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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 1 septembre 2017

Insolite : faire du sport sur facebook



Si vous aimez vous shooter à l'adrénaline, je vais vous conseiller un sport que vous pourrez pratiquer à la maison, devant votre ordinateur. Ah, là, je vous sens tout réjouis ! Hé oui, aller trottiner sous la pluie, ou se taper dix kilomètres de bouchons pour se rendre à la salle, c'est moins tentant que de travailler son cardio au frais (ou au chaud ; on a beau être en été, chez vous je ne sais pas, mais ici, ça caille) devant son ordinateur.

Alors je vous donne la méthode.

Publiez un article. Peu importe le sujet, à condition qu'il puisse donner lieu à une petite polémique. Le choix est vaste : le réchauffement climatique ; les dernières élections (heu non, pas ça ! On a dit sport, pas boucherie…) ; la condition féminine ; la protection animale (aucun rapport avec le sujet précédent, mauvais esprits !) ; et… ah oui, tiens : la baisse du niveau scolaire. Ou encore mieux : des conseils un peu énergiques à l'intention des auteurs.

Puis, attendez tranquillement en vaquant à vos occupations habituelles.

Vous pouvez être sûr(e)s que dans les dix minutes qui vont suivre, peut-être moins si vous n'en êtes pas à votre première séance, un ou plusieurs facebookiens vont venir se proposer spontanément pour être votre sparring partner (pour celles/ceux qui ne connaissent pas la boxe, c'est le partenaire qui vous aide à vous entraîner).

Voici comment ils procèdent.

Ils lisent votre article en diagonale – ça, on s'en rend compte d'après leur vitesse de réaction. Ils sortent une ou deux phrases de leur contexte, les repeignent aux couleurs de leurs bêtes noires. (En noir, donc. Vous me suivez ? Je veux être sûre d'éviter les malentendus, c'est un réflexe acquis à l'entraînement. 😉) Puis ils ripostent vertement à vos propos, qu'ils ont réinterprétés de façon à bien se monter le bourrichon contre ce que vous avez écrit et qu'ils n'ont pas vraiment lu – autrement dit, contre ce que vous n'avez pas écrit.

Ils ripostent, donc, par une attaque bien sentie. C'est là que ça devient intéressant. Même s'ils sont complètement hors sujet, vous vous devez de leur répondre, parce que ces diatribes sont publiques, et que tout naturellement vous vous refusez à passer pour ce que vous n'êtes pas. Peut-être même que vous tenez vraiment à vos idées. Donc, grosse flemme ou pas, vous ne pourrez pas éviter d'aller au contact. Le but, c'est de vous remuer un peu, pas vrai ?

Vous répondez, donc. Courtoisement. Votre but n'est pas de cogner fort, rappelons-nous bien, mais de faire monter progressivement le cardio. Vous commencez par vous expliquer : celui ou celle qui vous agresse, il a dû mal comprendre. Vous reprécisez les contours de votre pensée.

En face, le sparring partner joue son rôle : lui, il continue à cogner. Il fait comme si tout ce que vous dites pour aplanir le malentendu était encore pire que le texte d'origine. Ou il déforme à leur tour vos explications ; ça fonctionne bien, ça aussi. Il vous accuse de tous les maux, avec des formules expéditives dont la forme se retient plus que le fond. Souvent, il ne cherche même pas s'il y a un défaut dans votre défense ; il revient vous piquer comme une guêpe, frappe à l'aveugle en espérant vous étourdir sous les coups. Ce qui compte, pour lui, c'est le rythme : sonner l'adversaire. Parfois, des spectacteurs éblouis par le cogneur se mêlent aux échanges et assènent leurs propres idées, contre ce qu'ils croient être les vôtres d'après les réponses décalées du premier interlocuteur. Parfait, ça corse la difficulté.

À ce stade de l'exercice, vous allez éprouver une irrésistible envie de laisser tomber, de fermer facebook et d'aller caresser vos chats, ou boire une bonne bière sur votre canapé. Surtout, ne flanchez pas ! C'est là que ça devient intéressant.

Parce que peu à peu, vous avez senti votre rythme cardiaque s'accélérer. Vous êtes maintenant en pleine action. Votre température s'élève, votre tension aussi ; vous sentez vos muscles se contracter pour accompagner l'action, et votre cerveau se mettre en surmultipliée pour répondre à tout le monde simultanément.

La situation se tend, les échanges s'accélèrent, vous commencez à avoir envie de cogner dur à votre tour, d'envoyer votre guêpe de service boxer chez les Papous. Restez correct.e, mais conservez l'allure. Allez jusqu'au bout de l'effort. Encore un peu… Là, c'est fini. Votre sparring partner raccroche les gants. Lui aussi est un peu sonné, il a envie d'aller dîner ou embrasser ses enfants.

Vous vous sentez épuisé.e ? Vous brûlez d'envie de tout gâcher en courant vous empiffrer de chocolat ? Normal. Vous venez de vous infliger un joli petit pic d'adrénaline. Même si vous avez l'habitude, ça secoue.

Bon, faut tout de même que je vous le dise, cet exercice est intense, mais pas très bon pour la santé. Les décharges d'adrénaline, ça s'appelle du stress. En cas d'attaque physique, ça va sauver votre peau ; tous les jours, en revanche, c'est très mauvais : ça perturbe votre organisme et raccourcit votre espérance de vie.

C'est pourquoi, au fond, je vous recommande plutôt d'éviter ce genre de sport un peu violent et totalement inutile. 

Sauf, bien sûr, si vous avez des convictions et que vous tenez à tout prix à les défendre. Mais je ne saurais vous y inciter, c'est par trop dévastateur.

À moins que, comme moi, vous n'ayez rien à perdre et l'envie irrésitible de faire comme si vous pouviez changer le monde. (C'est sûrement psychiatrique, et ça doit porter un nom. Pas le syndrome de Don Quichotte, ou de Mère Teresa, ils sont déjà pris ; mais un truc de ce goût-là. Le désir de charger étendard au poing tout ce qui est injuste, absurde ou mal fichu, et d'aider tout le monde à être plus heureux, quitte à secouer le cocotier et à prendre des noix sur le crâne. Non, ça ne se soigne pas.)

Si vous êtes dans ce dernier cas, je ne vous plains pas pour autant, vous y trouvez sûrement votre compte. La foi, ça réchauffe.

Dans le cas contraire, un dernier petit conseil – bien meilleur, celui-ci : fermez vite facebook, c'est vous qui aviez raison. Allez écrire votre livre et jouer avec vos chats ou vos enfants. On ne vit qu'une fois.