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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


dimanche 25 février 2018

Autoédition : Lire pour ne pas être seul





Peut-être est-ce seulement le fait d'être épuisée et souffrante, d'avoir chaque jour des malaises dont chacun semble terminal, qui m'inspire ce billet désabusé, à moi qui suis, paraît-il, la résilience et l'énergie incarnées, toujours disposée à voir la bouteille à moitié pleine et à croire en chaque individu, chaque aventure humaine. 

Quoi qu'il en soit, il fallait que j'exprime sans trop de gants ce qui va suivre. Certains d'entre vous s'y retrouveront, j'en suis sûre.


Plus je vieillis, plus je me sens lectrice avant tout, et plus je me rends compte que, paradoxalement, j'ai toujours été plus lectrice qu'auteur.

Être réécriveur, c'est un peu une mission qui consiste à lire ce qui est, puis à le reformuler pour obtenir in fine ce que l'on aurait plaisir à lire.

Être auteur, comme vient de l'exprimer ici Alice Quinn, c'est une manière de fabriquer, d'abord pour soi, le genre d'ouvrages que l'on recherche.

Bien sûr, on n'est jamais satisfait du résultat. Mais c'est la carotte au bout du bâton, ce qui nous pousse à courir dans l'espoir de faire mieux la prochaine fois.

En fin de compte, tout se rapporte à ce que l'on aimerait lire. Du moins, c'est ainsi que je vois les choses.


Rien ne me procurera jamais plus d'agrément que de m'installer dans mon lit, dans mon bain ou devant mon repas avec un bon livre.


Écrire constitue une activité stimulante, mais la fatigue, les doutes, le mécontentement de soi sont plus fréquents que la chance d'être satisfait de son travail.

Les échanges d'auteur à lecteur sont agréables, mais ne vont presque jamais plus loin que quelques lignes ; les lecteurs ont leur existence, leurs problèmes. 

Surtout, ils semblent de plus en plus rarement vivre en profondeur ce qu'ils lisent. Ou alors, la plupart gardent pour eux cette expérience. Partout, quel que soit l'auteur, les commentaires et les chroniques sont succincts, étrangement formalistes. 

Comme s'ils étaient embarrassés (par leur responsabilité de prescripteurs, peut-être ?) ou trop pressés (et il est vrai qu'ils sont débordés, s'étant imposé une tâche immense), les blogueurs s'attachent à rapporter l'histoire de façon presque mécanique, davantage qu'à témoigner à cœur ouvert de leurs réactions personnelles, à dévoiler ce que l'ouvrage a pu leur suggérer et éveiller en eux. 
La plupart des thèmes abordés au fil de l'intrigue semblent passer complètement inaperçus. 
Le « ressenti » général et superficiel du blogueur remplace un questionnement de l'auteur sur ses intentions, sa position, son expérience, ses propres sentiments.

Le temps des longs échanges épistolaires, presque intimes, entre les auteurs et des lecteurs qui souhaitaient les comprendre et en apprendre quelque chose sur eux-mêmes et sur le monde, est manifestement révolu.

Il arrive, bien sûr, qu'un lecteur nous dise avec des mots forts son plaisir de nous avoir lu. C'est, pour l'auteur, une vraie fête. Tous les efforts, toutes les déceptions, toutes les tentations de renoncement s'effacent – pour un temps. 

La joie d'avoir donné du bonheur à un lecteur est incomparable ; mais comme je le disais, dans les faits, cette relation réussie ne s'exprime que très rarement en profondeur.

On constate aussi, bien des auteurs en sont très malheureux, que moins sont denses le contenu de l'ouvrage et les attentes du lecteur, plus explose le nombre de commentaires. Pour obtenir des commentaires à foison, il faudrait cibler un public consommateur, qui revendique un but très différent du mien en tant que lectrice : vivre une expérience éphémère pour se distraire, sans chercher à y prendre de plaisir esthétique ni à en retirer quelque chose de plus substantiel.

Encore une fois, je n'oppose pas la littérature savante à la littérature distrayante : j'aime qu'un ouvrage soit distrayant, mais aussi, bien fait, musicalement agréable et, en prime, enrichissant.

S'il existe un dialogue auteurs-lecteurs, c'est peut-être surtout en tant que lecteur d'autrui qu'un auteur peut encore le vivre : dialogue silencieux, certes, dialogue fantasmé – et pourtant tellement plus intime, profond, nourrissant qu'un commentaire sur Amazon…

Au fond, peut-être que l'échange public est un leurre, une vaine espérance.


Bref, l'écriture est une œuvre solitaire, ingrate, jamais aboutie et qui reçoit peu de cette récompense significative : une véritable communion avec les lecteurs.

Peut-être ne suis-je pas, à titre personnel, capable de la susciter ; seulement, je ne la vois s'exprimer nulle part, ou si peu.

Peut-être, en vérité, les temps ont-ils changé et, avec eux, ce que les cuistres nommeraient « le rapport à la lecture ».

Par conséquent, après plus de cinquante années de ferveur, je commence à me lasser d'écrire. Le feu sacré est toujours là, mais il n'éprouve plus le même besoin d'être extériorisé. Il se suffit à lui-même et je ne suis pas très loin d'avoir envie d'écrire pour moi, sans publier. Si je ne m'étais engagée à achever ma saga Élie et l'Apocalypse, si je ne pensais pas avoir encore beaucoup de choses à dire, atypiques, dont quelques lecteurs pourraient faire leur miel, je tirerais ma révérence.



En tant que lectrice, je vois les choses se compliquer aussi, et cela me désole bien davantage. J'admets être assez difficile, quoique très éclectique. Je rencontre de moins en moins d'ouvrages à mon goût ; c'est un vrai drame. D'où la frustration qui sous-tend probablement mes billets.

Il doit bien se trouver, chez de petits éditeurs passionnés par leur métier, quelques chefs-d'œuvre littéraires qui vaudraient le détour. Mais j'avoue être peu portée sur la « littérature très littéraire » et sur les ouvrages intellectuels. L'esthétique pure m'ennuie, les grandes idées me barbent, tout a déjà été dit, j'ai vu pas mal de choses de par le monde et je suis plus assoiffée d'atmosphères que de grandes pensées.

Il n'empêche que j'aime que ces atmosphères soient transcrites dans un style puissant ou délicat, qu'elles recèlent un sens profond et soient truffées de pépites : surprises, découvertes, humour ; j'aime être bluffée, ou, plus simplement – mais ô combien c'est rare ! –, retirer de ma lecture cette sensation de toucher à l'essentiel, à la vie même, qui est le propre des bons romans, même sans prétentions.

Je suis convaincue que la plus grande vertu d'un ouvrage, c'est de ne pas être vide, gratuit, superficiel. Un livre ne doit pas seulement nous distraire, mais nous parler comme un ami ou un tuteur, nous consoler, nous apprendre à mieux nous connaître et à comprendre autrui ; nous intéresser, nous renseigner, nous fournir des exemples, des modèles, des armes pour affronter l'existence ; nous procurer une expérience de la beauté, de l'émotion, de l'indicible… En résumé, il doit être porteur de sens.

Tiens, voilà ce que j'essayais de formuler : l'auteur doit abandonner au passage sa livre de chair, en offrande au lecteur.


J'espérais rencontrer en autoédition les types d'œuvres que ne produit plus, ou plus guère, l'édition tradi trop sclérosée, vérolée par le copinage, avide de prospérer en usinant des bestsellers industriels.

Je pensais que la liberté de création née avec l'autoédition ferait éclore une nouvelle brassée de chefs-d'œuvres, moins nombrilistes ou pédants, plus originaux, plus diversifiés. Affranchis, quoi ! Plus « vrais ».
(Tiens, j'avais rédigé un billet sur l'authenticité. Là aussi, il réside un malentendu fondamental ; il faudra que je publie cela un de ces jours.)

Je ne dis pas qu'il n'y a rien de tel en autoédition, ni qu'aucun auteur ne défriche cette voie, mais je suis globalement déçue. Je tombe sur beaucoup trop d'œuvrettes bâclées ou superficielles pour ne pas m'en rendre malade. Et, ce qui me désole infiniment plus, les auteurs, sur la défensive (et c'est bien naturel : je suis consciente que je donne l'impression de les critiquer lorsque je les pousse à se remettre en question, comme j'ai longtemps été payée pour le faire), s'égosillent à prouver que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ce qui ne contribuera pas à faire évoluer les choses.

Une partie de l'autoédition s'engouffre dans la brèche mercantile ouverte par l'édition, qui, elle, a l'excuse d'avoir de lourdes charges financières et le devoir de survivre. 
Pour les indés (qui ont le choix, contrairement aux édités), faire de l'argent ne saurait être une bonne raison d'écrire.

En dehors de ces cas suspects de vénalité, il me semble qu'une partie de l'indésphère confond un succès facile avec le fait d'exister. 

L'ego chatouilleux des auteurs, qui sont souvent des êtres blessés, hypersensibles, épidermiques, s'avère bien mauvais conseiller. 

La réussite est avant tout une alchimie intérieure, c'est même la seule voie possible pour qu'elle rayonne autour de soi, pourrait-on dire. 

Se faire « un nom » – pour combien de temps ? – ne devrait jamais être une fin en soi. L'auteur est un témoin ; rien, en dehors de ce qu'il est capable de transmettre, de son aptitude à nourrir autrui, n'est en mesure de lui donner le relief auquel il aspire.

On me dira que l'on ne peut témoigner et transmettre qu'en accédant à un lectorat. Mais vouloir se construire un lectorat par le marketing et la publication accélérée de lectures faciles, avant d'avoir appris à s'exprimer et d'avoir vraiment quelque chose à dire, est une démarche regrettable : elle tue dans l'œuf des talents qui ne demandaient qu'à éclore.

Encore une fois, c'est une lectrice qui vous le dit.


Malgré ce contexte décourageant, il doit y avoir quantité d'ouvrages à mon goût, quelque part dans la masse exponentielle des ouvrages autoédités ; mais où, comment les trouver ? J'ai rêvé de rendre possible un accès direct. Ce fut longtemps mon combat. Pour la première fois de ma vie, j'ai échoué à faire partager mes convictions et à transformer un projet en réalité. D'autres réussiront peut-être.

À de rares exceptions près, je ne lis plus d'indés : je suis trop lasse, trop mal en point pour m'user les yeux à chercher des miracles.

Je publierai peut-être encore quelques articles, parce qu'ils sont utiles à certains et que j'aimerais contribuer à dissiper quelques-uns des malentendus qui entravent l'autoédition, retardent sa maturation. Mais j'ai de plus en plus l'impression de m'égosiller dans le désert.

Je ne détiens pas la vérité ; je ne suis même pas sûre qu'elle existe ; et l'on pourrait, comme les politiciens, dire tout et son contraire sans pour autant parvenir à une synthèse consensuelle. Même les évidences basiques trouvent le moyen d'être réinterprétées et nuancées à l'infini. 

Les lignes ne bougeront pas, ou très lentement, parce que chacun voit midi à sa porte et se satisfait plus ou moins du statu quo. Je me suis contentée de faire, dans la mesure de mes moyens, ce qui me semblait juste et nécessaire, mais c'était sans doute parfaitement chimérique et présomptueux.

Je consacre désormais l'essentiel de mon énergie à finir ma saga, pour ne pas laisser ses lecteurs en plan.

Ensuite, s'il me reste du temps, je retournerai à ma bibliothèque, à ses ouvrages lus et relus. Comme une femme qui, après s'être acharnée à trouver de nouveaux amants capables de l'étonner, reviendrait avec nostalgie dans les doux liens familiers d'un ancien mariage d'amour. 

À défaut de me surprendre, mes livres, ces vieux compagnons, sauront lever en moi des émotions oubliées et d'autres, fraîches et inédites, parce que je n'aurai plus tout à fait (voire, plus du tout) le même regard.

Seule, libérée, je dialoguerai à plaisir avec les auteurs qui m'ont modelée : interlocuteurs immortels, puisque leur voix s'adressera toujours en confidence à moi, lectrice, par-delà les illusions que sont le temps et la mort.






vendredi 23 février 2018

Le jour où Maman s'est endormie


Une petite nouvelle en libre lecture. 
Je vous préviens, âmes sensibles s'abstenir !






Merci à celles et ceux qui ont laissé un commentaire. 

Cette nouvelle est maintenant disponible, toujours en libre lecture :

 ici (site monbestseller.com) 

 ou  (au début de l'extrait gratuit, à consulter avec le bouton "feuilleter" qui apparaît au-dessus de l'image de couverture).




© Elen Brig KORIDWEN, 23 février 2018.

lundi 19 février 2018

Autoédition : Écrire pour ne pas mourir






« Il y a trois sortes d'hommes, professait Aristote : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. »

Longtemps, l'homme s'est battu à armes inégales contre cet élément, vaste contrée liquide où régnaient des divinités affamées, terrifiantes. En se cabrant sous eux comme un cheval rétif, la mer, sombre sirène, appelait et fascinait les marins.

La mer, c'était la solitude, l'errance, la tyrannie des vents contraires. C'étaient aussi des tempêtes dont la démesure exaltait soudain la vie et propulsait l'individu dans une troublante intimité avec la mort.

Naviguer était un long voyage à genoux, à tâtons, les doigts gourds, le cœur dilaté d'une mystique révérence ; un pèlerinage des peurs et des souffrances, d'espoirs, d'éblouissements. On plongeait tout droit vers l'enfer, entre deux lames qui cisaillaient le ciel comme on ferme un tombeau. Puis, en gonflant d'un coup les voiles, en rendant au navire sa liberté d'oiseau, la mer promettait au marin un statut de demi-dieu.


Aujourd'hui que l'océan perd sa dimension héroïque, l'on pourrait avancer aussi qu'il y a « les vivants, les morts et ceux qui écrivent des livres ».

Ce serait pour les mêmes motifs, à peu près.


Seul à la barre de sa raison, l'auteur se risque à découvert dans une infinité sourdement antagoniste. Armé de ses chimères, il y affronte des démons tissés d'écume et de légendes.

En s'efforçant de tracer sa route immatérielle de phrase en phrase, de page en page, il se confronte à ce qu'il est ; à ce qui l'a fait, l'a modelé pour répondre à cet appel.


L'auteur écrit pour survivre. Il sait que l'attendent les abysses où s'engloutira tôt ou tard son embarcation. Il se bat, chaque mot en témoigne. Rien n'est donné. Même ces mers d'huile qui, sous sa plume, sur son écran, soudain s'ouvrent et déroulent leurs flancs apaisés devant l'étrave d'une inspiration triomphante.


L'auteur écrit pour se survivre, on l'imagine. Si tant est que ses écrits, fragile bouteille à la mer, lui confèrent la postérité. Est-ce un dessein sérieux ? Souhaitable ? Oui, peut-être, si cela peut l'entraîner jusqu'au bout de lui-même. Non, pourtant – parce que la soif de postérité est un jeu d'adultes rassis : elle n'existe que dans l'instant et ne vaudra jamais, jamais, l'éternité des jeux d'enfants qui lestent nos souvenirs.


L'auteur écrit surtout pour être.
La solitude, l'angoisse, la joie que l'on n'attendait plus ; les fumées bleuies du passé, l'encens des amours perdues ou retrouvées, l'opium des convictions ; la crainte de soi-même, des autres, du néant… Tous ces monstres familiers chevauchent la vague à ses côtés, dans sa tête, pour le meilleur et pour le pire.


Humble ou arrogant, mais toujours condamné à douter de ses forces, de son talent, de son droit, l'auteur, Sisyphe déchaîné, creuse un sillon à nul autre pareil dans un élément qui n'est pas tout à fait de ce monde.

Sans trêve il s'oppose des questions dont le fuieront les réponses. Il se retourne en chemin, cherchant dans ses devanciers des maîtres irréfutables, ou défriche droit devant lui avec des audaces opiniâtres d'explorateur. Il se justifie, ou encore proclame que l'art n'a pas à être justifié.

Il rêve, il transcrit, il trébuche, expérimente, désespère. « Oh, que ma quille éclate ! Oh, que j'aille à la mer ! » (1). Rimbaud, ou la tentation de nous dissoudre enfin dans ce qui nous dépasse.


Rossignol aveuglé par des mains sans merci, écoute offerte au vent, l'auteur chante. En les entremêlant à son insu, il égrène les fils vibrants des mélodies qui le hantent. Parfois, il est le seul à les entendre encore. Mais en chantant, il les ranime : il passe un témoin invisible à ceux qui viendront après lui.

L'auteur invente ainsi sa propre voix. Sans ignorer que cette musique n'est pas complètement la sienne ; que c'est l'héritage d'autres chants, d'autres témoins dont résonne encore sa mémoire. Pourtant cette voix appartiendra à chacun de ses lecteurs, elle se donnera à eux et viendra se poser, familière, sur leur âme.


Immobile devant sa page, fourmi à demi-noyée face à l'océan de sa tâche, l'auteur commet jour après jour, en confidence, un exploit public aussi essentiel que dérisoire.

Il le sait. Il se sent vivant…

C'est en cela, et rien d'autre, qu'un auteur est immortel. Il l'est à chaque minute, pour lui seul. Campé à la barre, éperdu, conscient à en crever de sa folle impuissance, il écrit pour ne pas mourir.






(1) J'ai modernisé ici la graphie originelle : « Ô, que ma quille éclate… ».

samedi 10 février 2018

Autoédition : intrigues, enjeux et mode d'emploi



Élément d'intrigue pas très convaincant.



Le métier d'auteur, c'est en grande partie une affaire d'intrigues.
Vous voulez des preuves ? En voici. 

En 2016, j'ai corrigé, remanié ou réécrit bénévolement plus de 5 000 pages pour aider des auteurs autoédités à optimiser leur « bébé ». Mais la tâche est immense, et tous les auteurs confirmés de l'indésphère n'y suffiraient pas. 😭

Consternée de rencontrer, sur Amazon ou ailleurs, tant de torchons bâclés qui pénalisent l'image de l'autoédition, et plus navrée encore de voir un excès de fautes d'orthographe ou de syntaxe amoindrir les chances de succès d'œuvres prometteuses, voire bourrées de talent, j'ai commis de très nombreux billets pour supplier les auteurs débutants (ou pas) de soigner la forme de leur prose. Voir par exemple ici, ou ici.

Il est temps d'évoquer un autre élément décisif pour le succès d'un livre : l'histoire elle-même, avec sa ou ses intrigues.


J'ai parcouru récemment l'extrait Amazon d'un thriller édité. Oui, vous avez bien lu : « édité ». Comme quoi, l'édition n'est pas toujours à donner en exemple. Amis autoédités, rengainez vos complexes !

Un autre ouvrage de cet auteur m'était déjà passé sous les yeux ; j'avais zappé, peu friande de cette invitation du genre « roulons-nous gaiement dans le sang, le sperme, la merde et tout ce qui effarouche le bourgeois » – ou parfois le fait vibrer, il est vrai, quand il lit ces choses-là bien au chaud sous sa couette.

(À l'inverse, quiconque s'est frotté aux réalités du monde aspire plutôt à l'évasion, à l'humour, bref à une légèreté qui n'exclut pas la profondeur. Rappelons-nous cette formule d'Alphonse Daudet, reprise à son compte par Alexandre Jardin : « Il faut traiter les choses légères avec sérieux et les choses graves et sérieuses avec légèreté ».)

PS : suite à un commentaire sur facebook, je précise ma pensée. Par "légères", je ne fais pas du tout allusion à de la romance ou des écrits "bisounours".
Exemple : Monteilhet (Néropolis, etc) traite des sujets dramatiques et même passablement gore, mais il le fait sur un ton ironique, distancié, persifleur, provocant, bref, irrésistible – et avec une étourdissante (érudite, disons-le tout net) connaissance de son sujet.
Ce qui m'exaspère, ce sont ces jeunes auteurs qui se piquent d'enfoncer le nez du lecteur dans la merde : "Tiens, regarde, ignare, la vraie vie c'est ça." 
D'abord, la plupart du temps ils n'en savent rien – comme l'auteur dont il est question ici, et qui affirme avoir bourlingué, mais, vu l'innocent irréalisme de ses scènes, semble avoir seulement enchaîné les road trips d'un zoo marginal à l'autre, sans risquer sa peau autrement qu'en fumant des joints.
De plus, la réalité intéressante, ce n'est pas le sang, etc. Ce sont les raisons pour lesquelles il coule, et sur ce point, nos auteurs en barboteuse se montrent d'une insoutenable vacuité.

Revenons à nos intrigues. Alléchée par une chronique dithyrambique sur le dernier thriller de l'auteur en question, je me suis dit que j'avais peut-être raté une belle rencontre. Hélas, non.

Suis-je simplement de l'espèce des littéraires réactionnaires, ceux qui tirent à vue sur la production de nos écrivains en devenir, comme des octogénaires paranoïaques flinguent les délinquants juvéniles ? Je suis persuadée du contraire, mais pour en avoir le cœur net, j'ai soumis l'extrait à ma fille – qui lit de tout et, encore postée à bonne distance de la trentaine, ne peut être qualifiée de vieux tromblon élitiste. Verdict : « C'est nul. On dirait de la mauvaise série télé. » 😕

Pourtant, dans ce texte, aucune faute ne sautait aux yeux comme un canard sur un hanneton ; le style ne cassait pas trois pattes à notre copain palmipède, mais c'est l'usage dans ce genre de littérature : rien ne doit y freiner la course du lecteur, cavalant après l'intrigue avec le souffle court et la boule au ventre, genre Mémé Juliette quand Julien Lepers, avec sa mine bouleversante de gentil garçon propre sur lui, lui balançait en pleine poire ses questions existentielles – fût-ce par tévé interposée.

C'est là que…
Lepers se prend la porte au profit de Samuel Étienne, le moteur cale, la mayonnaise tourne, l'arme s'enraye et le lecteur dépité se crashe sur sa descente de lit. Vous avez compris l'idée générale : y'a un os dans la moulinette.

Dans le cas susdit, manque de bol, il n'y a pas qu'un gros fémur décidé à faire obstruction (genre, un ton narratif faussement dégagé qui pue l'artifice de bout en bout), mais aussi une belle collection d'osselets non moins perturbateurs : des clichés à gogo, des répliques qui sonnent faux et des combats hautement comiques sans le vouloir, tirés tout droit – ma fille avait raison – d'une série télévisée pour machos du dimanche et ménagères en manque d'adrénaline.

D'accord, je tape dur, alors qu'au fond, je n'ai rien contre lesdites séries et leurs admirateurs. En revanche, je suis très contrariée de voir des auteurs gâcher leur potentiel en se laissant aller à la facilité, et des blogueurs leur rendre le bien mauvais service de les encenser sans discernement.

Voici donc quelques éléments de réflexion pour les perfectionnistes désireux de s'informer, voire de se remettre en question.


Qu'est-ce qui fait qu'une intrigue tient la route ? Quelle en est la recette ? « … Et d'abord, peux-tu affirmer qu'il en existe une, toi qui nous donnes si volontiers de leçons ? » m'interpellerez-vous peut-être, les poings sur les hanches.
La réponse est oui. 

Je ne vous livrerai pas de recette miracle, mais des règles de bonne conduite qui ne s'arrêtent pas à la recherche d'originalité, traitée ici.

Pas non plus de méthodes toutes faites, ces fameux moules dans lesquels l'édition industrielle coule sans vergogne ses produits de grande consommation ; seulement quelques pistes assorties de petits conseils qui, je l'espère, vous seront utiles.


• Avant de vous mettre aux fourneaux, prenez soin de vous entourer d'une brigade – non pas de commis de cuisine, encore moins de sapeurs-pompiers, mais de BÊTA-LECTEURS.

En goûtant votre manuscrit, ces précieux auxiliaires vont vous permettre de vérifier que tout baigne. Ils pourront peut-être même vous conseiller, ou, qui sait ? vous tirer d'une impasse. En tout cas, ils « essuieront les plâtres » avant que vous ne risquiez votre bébé à portée de fusil des lecteurs-acheteurs. 😈

Choisissez ces bêta-lecteurs de formations culturelles et inclinations littéraires très diversifiées : chacun verra des fautes, des défauts, des incohérences que le reste de l'équipe n'aura pas remarquées.

Attendre les retours vous larde d'impatiences ? Tenez bon ! Vous n'espérez pas participer au prochain Goncourt, ni n'avez besoin de sauter dans le train de la rentrée littéraire.
En revanche, la bêta-lecture est une étape cruciale.

(Je sais : « faites ce que je dis, pas ce que je fais. » Ben oui. Lorsque, me risquant pour la première fois dans la littérature fantastique, j'ai utilisé la case micro-édition, l'une des vertus de mon éditeur – handicapé par une équipe minimaliste – fut de m'encourager à prendre des bêta-lecteurs. C'est grâce à eux, et à son propre avis de lecture, qu'EELA est passé du stade de vade-mecum pour initiés au stade de roman publiable. Aujourd'hui, ils me manquent.)

Au cas où, malgré un racolage intensif parmi vos proches et sur votre lieu de travail, vous n'escompteriez qu'une dizaine de ventes de votre chef-d'œuvre, vous aurez peut-être l'impression de compromettre votre classement au Top 100 Amazon en transformant certains d'entre eux en pré-lecteurs gratuits. 😉 
Là aussi, faites-vous violence : ces avis préliminaires vous éviteront sans doute des réactions moins diplomates émanant de lecteurs payants.

Rappelez-vous : l'enjeu consiste à publier un ouvrage aussi abouti que possible et qui séduira le plus possible son lectorat.
Le temps perdu (raisonnablement) avant publication est TOUJOURS du temps gagné.


Pour tout le reste, c'est simple, demandez à votre oncle Jean-Bernard, cuistot à l'« Auberge du Poney Fringant », place Toussauze à Bree. 😊 Il vous révélera ce qu'il faut pour tortorer une bonne mitonnée de bouquin sauce lauriers bien goûtue :



• UTILISEZ DES INGRÉDIENTS DE QUALITÉ.

Ce qui exclut les clichés, lieux communs et autres expédients frelatés ou qui sentiraient trop le réchauffé. Vous n'êtes pas un gâte-sauce tricheur ou trop pressé, que diantre !

(Cette dernière expression est un hommage à La joueuse de théorbe de Patrice Salsa, un auteur qui ne mâche pas ses mots – je l'avais prié de quitter l'un de mes groupes, c'est dire – mais qui manie la langue française comme un chef, si bien que depuis lors, je l'ai invité dans un autre.)

PETIT CONSEIL N° 1 :

Ne cessez jamais de lire. Le plus grand tort que puisse s'infliger un auteur, surtout non confirmé, c'est de penser qu'il doit consacrer tout son temps et son énergie à écrire.

Même un athlète de haut niveau continue à s'améliorer en observant les autres. Pour quelqu'un qui veut faire de l'écriture son métier, c'est encore plus incontournable.

Lisez de bons livres en abondance. Des livres qui ont des choses à vous apprendre, de préférence : riches et bien construits. Et lisez-les avec votre esprit d'analyse, en vous intéressant aux moyens mis en œuvre par leur auteur.

Laissez tomber les classiques si vous y êtes allergique (dommage, mais c'est affaire de goûts). De remarquables romans sont parus au XXe siècle, si, si ! Et ce n'était tout de même pas la préhistoire… 
Ces auteurs-là, les romancières anglo-saxonnes et les poètes de mes vertes années ont fait le plus gros de mon éducation.

Délaissez aussi les écrits « littéraires » si, à tort ou à raison, vous les jugez prétentieux, alambiqués, abscons. La bonne littérature dite « de genre » est tout aussi fréquentable. Si vous ne savez où en trouver la quintessence, demandez conseil à un libraire ou bibliothécaire passionné. 

(Je ne suis plus très à la page, mais il y a eu des romans de genre magnifiquement écrits. En SF/fantastique, je révère Theodore Sturgeon ; dans le polar, m'ont marquée : Hubert Monteilhet, Sébastien Japrisot, Boileau-Narcejac ; et même si cela peut sembler dater, l'épopée d'Albertine Sarrazin, délinquante tôt incarcérée, prouve avec brio que l'on peut mêler l'argot et des sujets triviaux, à une prose virtuose.)

Il vaut parfois mieux, surtout quand on débute, lire avant tout des ouvrages relevant du genre dans lequel on écrit. L'important, c'est leur qualité. N'allez pas à la facilité, colletez-vous avec le talent, voire le génie des autres. Cet exercice (gratuit, au contraire du coaching ou des ateliers d'écriture) rend lucide, évite bien des ridicules et permet de progresser vers l'excellence.

Parcourez aussi les sites et blogs d'aide à l'écriture.

Tapez dans votre moteur de recherche les mots « clichés », « lieux communs », « poncifs », « truismes », « tropes scénaristiques », pour découvrir les articles consacrés à la banalité en écriture.
Vous y trouverez une foule d'exemples à ne pas suivre et affûterez votre clairvoyance en la matière.


• CONCOCTEZ DES SAVEURS AUTHENTIQUES…

… de celles qui réjouissent le palais et grâce auxquelles le dégustateur ravi retrouve ses souvenirs d'enfance, quand Papi lui faisait lécher la casserole, ou qu'il volait à la petite voisine un premier baiser parfumé à la fraise Tagada. 😋

En particulier :


Vos dialogues doivent être crédibles.

Recherchez le naturel ; ne vous contentez pas de répliques stéréotypées ou, pire, invraisemblables.

Soyez particulièrement attentif si vous employez de l'argot, des grossièretés ou autres originalités : quand on sort des sentiers battus, il est facile de se tromper ou de produire un rendu artificiel.

Si vous voulez pousser plus loin le perfectionnisme, veillez à faire s'exprimer vos personnages dans les différents registres qui leur conviennent. C'est du travail, mais cela en vaut la peine. Rien n'est plus dommage qu'un livre prometteur où tout le monde s'exprime de la même manière, au mépris des réalités.

PETIT CONSEIL N° 2 :

Lisez vos dialogues à voix haute devant des tiers. Choisissez des répliques isolées (si vous lisiez des morceaux plus étendus, vos auditeurs pourraient être pris par l'histoire et se montrer moins vigilants). Demandez-leur si cela leur paraît sonner juste.
L'avis des bêta-lecteurs est, là aussi, inestimable.


– Les passages « techniques », notamment les scènes d'action, ne doivent pas avoir l'air d'une parodie ratée.

PETIT CONSEIL N° 3 :

Amis auteurs, ne vous fiez pas au cinéma et à la tévé pour vos scènes d'action ! À de rarissimes exceptions près, il ne s'agit là que de bidouillage.

La plupart du temps, l'action dans un film n'a rien à voir avec le réel, mais alors, rien du tout… Les malheureux qui ont vraiment cru qu'ils pourraient sauter du haut de leur immeuble, envoyer valdinguer d'un ch'ti coup de volant le chauffard qui leur prenait la tête, ou projeter trois sièges plus loin, d'un coup d'un seul avec leurs soixante kilos tout mouillés, le grand balèze qui leur bouchait l'écran, ont fini à l'hôpital ou à la morgue.

Si vous voulez approfondir le sujet de façon plus ludique, les vidéos de Suricate : Movies vs Life sont une amusante illustration de cette erreur fondamentale.

Bref, l'objectif au cinéma est de « faire comme si », de leurrer les spectateurs sans recourir à de nombreuses prises ni mobiliser un budget faramineux. Surtout qu'une scène réaliste est rarement spectaculaire, souvent trop longue, et toujours difficile à filmer de façon convaincante. Curieusement, du « comme si » chorégraphié avec soin fait beaucoup mieux illusion !

Moyennant quoi, le prestidigitateur, pardon : le metteur en scène, nous fourgue vite fait bien fait une interprétation très approximative, le plus cinégénique possible, et les non-initiés n'y voient que du feu.

Vous me direz que dans un thriller ou un polar, le but est le même qu'au cinéma : emballer le spectateur à peu de frais. Telle une belle-de-nuit retroussant sa minjupe sur un bout de cuisse évocateur, l'auteur n'aurait donc qu'à trousser une scène pas trop absurde pour que le tour soit joué, le « client » convaincu.
Vous n'avez pas tort : la plupart du temps, ça marche. 😢

Oui mais… êtes-vous prêts à recevoir des tomates pourries dans le cas contraire ?



• NE LÉSINEZ PAS SUR LE LIANT QUI VA HOMOGÉINISER LE TOUT.

En l'occurrence, nous aurons : d'une part, une tasse de maïzena – la vraisemblance générale –, d'autre part un gros jaune d'œuf – ce surcroît d'agrément et de densité qui bétonne l'ouvrage en y diffusant votre bonne connaissance du sujet.
Bien répartir et faire réduire à petit feu, le temps de prendre du recul sur l'ensemble de votre travail.


– La vraisemblance, d'abord.

Elle ne dépend pas seulement des éléments cités plus haut (absence de tropes scénaristiques éhontés, dialogues « justes », scènes réalistes). Eh non, ce serait trop facile !

Elle dépend aussi de l'intrigue, qui, en plus d'être réaliste, doit aussi être distillée de façon subtile, logique et bien rythmée.

Rien ne tue plus sûrement un roman qu'une intrigue bancale, mal ficelée, avec des maladresses psychologiques à foison, des longueurs par-ci et des passages trop évasifs par-là. A fortiori si elle est également incohérente, bourrée de contradictions, voire d'erreurs.

Un petit florilège ? Allons-y.

La fin en queue de poisson qui donne l'impression que l'auteur ne savait plus comment s'en sortir, ou qu'il avait décidé de boucler son livre ce jour-là pour pouvoir partir à la pêche.
Exemples.
On court après un assassin pendant 200 pages, et à la dernière, ô surprise : c'était un parfait inconnu, parachuté in extremis comme un GI sur le bocage normand en 44, pauvre homme.
Ou bien : on ne saura jamais qui c'était, parce qu'en fait, ben ça devait pas être tellement intéressant. En tout cas, pas pour l'auteur, qui avait des prétentions plus métaphysiques. Je vous jure, cela existe !

Le ressort d'intrigue qui ne tient pas la route. 
(Le ressort d'intrigue, c'est comme sur un piège à souris, avec le lecteur dans le rôle de la proie.)
Exemples.
« Sigismond, ivrogne invétéré, s'envoie dix bouteilles de vodka qui le poussent à tuer sa voisine. » Hélas, chargé à ce point, il n'encourt pas le passage au crime, mais seulement le coma éthylique terminal.
Ou encore : le coupable était en réalité la cousine Martha. Hélas, un lecteur qui n'avait encore sombré dans le coma s'aperçoit qu'en vérité, ça ne tient pas debout, parce que Martha, clouée à son fauteuil roulant, n'aurait pas pu parcourir dix kilomètres à travers bois à l'allure d'un TGV.

Le personnage secondaire qui meurt au chapitre 3 et ressurgit au chapitre 20probablement parce que l'auteur planifiait sa partie de pêche, avait trop bu, était tombé dans le coma (rayez la mention inutile). 
Ou, pire : prend les lecteurs pour des cons 😡et se satisfait de pisser du jus de navet à la cadence infernale de cinquante pages/jour. Mais vous, heureusement, vous ne mangez pas de ce pain-là, sinon vous ne seriez pas en train de me lire.

Etc, etc.

Dans ce domaine, je suis désolée, seule l'expérience acquise avec de bonnes lectures peut vous guider. Agatha Christie était un maître en la matière ; d'autres écrivains célèbres n'attendent que votre visite pour vous délivrer leurs inappréciables enseignements.

S'il est trop tard pour les lectures édifiantes, si votre manuscrit est déjà prêt à poster, déchirez l'enveloppe à belles dents et soumettez d'urgence son contenu à des avis autorisés : bêta-lecteurs au regard implacable, coach qualifié, enseignant, auteur d'expérience.

Enfin, la vraisemblance dépend également de la qualité des personnages : si le lecteur y adhère, il collera à l'histoire comme un diptère sur un papier tue-mouche (à cette différence près que le lecteur, lui, doit survivre à cette expérience pour resservir 😜).

Mais les personnages méritent un billet à part entière, aussi, nous en reparlerons une autre fois.


La connaissance du sujet est indispensable.

Rappelez-vous : il s'agit de notre 
« jaune d'œuf » qui contribuera à épaissir la sauce. Cet œuf-là est rarement pondu en plein air – si fallait n'écrire que sur ce que l'on a vécu, ce serait moins drôle –, mais la lumière d'un écran ou d'une lampe de bureau fera très bien l'affaire.

Si vous ne maîtrisez pas les éléments de votre histoire (époque, décor, contexte, personnages, etc), n'espérez pas vous en tirer au bluff, en vous présentant aux lecteurs comme un spécialiste : ça ne fonctionne pas, en tout cas pas avec ceux qui savent, et cela finirait par vous discréditer.

Documentez-vous plutôt avec sérieux. Internet vous facilitera grandement la tâche ; si cela se révèle insuffisant, n'hésitez pas à solliciter des experts et à courir les bibliothèques. 

Ce travail est un passage obligé, à moins que vous ne décriviez qu'un univers 100 % imaginaire.
(Et encore… Gare aux aberrations, notamment d'ordre scientifique, en SF et même en fantasy : sauf indication contraire – crédible, attention ! –, les lois de la physique devront s'appliquer aussi à vos Plutoniens ou à vos Orcs.)

Vous avez peut-être choisi l'autre solution de sécurité : camper votre roman dans un contexte qui vous est familier. S'il s'agit de la vie de tous les jours, 
ne perdez pas de vue que, certes, les lecteurs aiment pouvoir s'identifier aux personnages, mais ils aiment aussi rêver et être dépaysés.

Dernière option, plus risquée : rester vague, ne faire qu'esquisser le décor. Ça fonctionne si l'ambiance psychologique est très réussie, mais attention à ne pas laisser au lecteur l'impression de rester sur sa faim ou d'avoir été escroqué.

Comme celle des lectures formatrices, l'étape de la documentation est à accomplir de préférence avant de vous lancer. 
Si vous avez déjà rédigé votre manuscrit sous le coup de l'inspiration, prenez quand même tout le temps et donnez-vous tout le mal nécessaires pour vérifier que vous n'avez pas écrit de monstrueuses inepties.

Gros bonus : vous vous apercevrez que les informations glanées en vous documentant vous permettront d'enrichir votre histoire de détails vivants et intéressants qui feront toute la différence. 😃


En résumé, la littérature n'est pas du cinéma : une ambiance en trompe-l'œil n'abusera pas les lecteurs avisés ; ils se sentiront arnaqués.

Il n'appartient qu'à vous de « faire le métier » pour réussir votre mitonnage (à ne pas confondre avec le « mythonage », une ragougnasse que l'on abandonne de grand cœur à ceux qui s'en contentent).

Ne vous découragez pas devant l'ampleur de la tâche ; prenez les problèmes à bras-le-corps l'un après l'autre, faites-vous aider, et tout ira bien.


Chers amis auteurs, j'espère avoir pu vous rendre service avec cet aperçu des éléments d'intrigue à soigner impérativement.

Que les lecteurs me pardonnent : ils ne sont ni des souris, ni des mouches, mais des interlocuteurs bien-aimés auxquels nous ne rêvons que de complaire, dussions-nous exécuter la danse du ventre avec notre plus belle plume fichée dans le fondement.

D'ailleurs, ne sommes-nous pas tous des lecteurs, nous autres auteurs ?…

Excellente écriture et lecture à toutes et à tous ! 😘