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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


samedi 19 août 2017

Qu'importe le tonneau…



Suis-je en train de devenir une vieille conne aigrie ? J'ai envisagé cette hypothèse avec le plus grand sang-froid, je vous assure. 

On ne cesse d'entendre proclamer sur l'indésphère que tout le monde a le droit d'écrire comme un pied et n'en est pas moins respectable pour autant – ce à quoi je souscris des deux mains : chacun rédige comme il le peut, comme il le veut, et le talent n'a rien à voir avec les qualités humaines. Moyennant quoi, si je suis bel et bien une vieille conne aigrie, je revendique avec sérénité cet état qui, lui non plus, n'enlèverait rien à mon inaltérable statut d'être humain, et m'autoriserait à me défouler en m'adonnant aux délices de la critique venimeuse.

Mais réflexion faite, l'aigreur n'est pas dans mes cordes. Ma capacité d'émerveillement est intacte. La critique venimeuse m'excite à peu près autant que la corrida (pouah, c'est dire ! ). J'aime trop les gens et comprends trop bien leurs travers et leurs faiblesses ; « Nul n'est parfait » est ma devise, au point que mes enfants ne cessent de me taxer d'indulgence pathologique.

En plus, pourquoi serais-je aigrie ? J'ai mené une vie exaltante, avec des hauts et des bas que j'ai dégustés d'un même appétit ; je savoure à présent l'heure de l'apaisement, de l'équilibre, des petites choses que l'on goûte sans regrets ni attentes au-dessus de ses moyens, en étant délicieusement conscient de l'instant présent. Comme dit mon ineffable compagnon, je n'ai rien à vendre et rien à acheter, ou si peu que je n'y prête aucune attention.

Si j'écris et publie, c'est pour le plaisir et par une sorte de défi personnel. Danaïde volontaire, je m'applique à remplir jour après jour le tonneau percé de ma production littéraire en sachant très bien que, vivrais-je cent ans, je ne finirai jamais de m'y déverser. En vain. 

En vain, parce qu'un auteur est toujours en quête du Graal, le livre, la phrase qui réussiraient à tout dire, à saisir l'essence même de l'existence ; sans ignorer pour autant qu'il s'agit là d'un but inaccessible.

En vain, parce que la « rencontre avec le lecteur » est un fantasme, je me l'avoue aujourd'hui : quelques échanges nourrissants, le plaisir éphémère d'une fraternité de pensée, voilà tout ce que l'on peut espérer – et c'est déjà exorbitant.


Hélas, j'ai encore des indignations d'adolescente. Loin d'être aigrie, décidément ! je suis toujours aussi idéaliste, et mon ardeur ne s'émousse guère. Oui, c'est ballot. 

Depuis que je fréquente l'indésphère, je n'ai cessé de me heurter aux ayatollahs de l'égalitarisme, ceux et celles qui proclament que tout se vaut, que l'on n'a pas le droit de juger, « au nom de quels critères oserait-on affirmer que tel livre est meilleur qu'un autre ? »…

J'ai répondu avec mille arguments respectueux, et je ne vais pas recommencer ici. Leurs certitudes sont inoxydables, et peut-être blindées par la crainte de se voir eux/elles-mêmes juger à l'aune de la qualité littéraire.

Mais la réalité, ne leur déplaise, c'est que la capacité d'évaluer la qualité d'une œuvre s'est fortement amoindrie depuis quelques décennies. Je ne suis pas d'accord quand j'entends décréter que la culture s'est seulement démocratisée ; qu'« avant », une élite imbue d'elle-même s'érigeait en censeur sachant, tandis que le reste du peuple n'avait aucun accès au saint des saints culturel.

D'abord, il ne faut pas confondre « inculture » et « culture populaire ». Cette dernière a toujours existé, et n'avait pas à rougir. 

Les élèves de mes grands-parents instituteurs, des petits paysans qui venaient à l'école en sabots, lisaient les classiques avec bonheur, possédaient un riche vocabulaire, savaient apprécier une jolie phrase ou les subtilités des chansons à texte ; d'une façon générale, ils faisaient preuve d'un bon sens et d'une lucidité dont je ne suis pas sûre qu'ils soient encore à l'œuvre de nos jours – remplacés qu'ils sont par le cynisme, l'apathie ou une pensée préformatée. 
Et faut-il souligner l'immense succès d'auteurs comme Hugo ou Dumas (pour ne citer qu'eux) dont les écrits, pour être populaires, n'étaient pas pour autant simplistes ?

Non, à moins de remonter au Moyen-Âge, l'on ne peut pas parler de culture inaccessible au plus grand nombre à propos du temps jadis, bien au contraire. 


En revanche, lorsque je vois comment Bragelonne a fait retraduire La Roue du Temps, je ne peux que constater à quel point les choses se gâtent. 

La première traduction avait ses ratés, d'accord. Mais dans les années 90, son style résolument « littéraire » n'avait pas empêché la saga de séduire des dizaines de millions de lecteurs. Tant qu'à recommencer aujourd'hui, ç'aurait dû être pour mieux faire. Eh bien, pas du tout.

Entre autres maladresses, lourdeurs ou fautes caractérisées qui m'ont heurtée (cf mon double article à ce sujet, dont le premier volet est à présent sur monbestseller), voir traduire « shaft » (brancard) par « bras d'attelage » m'a laissée pantoise. 

« Brancard », ce n'est tout de même pas comme… tiens, « pantoise », expression qu'un jeune lecteur a de grandes chances d'ignorer. Difficile de croire que le traducteur ne connaît pas l'expression « ruer dans les brancards » !

Malgré tout, Bragelonne et Jean-Claude Mallé ont choisi une « traduction pour les Nuls » : bras d'attelage. Et là, je fulmine, parce qu'à force de tirer ainsi la langue vers le bas, on finira effectivement par se retrouver avec une majorité de lecteurs qui auront oublié la signification du mot « brancard », du moins s'agissant de ceux d'une voiture à cheval.


Il y a quelques années, une blogueuse qui se présentait comme étudiante en lettres modernes avait stupéfié mon éditeur (et moi, donc !) en déclarant qu'Élie et l'Apocalypse était rédigé en mauvais français. Elle pointait en tant que fautes caractérisées des phrases fractionnées par des points-virgule, des expressions comme « un gisant de marbre » (formule qu'elle croyait inventée) ou « des verbes de parole qui n'en sont pas », comme dans une phrase du genre « "Oh, non !", rougit-elle ».
Ah, ma pauv'dame ! Parfois, mieux vaut s'abstenir de répondre.

Une telle incompétence en matière littéraire pourrait faire ricaner ; moi, elle m'aurait plutôt donné envie de pleurer. Que faisait-on donc lire à cette étudiante pour qu'elle n'identifiât point des tournures ultra-classiques ?

Depuis cette mésaventure, trois ou quatre chroniques concluant que j'écris des choses trop complexes eussent dû m'ouvrir les yeux. Je pensais néanmoins, en toute naïveté, être tombée en 2012 sur un spécimen de lectrice particulièrement déficient.
Eh bien non ! Cette jeune fille était, au contraire, l'expression de la norme actuelle, ou presque ; comme disait La Fontaine, « nous l'allons montrer tout à l'heure » (« encore une tournure fautive », tonnerait sûrement notre étudiante).


J'ai pu juger de l'étendue des dégâts dans la nouvelle génération de lecteurs, en découvrant les invectives des fans du Trône de fer à l'encontre du premier traducteur, Jean Sola.

Homme d'expérience doté d'une vraie plume, Sola avait pourvu les trois premiers tomes d'un style de très bonne tenue, et d'une atmosphère médiévale tout à fait appropriée. Mais « l'abus de mots compliqués » a rebuté une partie des lecteurs, et à force de protestations, ils ont réussi à faire remplacer le traducteur – d'où une suite, disons, médiocre. 

Certains lecteurs regrettent ouvertement Sola, les autres sont ravis : leur conception de la lecture semble être de suivre l'histoire ventre à terre, sans se laisser arrêter par de « longues » descriptions, des phrases « complexes », des figures de style, des idées non superficielles ou des mots inconnus.

Ce faisant, les innocents anti-Sola ne réalisent pas qu'ils réjouissent les éditeurs mercantiles. Car le but, pour ces industriels qui font leur job sans états d'âme, c'est de transformer les lecteurs en consommateurs de masse : un livre doit être vite lu, vite oublié et remplacé par le suivant dès que possible. 

En proclamant que peu importe le style pourvu qu'on ait l'histoire, ou que tout ce qui compte, c'est la sacro-sainte « fluidité », les lecteurs d'aujourd'hui (et les auteurs qui en vivent) contribuent à remplir les escarcelles de l'édition – tout en vidant les cerveaux d'une grande partie de leur vocabulaire et de leur capacité à appréhender la beauté d'un texte, sans parler de son sens.

Attention, je ne plaide pas pour les textes compliqués, pédants, « élitistes » ; je m'affole de constater que nombre de futurs enseignants ou prétendus experts en langue française, non seulement sont rebutés par la moindre tournure d'un niveau supérieur à celui de l'école primaire, mais la prennent pour une faute…



L'on voit ainsi, entre autres doléances, des lecteurs et lectrices du Trône de fer version Sola s'indigner d'y rencontrer « des phrases non verbales » (donc fautives à leurs yeux). Ciel ! Mais d'où sortent ces extra-terrestres ? Heu… je me rends compte qu'en fait, aujourd'hui, l'extra-terrestre c'est moi – et vous, ami(e)s qui partagez mon inquiétude et ma désillusion. Pauvres de nous !

Quant aux exemples que les commentateurs susdits proposent pour démontrer que Jean Sola ne maîtrise pas le français… ma foi, on croit rêver !

Une intervenante qui se présente, elle aussi, comme « étudiante en littérature », expose doctement que Sola « se casse la gueule » sur des tournures comme « un froid limpide ». 
À croire qu'elle n'a jamais rencontré la moindre figure de style dans ses lectures. Elle précise d'ailleurs avec une candeur (presque) désarmante : « Ceux-là, et d'autres encore, sont des mots ou des associations de mots que je n'ai jamais vus dans AUCUN des livres que j'ai lus. »

Je me suis laissé dire que les étudiants en lettres modernes travaillent beaucoup sur des articles de presse ; tout s'explique. N'empêche que cette absence totale de sens poétique, cette référence fanatique à de prétendues règles que la littérature ignore parce qu'elles n'existent pas, ou détourne pour notre plus grand bonheur, fait froid dans le dos – et un froid tout sauf limpide. 

Autre tournure considérée comme incorrecte par les détracteurs de Jean Sola, et là, l'on croit rêver : « des pieds silencieux »
Cela rappelle de façon troublante que « la mienne », d'étudiante, m'avait aussi reproché en 2012 l'expression « des semelles attentives » – celles d'un homme qui cheminait avec prudence sur un sentier de montagne. Un objet ne saurait être attentif, enfin !… pérorait la donzelle.

Encore un autre exemple made in Sola brandi par l'étudiante citée plus haut : « L'inénarrable carosse ». Mais qu'est-ce donc que cette horreur-là ? se scandalise Torquemada. De toute évidence, voilà une expression qui ne veut rien dire !… 
J'imagine qu'à elle seule, l'inversion adjectif-sujet a dû lui sembler fautive, sans compter qu'elle n'avait manifestement jamais rencontré le mot « inénarrable »

Enfin, une jeune traductrice qui se plaint que le texte de Sola « fait fouilli » (sic), n'hésite pas à conclure du haut de sa compétence « Je condamne fermement la traduction et l'absence d'éthique pro de Sola. Un honte pour notre métier. »


Ah, misère ! On souffre pour ces malheureuses pécores, lancées dans l'existence et dans leur future carrière avec une culture de fond de passoire, aggravée par la certitude arrogante que quiconque n'est pas compris d'elles écrit forcément en mauvais français…

Et l'on ne peut s'empêcher de remarquer au passage que les lecteurs qui ne regardent pas comme un enrichissement le fait d'aller chercher un mot dans le dictionnaire, n'appartiennent pas à la frange dite « populaire » des lecteurs, mais plutôt à une engeance pseudo-intellectuelle que, dans ma révolte, je n'hésiterai pas à qualifier vulgairement – pardonnez-moi – de « mal baisés » de la lecture

J'aimerais pouvoir définir autrement les pauvres peine-à-lire incapables de jouir d'un texte, et qui, les yeux au plafond, se contentent d'y décompter avec rancœur des torts imaginaires, pour ensuite les faire payer chèrement à l'auteur qui les a laissés de glace.

De telles réactions se multiplient, on le constate en parcourant les commentaires Amazon. Pourquoi, sinon en partie parce qu'une majorité de lecteurs n'a plus la pratique des écrits soutenus, et s'en trouve plus ou moins consciemment frustrée ?

Et l'impuissance littéraire tourne à la haine ; comment l'ignorer lorsque sur un blog, on voit une lectrice exprimer ce vœu aussi cruel que puéril : « J'espère bien que ce traducteur [Jean Sola, toujours] ne trouvera plus jamais de boulot. ». On s'attendrait presque à voir surgir des piques : les vieux littéraires à la lanterne ! 

Jean Sola est décédé en 2012, un an après avoir été évincé. Il n'avait que 65 ans : on peut difficilement se dire que son heure était venue. Comment ne pas imaginer que la révoltante polémique autour de sa traduction a dû pour le moins assombrir la fin de son existence ?… 


Traumatisée par ces aperçus du désastre actuel, je m'empresse aujourd'hui de bannir, dans mes articles, des expressions comme « Il est des styles luxuriants », remplacées par un banal « Il y a » – au cas où la première formule, trop classique, serait incomprise.

Par ailleurs, je ne m'étonne plus de voir des blogueuses que j'estime, encenser des histoires où, persuadée d'être conduite vers une pépite, je trébuche dès les premières lignes sur des perles telles que « pourvoyant des poignées aux portes » (au lieu de « pourvoyant les portes de poignées », « plaçant des poignées aux portes »…), ou des contresens comme « les limites que le Conseil leur avait interdites » (au lieu de « fixées », « posées »…). J'en passe, et de bien pires. 

Je consacre une partie de mon temps à alerter les auteurs en prenant des gants. Il est très compréhensible que l'on fasse des fautes, surtout quand on débute ; toutefois, il est inquiétant que si peu de monde s'en émeuve.

C'est affligeant mais c'est ainsi, le sens de la langue semble disparaître. « Qu'importe le tonneau, pourvu qu'on ait l'ivresse de la lecture ! » pourraient s'écrier les lecteurs en puisant joyeusement leur dose de piquette. Effectivement, quand on ne peut plus ou ne veut plus faire de différence entre le gros bleu qui tache,  « brut de tonneau » c'est le cas de le dire, et un grand cru soigneusement élevé en fût de chêne, un observateur peut en conclure que tout fout le camp.

À qui la faute ? 

Sûrement au galimatias journalistico-publicitaire qui, télé et radio aidant, farcit du matin au soir la tête des citoyens d'une ration d'inepsies, en leur apprenant à désapprendre avec un brio inégalable. 

Sans doute à un système scolaire qui, soucieux de laisser personne en route, et dans l'incapacité budgétaire d'offrir aux élèves en difficulté des classes de rattrapage efficaces, a résolu le problème en nivelant par le bas. 

Pourtant, le niveau dans les écoles de la brousse africaine ou d'ailleurs, la connaissance des classiques par leurs élèves de primaire et de premier cycle, leur soif d'apprendre, devraient inspirer à nos rédacteurs de programmes scolaires l'idée que ce n'est pas la facilité qui sauve, mais au contraire, le goût de surmonter les difficultés.

Hélas, l'enthousiasme pour la culture constaté chez ces enseignants africains (ou autres), leur certitude que la connaissance est le ferment d'un monde meilleur, ne sont pas donnés à tout le monde… On ne transmet que la foi que l'on a. 


Rien ne sert de se lamenter, il faut faire avec notre environnement, ici et maintenant. N'empêche que je ne me lasserai jamais de sonner l'alarme, même sans espoir. Manière de me défouler, à défaut de changer le monde.

Vous m'avez vue répéter à tous les échos qu'à mon humble avis, pour un auteur, toujours faire de son mieux est un droit et un devoir. Le droit de tenter d'atteindre à l'excellence m'apparaît comme un ressort de l'existence. Quant au devoir, il s'exerce vis-à-vis de soi-même et de ses lecteurs.

Évidemment, quand on constate que bon nombre de ces lecteurs considèrent un style littéraire comme un défaut majeur, que cela les rebute, voire les détourne de la lecture, on conclut qu'il ne reste guère d'alternatives : rejoindre la joyeuse sarabande de ceux qui vendent du vent à un lectorat qui en redemande, ou écrire pour soi et pour une étroite frange d'amoureux de la littérature.

Bon, je simplifie ; bien sûr, il y a un juste milieu, mais qui risque de rétrécir comme peau de chagrin à mesure que la contre-exigence des lecteurs poussera à toujours plus de simplification.

Peut-être une partition bénéfique en deux lectorats distincts s'opérera-t-elle, en fin de compte ? Je voudrais le penser (non sans regrets, car là, c'est tout de même une bonne partie de mes credos humanistes qu'on assassine), mais tant qu'aucun outil ne permettra aux lecteurs exigeants de trouver ce qu'ils souhaitent dans l'immense fourre-tout de l'autoédition, rien de bon ne pourra sortir de ce pêle-mêle géant, de cette confusion des genres, de cet arasage forcené.


Pour finir, soyons bien clairs. 

Je n'éprouve aucune forme de mépris envers les auteurs qui ne maîtrisent pas la langue. Certains sont dyslexiques, d'autres n'ont pas eu la chance d'acquérir le sens du français à travers quantité de bonnes lectures. 

Je suis heureuse que tout le monde puisse s'exprimer en toute liberté grâce à l'autoédition. 

Cependant :

Je regrette que rien ne permette de distinguer les ouvrages aboutis de ceux qui ne le sont pas (et pour certains, n'ont aucun désir de l'être). J'ai fait mon possible en ce sens, mais l'opposition des ayatollahs « anti-élitisme » pulvériserait les initiatives les plus opiniâtres. Le débat est clos ; advienne que pourra.

Je me désole que la littérature de qualité ne soit plus cet exemple qui aidait les aspirants auteurs à améliorer leurs textes ; au point que, bientôt, plus personne ou presque ne fera la différence entre une histoire intéressante (dans le meilleur des cas) et un chef-d'œuvre. Plus probablement, le chef-d'œuvre sera dénoncé comme illisible.

Je déplore qu'une idéologie démagogue et irresponsable prétende tout mettre dans le même sac, peut-être par auto-complaisance. Il y a là une lourde responsabilité. L'Histoire jugera… sans doute en nous balayant, nous et notre culture que nous ne savons plus aimer.

Et je suis consternée de constater que dans l'immédiat, ce parti-pris égalitariste fait le jeu des marchands de soupe et de certaines élites, lesquelles se satisfont criminellement de voir les citoyens sombrer dans un consumérisme tout sauf éclairé, grand pourvoyeur de moutons. 

En fin de compte, ne nous étonnons pas si, dans cette société qui court au naufrage en klaxonnant, certains empoignent plus volontiers le détonateur que le stylo-plume.