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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


samedi 3 mars 2018

Autoédition : de quelle chronique "idéale" rêvons-nous ?





Les réactions à ma récente analyse de Platonik, le dernier roman de Nila Kazar, m'incitent à vous proposer aujourd'hui une exploration du thème de la chronique littéraire, déjà abordé sur mon blog mais d'une façon trop peu méthodique pour être utile.

Je l'ai évoqué souvent : les auteurs autoédités n'ont pas les honneurs de la critique littéraire officielle, qui, d'ailleurs, a été en grande partie vidée de sa substance. Pour un véritable critique littéraire, il y a aujourd'hui dans les médias des dizaines de chroniqueurs qui n'ont de spécialisé que le titre, et sont chargés de faire plus ou plus discrètement la pub des ouvrages publiés par la grande édition.

La blogosphère dite littéraire, indépendante et bénévole, tient un rôle très différent.

Avantages :

● Les blog'litt ne roulent pour personne (parfois pour un ami auteur, mais c'est marginal). 

Leurs chroniques sont donc rédigées en toute liberté et expriment avec sincérité leurs réactions de lecteurs.

● À quelques exceptions près (voir ici mon empoignade avec Sophie Adriansen), ils ne considèrent pas que seule l'édition est Dieu et qu'ils sont ses prophètes. 

Beaucoup d'entre eux s'emploient au contraire à promouvoir l'autoédition avec un enthousiasme dont on ne peut que leur être reconnaissant.

● Les chroniques ont une influence indéniable sur les choix de lecture des personnes qui suivent ces blogs.

Inconvénients :

● Comme je l'ai déjà exprimé, les chroniques sur la blogo, au même titre que les commentaires sur Amazon, monbestseller.com ou autres plateformes, sont des avis consommateurs. 

Je ne dis pas cela dans un sens péjoratif ; je veux seulement expliquer qu'il serait absurde et ingrat de leur reprocher de ne pas en faire davantage. Ce ne sont pas des critiques littéraires. En revanche, s'ils ont envie d'aller plus loin, de densifier leur rôle, tant mieux ! Nous avons tous à y gagner.

Une chronique, la plupart du temps, se borne à présenter l'intrigue et à émettre un « avis lecteur » plus ou moins favorable.

Car les blog'litt n'ont la plupart du temps ni la formation, ni surtout le loisir nécessaire à l'élaboration de critiques littéraires dans les règles de l'art. Ce sont des lecteurs boulimiques, et ils consacrent une énergie admirable à lire le plus de livres possible et à dresser une chronique de chacun.

● Beaucoup d'auteurs ont aussi une activité de blog'litt (normal, nous sommes tous de fervents lecteurs) ; et à l'inverse, de plus en plus de lecteurs deviennent auteurs.

Cette fusion des rôles aggrave, dans l'autoédition, le phénomène d'endogamie que l'on déplore déjà dans la grande édition : tout le monde se connaît.

Apparaissent alors les conséquences d'une telle promiscuité : non seulement les échanges de chroniques louangeuses sont légion, mais beaucoup de blogueurs n'osent pas critiquer ouvertement un ouvrage.

● Les auteurs renforcent cette dérive en n'ayant pas toujours la sagesse de solliciter des avis négatifs par message privé, pour en faire leur profit avec reconnaissance. Certains insistent pour obtenir une chronique publique, en espérant qu'elle leur attirera des lecteurs. Quitte à s'indigner quand elle se révèle défavorable.

De leur côté, certains blogueurs croient de leur devoir de chroniquer systématiquement, qu'ils aient aimé ou non. Ce souci de transparence part d'un sentiment honorable, mais je le crois inutile et même contre-productif. 

Je veux dire par là que lorsque l'ouvrage d'un auteur débutant est illisible, mieux vaudrait peut-être lui proposer de lui expliquer en privé ce qui ne va pas, s'il est prêt à le retirer de la vente pour le retravailler, que se croire obligé de publier à tout prix « Ah, l'histoire est intéressante ! » pour ne pas le décevoir.

Cela dit, il faut souligner une réalité peu glorieuse : les blog'litt qui font l'effort d'aider les auteurs en leur adressant en privé des remarques négatives se font souvent rembarrer avec rudesse, et bien peu d'auteurs se remettent volontiers en question.

Du coup, l'on trouve sur la blogosphère à la fois :

– des chroniques dithyrambiques, reflet de l'enthousiasme du lecteur mais pas toujours de la valeur absolue d'un ouvrage, ou parfois carrément complaisantes,

– des chroniques assassines (fruit de l'exaspération de blog'litt harcelés par les auteurs ou submergés d'écrits bâclés ? C'est très possible. Il y a certes des hargneux qui se plaisent à sacquer, mais je les crois rares),

– et des chroniques mitigées qui, parfois, ne sont peut-être qu'une façon courtoise de dire « j'ai trouvé ça illisible » sans blesser l'auteur.

● D'autre part, les blogueurs véritablement littéraires sont minoritaires. Les genres les plus lus (romance, thrillers, polars et « romans de femmes » grand public) sont aussi les plus chroniqués. Les lecteurs des genres en question sont rarement friands de style et de virtuosité, aussi ces aspects-là ne se trouvent-ils pour ainsi dire jamais évalués, disséqués, commentés.

Voilà longtemps, d'ailleurs, que je cherche le moyen de regrouper ou lister les blogueurs et lecteurs vraiment exigeants, ceux qui, éclectiques ou non dans leurs goûts, s'intéressent en priorité à la qualité de ce qu'ils lisent et sont en mesure d'émettre des avis et critiques fondés sur une certaine compétence en matière littéraire (attention, il n'est pas question de confondre formation universitaire et compétences : des déconvenues seraient possibles, comme je l'ai évoqué ici).

Mais pour l'heure, ce projet reste un vœu pieux : les chroniques telles qu'on les rencontre pêle-mêle sur la blogo donnent un avis global, presque jamais une analyse plus approfondie.

J'imagine qu'au fond, cela arrange pas mal d'auteurs. C'est bien dommage.


Car le résultat, ce n'est pas seulement que les lecteurs exigeants ne savent où et comment trouver des livres à leur goût ; c'est aussi que les auteurs autoédités ne peuvent pas se fonder sur les chroniques de leurs ouvrages pour évaluer objectivement leurs qualités et défauts.


Il s'ensuit un manque de repères qualitatifs : « que vaut en vérité ce que j'ai écrit ? »

Sans évaluations précises, difficile d'amender un ouvrage (comme le permet l'autoédition numérique ; ce n'est pas son moindre avantage) et de progresser en tant qu'auteur.

Beaucoup d'indés n'en ressentent sans doute aucun besoin, mais je suis préoccupée avant tout par le très grand nombre d'auteurs débutants qui pourraient passer d'un talent potentiel, encore balbutiant, à une vraie dimension littéraire.

À ceux-là manque l'« arrangeur » – au sens que ce terme revêt dans la musique – qu'était jadis l'éditeur-type : un partenaire apte à conseiller ses auteurs et à les épauler dans la finition optimale de leur manuscrit.

Sauf à posséder toutes les compétences requises pour s'autoévaluer, les auteurs autoédités en sont, pour beaucoup, réduits à publier des ouvrages inaboutis.

Leur impatience, bien naturelle, de mettre leur livre en ligne ou en format papier est confortée par les avis Amazon ou les chroniques, qui, nous l'avons vu, ne soulignent que rarement les défauts d'écriture (au sens large : orthographe, syntaxe, conjugaison, style, intrigue, originalité, etc).

D'où la réflexion si répandue : à quoi bon peaufiner un manuscrit, du moment que les lecteurs apprécient avant tout l'histoire ?

Mais il y a lecteur et lecteur, et les auteurs qui espèrent faire carrière en tant que tels feraient bien de ne pas en rester là.


L'autre conséquence de l'absence d'une critique littéraire en règle, c'est la frustration.

Pour se sentir exister pleinement, un auteur a besoin de retours, mais pas n'importe lesquels : son pied, c'est d'être commenté.

Pourquoi ?

L'espoir que des ventes vont s'ensuivre et qu'il entrera dans le top 10 d'Amazon relève d'une ambition basique, mais loin d'être prioritaire. L'essentiel se trouve ailleurs.

Il ne vient pas non plus du fait que, dès son plus jeune âge, l'auteur rêvait d'être un jour étudié à l'école, peut-être même de voir des universitaires pondre des thèses ridicules sur son style et ses motivations.

Non, ce à quoi il aspire surtout, notre auteur, c'est, comme tout être humain, à se sentir décodé. 😊

Même nanti d'une famille nombreuse, même membre d'une tribu soudée, l'auteur reste au fond de lui un animal solitaire qui frissonne dans sa peau fragile et a le plus grand besoin d'absorber la chaleur des foules – non pas à travers des ovations, comme une vedette de football ou de cinéma, mais en ressentant que d'autres antennes touchent les siennes.

À la multitude inconnue, il s'obstine donc à tendre son livre qui contient, qui est le décodeur. Il espère que, parmi tous ces étrangers, des esprits vibrant sur une longueur d'ondes analogue à la sienne s'empareront du message pour communiquer avec lui. Rappelez-vous cette petite gamme de cinq notes dans Rencontres du troisième type. Voilà ce que sont, ce que recèlent nos livres.

L'auteur aimerait que de nombreux lecteurs s'écrient « Je vous ai compris ! », comme un politicien bien connu… mais avec sincérité.

Il souhaiterait entendre d'eux le fameux « Je t'ai reconnu » par lequel on traduit une rencontre fusionnelle.

Bien sûr, être reconnu au sens de « célèbre » pourrait satisfaire sa vanité et remplir ses poches ; mais savoir que le message a été perçu, apprécié, qu'il s'est produit ce miracle de compréhension mutuelle, n'est-ce pas le nirvana ?

Autrement dit, l'auteur voudrait que ses lecteurs le rejoignent en pensée dans ce monde hors du temps où communient en silence les amoureux des livres, ceux qui les lisent et ceux qui les écrivent…

… Mais aussi, qu'ils le lui fassent savoir ! Parce que, sinon, il ne sera jamais sûr d'avoir suscité leurs émotions, fait entendre ses idées, établi ce lien de connivence sans lequel il se sent stérile.

Or, le seul moyen pour l'auteur de se sentir fusionner avec ses lecteurs – même sur une seule phrase, un détail, une fraction de message –, c'est que ceux-ci lui expriment ce que son livre leur inspire, ce qu'ils y trouvent, ce qu'ils y devinent, en quoi il les a changés le cas échéant.

D'où l'importance des critiques littéraires ou, pour les autoédités, des commentaires et chroniques.


En quoi pourrait consister une chronique « idéale » pour répondre à ces deux types de besoins des auteurs : évaluer leur travail et en percevoir l'écho ?

Tâchons de répondre à cette question.


D'abord, voici ce que contient le modèle le plus répandu.

● Une photo de la couverture (cliquable, c'est encore mieux).

● Le lien pour lire le livre en ligne ou l'acheter (ça semble évident, mais on a vu des chroniqueurs l'oublier).

● La présentation de l'auteur, le cas échéant.

● La présentation du livre, cela va de soi.

Plus précisément, l'esquisse de l'histoire, afin que les visiteurs du blog puissent envisager rapidement si elle les intéressera ou non.

Le plus sûr est de reproduire l'accroche qui figure en quatrième de couverture : elle a été conçue par l'auteur ou l'éditeur pour donner envie, sans trop en dire.

Lorsque le chroniqueur présente l'histoire lui-même, les « spoilers » (dévoilement de l'intrigue) sont absolument proscrits, sauf si une révélation partielle et non pénalisante peut permettre d'aborder des aspects essentiels de l'ouvrage. Dans le doute, mieux vaut demander à l'auteur ce qu'il en pense.

Sachez qu'une présentation préliminaire n'est pas absolument indispensable : le chroniqueur peut aussi évoquer l'histoire au fur et à mesure de son exploration.

● Pour finir, et en quelques mots, les raisons pour lesquelles on a aimé ou pas ce livre, et pour lesquelles on le recommanderait ou non.

Certains chroniqueurs appliquent un barème de notation, mais cela tend à disparaître, non sans motifs : les chroniqueurs ne sont pas des enseignants chargés de classer des élèves, et l'immense variété des ouvrages, même dans un seul et même genre littéraire, rend aussi vaine qu'insurmontable la tâche consistant à les comparer.


Jusque là, nous étions dans le modèle classique. Voyons ce que nous pourrions ajouter pour nourrir davantage les lecteurs et mieux répondre aux attentes des auteurs.
Il va de soi qu'il appartient à chaque chroniqueur de s'étendre sur les aspects auxquels il est le plus sensible.

● Une évaluation de la qualité littéraire : présentation, style, cohérence et intérêt de l'intrigue, etc.

● Nila Kazar m'a suggéré de mentionner les références littéraires : les écrivains ou ouvrages qui ont influencé l'auteur. En effet, il peut être très intéressant de remonter aux sources où s'est abreuvé tel ou telle, et je ne doute pas que les auteurs l'apprécieront.

● Des sujets, idées, messages que l'auteur fait passer au fil de son ouvrage, avec le sentiment personnel du chroniqueur à leur lecture. Rien n'oblige à tout lister, il suffit pour le blog'litt de traiter ce qui lui plaît ou déplaît.

● Une analyse minimale des moyens utilisés par l'auteur pour arriver à ses fins : comment présente-t-il ses personnages, quel vocabulaire emploie-t-il, comment construit-il son intrigue, où semble-t-il vouloir nous amener ? (tout cela, bien sûr, sans trop en dire.)

Le chroniqueur pourrait penser que ses impressions sont trop subjectives, qu'il n'a pas la légitimité nécessaire pour accomplir cette analyse.

Il doit réaliser que ce qui compte, c'est qu'il va aider l'auteur à analyser la façon dont son livre est perçu dans ses détails, ce qu'il a eu raison ou tort de dire ou de faire, et comment il pourrait mieux s'y prendre à l'avenir.

● Des digressions personnelles sur les sentiments et/ou réflexions provoquées par l'ensemble de l'ouvrage ou par différents éléments.

On touche ici à l'aspect intime de la relation auteur-lecteur, à cette communion que je décrivais tout à l'heure.

Je le répète, un auteur a besoin de recevoir cet écho, de savoir comment l'on a résonné en le lisant. De même qu'il a nourri son lecteur, il doit pouvoir être nourri en retour ; cela fait partie de ses besoins les plus intenses et les plus respectables.

En se faisant chroniquer par vous, amis blog'litt, il n'attend pas seulement d'être recommandé, ni même évalué, mais surtout de comprendre en quoi et comment son livre vous a parlé, quelles pensées il vous a inspirées, comment vous vous l'êtes approprié et de quelle manière il se sera, le cas échéant, imprimé dans votre mémoire.

C'est d'ailleurs pourquoi je recommanderais plutôt de ne jamais chroniquer à chaud, quitte à prendre des notes sur les points essentiels pour s'assurer de ne rien oublier.

Au bout de quelques jours, l'on se rend compte si un livre nous a vraiment marqué ou non. Si ce n'était qu'une petite histoire sans profondeur, comme les « calories vides » de certains aliments, ou s'il a su nous sustenter durablement et nous aider à construire, remodeler, enrichir notre esprit, c'est-à-dire ce que nous sommes.

Chaque faiseur de bouquins, conscient d'être mortel, sait que les traces qui resteront de lui en tant qu'auteur ne consisteront pas en une kyrielle de chroniques sur la blogosphère, fussent-elles dithyrambiques.

Il sait que ce qui lui survivra pendant quelques années ou quelques décennies, le seul moyen d'avoir laissé si peu que ce soit son empreinte sur le monde, ce seront ces petites marques essaimées dans les profondeurs de nos hémisphères.


Voilà, mes amis.

J'espère que ce billet inspirera les uns ou les autres, s'ils souhaitent mettre en question leur façon d'envisager leur rôle.

Nous évoluons tous dans notre manière d'œuvrer, aussi bien en tant qu'auteurs qu'en tant que chroniqueurs. Chaque fois que possible, essayons d'échanger nos impressions : peut-être pourrons-nous ainsi progresser ensemble – puisque dans ces mondes à peine éclos que sont l'indésphère et la blogosphère littéraire, tout est neuf, plein de promesses. Sans doute que le meilleur reste encore à inventer…

Excellente lecture et écriture à toutes et à tous !