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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 5 février 2018

Autoédition : fleurir ou périr



Un courageux article de Nila Kazar a eu le mérite d'exposer on ne peut plus clairement, dans tous ses aspects, ce serpent de mer qui a déjà fait couler tant d'encre et provoqué tant de débats : le problème de la qualité en autoédition. 

Malgré tout, je constate en parcourant les commentaires facebook qu'il persiste encore des incompréhensions ; aussi vais-je apporter ma petite goutte d'eau au moulin de Nila en rebondissant sur ce sujet houleux, bien que je l'aie maintes fois traité et n'en aie guère retiré que des mauvais coups. 

Alors, pouce ! Rengainez vos colts, vos bâtons, vos plumes et votre goudron, et laissez-moi expliquer une fois de plus, aux auteurs qui pourraient à tort ou à raison se sentir visés, pourquoi des professionnels de l'écriture s'obstinent, ces frères et sœurs indignes, à vouloir leur donner des leçons (gratuitement, en plus ! quelle outrecuidance…).


Pour commencer, dans la mesure où l'écriture est leur métier et qu'ils possèdent ce trésor durement acquis que l'on nomme expérience, ouvrir leur grande g… est le meilleur service que les susdits puissent rendre aux autoédités, souvent débutants en écriture.

Ben oui. Parce que ce qui manque cruellement à un auteur débutant pour faire éclore son talent potentiel – même si tout le monde n'en possède pas, désolée pour les utopistes et les vendeurs d'illusions –, c'est un avis objectif sur le fruit de son travail.

Un livre n'est pas un bébé à propos duquel il serait impensable, sauf si l'on est un monstre de cruauté gratuite, de proférer "Ciel, qu'il est laid !". 
C'est, que cela nous plaise ou non, un produit fini (ou supposé tel) destiné à être proposé au public ; et ce dernier est en droit de ne pas se faire avoir.
Le livre se doit donc d'être aussi plaisant que possible. Au minimum, il sera propret et bien attifé.

Moralité : si, à votre grand dépit, quelqu'un de bien intentionné vous dit que votre bébé-livre est passablement mal foutu, ne vous affligez pas, ne perdez pas non plus votre précieux temps à piquer des épingles dans une poupée vaudou à son effigie ; courez plutôt à votre table de travail. 


La tâche est énorme pour l'auteur, car même un écrivain pro aura du mal à finaliser seul son texte sans oublier des coquilles, voire des bavures. Il faut recourir à un regard extérieur qualifié, et de préférence à plusieurs. Moi qui travaille sans correctrice ni, désormais, bêta-lecteurs, j'avoue n'avoir autoédité aucun ouvrage 100 % impeccable, et je ne relis jamais mes ebooks déjà publiés sur Amazon sans les retoucher aussitôt, le rouge au front. 

Dans l'édition, il existait jusqu'à nos jours (mais comme le rappelle Nila, cela tend à se perdre, hélas) l'avis souverain de l'éditeur et de son équipe, compétents pour améliorer un ouvrage ou, dans le meilleur des cas, aider l'auteur à le faire. Rien n'était publié, à moins de présenter ce que l'on pourrait appeler une qualité minimale requise, certes variable selon le genre, le public, etc.

Il y avait aussi les critiques littéraires, qui ne se gênaient pas pour descendre un livre en flammes s'il leur semblait faiblard. Du coup, les auteurs, même déjà "arrivés", se tenaient à carreaux et tournaient sept fois leur plume dans leur encrier avant de faire publier leur dernier-né.

Je viens de le dire, tout cela est en voie de disparition.

– Les grandes maisons d'édition se consacrent en priorité à produire et vendre de la soupe industrielle ;

– les petites pseudo-maisons d'édition fondées par des fumistes ou des escrocs prolifèrent à un rythme effarant ;

– l'ère des grands critiques littéraires n'est plus : les rubriques "livres" des médias ne sont guère plus aujourd'hui que des pages publicitaires. 

À moins de tomber sur un petit éditeur compétent (il en existe, heureusement) ou d'avoir écrit un véritable chef-d'œuvre (et encore…), il n'y a donc plus grand-chose à attendre de ce côté-là.


Cependant, miracle ! alors que l'édition tradi, ce dinosaure, s'acheminait vers l'extinction en toute inconscience, sont apparus les mammifères : les auteurs autoédités. 

Une glorieuse corne d'abondance mâtinée saint Graal, source providentielle de libre expression littéraire, s'est mise à déverser à jet continu, sur le lectorat hébété, des hectolitres de Beaujolais nouveau – je veux dire des milliers d'ebooks et de livres papier proposés directement du producteur au consommateur, sans l'aval d'aucun éditeur (ces cuistres bons pour la casse, lit-on çà et là, mais qui, allez savoir pourquoi, trônent toujours au firmament des rêves d'auteurs : pour la plupart des indés, "être édité" figure en tête de la wish-list à envoyer au Père Noël). 

L'autopublication était née.


Manque de chance pour les écriveurs en devenir, rien ne fonctionne comme dans l'édition de grand-papa. Notamment : en autoédition, les avis lecteurs (même quand ils sont authentiques, ce qui n'est pas toujours le cas) ne reflètent en rien la qualité littéraire. Cela ne vous gêne pas ? Ça devrait. 

Petite illustration.

Prenons deux ouvrages, un roman très littéraire et un roman de gare. L'un et l'autre peuvent être très bien faits, voire remarquables, et il n'est évidemment pas question en l'occurrence de dire que l'un "vaut plus" que l'autre : ils n'ont pas les mêmes codes ni le même public, voilà tout.

Moyennant quoi, lorsque l'un ou l'autre de ces livres atterrit entre les mains des clients de la grande machine Amazon (ou des blogueurs, malgré tout le respect que je leur dois), l'on voit, en fonction des préférences de lecture, tomber de nombreux avis du genre :

● "J'aime pas", "C'est nul"…

Qu'est-ce que cela signifie ? (En dehors, précisons-le, des démolissages en règle commis par des auteurs jaloux ou des mercenaires à leur botte. Si, si, ça existe.)

Eh bien, cela indique que les amateurs de littérature ont trouvé le roman de gare inepte, ou que les amateurs de romans de gare ont trouvé le roman littéraire illisible.

Il est évident que quand on se trompe de lecture à ce point, mieux vaudrait s'abstenir de commenter. Oui, mais allez savoir pourquoi, beaucoup de lecteurs/blogueurs se croient tenus de sacquer un livre qu'ils auraient dû tout bonnement écarter dès la lecture de l'extrait ou de la présentation. Irascibilité ? Désir de se faire mousser ? Nous n'allons pas verser dans la psychanalyse, alors laissons ces individus à leur fiel et passons au cas suivant.

● "Géniâââl !", "Super !", "J'adore", etc.

Qu'est-ce que cela signifie ? Là, les choses se compliquent.

Oublions que l'on aimerait beaucoup voir l'adjectif génial retrouver son sens véritable : "qui a/qui démontre du génie", au lieu d'être employé dans le sens de "excellent", ou pire, de "je kiffe grave".

Contentons-nous de constater un fait élémentaire : la plupart des commentaires ou chroniques de livres autoédités sont rédigés par des lecteurs ou lecteurs-blogueurs qui, en tapant ces appréciations dithyrambiques, voudront simplement dire… "j'ai aimé". Grand merci à eux ! Mais c'est ainsi que s'établit un affreux malentendu. 

Car là, effectivement, nous sommes dans le domaine du subjectif. Les uns aimeront tel ou tel livre, et d'autres pas ; on pourrait en débattre à l'infini sans pouvoir leur donner tort ou raison, puisqu'ils ne font qu'exprimer un avis personnel. 

Les blogueurs, il faut d'emblée leur rendre cette justice, ont grand soin de prévenir que leurs avis sont purement personnels, n'engagent qu'eux et ne prétendent pas constituer un jugement de valeur.

Le problème, c'est que les auteurs autoédités en quête d'avis pertinents (autrement dit, ceux qui ont la sagesse de ne pas s'en tenir à l'opinion de grand-tante Julia ou du boucher de Chouilly-les-Brouettes) ne reçoivent guère d'avis présumés pertinents en dehors de ceux de leurs lecteurs ou lecteurs-blogueurs.


Or, les avis sont utiles pour prendre le pouls d'un lectorat, évaluer ses réactions, mieux comprendre à qui l'on s'adresse, discerner quel public n'adhérera pas à un certain style ou genre d'ouvrage.

Les avis sont, par ailleurs, indispensables pour aider les auteurs à se faire connaître. 
Quelques étoiles "valident" en apparence un livre parmi d'autres (bien que ce critère, on l'a vu, ne soit pas représentatif d'une vraie "valeur") ; et même l'algorithme Amazon en tient compte – en partie et parmi d'autres éléments – pour sélectionner les heureux élus aux opérations de promotion : offres éclair ou offres du mois.

Quant aux chroniques ds blogs dits "littéraires", dans la plupart des cas elles incarnent le seul moyen, pour un auteur autoédité, de bénéficier d'une mise en valeur de son ouvrage auprès des lecteurs. Nombre de blogueurs, loués soient-ils, s'investissent énormément et parviennent parfois à donner à un livre une véritable audience, remplaçant en apparence un canal de recommandation inaccessible à ces auteurs : les conseils d'un libraire.


Le problème, c'est qu'un avis de lecture, qu'il émane d'un lecteur lambda ou d'un blog très actif, n'est pas un avis de valeur littéraire.

L'appellation "blog littéraire" peut prêter à confusion, mais les blogueurs ne sont pas à blâmer ; c'est à nous, auteurs, de ne pas confondre un "avis consommateur" avec un verdict professionnel, et par conséquent de ne pas :

– Sombrer dans le désespoir lorsque l'on est confronté à des avis/chroniques négatifs, qu'ils traduisent de la hargne ou une simple erreur de casting.

– Se prendre pour un écrivain sur la foi d'une poignée, ou même de centaines, d'avis/chroniques dithyrambiques. 
D'autant plus que, très naturellement, des liens amicaux se nouent entre auteurs et blogueurs : ces derniers perdent alors leur capacité de recul. 
Plus grave, les auteurs se commentent en rond, mûs par une solidarité louable mais dévastatrice, puisqu'elle tourne presque immanquablement à l'échange de complaisances. 

– Modifier son texte en fonction de critiques non fondées sur la compétence littéraire (par définition, c'est le cas lorsqu'il s'agit d'avis de lecteurs, fussent-ils blogueurs).

– Croire que c'est une bonne idée de vomir des boulettes de daube à une cadence industrielle, parce que les historiettes bâclées semblent attirer comme un aimant les commentaires/chroniques positifs. 
Ceci, surtout si l'on est capable d'écrire quelque chose de plus personnel et de plus talentueux : là, ce serait vraiment du gâchis !


Autrement dit, amis auteurs, ne vous méprenez pas quand vous voyez mon amie Nila, d'autres écrivains chevronnés ou votre humble servante s'égosiller pour faire passer ce message :

D'accord, ce n'est pas très cool d'égratigner un ouvrage publiquement, même s'il est atrocement mal écrit. De mon côté, je préfère ne pas commenter et donner quelques pistes à l'auteur, par message privé, pour l'aider à revoir sa copie.

Oui, c'est carrément indécent lorsqu'il s'agit de l'une de ces critiques gratuites mentionnées plus haut : celles des aigris qui descendent un livre par plaisir ou par frustration, ou pire, les critiques tactiques des auteurs concurrents. 

MAIS, comme le rappelle Nila : publier, c'est s'exposer à la critique.

Alors, quand un livre mal rédigé s'attire des commentaires sévères, avant de crier au scandale, relisons-nous avec un œil plus sévère encore. Sollicitons des avis compétents, payants si nécessaire. Faut savoir ce qu'on veut, que diable : iriez-vous confier à un amateur le soin de vous apprendre à sauter en parachute ? 

Gare aux coachs littéraires ou correcteurs autoproclamés qui, eux aussi, prolifèrent dans le sillage de l'autoédition comme des requins derrière un chalutier. Vérifiez toujours attentivement leur qualification. Comme avec les éditeurs bidon, il suffit parfois de leur adresser quelques lignes (mineures, pour empêcher le recours à Google) d'un auteur reconnu. Crise de rire assurée.

À défaut de budget ou de prestataire fiable, demandez à un auteur confirmé de votre entourage, ou, au moins, à un professeur de français (il y en a beaucoup parmi les indés et les blogueurs) son avis sur une ou deux phrases qui vous semblent critiquables dans votre manuscrit. Rares sont ceux qui refusent un petit service bénévole. Si la personne sollicitée confirme votre mauvais pressentiment, appuyez-vous sur ce nouvel éclairage pour réévaluer l'ensemble de votre travail.


Et dorénavant, de grâce, banissez de votre argumentaire (parce que le déni ne vous rendra aucun service, même si dans un premier temps il paraît panser votre ego ; au contraire, il vous fera perdre du temps et vous causera grand tort) les idées toutes faites du genre :

– "La qualité, c'est subjectif." 
NON ET NON ! Il y a un minimum exigible.
Orthographe, grammaire, ponctuation, 
mais aussi vocabulaire, rareté des clichés, construction cohérente, vraisemblance, originalité de l'intrigue, etc, sont des éléments qui traduisent objectivement cette qualité minimale, signe de respect du lecteur.

– "J'ai passé dix ans à écrire ce livre."
Malheureusement, c'est le résultat qui compte. Peut-être faut-il en passer onze. Ou revoir votre approche, en vous faisant coacher si besoin est. Ou commencer par lire beaucoup, et pas n'importe quoi. 
Je sais, on se répète ! C'est que les principes de base sont souvent les plus utiles, mais les plus vite oubliés.

– "De toute façon, les éditeurs aussi publient des livres critiquables." 
C'est vrai, nous l'avons vu. Et alors ? Est-ce une raison pour s'attendre à ce que l'on plébiscite aveuglément les ouvrages indés, même très mal écrits ? Le fait que l'on puisse trouver (presque) aussi mauvais ailleurs ne constitue pas une excuse.

Parce que je me sens très solidaire des indés, je me refuse à les caresser dans le sens du poil lorsque, au contraire, ils ont besoin d'être aidés à remettre en question leurs premiers pas d'auteurs.

Croyez-moi, en tant qu'auteur "pro", on se remet en question sans trêve ; on n'est jamais pleinement satisfait de son œuvre. L'on ne verse pas pour autant dans le blocage d'écriture, perspective qui semble terrifier tant de débutants. Au contraire, le désir de faire toujours mieux est un ressort indispensable pour qui aspire à devenir (ou à rester) écrivain.


Pour finir, et au risque de me répéter jusqu'à vous paraître gâteuse : l'indésphère toute entière pâtit de l'impossibilité, pour les lecteurs "exigeants", d'accéder directement aux livres de qualité. 

Je dis bien "de qualité", pas "populaires", bien qu'un ouvrage puisse très bien être les deux à la fois. 

Tant que cette situation perdurera, tant que tout sera mélangé en un magma si inextricable qu'il faudra parcourir des centaines d'extraits,  parfois révulsants, pour découvrir une pépite, l'aventure si prometteuse que constitue l'autoédition échouera à faire ses preuves auprès des lecteurs.

Elle échouera encore davantage à prendre le relais de l'édition en devenant, comme elle le pourrait (au prix d'un petit effort d'organisation et en renonçant aux facilités de l'autocomplaisance), un vivier novateur de création littéraire, fonctionnant selon des règles plus saines que celles que l'on reproche, à juste titre, à l'édition d'aujourd'hui.

Voilà ce qui nous désole, Nila et moi, ainsi que d'autres passionnés.

Avec la publication numérique, une porte s'est ouverte sur des perspectives inespérées. À nous d'inventer – ou de saborder – le nouveau monde qui nous est offert. Sans même parler de démarche collective, il appartient à chacun d'apporter sa pierre.