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mercredi 27 septembre 2017

En littérature comme en amour…



En littérature comme en amour, le plus grand des plaisirs, c'est d'en donner à autrui. OK, cette affirmation n'engage que moi ; mais il me semble que nous sommes très nombreux à voir les choses de cette manière. Attention, cela n'empêche pas de prendre aussi du plaisir à recevoir en retour.

Certes, il y a des personnes vénales qui couchent par intérêt, pour l'argent ou pour un statut. Si, si, ça arrive ! 😁

Il y a aussi des égotiques habitués à trop recevoir, et qui croient avoir tout donné quand ils n'ont « fait que leur devoir, et bien petitement », comme disait une grande dame à laquelle je songe souvent.


N'allez surtout pas croire qu'en ce qui concerne les auteurs, j'ai la moindre inimitié envers l'une ou l'autre de ces catégories. Si j'ai choisi pour les décrire des raccourcis un peu provocateurs, c'est seulement parce que ça les rend plus facile à mémoriser.

Écrire pour vendre, c'est un choix professionnel tout à fait respectable. Va-t-on reprocher à un ébéniste ou à un artiste peintre de ne pas pratiquer l'art pour l'art ?… Il faut bien vivre !

Quant à l'ego, il est souvent puissant chez les auteurs en tant que corollaire d'une personnalité sortant de l'ordinaire ; il serait donc absurde de le leur reprocher.

Le seul problème, c'est lorsque ces deux tendances, parfois, conduisent à des comportements négligents :

• En voulant publier à la chaîne dans un but purement mercantile, certains auteurs « vénaux » n'ont pas le temps de peaufiner et se disent que peu importe, ça se vendra quand même. Un peu comme un député assez connu qui, dans l'avion l'emmenant rendre visite ses électeurs, confiait aux journalistes « je vais voir mes veaux », il y a des pisse-bouquin qui prennent les lecteurs pour… des bœufs. 

• Certains auteurs « égotiques », qui pondent des premiers jets auto-perçus comme des traits de génie, considèrent que remanier leur chef-d'œuvre attenterait à sa pureté originelle, à son élan spontané. 
En amour, ceux-là seraient de l'espèce qui ne se lave pas avant de passer à l'acte, parce que c'est tellement plus excitant quand ça sent le fauve… Comparaison répugnante, je vous l'accorde (en me hâtant de préciser que je n'ai jamais eu affaire à ce genre de spécimen 😱).

Heureusement, les individus à vocation vénale ou égotique ne représentent la norme ni en amour, ni en littérature. Chez les auteurs autoédités, de tels profils-là n'en sont pas moins très visibles, par contraste avec l'immense vivier des autres, les passionnés qui se donnent à fond sans vilaine arrière-pensée.


Si, en examinant à la manière d'un entomologiste ou d'un expert en faune sauvage celle qui peuple le grand marécage de l'autoédition, l'on voulait classer ces autres autoédités selon leurs motivations, voici ce que l'on pourrait obtenir, entre autres (suite à de nombreuses réactions, je précise que je ne prétend spas lister ici toutes les catégories d'auteurs, mais seulement illustrer le propos de ce billet) :


● Des auteurs « pour soi » : 

Ceux qui, au départ, écrivent pour eux-mêmes, comme on rédige un journal intime. Des onanistes littéraires, en quelque sorte : ceux-là pratiquent l'écriture pour l'hygiène, oserai-je dire.

Leur écriture peut être cathartique – représenter un processus de guérison. Il s'agit alors souvent d'un accouchement dans la douleur, et certains éditeurs se sont fait une spécialité de jouer les obstétriciens pour écrivains tourmentés.

Plus généralement, l'écriture pour soi vise ni plus ni moins qu'une satisfaction personnelle. Oui, un peu comme Brigitte Bardot quand elle n'avait « besoin de personne »… La Harley Davidson de ces auteurs-là, c'est la déesse de l'inspiration (Koridwen chez les Celtes, au hasard. Holà, holà ! n'en profitez pas pour sauter à des conclusions licencieuses) qu'ils chevauchent avec fougue et hardiesse à travers les vastes plaines de leur imaginaire. Si ces quelques mots vous inspirent le désir irrésitible d'enfiler votre cuir et de faire rugir la machine, vous appartenez sans doute à cette catégorie.

Donc, les auteurs qui écrivent pour eux se donnent du plaisir tout seuls du simple fait d'écrire ; une fois le manuscrit parvenu à conclusion, ils peuvent très bien l'oublier au fond d'un tiroir et passer à autre chose.


● Des auteurs qui écrivent pour communiquer

Ceux-là ont besoin de partager, de procurer du bonheur à un public réceptif. Chaque mot est une caresse adressée au lecteur ; chaque phrase, une musique qui espère le faire vibrer. En guise d'accroche marketing, « Viens là, que je te fasse du bien » est leur invitation à la valse, leur cri d'amour dans le désert.

Bon, pas vraiment dans le désert, car ce n'est pas pour autant un plaisir à sens unique. Car bien sûr, qui donne reçoit. Pas forcément en abondance (1 à 2 % de commentaires sur Amazon en moyenne, c'est bien peu), ni toujours avec justice (on pense aux commentaires méchants laissés par des lecteurs si agressifs que, parfois, l'on se demande si ce ne sont pas… des auteurs ! 😉). Mais ce qui compte, je pense que vous serez d'accord avec moi, c'est la précieuse minorité qui vous soutient avec chaleur.


Entre ces deux pôles un peu caricaturaux, il existe naturellement une infinité de nuances, ou d'évolutions possibles. Je ne citerai ici que celles qui entrent dans le cadre de mon propos :


● L'auteur « pour soi » peut se métamorphoser en auteur autoédité.

Après avoir écrit sans intention de communiquer, il se décide à publier – soit à l'intention d'un cercle restreint, soit parce qu'il se dit qu'après tout, son manuscrit intéressera peut-être des inconnus.

Lorsque cet auteur ne sait pas comment mettre son ouvrage sous une forme adéquate, le résultat peut piquer les yeux, et c'est bien dommage : l'une des vertus de l'autoédition, je ne le répèterai jamais assez, c'est que tout le monde peut s'exprimer publiquement sans passer par le filtre d'un éditeur qui décide ce qui est, ou non, digne d'être publié ou apte à s'insérer dans ses collections. S'autoéditer, cela évite d'être blackboulé à cause de la tendance de l'édition à pratiquer un formatage commercial, ou une sélection endogamique, en clair : priorité au copinage.

Cependant, bien souvent, une mise au propre (corrections et mise en forme) ne serait pas du luxe, sans parler de conseils techniques ou d'un coaching si cet autoédité « non prémédité » se pique au jeu et décide de rééditer l'expérience.

Par « ce ne serait pas du luxe », je veux dire qu'on aimerait voir se réduire le nombre de publications terriblement inabouties, pour l'excellente raison qu'elles font du tort à leurs auteurs et à l'image globale de l'autoédition.

La mise au propre reste toutefois du luxe en termes d'accessibilité : ces services sont rarement gratuits, quoique l'entraide existe – c'est une autre grande vertu de l'autoédition. Et quand bien même ils le seraient, les auteurs débutants ne se rendent pas toujours compte que leurs textes pourraient, ou devraient, être améliorés. Raisons pour lesquelles je m'évertue à publier des articles pour attirer leur attention sur ce problème, ou à créer des structures, notamment des groupes facebook d'entraide, pour leur faciliter la tâche.


● Le cas le plus fréquent, c'est l'auteur « mixte » : il écrit comme pour lui-même, mais sans jamais perdre de vue qu'il sera lu par des tiers. 

Démarche quelque peu schizophrène, je vous l'accorde. Mais qui prétend que les auteurs sont des gens comme tout le monde ? Si tant de grands poètes et de grands romanciers ont éclos parmi les fous (ou individus définis comme tels par une société normative et dénuée d'imagination), ce n'est peut-être pas un pur hasard.

L'auteur mixte est parfois un auteur qui, tout en puisant sans lésiner dans son vécu et ses sentiments, prend en compte les attentes et les besoins des lecteurs, par penchant naturel ou parce qu'il sait cette précaution indispensable.

À l'inverse, même si un auteur part d'une démarche commerciale (tel genre ou thème pour cibler tel public…), son livre n'en sera pas moins, la plupart du temps, le fruit d'une immersion dans son vécu, ses émotions, son subconscient.

Tout roman à succès naît de cette intimité, de cette plongée intime, normalement étrangère aux rédacteurs d'ouvrages pratiques ou de manuels scolaires ; mais à condition, bien sûr, qu'il soit aussi bien écrit et bien présenté.


En combinant investissement personnel et souci des lecteurs, un auteur « mixte » est porté à donner le meilleur de lui-même.

Loin de compter sur une histoire originale ou à la mode, il demeure attentif à fournir un travail de qualité sur le plan du style et de l'orthographe, à soigner ses intrigues et ses personnages, à se montrer clair et explicite, à anticiper les contresens ou les malentendus en se rappelant que le lecteur ne peut pas toujours percevoir nos habiles sous-entendus et deviner nos subtiles intentions. 😋

Lorsque l'auteur s'enlise au cours de sa mission, c'est parce qu'il débute en écriture ; ou simplement parce que, sauf rarissime exception, tout auteur a besoin de recourir à un bon éditeur ou un bon correcteur pour parachever son ouvrage ; ou pour d'autres raisons encore – qui, toutes, rappellent à nos âmes exigeantes que la perfection n'est pas de ce monde.

L'auteur débutant ou trop isolé qui publie malgré lui un livre inabouti en sera si navré qu'il serait bien cruel de l'accabler ! Et l'on peut parier que les erreurs qu'il aura commises ne le seront pas deux fois. À force de travail, la grenouille pourra devenir, non un bœuf, mais un prince de l'écriture, comme j'en ai vu éclore quelques-uns sur l'indésphère.


C'est ce genre d'auteurs que j'aide à tour de bras et en faveur desquels je n'ai cessé de mener ou soutenir divers projets et actions, depuis l'association L'Écurie Littéraire en 2012 jusqu'à des réécritures ou corrections gratuites, en passant par mes groupes facebook d'aide ou de promotion, sans compter le projet de fédération et de site-vitrine initié avec Alexy Soulberry.

Ah ! N'oublions pas mes articles, pomme de discorde avec certains auteurs indépendants.

Car parmi ces articles, il n'y a pas que des billets pédagogiques d'aide aux auteurs. Il y a aussi, et cela m'a valu quelques réactions hostiles, des harangues assez énergiques pour alerter la communauté sur le nombre d'ouvrages bâclés qui polluent – je pèse mes mots – l'autoédition.

Permettez-moi d'insister pour enfin clore ce pénible malentendu : les auteurs que je vise dans ces critiques, ce sont avant tout des bâcleurs impénitents à vocation « vénale » ou « égotique ».

Parce que les bâcleurs de ces deux catégories assument intrépidement leur négligence ; et ça donne très envie de distribuer des baffes labels, ne serait-ce que pour empêcher les auteurs plus perfectionnistes de se retrouver dans le même sac.


Mes articles polémiques s'adressent aussi, mais seulement pour les inciter à réviser leur mode opérationnel, aux bâcleurs « non prémédités » qui, au départ, pensaient n'écrire que pour eux et ont fini par publier à l'état brut ou presque, faute d'expérience ou de ressources.


En résumé, quand je déplore un manque de qualité littéraire dans l'énorme production autoéditée, je ne cherche évidemment pas à complexer les auteurs qui font de leur mieux, ceux qui sont déjà malheureux d'avoir trébuché çà et là ; nous trébuchons tous, et aucun ouvrage n'est impeccable, jamais.

Je m'adresse à ceux que je vois s'exprimer sur le Net avec arrogance ou inconscience ; ceux avec lesquels j'ai déjà argumenté ou vu argumenter, toujours en vain ; ceux qui soutiennent mordicus que l'esprit même de l'autoédition, c'est le droit de publier ce que bon leur semble, même sous une forme presque illisible ; ceux qui se prennent pour Mel Gibson dans Braveheart et déclament « LIIIBEERTÉÉÉ ! » en versant leur sang leur daube indigeste sur le public hébété.

Autrement dit, je critique, ou veux faire réfléchir, tous ceux qui zappent complètement la satisfaction des lecteurs.


Les bâcleurs « vénaux » ou « égotiques » sont impossibles à raisonner. Hélas, les raisonnements tordus qu'ils répandent pour se justifier (relayés par des auteurs tout à fait sérieux qui les soutiennent par principe, c'est navrant…) contaminent parfois les auteurs débutants ; lesquels se voient ainsi encouragés à faire l'économie du labeur préalable à la publication – appelé non sans raison « travail éditorial » – que les auteurs plus aguerris regardent comme indispensable.

En matière d'arguments pourris pour justifier la publication bâclée, on lit vraiment n'importe quelle salade. Voici un petit florilège :


« Prôner la qualité, c'est être un affreux élitiste. »

Oups, les auteurs de cet argument-ci diraient plutôt « parler de », parce qu'en employant le verbe « prôner », ils se sentiraient devenus, eux aussi, d'affreux élitistes.

C'est bien connu, aux yeux d'une certaine caste démagogue à outrance, toute allusion à la qualité littéraire, tout éloge du style ou de l'orthographe, sont des crachats subversifs sur la statue du Bon Peuple ; lequel, nous a expliqué Jean-Jacques Rousseau, pour être bon doit être « sauvage », c'est-à-dire ignorant.

Comme exemple de littérature anti-élitiste, je vous conseille de lire (enfin, essayez toujours…) Christine Angot, chef d'escadrille d'une cercle de pseudo-intellectuels spécialisés en écrivomissures que, très délibérément, ils dégobillent à hauteur de caniveau. Le joyeux marigot germanopratin en compte quelques autres du même tonneau, quoique moins emblématiques.

Ne nous attardons plus sur la fable de « l'élitisme » : cet argument révolte les humanistes de mon espèce, convaincus qu'au contraire, une culture de qualité est source d'émancipation.


« De toute façon, la qualité, c'est subjectif. »

Ben voyons ! Cet argument particulièrement vicieux (et très employé) prétend nous faire confondre « valeur » et « qualité ».

Oh, certes, il serait très subjectif de classer des ouvrages du « meilleur » au « moins bon », car le résultat dépendrait des préférences et de la formation de chaque lecteur : l'un place Voyage au bout de la Nuit au firmament de la littérature, un autre ne jure que par À la recherche du temps perdu, qu'un troisième aura rejeté dès la première page ; et ainsi de suite. En l'occurrence, il est question de valeur, que chacun jauge selon ses propres critères.

En revanche, c'est avec un large consensus que les lecteurs (du moins, les lecteurs un peu avertis – cf paragraphe suivant) cloueront au pilori un livre bourré de fautes grossières, d'invraisemblances, de contresens, de platitudes, de clichés, d'erreurs psychologiques… et mal présenté par-dessus le marché. Or, c'est de cela qu'il est question quand on parle de qualité.


« De toute façon, on trouve aussi des fautes dans les livres publiés par éditeur. »

Pour commencer, il ne faut pas confondre l'édition sérieuse (grandes maisons ou petits éditeurs passionnés) avec la foultitude de pseudo-éditeurs soit cupides, soit bien intentionnés mais plus ou moins incompétents, qui captent vos droits et/ou vos sous en échange d'un service éditorial indigent, voire inexistant : pas de corrections (ou mauvaises), pas de mise en page de qualité pro, pas d'aide à la publication, pas de diffusion/distribution, pas de promotion.

Même les livres publiés par la grande édition peuvent receler des coquilles, bien entendu. C'est même de plus en plus fréquent à mesure que, dans ce secteur en crise, fondent les budgets consacrés à la correction. N'empêche : les lecteurs sont sûrs de trouver, dans ce que publie l'édition sérieuse, des ouvrages offrant un minimum de qualité sur ce plan-là.

Quant à l'intérêt du contenu, c'est un autre débat ; mais si l'édition n'est pas irréprochable en la matière, l'autoédition ferait bien, là encore, de loucher sur son propre cas. Parce qu'une usine à daube de format industriel n'a rien à envier, en termes de pollution littéraire, à des milliers d'autoéditeurs qui saloperaient du frichti bas de gamme dans leur cuisine (surtout que l'usine vendra plus cher, donc fera moins de dégâts sur les lecteurs les plus vulnérables). Et le fait de bâcler ça chez soi, en « amateur », ne confère à ces fumistes aucune noblesse intrinsèque : ils ne font que se foutre du monde avec les moyens du bord. 


« De toute façon, les lecteurs ne voient pas la différence. »

Aïe. Cette fois, je dois avouer que les négligents marquent un point. Et ce point-là me fait très mal ! Car en effet, par suite d'une formation, disons incomplète, une partie du lectorat ne fait pas la différence entre une phrase correcte et une brochette de fautes énormes, ne discerne pas les absurdités les plus grossières dans une intrigue, ou encore avale, comme un canard sa pâtée, de pleines bétonnières de lieux communs.

Ce sont des lecteurs extrémistes issus de cette frange-là qui, frustrés de ne pas eu leur ration de boue (restons polis) laissent sur les ouvrages un peu « littéraires » des commentaires vengeurs du style « Cé nule, on conprant rien. »

Ce n'est pas de leur faute – sans jeu de mots – et je ne juge personne : on appréhende un texte en fonction de ses précédentes expériences de lecture. Raison pour laquelle je m'inquiète tant de voir une marée de textes gravement inaboutis, mais gratuits ou à bas prix donc consommables en masse, déferler sur le grand public par le biais de l'autoédition et de la pseudo-édition.

Par chance, la majorité des lecteurs est encore sensible à une prose soignée. En choisissant de ne pas en tenir compte, les adeptes de la publication bâclée pèchent gravement par mépris de leur clientèle.


Contrairement aux apparences, cette petite revue de leurs arguments malhonnêtes n'avait pas du tout pour but de vous précipiter le moral dans les chaussettes.

Laissons les auteurs désireux de se faire marchands de soupe vendre ce qu'ils pourront, que ce soit pour encaisser des royalties imméritées ou pour se faire mousser en répandant comme… enfin, vous m'avez comprise – leurs premiers jets si inspirés que toute correction orthographique leur semblerait tarir cette substantifique moelle.

Occupons-nous plutôt des autres, ceux qui voudraient bien mais ne peuvent point, comme chantait Annie Cordy ; et passons aux solutions.

Voilà longtemps que je gamberge sur le sujet et que je fais ce que je peux de toutes les manières possibles. Autant faire pipi sur un incendie de forêt (même si en matière d'incontinence, je fus dans mon enfance une championne olympique, comme le savent les lecteurs d'Autant en emporte le chergui 😉).

Le projet de Fédération des auteurs indépendants ayant échoué, faute de consensus, suite à une farouche petite guerre anti-qualité, je me suis finalement résolue, au terme d'une très longue rumination sur ce que cela va me coûter en termes de temps et d'énergie (mais en littérature comme en amour, on ne lésine pas !), à mettre en place une solution moins ambitieuse : réactiver l'association L'Écurie Littéraire – à travers laquelle, en 2012-2013, je m'employais avec une petite équipe enthousiasmante à brancher des auteurs sur des correcteurs bénévoles et des bêta-lecteurs.

L'association nouvelle formule se verra attribuer des missions beaucoup plus diversifiées qu'à l'origine, de manière à organiser l'aide aux auteurs sous des formes encore plus performantes et beaucoup plus viables. Je vous promets quelques surprises…

Une nouvelle équipe restreinte est déjà formée. Toutes les autres bonnes volontés seront les bienvenues : je contacterai certains d'entre vous individuellement. Mais il est trop tôt pour aborder ce volet-là, et selon ma très mauvaise habitude, cet article est déjà dix fois trop long. L'important, c'est que le projet est en cours de réalisation ; je reviendrai vers vous avec des détails dès que possible.

En attendant, ami(e)s auteurs, blogueurs, lecteurs et autres passionnés, profitez bien du beau temps et de votre écriture/lecture en cours !




















lundi 4 septembre 2017

Le fond de la tasse



Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder un thème brûlant : la fuite du temps – très original, n'est-ce pas ? Et surtout, ses effets sur notre aspect physique. Oui, parce que c'est aberrant, cette dictature de l'image qui vous interdit les rides sous peine d'excommunication sociale.

Il me fallait traiter un sujet neutre, ou choisir la tasse de ciguë en polémiquant sur facebook à propos de la question qui tue : « A-t-on le droit de se foutre royalement de ses lecteurs sans ramasser en retour la moindre réflexion ? ». Question à laquelle je réponds inlassablement : je ne vise que des gens qui le méritent, ou qui pèchent par ignorance des obligations d'un auteur. Si vous vous sentez concerné par mes remarques, vous ne pouvez plus invoquer l'ignorance ; relisez-vous sérieusement, vous trouverez de l'aide bénévole, dont la mienne. Si vous persistez, alors, selon que vous serez débutant ou auteur vedette, vous mériterez qu'on vous épingle en tant que fumiste ou en tant qu'escroc. Ces deux catégories-là (dont je comprends qu'elles me vouent aux gémonies) n'étant pas la norme, laissez-moi les tacler en paix. En plus, ma raison majeure, c'est d'encourager le reste du troupeau !

Revenons à notre fond de tasse. Histoire de justifier ma qualité d'écrivain, je vais tout de même me fendre d'une transition dans les règles. Oui, donner des leçons c'est bien, mais il faut être plus ou moins en position de le faire. Je me tiens à carreaux, étant très critiquable en matière d'écriture, domaine où, malheureusement – ce serait plus simple –, la perfection n'existe pas.

La relecture du Jourde & Naulleau m'inocule d'ailleurs un fantasme : être crucifiée (pas au sens sexuel ! Je vous vois venir, les gars) par des critiques littéraires de leur acabit, dont les railleries m'aideraient fameusement à progresser. Car, oui, on progresse à tout âge. Et la critique littéraire, c'est encore plus utile à cela que pour informer les lecteurs.

Parfois, dans un éclair de lucidité, je me dis qu'au-delà des très honorables motivations de mes articles « polémiques », rôde sans doute le frêle espoir d'attirer des lecteurs assez exigeants pour me forcer à donner le meilleur, au lieu que je me force à donner du facile à lire – « qualité » incontournable pour un livre de nos jours, s'il faut en croire ceux qui cartonnent, autoédition et édition confondues.

(Ne me faites pas encore dire ce que je n'ai pas dit : il y a quelques belles exceptions. Et je ne dis pas non plus qu'il faut écrire des choses difficiles, j'ai horreur des pédanteries germanopratines. Je dis que l'accessibilité n'est pas l'alpha et l'oméga de la valeur littéraire.)

Ah, c'est vrai, la transition ! Voici.
Mes récentes prises de position ont causé des malentendus et quelques vives réactions. Dans ces cas-là, on se voit toujours parée de tares brillant de tous leurs feux (admirez, au passage, cette fine allusion aux romances en costume d'époque). Mais que mes vrais ami(e)s se rassurent, on ne peut m'accuser d'aucun défaut qui me vexe : soit c'est fondé et j'en faisais déjà mon affaire, soit cela ne l'est pas, et la caravane passe !

Parmi les réflexions, supposées assassines, qui m'ont été lancées directement ou non, est apparu le qualificatif (générique, il est vrai) de « vieux cons ». Ah, mais là, c'est encore mieux : j'assume à 100 % ! J'adore être une vieille conne, masque commode sous lequel on peut sourire tout son saoul.

Qu'est-ce qu'un vieux con, en fait ? À moins d'être profileur, il est aisé de se tromper en jaugeant l'intelligence. Moyennant quoi, les aficionados de cette épithète désobligeante se basent sur plus évident : l'âge, facile à évaluer de l'extérieur. 
En outre, personne n'est assez affecté pour leur goût en s'entendant traiter de con, vu que nul ne croit l'être, surtout quand il l'est véritablement. En revanche, « vieux », c'est difficile à contester, même si beaucoup de gens affichent une douloureuse stupeur lorsque cette évidence leur est lancée au visage.

Les « vieux cons » sont présupposés réactionnaires et psychorigides. Je me marre, la leçon émanant de philosophes de zinc empalés sur des certitudes quelque peu moisies. Qui feraient bien de faire gaffe à leurs fesses, soit dit en passant (OK, après le pal elles ne risquent plus grand-chose), parce que les études démographiques prouvent que, cons ou pas, grâce au baby boom les vieux sont à présent majoritaires et détenteurs du pognon. N'ayez crainte, tout est déjà mis en œuvre pour que cesse au plus vite cette injustice sociale.

Adoncques, les vieux, et plus encore les vieilles, ont notoirement horreur qu'on les présente comme tels. Eh bien, pas moi, bien au contraire. Je considère qu'au fond de la tasse, ce n'est pas la lie qui nous attend, mais le sucre. 

Pourtant, l'expérience du vieillissement m'est venue sur le tard. Non, ce n'est pas de l'humour, ou si peu. Comme ma mère, j'ai longtemps paru dix ou quinze ans que moins mon âge ; cela m'enrageait étant jeune, certaines sauront ce que je veux dire. À trente ans, avec déjà deux marmots pendus à mes guêtres, je rêvais qu'on m'appelle « madame » et non plus « mon petit ».

Au tournant de la cinquantaine, j'ai vécu une curieuse expérience qui me fera un souvenir attendri pour les soirs d'hiver avec moi-même, quand Ronsard tiendra la chandelle. Soudain, mon apparence d'éternelle droguée du boulot s'est métamorphosée, allez savoir pourquoi. Une affaire d'hormones, sans doute ; la pré-ménopause. On se retournait sur moi dans la rue, des inconnus m'ont suivie dans le métro : catastrophes planétaires, à mes yeux ! Vous connaissez – ou pas – ma soif d'incognito. Un charmant jeune homme qui aurait presque pu être mon fils me pressait de l'épouser ; il appartenait à l'une des « grandes familles industrielles » françaises, et son chameau de grand-mère était très inquiète, bien fait pour elle. Un ami me répétait « tu es incroyablement sexuée »… Incroyable, en effet : je me croyais plutôt désespérément cérébrale. 

Puis j'ai décodé la méprise : je venais de retrouver ma liberté. Un sourire ébloui (le vrai, celui du bonheur d'exister), des yeux brillants parce que la vie, c'est une fabuleuse aventure, cela prête à confusion. Les hommes ne manquent jamais de prendre ça pour le désir mal contenu de se jeter sauvagement sur la première braguette qui passe.

Aujourd'hui, je suis bien loin de ces tracas d'antan. Je leur tourne le dos avec résolution. Je laisse grisonner mes cheveux au lieu de les teindre : je ne vais tout de même pas m'empoisonner pour plaire alors que je suis casée, même si c'est en catimini… (non, il ne s'agit pas d'un homme marié. On a sa fierté.) Et puis le gris, c'est tellement plus doux au regard ! 

Bref, j'aime mon âge, et j'aimerais d'avance les étapes suivantes, sans la certitude qu'elles s'accompagneront d'un état de santé toujours plus misérable – et même, à un stade que j'espère encore très lointain malgré les prémisses, d'une perte irrévocable de mes petites cellules grises, comme disait Hercule Poirot. 

Mais au fond, cette dégringolade est plutôt une bénédiction ; sans elle, on accepterait mal de mourir. J'escompte bien que le moment venu, s'il ne me prend pas par surprise (et c'est un coup qu'on ne m'a pas fait depuis bien longtemps), me trouvera très disposée à sauter le pas, sinon carrément soulagée.

Oui, j'apprécie de vieillir. Ce que je vous confie là n'est pas une coquetterie, je vous assure. Le troisième âge venant, on s'arrondit, au moral comme au physique ; on prend du moelleux. J'étais tolérante par principe, je le suis par inclination. La « pente descendante » se révèle une bénédiction. Le cours du fleuve s'accélère, mais on a cessé d'y pagayer avec fièvre, pour plutôt baigner rêveusement sa main au fil de l'eau ; on admire le paysage avec cette pointe de regret anticipé qui lui donne un relief inédit, une texture incomparable ; on flaire, on palpe, on ressent, on aime, en proie à la bienheureuse acuité née d'une conscience nouvelle : « un jour, tout cela prendra fin. » Je n'échangerais en aucun cas cette lente dégustation contre le galop désordonné, aveugle de la jeunesse. Plutôt qu'un cheval fou, je me plais à être un vieil éléphant.

Croyez-moi si vous voulez : s'il ne s'accompagnait d'un regain de mes maladies, le déclin de mon aspect physique m'enchanterait. Les effets positifs se font déjà sentir. Très bientôt (car cela arrive encore, si, si), me sera épargné le soupçon que telle marque d'intérêt, telle attention flatteuse, tel compliment sur ma plume, sont une habile tactique pour me faire baisser ma culotte. Même si ces manœuvres de bonne guerre ne coûtent qu'à celles qui les prennent pour argent comptant, on finit par se lasser de jeux aussi prévisibles que le rythme des marées.

Désormais, je peux me fondre aisément dans la masse anonyme, tenue pour quantité négligeable, des gens sur lequels nul ne se retourne. L'ambition de toute une vie ! On se lèvera pour me laisser m'asseoir dans les autobus, sans que j'aie besoin d'extirper ma carte de priorité et de supporter un regard sceptique (eh oui, le handicap, cela ne crève pas toujours les yeux. La bête est blessée à mort, mais encore debout – enfin, quand c'est indispensable). Je serai plus légère que jamais, au terme d'une vie qui n'a jamais ciblé que deux objectifs a priori inconciliables : la liberté, abdiquée sur bien des plans, et la raison chérie de cette abdication : mes enfants. Aujourd'hui, ils sont autonomes, et mes voiles sont gonflées de vents plus grisants qu'au temps où chaque matin était une aventure.

Dans sa sagesse, mon corps a entrepris le lent repli sur soi-même auquel mon esprit ne se résigne pas encore. 
Ma poitrine, dont l'exubérance me valait des regards gênants, a commencé à fondre au même rythme que la banquise, avec laquelle elle n'a pourtant aucun autre point commun. 
Ma peau… Ah, la peau ! c'est la première démission… Un jour lointain, elle m'avait valu ce délicat hommage (à encadrer, pour l'exemple) : « Tu n'es pas une reine de beauté, mais ta peau est comme de la soie, on ne peut pas s'arrêter de la caresser ». Le goujat est oublié, ma peau toujours caressée, mais par quelqu'un qui la mérite. La soie de Chine est devenue papier de soie, finement froissé. 

Eh bien, vous ne me croirez pas, mais je la préfère ainsi. Elle m'émeut, me rappelle celle de ma mère. J'adorais ma mère, inestimable complice de mes goûts pour les animaux, les livres, les jardins anglais et les thés à la miss Marple ; j'ai longtemps eu l'illusion quelque peu pathologique que nous allions vieillir ensemble. Maman, tu n'es plus là pour partager ma vie enfin tranquille et mes embrasements littéraires, mais il m'est venu, à présent, ce loisir doux-amer de mettre mes pas dans les tiens !

Attention, avec mon discours à la gloire du délabrement, je ne dis pas qu'il faut se laisser aller, « ses bas tombant sur ses chaussures », dans « un vieux peignoir mal fermé » et « des bigoudis, quelle allure »… Tiens, d'ailleurs, un de ces jours je me fendrai d'un pastiche de cette chanson « d'amour » (ben voyons), avec tout le respect que l'on doit à Charles Aznavour. Je vois ça d'ici :

« Ah tu es beau à regarder,
ta panse croulant sur ta ceinture,
avachi devant la télé
ta bière à la main, quelle allure ! », etc. 

Oui-da, messieurs : la mégère si cruellement décrite, Aznavour ne l'a pas envisagée un seul instant telle qu'elle est assez souvent : une femme qui n'en peut plus de se gaver son grincheux, et multiplie les efforts pour ne plus passer à la casserole. (J'ai toujours aimé cette expression si joliment désuète.)

Attention, là non plus, je ne fais aucune généralité. Il est de vieux couples qui carburent à merveille ; je sais très bien que le mien, fort atypique en vérité, n'est pas une exception. Mais je n'ai jamais cohabité avec un télévore armé d'une bière, alors je conjecture que cela pourrait être un frein à l'amour éternel.

Bien beau, tout cela, mais mémé fatigue. Alors je clos ici ma petite ode aux délices du vieillissement, et je m'en vais quérir mon caddie pour aller au marché, tant que je tiens sur mes guibolles. Ce sera mon effort de la journée.

Excellente lecture ou écriture à toutes et à tous !   


dimanche 3 septembre 2017

Interviews


Grâce à la série d'interviews d'auteurs indés mise en ligne par Lara Lee Lou Ka, je prends enfin le temps de mettre cette liste sur mon blog. 

Merci à tous les chroniqueurs/euses qui se sont intéressé(e)s à mon univers. 


Interviews :

Lara Lee Lou Ka

Katia Campagne (adopteunindé)

Lord Arsenik

Ma bouquinerie

monBestSeller (Christophe Lucius)

La Plume d'Isandre

La livrothèque

Just focus

Le Calidoscope

Le cinéma des livres



samedi 2 septembre 2017

Romance à gros tirages, un comique qui s'ignore





Je suis en train de relire Le Jourde & Naulleau. Oui, mes yeux vont mieux, merci. De toute façon, pour ce livre-ci, j'ai une ordonnance. Les ouvrages qui vous font éclater de rire ne courent pas les rayons ; et je n'aime guère la littérature sérieuse, c'est un fait : je préfère prendre soin de ma santé. Même quand le sujet est grave, il faut que ça pétille de partout, avec non seulement de la virtuosité, mais de l'humour et des clins d'œil.

Là, je viens de m'offrir un excellent moment, et je ne peux résister au plaisir de le partager avec vous. Franchement, je vous le conseille, ce petit pamphlet délicieusement acide. Même s'il risque, mes ami(e)s, de déboulonner sans ambages quelques-unes de vos idoles.

Marc Lévy, pour commencer. Ah, je vois déjà se dresser les oreilles et les index (en majesté, les index, façon prédicateur) des populistes fanatiques qui aiment à se faire mousser en déformant mes propos. Comment osè-je critiquer ce pauvre homme, un brave auteur comme un autre, et que révèrent tant de respectables représentantes du sexe féminin ?


Première hypothèse : je suis frustrée.

Ben non. Un lecteur de Au bonheur des dames, experts en délices, qui avait confondu l'héroïne et l'auteur, a écrit que je dois être bien malheureuse en amour. Désolée de le décevoir : un oiseau rare comme le mien, beaucoup tueraient pour l'avoir.

Un jour, je vous parlerai (un peu) de cette longue histoire digne d'un roman, grâce à laquelle je vis comme j'aime : seule la plupart du temps, mais idéalement accompagnée jour après jour. Il y aurait là matière à roman d'amour, mais si insolite (Zone franche, à côté, c'est de la petite bière) que je préfère renoncer. Entre autres raisons, parce qu'il ferait un bide : les lectrices ne pourraient pas s'identifier aux personnages.

(Petite confidence : si je n'ambitionne pas d'être un auteur à succès, c'est, entre autres, parce que je ne veux pas que les lecteurs s'identifient à moi ; j'aimerais pouvoir m'identifier à mes lecteurs. Sur ce plan-là, oui, je suis assez frustrée.)

Pour en finir avec le lien entre carence affective et bluettophobie, n'importe quel sociologue vous dirait que l'inverse est plus probable : si on se shoote à la romance, c'est souvent parce qu'on désespère de jamais vivre un truc pareil. Cela dit sans vouloir offenser les lectrices, avec lesquelles je suis de tout cœur, sans jeu de mots.

En revanche, leur addiction légitime n'excuse pas le dealer. Vous me suivez ?


Deuxième hypothèse : je suis jalouse.

Toujours non. Pas de chance !
Vous avez le droit de me considérer comme un cas psychiatrique, mais la vérité, c'est que :
  1. Je ne veux d'un éditeur à aucun prix.
  2. Le succès ne me tente pas du tout, dans la mesure où – pardon de casser vos rêves – c'est surtout une source de contraintes, pour ne pas dire de tracas.
  3. Quoi qu'il en soit, je n'aurais pas la santé pour assumer.
  4. À l'époque où je l'avais, je faisais tout plein de choses infiniment plus intéressantes. (« Quoi, plus intéressantes que d'être un auteur riche et célèbre ?! » vous ébaubissez-vous peut-être. Je sais, c'est difficile à croire. 😉 Et pourtant.)
  5. Je ne nie pas avoir traversé des périodes où chaque livre vendu m'importait ; mais en vérité, l'argent, je m'en contrefiche : ça va, ça vient, faut pas en devenir esclaves… Mon luxe suprême, c'est la liberté. Et l'atypisme.

Or, c'est là que je voulais en venir, une vie d'auteur vedette, figurez-vous que c'est tout sauf atypique. On pointe chez son éditeur au lieu de pointer à l'usine, voilà tout.


Troisième hypothèse : je méprise la littérature de genre.

Encore raté ! Je l'aime infiniment plus que la « blanche », par exemple. Je me régale avec les littératures de l'imaginaire. Au risque de vous surprendre, j'apprécie même le roman de gare écrit avec talent, moins rare qu'on ne le croit. Ceux qui me pensent maquée avec les coincés du bulbe qui ostracisent en rond (si cette image ne vous parle pas, Le Jourde et Naulleau en dénonce quelques-uns) n'ont, de toute évidence, jamais pris la peine de me lire vraiment – blog ou ebooks. Sans quoi ils sauraient que je n'ai pas trouvé mes Maîtres dans les sphères germanopratines imbues de Haute Littérature expérimentale.

Il n'empêche, je trouve navrant que tant de jeunes auteurs rencontrés en autoédition aient pour références littéraires des romans jeunesse ou des best-sellers industriels, parfois très bien faits – comme HP –, parfois désolants. Et pour idoles des auteurs à tête de gondole, comme Marc Lévy, Stephenie Meyer, E. L. James et compagnie. 

Vous l'avez compris, je pourrais aussi citer Musso ou Cartland (encore que ! Je la crois meilleur auteur), ainsi que maints autres petits futés. Mon ire vise impartialement tout ce qui exploite le marché de la lectrice à l'âme romantique.

Hé, vous, là-bas, savez-vous qu'il existe des livres qui n'ont pas été écrits pour se vendre en masse, mais juste parce que leurs auteurs avaient à nous dire des choses très belles et très intéressantes ? Y compris à propos d'amour. Et même, tenez-vous bien : ces livres sont faciles et agréables à lire… 


Conclusion :

C'est en pleine conscience, et non pour des raisons foireuses, que je « crache » sur la bluette en série (non, ce n'est pas une position sexuelle, vous confondez avec la brouette de Zanzibar version partouze). Je ne crache pas, d'ailleurs : je me roule par terre de rire quand un extrait me tombe sous les yeux, puis je me mets à sangloter en me rappelant qu'on inflige ça à des victimes consentantes.

Je veux bien admettre que cet énorme business peut en tenter certains. Mais comme je vous le disais plus haut, de tous temps, et aujourd'hui encore, des auteurs dignes de ce nom ont pondu des romans d'amour sans pour autant verser dans le foutage de gueule.

Ah mais, qu'est-ce que j'entends par « foutage de gueule » ?…
Voici la recette.

Durée :
Une petite heure par volume (les commis de l'éditeur achèveront de dresser le plat).

Niveau de difficulté :
Littéraire : 2/10.
Tour de main : 7/10.

Accessoires :
Dictaphone.

Pour un beau foutage de gueule à la Marc Lévy :

Prenez-vous un coin de table – non, pas « ouille ! », soyons sérieux – au milieu d'un bar branché ou d'un aéroport. Inutile de rechercher la concentration : au contraire, le vacarme jugule l'inspiration, toujours malvenue en cuisine légère (comme la cuisse de même nom).

Il vous faut d'abord un bon canevas bien éculé. Inutile de lui ôter le croupion, ouvrez plutôt un dictionnaire.
Préférez le canevas de batterie au canevas sauvage, trop imprévisible, que vous pourriez tirer de votre imagination. Vous trouverez le modèle standard dans toutes les bonnes usines à daube.

Incisez le canevas en suivant les pointillés. Introduisez aux forceps un ou deux ressorts d'intrigues bien usés, facilement identifiables : la cliente est réputée ne pas aimer les surprises gustatives.

Pour la même raison, préparez une farce à base de platitudes psychologiques. N'hésitez pas à forcer la dose, même si elles pousseraient au suicide un scénariste de série B.

Si, pendant le mixage, se forment des invraisemblances de situation propres à faire rire un chien, ne vous inquiétez pas : ces quelques grumeaux passeront inaperçus. Il suffit de lier l'ensemble avec un peu d'aplomb, et le tour est joué.

Incorporez une tonne ou deux de clichés et de lieux communs, et montez la sauce jusqu'à une consistance assez lourde pour bien tenir au corps, sinon à l'esprit.

Puisqu'on parle de corps, ne pas oublier la touche de piment : des scènes amoureuses qui suggèrent le sexe sans trop entrer dans les détails : il faut laisser la cliente s'investir à sa guise.

Farcissez avec la juste dose d'aphorismes à la noix. Ceux extraits des biscuits chinois font très bien l'affaire.

Pour finir, saupoudrez superficiellement avec des tournures de style fautives mais grandiloquentes, évoquant les effets de manche d'un démonstrateur à domicile lorsqu'il vous susurre « je sais absolument ce qu'il vous faut, chère madame » avant de vous refiler sa came made in China. (Oui, encore. Comme Marc Lévy, la Chine s'y connaît en camelote destinée à la grande consommation.)

Servez à toute heure, accompagné d'une piquette qui passera comme une fleur – étant donné que le mot « champagne » apparaît soixante-et-onze fois dans votre daube afin de mieux conditionner la cliente.

Eh oui, messieurs les preux défenseurs de mes cibles favorites, vous placez bien mal vos élans de solidarité : pour emprunter votre langage, les bouquins de Marc Lévy, c'est ni plus ni moins que de l'exploitation des masses – à l'aide de procédés qui frisent l'escroquerie. Littéraire, s'entend.


Moralité :

Il y a toutes les excuses du monde à ne pas écrire correctement quand on débute. Il faut du temps et beaucoup de bonnes lectures pour progresser en écriture.

On a toutes les excuses, aussi, si l'on écrit pour son plaisir et pour son entourage. Personne n'est tenu d'avoir du talent, ou de chercher à en avoir ; on est comme on est, et c'est très bien de ne pas vouloir être autrement.

Cela devient plus délicat quand on vend ses écrits. Là, un minimum s'impose : peut-être pas le talent, mais au moins un effort de corrections et de présentation.

C'est plus que limite sur le plan éthique quand on s'enrichit là-dessus. Mais puisque le public en redemande, eh bien, soit ! Vox populi, vox dei.

Cela n'empêchera pas des lecteurs moins faciles à satisfaire (des vieux cons, a décrété l'un de mes contradicteurs) de faire comme moi : rire en lisant ce genre de prose, puis verser une larme en pensant que tant d'innocents prennent cela pour de la littérature.


À présent, le plus croustillant :

D'authentiques citations du grand Marc Lévy offertes par le duo Jourde-Naulleau, histoire de vous mettre l'eau à la bouche. Pour lire Le Jourde & Naulleau, s'entend. Parce que si, après cela, vous pouvez encore lire du Lévy sans rougir, je ne vous connais plus. Euh, non, je risque de me fâcher avec trop de monde que j'aime bien. Disons plutôt, toutes mes condoléances.

C'est parti pour les citations. Lecteurs sensibles s'abtenir ! Des protège-dents sont disponibles pour les plus aventureux, qui – je les aurai prévenus – vont grincer des mandibules à s'en faire péter l'émail.

« Quand il lui demanda comment connaissait-elle son prénom »

« où (…) règne un atmosphère si différente à bien d'autres lieux semblables. »

« Il y avait près de quatre-vingt suspects, dont l'un d'eux était peut-être en attente d'un don d'organes ou avait l'un des siens dans la même situation. »

Pardonnez-moi, je rigole tellement qu'il faut que j'aille faire pipi.


Me revoilà. Plus sérieusement (tristement, même) : comment reprocher aux auteurs débutants de faire des fautes ? Ils ont bien du mérite de ne pas faire cent fois pire, au vu des exemples de réussite littéraire dont on leur farcit la tête.

Avis aux apprentis auteurs sans scrupules : surtout, n'allez pas conclure « Heureux les nuls en syntaxe, le royaume des best-sellers leur est ouvert ! ». La nullité littéraire ne peut suffire, hélas. Pondre de l'attrape-lecteur au kilomètre, même si l'on est sous-doué, ça ne s'improvise pas. C'est un métier.


Oh, mais… suis-je bête !

Voyez comme la fatigue m'égare. Je n'avais rien compris !
« Métier », tout est dans ce mot. Un auteur reconnu, qui voyage en jet privé, ne s'abaisserait pas à pondre cela. Ni un éditeur sérieux, à le publier. Et le public, fût-il affamé d'amour, ne pourrait se laisser abuser ainsi, il est bien trop averti.

Je me suis trompée sur toute la ligne. La bluette à la Marc Lévy et consorts, ce n'est pas du foutage de gueule. C'est du second degré… du pastiche, de la satire, le genre qui tire son sel de ses outrances volontaires. Un peu comme les films de James Bond, vous comprenez ?

Mieux encore. Car dans la bluette en série, je discerne à présent une habile, et non moins valeureuse, dénonciation des aléas de la condition féminine. Exactement comme 50 nuances de Grey, sous l'apparence ludique d'une daube faussement scandaleuse et 100 % racoleuse, est en réalité un essai psycho-philosphique sur le complexe de Mère Teresa (vous savez, les femmes qui veulent à toute force « sauver » des hommes qu'il faudrait fuir à toutes jambes).

Dire que je me suis moquée de Marc Lévy, auquel nous autres femmes devrions élever des statues ! Je vais de ce pas écrire à Jourde et Naulleau pour leur demander si, en épinglant ce grand penseur, ils ont commis une injustice délibérée ; ou s'ils voulaient plutôt faire, également au second degré, l'éloge de sa noble intention. En dénonçant une dénonciation pour dénoncer encore plus fort, en quelque sorte…

C'est qu'on est subtils, en littérature.