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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


samedi 10 mars 2018

Autoédition : soyez vous-mêmes




Ce début d'année 2018 est à marquer d'une pierre blanche.

Depuis quelque temps, mon miroir me renvoyait une image peu flatteuse : celle d'un pitoyable Don Quichotte qui gaspillerait son énergie à charger sottement des moulins à vent sur sa poussive Rossinante, un PC au clavier bancal et à la souris indocile.

J'assume, au fond ! Depuis mon arrivée dans l'indésphère, je m'acharne, brandissant la lance symbolique de mes petits billets d'humeur, à pourfendre des préjugés et des réflexes dont le spectacle me navre : 
– l'opinion crétine que tous les autoédités sont des ratés de l'édition ; 
– l'éviction systématique du débat sur la qualité (de présentation, mais aussi d'écriture), pourtant indissociable de l'image de marque des indés ; 
– la course au tout-marketing, au détriment du travail d'auteur proprement dit ; 
– ou encore le choix de genres et styles consensuels au lieu d'une recherche d'originalité, alors même que l'autoédition nous ouvre tout grand le paradis de la libre expression…

Suivie de ma horde courtaude de Sancho Pança, les petits ebooks multigenre que je sème à titre d'illustrations (oui, l'autopublication permet d'écrire ce qui nous chante ; oui, on peut choisir l'atypisme et mixer les genres sans perdre en cohérence ; oui, on peut faire « grand public » sans faire simpliste ; oui, mieux vaut publier des nouvelles que de bâcler un pavé…), je vous ressers sans trêve mon credo utopiste et fédérateur. Souvent découragée, mais jamais à titre définitif : une résilience que je déplore parfois, tant elle m'enchaîne à cette mission probablement illusoire.

De quel droit monté-je ainsi au créneau ? En me basant sur quels critères irréfutables ? Au nom de quelle légitimité ? N'allez pas croire que ces doutes, ces complexes ne m'ont jamais effleurée. Nul n'est prophète en son pays, fût-il porté par les meilleures intentions du monde !

Et puis, comment être sûre de me rendre vraiment utile, alors que je trouve de moins en moins le loisir de  conseiller et corriger ? Ne suis-je pas en train de m'user la santé, de négliger mes propres manuscrits, dans un but profondément vain ? J'ai toujours rêvé de changer le monde, mais j'ai dépassé depuis longtemps l'âge auquel on se rend compte que c'est, hélas, impossible…


Parmi les témoignages qui me soutiennent jour après jour – merci à leurs auteurs –, deux messages en particulier viennent de soudain me requinquer.

Je ne renaîtrai pas pour autant de mes cendres sur le plan physique, il ne faut pas rêver. Mais justement, dans ma situation, le moral compte par-dessus tout : alors je ne vais pas bouder ce souffle de printemps avant l'heure. Je me sens tout à coup plutôt fringante, en esprit sinon dans ma chair. Et j'en profite pour m'offrir à nouveau une petite charge héroïque (ou pathétique), histoire de ne pas perdre la main.


Le premier de mes correspondants providentiels est un aspirant auteur que j'ai pris en amitié il y a deux ans. Je lui trouvais de l'étoffe : une dynamique d'écriture impressionnante, un « ton » juste, des thèmes variés, des intrigues bien menées, le sens des ambiances. Manquait la forme : fautes et maladresses abondaient, c'était bien dommage.


Je lui avais donné quelques conseils d'écriture, non sans discerner qu'ayant déjà rencontré un certain succès, il croyait devoir se battre sur un autre plan : à ses yeux, le succès en autoédition passait avant tout par le marketing, et le seul enjeu était de hisser ses livres en bonne place pour élargir son lectorat.

Par ailleurs, il revendiquait de considérer tous les autres auteurs comme des concurrents. Quelle erreur ! 

Il n'avait pas tort dans l'absolu, naturellement. On devrait parfois avoir à cœur de faire mieux – aussi subjective que soit cette définition – ou du moins, aussi bien que ses petits camarades ; trop d'auteurs se contentent de vouloir vendre davantage. Certains, dans ce but, se font même la courte-échelle tout en se tirant dans les pattes, attitude parfaitement déplaisante qui, sans vouloir généraliser, ne rappelle que trop l'ambiance délétère de la grande édition. 

Je craignais que comme tant d'autres, ce jeune auteur ne fût engagé dans cette voie, celle des échanges de commentaires de complaisance : un opportunisme souvent fondé, j'imagine, sur une vision désenchantée de l'indésphère.

Je déplorais sa conception entrepreneuriale du « métier » d'auteur : en tant que communauté récente et encore inorganisée, l'indésphère ne trouvera son salut que dans la cohésion et le soutien mutuel. Par « soutien », je n'entends pas une cooptation intéressée, mais un esprit solidaire et la capacité à se fédérer pour faire évoluer la situation.

C'est d'ailleurs une grande partie de l'intérêt de l'autoédition, je le répète : on peut encore espérer y mettre en œuvre un système plus juste, plus fraternel, mieux conçu que l'édition traditionnelle – certes globalement plus compétente (cela changera, je veux y croire !) mais trop tributaire de méthodes qui sentent la fin de règne : vieilles combines entre copains ou alliés, choix très mercantiles par nécessité (le gros tirage ou la mort), détestables a prioris en matière de contenus littéraires…

[Je ne vise pas là, bien sûr, les petits éditeurs indépendants qui exercent leur métier par passion, de façon quasi sacerdotale : ils sont ô combien méritants, mais trop marginaux et, souvent, trop spécialisés pour pouvoir accueillir toute la diversité qui s'exprime à travers l'autoédition.]

Et puis, il y a quelques semaines, ce jeune auteur est intervenu sur facebook pour déclarer qu'il souhaitait désormais s'employer à devenir un auteur au sens le plus louable du terme : en améliorant son écriture, son savoir-faire, en publiant des ouvrages plus aboutis dont il se sentirait fier. Inutile de vous dire combien j'en ai été émue.


La seconde personne qui m'a contactée en ce sens est un auteur qui s'est beaucoup investi pour les autres. Ses premières publications comptent parmi les rares ouvrages indés qui m'ont vraiment séduite (il est vrai que je lis de moins en moins ; j'ai conscience de passer à côté de maints chefs-d'œuvres). Pourtant, là encore, la forme n'était pas à la hauteur.



[Petite – non, grosse – parenthèse.

Cela peut paraître contradictoire, de la part d'une pasionaria qui appelle du matin au soir à soigner les manuscrits avant publication, d'encenser à l'occasion des livres entachés de nombreuses fautes d'orthographe ou de formulation. Aussi, il convient que je clarifie ma position.

J'ai conscience que cette déclaration va surprendre bien des lecteurs, mais voilà : sans aucun doute, le fond passe avant la forme quand il est vraiment original, intelligent, avec une intrigue innovante et finement conduite.

Cela signifie que l'auteur mérite attention et encouragements et qu'à tout prendre, ouvrage inabouti pour ouvrage inabouti, je conseillerai avec ardeur de lire ces livres-là plutôt qu'un blockbuster formaté au style insipide, au thème rebattu et à l'intrigue conventionnelle, comme il en caracole des kyrielles en tête des ventes et comme je vois tant de charmantes blogueuses en plébisciter d'une seule voix.

Sans s'en rendre compte, ces dernières valident ce que je compare à des calories vides : le type d'histoires lisses, consensuelles, qui se gobent comme des bonbons, sans autre bénéfice qu'un goût fugace sur la langue ; mais qui, bien entendu, plairont au plus grand nombre. Précisément parce que ces livres se lisent sans concentration particulière, ne font pas réfléchir, n'interpellent en aucune manière, ne soulèvent aucune question dérangeante ou inhabituelle, n'introduisent aucune innovation et n'apportent surtout aucune connaissance qui, malédiction ! pourrait obliger les lecteurs à mettre en batterie plus de neurones que nécessaire. 

Je ne force pas le trait : on voit trop d'avis où le lecteur se plaint d'avoir dû chercher des mots dans le dictionnaire, pauvre de lui, ou décrète que le sujet du livre lui est trop étranger pour l'intéresser. C'est officiel, une partie du public veut désormais lire en mode méduse : en se laissant flotter comme on prend son bain.

Ô lecteurs à la vie normale, comme celle de l'immense majorité des humains, appréciez-vous réellement par-dessus tout de « vous identifier » à des personnages ordinaires immergés dans une « tranche de vie » banale, ou confrontés à de tièdes péripéties qui pourraient survenir à tout moment dans votre propre existence ? Il faut croire que oui, mais c'est bien regrettable.

Avez-vous jamais envisagé que l'effort de visiter un monde inconnu, complexe, déroutant voire difficile, riche en expériences et en connaissances nouvelles, est peut-être ce que la lecture a de plus important à nous offrir ? Que c'est un moyen de voyager très loin, de devenir autre, meilleur peut-être, plutôt que de se contenter d'un petit tour au Club Med ?

Comment vous convaincre que lire peut, doit, représenter autre chose qu'un loisir délassant comme le spa, ou un moyen de « se vider la tête » comme la télé-réalité ; que cela peut, doit, être un exercice d'autant plus jouissif qu'il repousse nos limites cognitives, nous extirpe de notre zone de confort, nous permet de découvrir d'autres domaines que le nôtre et d'étendre nos compétences ?…

Attention, je ne prétends pas que la lecture doit forcément nécessiter un effort pour être valable : il est des romans très « fluides » (compliment suprême par les temps qui courent) et cependant très enrichissants ; maints romans dits populaires ont ainsi nourri utilement l'imaginaire et la réflexion de leurs lecteurs.

Je dis plutôt ceci : étant donné la baisse de niveau (inutile de me jeter des pierres et des tomates : baisse il y a, pour de multiples raisons, dont le fait que les programmes scolaires et la façon de les enseigner sont parfois un remède contre l'amour des livres), aujourd'hui la sacro-sainte majorité recherche avidement les lectures faciles, c'est inévitable. Seulement, ce faisant les lecteurs se lèsent eux-mêmes, car ils passent à côté du rôle fondamental de la lecture dans l'évolution des individus, des sociétés, des consciences : élargir nos horizons et nos savoirs, élever notre niveau d'auto-exigence et étoffer nos attentes vis-à-vis du monde qui nous entoure. Les conséquences sont incalculables.

Fin de la parenthèse.]


Revenons-en à l'auteur dont je parlais. Même quand je soutiens un ouvrage parce qu'il sort de l'ordinaire (alleluiah !), je trouve suicidaire qu'il soit publié avant complète finition. D'autant plus lorsqu'il démontre du talent.

Je connais la lassitude et même le dégoût qui s'emparent d'un auteur après des mois de travail, son impatience de mettre en ligne, d'avoir des retours, d'entrer enfin en contact avec les lecteurs, de recevoir les encouragements qui, bien souvent, lui sont nécessaires pour trouver le courage de retourner au charbon. En outre, plus l'auteur a de choses à dire, plus il est pressé de publier pour pouvoir passer au manuscrit suivant. Mais il ne faut pas céder à cette tentation. Aucun livre entré dans l'histoire de la littérature n'a été torché en un tour de main et publié avant un peaufinage attentif.

Autant en emporte le vent, roman indéniablement populaire, est entré dans la légende de l'édition malgré un thème pour le moins délicat. Eh bien, Margaret Mitchell avait mis plus de dix ans à l'écrire. Sans ce soin apporté à chaque phrase, à chaque choix narratif, elle n'aurait pas reçu le Prix Pulitzer et son livre n'aurait pas fait l'éblouissante carrière que l'on sait. Cela ne veut pas dire qu'il faut remanier pendant toute une décennie – certains manuscrits sont presque en l'état optimal dès le premier jet, chez les auteurs très aguerris ou les (rarissimes) génies littéraires –, mais qu'il faut se garder de publier avant d'être sûr de son fait.

Pour qu'un message marque les esprits, quelle que soit sa teneur ; pour que des personnages soient pleinement vivants ; pour que la lecture devienne aisée et agréable, « fluide » justement, et que les lecteurs puissent se laisser imprégner par le contenu sans souffrir ligne après ligne ou simplement buter ici ou là ; pour que l'impression finale soit « ah oui ! » (ou « ah la vache ! », pourquoi pas, si le sujet dérange) et jamais « dommage que… », l'on doit consacrer au manuscrit tout le temps et la concentration qui s'imposent.

Autant vous dire que j'ai été très heureuse de recevoir ce matin un message de l'auteur en question, lequel m'annonçait avoir entièrement révisé ses ouvrages déjà parus et vouloir s'attacher désormais à publier des livres en parfait état d'achèvement.

C'est pour de telles prises de conscience que je me bats.

● Pour ne pas voir des auteurs talentueux gâcher leurs chances. Entre autres conséquences, aucun éditeur sérieux ne s'intéressera à un manuscrit inabouti, aussi prometteur soit-il. Pas le temps, pas assez de moyens : le tri est très sévère et tout manuscrit qui exigerait trop de travail est éliminé dès le départ ; il ne parvient même pas entre les mains des lecteurs de la maison, et c'est bien normal : ils ont mieux à faire que de s'user les yeux et le moral sur des pages truffées de fautes ou de maladresses. Je sais, je rabâche. 

● Pour que les auteurs réalisent que, succès ou non (et le succès, c'est relatif, c'est éphémère, et parfois source de plus de tracas que de félicité…), le plus important est qu'ils soient satisfaits d'eux-mêmes.

Avant d'aller rentrer ma Rossinante à l'écurie, je tiens à développer ce dernier point, car il me tient énormément à cœur.


Amis auteurs, que vous ayez ou non « percé » – a fortiori si ce n'est pas le cas –, ne vous meurtrissez pas vainement en poursuivant ventre à terre les chiffres de ventecette chimère. La vie est courte et vous avez bien mieux, bien plus gratifiant à accomplir.

Faites en sorte d'être contents de votre travail. Soignez votre prose, ne bâclez rien, donnez-vous le temps indispensable à la maturation et au peaufinage d'une œuvre. 

À l'inverse, ne vous affligez pas de complexes paralysants, d'atermoiements sans fin ; ne relabourez pas indéfiniment le même sillon par crainte de ne pas avoir atteint à la perfection : elle est inaccessible. Il y a un juste milieu, et vous ne devez pas confondre peaufiner comme il se doit et croupir dans l'insatisfaction. Une poignée de bêta-lecteurs avertis pourra vous aider à juger du résultat chapitre par chapitre, de manière à ajuster si besoin est, puis à avancer au lieu de faire du sur-place.

Ne vous contentez pas d'écrire des œuvrettes faciles et/ou « grand public » si vous vous sentez capable de mieux faire, si vous pensez que vous avez des choses particulières à exprimer, à raconter. Mieux vaut s'adresser à un lectorat restreint et lui offrir quelque chose qui vient du cœur, que de s'obliger à ratisser large et écrire au ras des pâquerettes pour espérer complaire à une vaste audience.

Tout cela constitue le meilleur moyen d'être content du travail accompli, de récompenser les longues heures passées à transpirer sur votre ouvrage et de justifier le sacrifice en termes de vie familiale et sociale qu'exige, bien souvent, une vocation d'auteur.

Ne vous fixez jamais pour but une performance quelconque : quelques jours ou quelques mois dans les classements d'Amazon, des brassées vite flétries de commentaires du genre « livre formidable, je l'ai dévoré d'une traite » qui, au fond, traduisent peut-être une satisfaction guère plus significative que « cet aspirateur est super efficace, même sur moquette ».

Recherchez plutôt la validation de lecteurs au regard critique, ou simplement de ceux dont les compliments sincères ET avisés vous feront comprendre que vous avez vraiment réussi votre livre.

Où se cachent ces lecteurs-là, comment les atteindre ? C'est un vrai problème et, croyez-moi, je planche là-dessus depuis trois ans sans encore avoir découvert de réponse efficace. Mais si je ne trouve aucune solution, d'autres en trouveront.

En attendant, tout ce que je peux vous dire, c'est que les lecteurs qu'il vous faut ne vous attendent pas dans les tops Amazon, dédiés par définition à la lecture de masse (ne voyez là rien de péjoratif : il s'agit de lecture qui plaît au plus grand nombre, donc forcément formatée, même si l'on peut y dénicher de très bons livres).

Il est inutile de concevoir un plan de bataille machiavélique visant à fabriquer de toutes pièces un « blockbuster ».

Peut-être que, pendant un certain temps, vous vendriez des centaines ou des milliers d'exemplaires, que votre nom s'afficherait en bonne place dans les pages Google ; mais tout cela ne dure guère et, de toute façon, être épinglé sur la Toile ne constitue pas en soi une fin enviable, n'importe quel papillon vous le dira.

Faites une petite recherche dans le passé pour vous remémorer toutes les stars d'un jour, d'un mois, d'une décennie, qui vingt ans après n'ont laissé aucun souvenir – même pas celui d'un(e) mariole de plus ayant réussi l'exploit de vendre du vent. Les bons auteurs aussi s'oublient, mais moins vite et moins piteusement. Ne vaut-il pas mieux être Francis Scott Fitzgerald que son Gatsby, l'imposteur magnifique qui, brièvement fêté, s'était pris pour un autre ?

Songez bien que, si vous choisissez la voie du livre à succès facile, vous aurez du mal à vous relire sans rougir et encaisserez tôt ou tard des avis pertinents, donc sans concession, qui risqueront de vous faire passer l'envie d'écrire. Vous aurez alors l'impression de vous être trahis vous-mêmes. Vous vous demanderez : « À quoi bon ? Être écrivain, ce n'est pas cela ! » Et vous aurez raison.

Même être Marc Lévy (je pourrais en citer bien d'autres), ce n'est pas être écrivain. C'est être « auteur à succès » : fabriquer des produits industriels destinés à la grande consommation. Rien à voir avec l'art d'écrire. Je ne dis pas que cette activité n'est pas honorable ; je ne dis pas que ces livres sont « mauvais » (enfin… joker 😊) ; je dis que ce n'est pas le genre de carrière littéraire qui permet à un homme ou une femme, sur la fin de sa vie, de se dire « qu'on s'en souvienne ou non dans l'avenir, j'ai écrit quelque chose de bon. »

Si votre rêve, c'est tout de même d'être Marc Lévy ou un auteur qui « cartonne » sur Amazon – parce que vous avez besoin d'argent, que vous voulez épater la galerie ou que cela guérirait peut-être vos complexes –, dites-vous bien que vous aurez plus de chance de vous faire connaître en publiant des ouvrages originaux qu'en pondant du nanar grand public.

Car la concurrence, comme dirait mon jeune auteur, est féroce : dans ce créneau, il sort des milliers d'ouvrages par an, et de nombreux auteurs tiennent déjà le haut de pavé. Rien ne vous permettra de vous démarquer, puisque les lecteurs visés par ce genre de littérature ne portent guère d'attention à l'originalité ou la qualité littéraire. Seul le marketing fonctionne, et là, comme dans tous les marchés porteurs, les dés sont passablement pipés.


Alors, écoutez votre voix intérieure : elle vous inspirera sûrement des ouvrages beaucoup moins stéréotypés que ceux que pensiez devoir publier pour être visibles. Accordez-vous le luxe incomparable d'écrire des histoires aussi personnelles, divergentes, atypiques, déjantées, surprenantes que vous en aurez l'impulsion. Vous avez déjà publié ? Même si vous croyez que votre style et votre registre sont coulés dans le marbre, lâchez la bride à votre fantaisie, dites ce que vous avez viscéralement envie de dire : vous allez sûrement vous étonner.


Quelques exemples de romans non conventionnels parmi ceux des indés que j'ai déjà lus ? Voici : 
– Au lieu de se cantonner à de la SF classique, Boris Tzaprenko a écrit une saga d'une grande originalité, palpitante, à fois éthique et très documentée sur le plan scientifique. Chroniques ici.
– Entre autres réussites, Bouffanges a détourné la sempiternelle histoire de zombies pour en faire un roman malin, polymorphe, tout à fait bluffant. Chronique d'un autre de ses romans, aussi original, ici.
– À partir d'un drame intimiste conforme à la tradition très vendeuse du « roman de femme », Catarina Viti a pris le risque d'inviter ses lecteurs à explorer des chemins insolites, porteurs de sens, qui rendent son beau roman particulièrement touchant. Commentaire ici.
– Plutôt que d'écrire en série de la romance basique,
 Catherine Choupin a eu l'audace de se spécialiser dans la romance « intello » à références littéraires, et je salue son courage, car le lectorat-type goûte fort peu ce genre d'exploit. Commentaire ici.
– J'avais découvert dès sa sortie le premier roman de Didier Betmalle, au talent encore brut, mais à la champenoise : atypique, contrasté, foisonnant, tout parfumé des compétences de l'auteur en matière culinaire. Chronique ici.
– Plutôt que des thrillers inspirés de séries télévisées, Frédéric Soulier publie des brûlots iconoclastes, d'une réjouissante impertinence, et s'interdit (merci à lui) de brider sa gouaille naturelle pour ne choquer personne. Chronique de Pétrichor ici, mais pour commencer, je conseille plutôt Le cri sauvage de l'âme.
– Mon amie Nila Kazar, écrivain pro et hybride édition-autoédition, est un modèle pour les indés, tant elle captive ses lecteurs tout en dédaignant la facilité. Dernière chronique ici.
– J'ai lu récemment une courte histoire de Patrice Salsa : un enquête passionnante qui n'oublie pas pour autant d'être stylée et délicieusement érudite. Commentaire ici.
– De Samir (Maître Confiseur), j'avais dégusté il y a deux ans une nouvelle au style si remarquable que, bien que l'histoire me déplaise, j'en recommande sans hésiter la lecture. Chronique ici.

Sauf erreur, tous ces auteurs soignent leur présentation et s'attachent à éradiquer les fautes : certains dès l'origine avec un professionnalisme sans faille, d'autres au fur et à mesure qu'ils en prennent conscience. 

De votre côté, appliquez-vous à peaufiner suffisamment vos manuscrits pour que personne ne s'y écorche les yeux. Comme si vous visiez à séduire un comité de lecture chez Gallimard, mais en restant vous-mêmes, sans chercher à plaire ou à vous conformer à telle ou telle mode ou collection.

En suivant cette voie, vous rencontrerez tôt ou tard le lectorat qui vous convient : pas celui qui digère un livre après l'autre comme on engloutit à poignées des chips légères et inconsistantes ! Celui qui appréciera réellement et intensément vos livres à vous, remarqués dans la foule ; qui retiendra votre nom et attendra avec impatience votre prochaine publication – non comme un client pressé fait la queue chez McDo, mais comme un gourmet anticipe les plaisirs d'un repas chez un chef étoilé.

Accrochez-vous, mes amis ! En ne cédant pas à la facilité et aux sirènes des gros tirages, vous vous rendrez justice et vous obtiendrez au moins un succès d'estime bien mérité. 

À mon sens, voilà ce qu'un auteur peut attendre de plus solide et de plus honorable dans ce monde frelaté. Partout autour de nous, dans tous les domaines, un affairisme éhonté s'emploie à se rendre sexy : il se couvre de paillettes pour mieux exploiter les egos endoloris qui errent en quête de rêve, de lumière, d'existence. 

À ce miroir aux alouettes, les indés doivent tourner le dos s'ils veulent accomplir pour de bon leur destin d'auteurs, c'est-à-dire faire entendre leur vraie voix. En ne touchant qu'un public restreint, peut-être – mais, qui sait ?… 

Quoi qu'il soit, ils se seront octroyé l'essentiel : la joie de chanter sur leur propre musique, en pleine conscience et avant tout pour eux-mêmes. Des oiseaux sous le soleil, plutôt que des pondeuses de batterie se vouant à une production sans âme pour que l'on remplisse leur mangeoire.


Bonne fin de weekend, mes amis. Excellent travail à toutes et à tous !