeur des chocolatines. Même mes douleurs, mes maux sont intégrés au tableau. Si pénibles soient-ils, ce sont des preuves de vie, accueillies sans rancune.

Ma journée peut commencer.