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dimanche 25 février 2018

Autoédition : Lire pour ne pas être seul





Peut-être est-ce seulement le fait d'être épuisée et souffrante, d'avoir chaque jour des malaises dont chacun semble terminal, qui m'inspire ce billet désabusé, à moi qui suis, paraît-il, la résilience et l'énergie incarnées, toujours disposée à voir la bouteille à moitié pleine et à croire en chaque individu, chaque aventure humaine. 

Quoi qu'il en soit, il fallait que j'exprime sans trop de gants ce qui va suivre. Certains d'entre vous s'y retrouveront, j'en suis sûre.


Plus je vieillis, plus je me sens lectrice avant tout, et plus je me rends compte que, paradoxalement, j'ai toujours été plus lectrice qu'auteur.

Être réécriveur, c'est un peu une mission qui consiste à lire ce qui est, puis à le reformuler pour obtenir in fine ce que l'on aurait plaisir à lire.

Être auteur, comme vient de l'exprimer ici Alice Quinn, c'est une manière de fabriquer, d'abord pour soi, le genre d'ouvrages que l'on recherche.

Bien sûr, on n'est jamais satisfait du résultat. Mais c'est la carotte au bout du bâton, ce qui nous pousse à courir dans l'espoir de faire mieux la prochaine fois.

En fin de compte, tout se rapporte à ce que l'on aimerait lire. Du moins, c'est ainsi que je vois les choses.


Rien ne me procurera jamais plus d'agrément que de m'installer dans mon lit, dans mon bain ou devant mon repas avec un bon livre.


Écrire constitue une activité stimulante, mais la fatigue, les doutes, le mécontentement de soi sont plus fréquents que la chance d'être satisfait de son travail.

Les échanges d'auteur à lecteur sont agréables, mais ne vont presque jamais plus loin que quelques lignes ; les lecteurs ont leur existence, leurs problèmes. 

Surtout, ils semblent de plus en plus rarement vivre en profondeur ce qu'ils lisent. Ou alors, la plupart gardent pour eux cette expérience. Partout, quel que soit l'auteur, les commentaires et les chroniques sont succincts, étrangement formalistes. 

Comme s'ils étaient embarrassés (par leur responsabilité de prescripteurs, peut-être ?) ou trop pressés (et il est vrai qu'ils sont débordés, s'étant imposé une tâche immense), les blogueurs s'attachent à rapporter l'histoire de façon presque mécanique, davantage qu'à témoigner à cœur ouvert de leurs réactions personnelles, à dévoiler ce que l'ouvrage a pu leur suggérer et éveiller en eux. 
La plupart des thèmes abordés au fil de l'intrigue semblent passer complètement inaperçus. 
Le « ressenti » général et superficiel du blogueur remplace un questionnement de l'auteur sur ses intentions, sa position, son expérience, ses propres sentiments.

Le temps des longs échanges épistolaires, presque intimes, entre les auteurs et des lecteurs qui souhaitaient les comprendre et en apprendre quelque chose sur eux-mêmes et sur le monde, est manifestement révolu.

Il arrive, bien sûr, qu'un lecteur nous dise avec des mots forts son plaisir de nous avoir lu. C'est, pour l'auteur, une vraie fête. Tous les efforts, toutes les déceptions, toutes les tentations de renoncement s'effacent – pour un temps. 

La joie d'avoir donné du bonheur à un lecteur est incomparable ; mais comme je le disais, dans les faits, cette relation réussie ne s'exprime que très rarement en profondeur.

On constate aussi, bien des auteurs en sont très malheureux, que moins sont denses le contenu de l'ouvrage et les attentes du lecteur, plus explose le nombre de commentaires. Pour obtenir des commentaires à foison, il faudrait cibler un public consommateur, qui revendique un but très différent du mien en tant que lectrice : vivre une expérience éphémère pour se distraire, sans chercher à y prendre de plaisir esthétique ni à en retirer quelque chose de plus substantiel.

Encore une fois, je n'oppose pas la littérature savante à la littérature distrayante : j'aime qu'un ouvrage soit distrayant, mais aussi, bien fait, musicalement agréable et, en prime, enrichissant.

S'il existe un dialogue auteurs-lecteurs, c'est peut-être surtout en tant que lecteur d'autrui qu'un auteur peut encore le vivre : dialogue silencieux, certes, dialogue fantasmé – et pourtant tellement plus intime, profond, nourrissant qu'un commentaire sur Amazon…

Au fond, peut-être que l'échange public est un leurre, une vaine espérance.


Bref, l'écriture est une œuvre solitaire, ingrate, jamais aboutie et qui reçoit peu de cette récompense significative : une véritable communion avec les lecteurs.

Peut-être ne suis-je pas, à titre personnel, capable de la susciter ; seulement, je ne la vois s'exprimer nulle part, ou si peu.

Peut-être, en vérité, les temps ont-ils changé et, avec eux, ce que les cuistres nommeraient « le rapport à la lecture ».

Par conséquent, après plus de cinquante années de ferveur, je commence à me lasser d'écrire. Le feu sacré est toujours là, mais il n'éprouve plus le même besoin d'être extériorisé. Il se suffit à lui-même et je ne suis pas très loin d'avoir envie d'écrire pour moi, sans publier. Si je ne m'étais engagée à achever ma saga Élie et l'Apocalypse, si je ne pensais pas avoir encore beaucoup de choses à dire, atypiques, dont quelques lecteurs pourraient faire leur miel, je tirerais ma révérence.



En tant que lectrice, je vois les choses se compliquer aussi, et cela me désole bien davantage. J'admets être assez difficile, quoique très éclectique. Je rencontre de moins en moins d'ouvrages à mon goût ; c'est un vrai drame. D'où la frustration qui sous-tend probablement mes billets.

Il doit bien se trouver, chez de petits éditeurs passionnés par leur métier, quelques chefs-d'œuvre littéraires qui vaudraient le détour. Mais j'avoue être peu portée sur la « littérature très littéraire » et sur les ouvrages intellectuels. L'esthétique pure m'ennuie, les grandes idées me barbent, tout a déjà été dit, j'ai vu pas mal de choses de par le monde et je suis plus assoiffée d'atmosphères que de grandes pensées.

Il n'empêche que j'aime que ces atmosphères soient transcrites dans un style puissant ou délicat, qu'elles recèlent un sens profond et soient truffées de pépites : surprises, découvertes, humour ; j'aime être bluffée, ou, plus simplement – mais ô combien c'est rare ! –, retirer de ma lecture cette sensation de toucher à l'essentiel, à la vie même, qui est le propre des bons romans, même sans prétentions.

Je suis convaincue que la plus grande vertu d'un ouvrage, c'est de ne pas être vide, gratuit, superficiel. Un livre ne doit pas seulement nous distraire, mais nous parler comme un ami ou un tuteur, nous consoler, nous apprendre à mieux nous connaître et à comprendre autrui ; nous intéresser, nous renseigner, nous fournir des exemples, des modèles, des armes pour affronter l'existence ; nous procurer une expérience de la beauté, de l'émotion, de l'indicible… En résumé, il doit être porteur de sens.

Tiens, voilà ce que j'essayais de formuler : l'auteur doit abandonner au passage sa livre de chair, en offrande au lecteur.


J'espérais rencontrer en autoédition les types d'œuvres que ne produit plus, ou plus guère, l'édition tradi trop sclérosée, vérolée par le copinage, avide de prospérer en usinant des bestsellers industriels.

Je pensais que la liberté de création née avec l'autoédition ferait éclore une nouvelle brassée de chefs-d'œuvres, moins nombrilistes ou pédants, plus originaux, plus diversifiés. Affranchis, quoi ! Plus « vrais ».
(Tiens, j'avais rédigé un billet sur l'authenticité. Là aussi, il réside un malentendu fondamental ; il faudra que je publie cela un de ces jours.)

Je ne dis pas qu'il n'y a rien de tel en autoédition, ni qu'aucun auteur ne défriche cette voie, mais je suis globalement déçue. Je tombe sur beaucoup trop d'œuvrettes bâclées ou superficielles pour ne pas m'en rendre malade. Et, ce qui me désole infiniment plus, les auteurs, sur la défensive (et c'est bien naturel : je suis consciente que je donne l'impression de les critiquer lorsque je les pousse à se remettre en question, comme j'ai longtemps été payée pour le faire), s'égosillent à prouver que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ce qui ne contribuera pas à faire évoluer les choses.

Une partie de l'autoédition s'engouffre dans la brèche mercantile ouverte par l'édition, qui, elle, a l'excuse d'avoir de lourdes charges financières et le devoir de survivre. 
Pour les indés (qui ont le choix, contrairement aux édités), faire de l'argent ne saurait être une bonne raison d'écrire.

En dehors de ces cas suspects de vénalité, il me semble qu'une partie de l'indésphère confond un succès facile avec le fait d'exister. 

L'ego chatouilleux des auteurs, qui sont souvent des êtres blessés, hypersensibles, épidermiques, s'avère bien mauvais conseiller. 

La réussite est avant tout une alchimie intérieure, c'est même la seule voie possible pour qu'elle rayonne autour de soi, pourrait-on dire. 

Se faire « un nom » – pour combien de temps ? – ne devrait jamais être une fin en soi. L'auteur est un témoin ; rien, en dehors de ce qu'il est capable de transmettre, de son aptitude à nourrir autrui, n'est en mesure de lui donner le relief auquel il aspire.

On me dira que l'on ne peut témoigner et transmettre qu'en accédant à un lectorat. Mais vouloir se construire un lectorat par le marketing et la publication accélérée de lectures faciles, avant d'avoir appris à s'exprimer et d'avoir vraiment quelque chose à dire, est une démarche regrettable : elle tue dans l'œuf des talents qui ne demandaient qu'à éclore.

Encore une fois, c'est une lectrice qui vous le dit.


Malgré ce contexte décourageant, il doit y avoir quantité d'ouvrages à mon goût, quelque part dans la masse exponentielle des ouvrages autoédités ; mais où, comment les trouver ? J'ai rêvé de rendre possible un accès direct. Ce fut longtemps mon combat. Pour la première fois de ma vie, j'ai échoué à faire partager mes convictions et à transformer un projet en réalité. D'autres réussiront peut-être.

À de rares exceptions près, je ne lis plus d'indés : je suis trop lasse, trop mal en point pour m'user les yeux à chercher des miracles.

Je publierai peut-être encore quelques articles, parce qu'ils sont utiles à certains et que j'aimerais contribuer à dissiper quelques-uns des malentendus qui entravent l'autoédition, retardent sa maturation. Mais j'ai de plus en plus l'impression de m'égosiller dans le désert.

Je ne détiens pas la vérité ; je ne suis même pas sûre qu'elle existe ; et l'on pourrait, comme les politiciens, dire tout et son contraire sans pour autant parvenir à une synthèse consensuelle. Même les évidences basiques trouvent le moyen d'être réinterprétées et nuancées à l'infini. 

Les lignes ne bougeront pas, ou très lentement, parce que chacun voit midi à sa porte et se satisfait plus ou moins du statu quo. Je me suis contentée de faire, dans la mesure de mes moyens, ce qui me semblait juste et nécessaire, mais c'était sans doute parfaitement chimérique et présomptueux.

Je consacre désormais l'essentiel de mon énergie à finir ma saga, pour ne pas laisser ses lecteurs en plan.

Ensuite, s'il me reste du temps, je retournerai à ma bibliothèque, à ses ouvrages lus et relus. Comme une femme qui, après s'être acharnée à trouver de nouveaux amants capables de l'étonner, reviendrait avec nostalgie dans les doux liens familiers d'un ancien mariage d'amour. 

À défaut de me surprendre, mes livres, ces vieux compagnons, sauront lever en moi des émotions oubliées et d'autres, fraîches et inédites, parce que je n'aurai plus tout à fait (voire, plus du tout) le même regard.

Seule, libérée, je dialoguerai à plaisir avec les auteurs qui m'ont modelée : interlocuteurs immortels, puisque leur voix s'adressera toujours en confidence à moi, lectrice, par-delà les illusions que sont le temps et la mort.