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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 13 novembre 2017

Le NaNoWriMo : utilité et limites pour les auteurs autoédités



Après des années d'observation dubitative, je me suis lancée cette année dans le très médiatisé challenge du NaNoWriMo. Allez hop ! À l'eau, ma poule…

Et je dois dire que je m'en félicite. Non que je m'autocongratule de remplir mon objectif quotidien ; en fait, je suis enchantée de m'être finalement donné ce grand coup de pied au c… roupion.


Le NaNo (pour les intimes 😉), c'est quoi ?


Un défi international (mais oui mais oui) qui consiste à pondre au moins 50 000 mots entre le 1er et le 30 novembre.

Je ne vais pas vous faire un topo là-dessus, les organisateurs et les participants chevronnés sont bien plus compétents. Donc, direction :

Le site officiel, en anglais.





Le NaNo, en quoi est-ce que cela peut aider ?


Premier cas : le mien (tant qu'à faire).

J'ai commencé à rédiger Élie et l'Apocalypse en 2007. Mais comme c'est une saga qui exige un énorme travail documentaire, et que je suis du genre perfectionniste qui tourne sept fois sa phrase dans tous les sens avant de la laisser – provisoirement – tranquille, il m'a fallu 5 ans pour publier (d'un coup) les 3 premiers volumesEt encore, parce que l'éditeur m'avait fouettée avec des orties. Oui messieurs-dames. Même que je lui en suis éternellement reconnaissante, et pourtant je ne suis pas maso. Non, je vous assure ! Ne m'objectez pas qu'en ce moment, avec le NaNo, je m'inflige avec enthousiasme ma dose quotidienne de coups de pied au croupion. Ce n'est pas du masochisme, mais de l'intérêt bien compris.

Pourquoi ? Parce que ces coups de pied à répétition, ils me permettent de prendre ENFIN un rythme de travail personnel, moi qui ai toujours travaillé davantage pour les autres auteurs que pour moi. Me consacrer chaque jour à mes écrits, ça n'allait pas du tout de soi.

En plus, vous le savez, je suis une vieille petite chose maladive. Alors, si je savais m'atteler aux textes d'autrui – c'est toujours plus facile de se bouger le croupion pour les autres – j'avais un mal fou avec mes propres textes.

Du coup, j'attendais d'avoir la forme. Et là : « tu peux toujours rêver, ma belle », me narguait mon petit corps souffreteux en me sortant de son chapeau un beau vertige bien glauque ou une petite pyélonéphrite de derrière les fagots.

Ou alors, j'attendais l'inspiration. Vous savez, cet élan irrésistible qui vous fait sauter sur votre clavier : « Là, maintenant, tout de suite, je vais écrire un chef-d'œuvre. Oh, je le sens, je le sens bien ! Tu le sens, toi aussi, chef-d'œuvre ? Dis-moi que tu viens. Oh oui, dis-le-moi !… », etc. Vous connaissez ça, je l'espère pour vous. Ben, pas moi. En littérature, j'entends. 😜

Les idées, OK, ça me vient à la pelle, surtout les jours où je pète le feu (si, si, ça arrive). Mais l'inspiration créatrice dans toute sa fougue juvénile, celle qui suppose une vraie santé de cheval sur le long terme pour passer du concept à la réalisation, bernique ! Il fallait toujours que j'espère l'express de minuit, le miracle soudain d'une évasion de ma pauvre carcasse : la tête libre, l'esprit clair, le corps alerte. Et que je croise les doigts pour que ça dure. Sinon… eh bien, la Cendrillon du clavier regagnait vite fait son lit de douleur – et les trois misérables lignes péniblement gravées sur sa citrouille finissaient dans un dossier « projet » parmi beaucoup trop d'autres.

Autrement dit, je faisais du surplace.

Le NaNo a changé ma vie. Le premier jour, j'ai souffert, ah, combien j'ai souffert ! Mais comme je m'étais lancé un défi à moi-même, et que pour bien me mettre le pied dans les reins, je l'avais intrépidement annoncé sur facebook, pas le choix : quand faut y aller, faut y aller.


Et c'est justement l'avantage n° 1 de ce challenge : on est obligé de se mettre à sa table de travail TOUS LES JOURS. Les excuses, ya pas. À l'assaut, les gars. Haut les cœurs ! Et ainsi de suite. 💪


L'avantage n° 2, c'est qu'on s'aperçoit que finalement, 1 666 mots par jour, c'est loin d'être insurmontable. Même pour un escargot comme moi, affligé d'une tendance perverse à ratiociner sur chaque tournure… 

Pour tout vous dire, c'est même de plus en plus facile. 

Du coup, non seulement j'aurai bouclé le volume 5 avant la fin du mois, mais j'ai bien progressé sur le 6 (histoire de varier les plaisirs) et je sais désormais que, sauf mort subite, j'aurai sans doute publié le 5 pour Noël et le 6 en début d'année prochaine. Hourrah !


L'avantage n° 3, c'est justement que l'on apprend à pondre un premier jet sans barguigner. 

Parce que, voyez-vous (et là, c'est vraiment personnel, désolée), quand on est réécriveur, on est spécialisé dans la partie peaufinage. Par conséquent, si l'on doit écrire pour soi, la partie rédaction relève de la corvée suprême. 

Les réécriveurs ne sont pas les seuls auteurs à connaître ce genre de blocage. Alors qu'on devrait jeter ses idées sur l'écran, on se projette malgré soi dans ce que le texte devrait être une fois achevé. On repolit ses phrases en leur faisant des excuses pour les avoir si mal pondues au départ (Vous l'avez remarqué, ce billet est placé sous le signe de la volaille. Il doit y avoir une raison occulte ; je consulterai mon astrologue). 

Bref, on n'avance pas et on se décourage, parce que tout ce qui n'est pas abouti vous semble nul. 

Le NaNo m'a permis de sortir de cette spirale négative.

Et je me suis enfin fourré dans le crâne qu'il n'y a pas de honte à rédiger un premier jet, même si par endroits il tient du brouillon. On ne trahit pas la Littérature avec un grand L, ni soi-même. Personne ne guette par-dessus notre épaule pour soupirer « Ben dis donc, poulette, là, tu ne t'es pas foulée ». Nul n'est tenu de rester sur sa copie jusqu'à ce qu'il n'en ait plus honte. Au contraire. Le but d'un premier jet, c'est ça et seulement ça : ALLER AU BOUT.


L'avantage n° 4, c'est que pondre un premier jet, ça permet de boucler tout un ouvrage, au moins au niveau préparatoire. Et là, bingo !

a) Voilà, paf, c'est fait. Aaaaahh ! (soupir d'extase).

b) Vous avez écrit tout le roman d'une traite (s'il fait plus de 50 000 mots, eh bien il suffit de continuer sur sa lancée en décembre). Ce qui évite de devoir se relire, se torturer les méninges ou fouiller dans ses notes pour se souvenir que Cunégonde, au chapitre 3, elle avait déjà coulé Enguerrand dans le béton après qu'il l'ait salement trompée avec Aldeberte, et qu'il est donc inopportun de les décrire au chapitre 20 en train de dîner chez belle-maman.

c) Une fois tout le premier jet achevé, cocorico ! Vous pouvez vous accorder une minute d'autosatisfaction bien méritée. 
C'est-y pas mieux, les aminches, que de suer sang et eau (oui, c'est justement le titre du volume 5 d'Élie et l'Apocalypse – auquel je m'attaque 2 ans après la ponte du volume 4, honte sur moi) pour accoucher aux forceps d'un chapitre supposé abouti, et de mettre un mois à s'en remettre ?

d) Yapuka passer aux corrections et à ce que j'appelle « autoréécriture ». Les retouches, quoi. Et là, vous pourrez prendre tout votre temps sans culpabiliser : votre livre, il est écrit.
Point d'impatience, donc, ni de frustration. Place au vieillissement en fût de chêne, aux remaniements et re-remaniements après mûre réflexion, voire aux longues pauses entre deux relectures. Rien ne presse, au contraire. Le manuscrit est passé du dossier « projets » au dossier « finition », c'est rudement bon pour le moral, vous ne trouvez pas ?

L'avantage n° 5, c'est que j'ai pu rassurer mes lecteurs, qui devaient commencer à se dire que je ne bouclerais jamais cette fichue saga.


Deuxième cas : plus général (auteurs débutants ou non).


Avantage n° 1 : Le NaNo est un fameux remède contre l'angoisse de la page blanche. Mieux que les anxiolytiques, ça c'est sûr ! 

Il vous apprendra à foncer dans le tas, et vienne que pourra. Le résultat ne sera peut-être pas le prochain Goncourt, mais tant pis. Surtout qu'être acheté « parce que c'est le Goncourt » et finir à la cave sous cellophane d'origine, bof. 

En tout cas, vous aurez découvert que l'écriture, c'est comme l'appétit : l'inspiration vient en écrivant. Plus on écrit, plus c'est facile, et (en général) meilleur c'est. 

Désormais, quand vous voudrez écrire, vous saurez qu'il suffit de s'y mettre. Capito ?


Avantage n° 2 : Vous vous rendez compte qu'écrire autant, tous les jours, c'est possible (bis). 

Eh oui, sans vous en rendre compte, vous étiez un marathonien de l'écriture, capable de rendre votre copie sans barguigner. 

Plus d'excuses pour écrire timidement à la petite semaine ou pour vous demander, tout tremblant « serai-je jamais capable de devenir un auteur ? »


Avantage n° 3 : C'est en écrivant qu'on devient écriveron. Pas écrivain, ce serait trop facile. Mais au moins, qu'on forge sa capacité à traduire des idées en mots, à raconter des histoires. 

Même si ce que vous aurez écrit pendant ce mois de novembre, vous devez le balancer à la poubelle parce que c'est trop nul, dites-vous bien que le seul moyen de devenir auteur, c'est de « pisser de la copie », comme on dit des journaleux ; d'acquérir une discipline de travail, d'apprendre à ne pas vous disperser ; de cracher des lignes tant et plus, jusqu'à ce que ça coule de source…

À CONDITION de ne pas en rester au stade du premier jet et d'être prêt à consacrer dix fois plus de temps au peaufinage, si nécessaire.


Avantage n° 4 : vous faites peut-être partie des auteurs autoédités qui veulent juste écrire pour écrire, sans se soucier de la qualité du résultat.

Soit parce qu'ils n'ont pas l'intention de publier (et ça se respecte : l'écriture a toutes sortes de vertus sur les plans du développement personnel, de la thérapie et autres, sans même parler des textes que l'on ne souhaite partager qu'avec ses proches).

Soit parce qu'ils revendiquent le droit de publier des textes inaboutis. Je viens encore de lire une déclaration solennelle sur la noble spontanéité des textes écrits comme ça vient, sans souci de ces encroupionnages de mouches ringards que sont l'orthographe et la syntaxe, sans parler de la cohérence, etc. (Je cite, ou presque).

Si c'est le cas – et je trouve cela vraiment dommage, comme chacun sait –, eh bien, à la fin du mois de novembre, youpi, vous aurez rempli votre mission : pondre un livre à l'état brut. Champagne ! Oh, pardon aux militants de l'inabouti : le champagne est un produit fini, donc ringard. Disons plutôt : eau de source. Santé !


Remarques

• Le NaNo est un outil, pas un contrat à honorer. 

Il n'est pas fait pour vous mettre la pression, mais pour vous encourager à vous fixer des objectifs. Que vous les remplissiez ou pas n'est qu'une affaire entre vous et… vous.

Dans cet esprit, le compte final de 50 000 mots n'est en rien une obligation. Si vous avez bouclé le premier jet de votre ouvrage en 20 000 mots, rien ne vous oblige à en écrire davantage.


De même, si vous n'écrivez pas 1666 mots par jour, ou si vous sautez un jour (comme je l'ai fait aujourd'hui pour écrire ce billet, et le ferai encore mercredi pour cause d'hôpital), quelle importance ? La psychorigidité ne donne rien de bon en écriture.

• Je n'ai pas fait état de l'ambiance, des soutiens, des forums, etc. Tout cela pourra sans doute aider certains auteurs. Personnellement, j'ai plutôt pris le NaNo comme une obligation que je me suis donnée à moi-même.

• Bien entendu, le NaNo ne prône pas l'écriture express de romans inaboutis. 😀Les organisateurs invitent d'ailleurs les participants à rallier en janvier et février un nouveau défi : finaliser leur premier jet. Là, je vous le dis tout net, je suis plus sceptique. La phase de peaufinage, cela ne doit pas avoir de dead line – en tout cas, pas si courte.

• Il n'est pas non plus question de se laisser aller à mettre vingt mots là où cinq suffiraient, dans le seul but de « faire du chiffre ». L'objectif n'est pas l'emphase littéraire, mais, je le répète, le bouclage d'un premier jet.

• Un fil facebook saturé par des proclamations d'auteurs « j'ai écrit tant de mots aujourd'hui !… » peut sans doute agacer. Je ne me joindrai pas aux critiques, car je comprends très bien, pour l'avoir fait aussi, que l'on ait envie de publier sa performance du jour comme… une poule qui chante, toute à la joie d'avoir pondu son œuf ! 😉

• Ce dont il faut se souvenir, c'est que les grands auteurs du passé comme du présent avaient/ont une discipline de travail : s'asseoir à leur bureau et écrire quoi qu'il arrive. Cela, c'est un bon réflexe à acquérir pour les débutants, qui pourraient avoir tendance à attendre l'inspiration. Et pour les vieux routiers aussi, j'en suis la preuve.


Qu'est-ce que le Nano ne fera pas pour vous ?


La réponse est simple : vous inoculer le talent.

Oui, navrée de faire pleurer dans les chaumières, mais le talent n'est pas un droit inscrit dans la Constitution.

Ce n'est pas non plus quelque chose qu'on acquiert forcément avec le travail, hélas non.

Mais une chose est sûre : sans travail, pas de talent. Le génie qui pond un chef-d'œuvre presque par mégarde, tout en lutinant sa voisine ou en promenant son chien, mon œil !

Un livre réussi, c'est 10 % de talent et 90 % de travail. Alors…


… Alors, tentez l'expérience du NaNoWriMo si cela vous chante, contentez-vous de vous auto-imposer une discipline d'écriture, ou continuez à faire comme vous faites d'habitude/aimez/pouvez (rayer la mention inutile) en vouant aux gémonies les challenges d'écriture, ces diaboliques incitations à la surenchère quantitative. Je plaisante ! Sur ce dernier point, je vous renvoie à l'excellent article de Nila Kazar et à ses commentaires, non moins intéressants.

Peu importe ce que vous déciderez, au fond, du moment que vous vous amusez et que vous prenez du plaisir en tant qu'auteur ou aspirant auteur. Oui, même ceux qui se refusent catégoriquement à peaufiner, et que je flagelle en place publique chaque fois que l'occasion m'en est donnée. 😈

Comme il me semble l'avoir écrit dans un précédent billet, l'important reste d'écrire, écrire, écrire…
Chacun à sa manière et comme il l'entend.

Excellent travail à toutes et à tous !