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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


dimanche 11 mars 2018

Autoédition : la galère du poulet de batterie


Mon article d'hier soir me semble appeler un complément d'information. Je publie donc sans plus attendre un petit billet qui dormait sur mon disque dur.



Non, je ne m'apprête pas à partager une vidéo de L124. Ce billet n'est pas destiné à attirer votre attention sur la misère animale ; je l'ai fait ici ou là et cela m'a même valu quelques réactions brutales d'amateurs de viande.

L'auteur autoédité est aussi une espèce dont la misère m'émeut, mais pour une fois, je ne vais pas traiter ce sujet-là sous mes angles habituels.

Je veux plutôt rectifier ici un ensemble de petits malentendus que je vois ressurgir de temps à autre lors de mes échanges avec les autres auteurs. Peu de choses me dérangent, mais celles-là, oui, parce que cela donne une idée fausse de ce que j'essaie de transmettre aux débutants. J'en suis la responsable : je me suis mal fait comprendre.


J'ai lu il y a peu une publication facebook où il était question « d'écriture naturelle ». Il ne s'agissait pas de pédagogie Freinet, mais du cas de ces auteurs qui écrivent comme on pisse – enfin, vous me comprenez : à tort et à travers. De la logorrhée écrite considérée comme un art à l'état pur. (Bon, chacun fait ce qu'il veut, hein ! même si ce n'est pas vraiment à recommander.)

Je me suis alors rendu compte que les auteurs autoédités ont tendance à opposer le fantasme d'une écriture « naturelle » – celle qui coulerait de source et, forte de cette spontanéité, toucherait les lecteurs au cœur –, avec une écriture apprêtée qui, imaginent-ils, découlerait d'un travail de peaufinage trop attentif.

Dans leur méconnaissance de l'édition, la plupart n'envisagent pas à quel point sont rarissimes les textes 100 % « spontanés » : une galaxie de micro-éditeurs plus ou moins indignes publient tels quels les manuscrits reçus, mais ce n'est pas une référence.

Chez les auteurs qui sont conscients des réalités, un autre phénomène entre en jeu. Dans leur désir de se démarquer (par défiance, jalousie et autres sentiments qui répondent en toute logique au mépris dont l'édition accable l'autoédition), ils répandent à l'envi ce même mythe : la prose « naturelle » des indés ferait pendant à la prose « travaillée » des professionnels ; elle offrirait une nouvelle voie, plus « vraie », plus pure. 

Dès cet instant, la messe est dite : nous vivons une époque avide de « vrai » sous toutes ses formes, si bien que le marketing, qui connaît son affaire et n'est pas à un paradoxe près, s'emploie à vendre du faux « vrai » en veux-tu, en voilà.

Les malheureux citoyens du XXIe siècle, lancés dans une course contre nature au sein de villes inhumaines, gavés de veau aux hormones, abonnés aux matériaux synthétiques jusque dans leurs plombages et leurs prothèses de hanche, rêvent d'authenticité en prenant le métro pour regagner leurs cages à poules. Oui, c'est une habile transition. 😜

D'où l'image d'Épinal évoquée plus haut : d'un côté l'auteur indé, libre, fier, fondé à crier « cocorico ! » en pondant ses textes non trafiqués ; de l'autre, l'industrie du livre, temple d'une littérature frelatée, triturée, dénaturée, comme la pseudo-nourriture produite par Tricatel dans « L'aile ou la cuisse » (restons dans le registre volailler, cela se justifiera plus tard).

Je ne suis pas du tout en train de me contredire, chers amis ! Le face à face, ou plutôt le dos à dos édition-autoédition existe bel et bien ; mais la différence entre eux se situe à d'autres niveaux, bien plus significatifs.

Permettez-moi de ne pas les énumérer pour la énième fois. Ce qu'il faut retenir, c'est que :

● L'édition possède le savoir-faire requis pour améliorer un texte. Mais :

– d'une part, elle formate à l'excès sa production, ce qui bride la créativité ;

– d'autre part, elle fait de plus en plus le choix financier de vendre en masse du nanar bas de gamme.

 ● Au contraire, l'autoédition pèche par manque de savoir-faire. Mais elle a, justement, une double carte à jouer pour séduire un vaste lectorat et casser son image d'amateurisme au mauvais sens du terme :

– d'une part, faire valoir que sa liberté d'expression s'accompagne d'une créativité depuis longtemps disparue dans l'édition traditionnelle ;

– d'autre part, cela va de soi, se fixer pour objectif premier de ne pas avoir à rougir de sa production.

Bon, je reconnais qu'il reste du chemin à faire.


Pour commencer, il faut en finir avec le malentendu fondamental : le texte « nature » serait bon à lire, et le texte « dénaturé », moins authentique.

J'ai réalisé dernièrement que j'avais pu contribuer, de façon indirecte, à entretenir cette vision. Peut-être avais-je semé une graine inappropriée dans l'esprit d'une partie des auteurs.

Il en découlerait, c'est très possible, la résistance qui se ressent parfois et que je peinais à comprendre.

Certains auteurs, peut-on imaginer, prôneraient la prose brute (ou relativement peu travaillée), non par principe idéologique, mais pour défendre LEUR prose ; parce qu'ils auraient l'impression, en s'acharnant sur leur manuscrit, de s'en sortir de moins en moins bien.

J'ai noté dans certains commentaires des expressions fortes : « je finis par me dégoûter de ce que j'écris », « je ne peux plus voir mon roman en peinture », « ça me décourage », « je me dis que je suis nul, que je n'y arriverai jamais »…

Si tout cela reflète bien ce qu'il se passe, il m'importe de rectifier le tir.


Longtemps, je me suis couchée de bonne heure… non, je m'égare ! Longtemps, j'ai sévi en tant que réécriveur. Du coup, lorsque je tombe sur un texte trop inabouti pour procurer une expérience de lecture vraiment agréable, j'ai le réflexe de trouver cela dommage. Dans certains cas, le texte brut est prometteur – mais, hélas…

Pour aider les auteurs autoédités, qui manquent d'avis « pro » gratuits, j'ai voulu publier de nombreux articles didactiques sur l'orthographe, la syntaxe, le style, la construction d'une intrigue.

J'ai multiplié les conseils du genre : essayez de ne rien laisser passer, traquez les répétitions, les participes présents surnuméraires, etc ; documentez-vous à fond ; évitez ceci, pensez à cela…

Certains auteurs en ont déduit que, tel le boulanger (enfin, le boulanger ancienne manière, qui se fait rare), je pétris activement mes propres écrits pendant une éternité, la sueur au front.

Au point qu'il y a deux ans, j'ai reçu de Frédéric Soulier, jeune auteur au talent prometteur, quelques commentaires inattendus : « ce savant assemblage de mots », « sa technique qui parait innée », « il y a un côté "regardez ce que je sais faire" assez crispant de première de la classe. »

Ces gentils compliments m'avaient beaucoup peinée. Car : 
« Savant », pas du tout. 
« Technique » non plus, figurez-vous : ce n'est pas parce qu'on est réécriveur pro qu'on applique méthodiquement des recettes et des formules comme si l'on était une sorte d'ingénieur en écriture.
M'as-tu-vue, encore moins : j'écris comme ça me vient, sans viser à produire un effet particulier. Je sais ce que produit tel ou tel effet de style, ça oui ; c'est la rançon de l'expérience. Mais il est exceptionnel que j'en joue volontairement.

En vérité, bien des experts en langue française dûment diplômés m'apparaissent pompeux, pédants et plutôt patauds (il y a quantité d'exceptions, bien sûr). J'ai même tendance à croire, pour le coup, que trop de savoir théorique tue le style. Mais le savoir théorique n'a rien à voir avec le savoir-faire, qui n'est pas une méthode mais un tour de main.

Contrairement à ce que l'on s'imagine sans doute, je ne possède pas les règles sur le bout des doigts.
Lorsque je fais mon boulot d'auteur, les bonnes habitudes acquises dès l'enfance me dictent la formulation adéquate sans que j'aie besoin d'y réfléchir.
Lorsque je veux écrire un billet didactique, il me faut en quelque sorte réinventer les règles que je veux expliquer, et c'est sans doute pourquoi je les traduits de façon plus simple et imagée que si je restituais telles quelles les leçons apprises à l'école : celles-là me sont sorties de l'esprit depuis longtemps ; seule reste une pratique instinctive.

En écriture, je n'utilise aucune méthode, je ne construis pas mes phrases avec une équerre et un fil à plomb, je me pose peu de questions. J'ai seulement la chance de posséder un certain sens des tournures justes, qui m'a été infusé très jeune par mes lectures et s'est affiné au fil du temps. 

Par conséquent, je crache directement une version assez peu différente de la mouture définitive – jamais assez proche à mon goût d'une forme optimale, j'y suis résignée. Plusieurs de mes écrits ont été pondus très vite (5 jours pour Spi, 3 semaines pour Propos d'homme à homme…) et pratiquement pas retouchés, sauf pour éradiquer quelques répétitions ou, dans le cas de Propos, incorporer à ce roman purement littéraire une intrigue de type thriller/polar.

Mon acquis en la matière, accumulé de si longue date qu'il est devenu une sorte d'inné, ne m'évite cependant pas toutes les défectuosités, loin de là. D'où mon conseil de recourir à des correcteurs et bêta-lecteurs : c'est plus raisonnable, car il est très difficile de se corriger soi-même. Je me contente de me relire plusieurs fois ; même si, encore une fois, le résultat final n'est jamais parfait, la plupart des coquilles et autres scories me sautent aux yeux.

Tout cela, je le répète, grâce à la masse de lectures de bonne qualité que mon entourage m'a permis d'ingurgiter presque non stop, même à table, à partir de l'âge où l'on m'a appris à lire : 3 ans ½. Avant cela, mes parents me passaient du matin au soir des disques de contes. Les conjugaisons, la syntaxe, le style se sont ainsi gravés dans ma mémoire de très bonne heure – un gavage indélébile.

C'est la raison pour laquelle je conseille aux auteurs de lire beaucoup.


Là encore, j'ai peut-être eu tort d'étendre mon cas particulier au cas général : il est évident que se mettre à lire à outrance, à l'âge adulte, tout en poursuivant son travail d'écriture, n'est peut-être pas l'idéal. Un débat sur ce point a eu lieu ici.

En fait, je voulais seulement dire à celles et ceux, assez nombreux, que je voyais se lancer la fleur au fusil après avoir lu Harry Potter ou Cinquante nuances de Grey :
« Ne vous mettez pas au tricot, rien n'est perdu même si votre roman n'est pas publiable ; mais envisagez peut-être de mettre le manuscrit de côté, le temps d'absorber la culture littéraire nécessaire pour acquérir de bons réflexes en matière d'écriture. »

Seulement, ce conseil-là, aucun auteur n'a envie de l'entendre. Et c'est sans doute ce qui fait que la situation risque d'être insoluble.

Le problème est le suivant : l'écriture n'est pas une technique, même si l'on peut acquérir de bons réflexes auprès d'un spécialiste. C'est un « art », quelque chose que l'on a besoin de ressentir avant tout.

Je n'aime pas trop que l'on compare l'écriture avec la peinture ou autres arts plastiques, parce que justement, ces derniers exigent une technique.

Même avec un talent inné, l'on ne saura jamais peindre à moins d'avoir, par exemple, formé sa main à reproduire avec justesse ce que voit l'œil, à maîtriser un tracé ; il faut aussi avoir appris à manier un pinceau et à mélanger les couleurs. Des connaissances techniques et des apprentissages manuels sont nécessaires.

Guy Morant écrivait dans le débat sus-mentionné, et je suis d'accord avec lui sur ce point, qu'il est impossible de devenir artiste-peintre en se promenant dans une galerie. En effet, l'on peut former son goût, sa culture artistique, mais tôt ou tard, il faut apprendre.

En écriture, c'est différent. Vous n'êtes pas obligé de pouvoir vous servir d'un traitement de texte, ni de posséder le moindre savoir spécifique. Théoriquement, il vous suffira de chercher sur internet en cas de doute, d'utiliser un outil de correction ou de faire intervenir un correcteur pro.

En revanche, je ne crois pas que l'application systématique de savoirs et de méthodes, même éprouvées avec succès par de grands auteurs, soit d'une quelconque utilité si le premier jet ne recèle pas un minimum de talent.

Cela dit, la technique seule ne fera pas non plus un grand artiste du premier barbouilleur venu, même s'il tient son pinceau comme un maître ; entrent aussi en jeu l'inspiration et le sens esthétique, plus cet indéfinissable petit quelque chose qui fait la différence.

C'est pourquoi je crains que, à moins d'être imprégné de bonnes lectures, il ne soit impossible de devenir écrivain (je parle bien entendu de littérature, pas d'ouvrages pratiques). Précisément parce qu'un texte ne se construit pas comme un jeu de legos et qu'aucune procédure ne permet d'écrire juste. Il faut sentir la musique de ses phrases, écrire comme on chante, et en chantant dès le départ sans trop de fausses notes.

S'il n'y a que quelques couacs, cela s'arrange très bien par la suite. À partir d'un premier jet de qualité suffisante, l'auteur parviendra à finaliser son texte.

Si nécessaire, un coach littéraire pourra l'aider à améliorer son style ou la structure de son récit (attention, je le répète, à ne pas tomber en des mains inexpertes : escrocs, auteurs qui se pensent compétents en toute bonne foi ou bénévoles emplis de bonnes intentions, les conseilleurs incompétents sont légion). 

Mais si, dès le départ, le texte est irrémédiablement bancal, si l'auteur n'est pas doté de cette forme d'oreille musicale qui permet de rédiger d'emblée un écrit prometteur, s'il n'a aucun sens de la langue, nulle aide ne pourra lui insuffler ce qui manque.

Il n'est jamais trop tard pour s'imprégner de bonnes lectures, je veux le croire ; aussi Nila Kazar et moi avons-nous vivement conseillé aux aspirants auteurs, pour acquérir ladite « oreille », de commencer par s'immerger dans le talent des écrivains qui ont marqué l'histoire de la littérature.

Pas besoin de remonter aux classiques : l'époque contemporaine (je n'ai pas dit « actuelle ») est riche en écrits de grande qualité. Je suis férue d'auteurs de la première moitié du XXe siècle, dans tous les genres. Le style n'était plus académique, on en avait fini avec les mélodrames prisés au siècle précédent, et une immense variété de brillants écrivains faisaient entendre des voix originales.

J'ai conscience d'avoir sans doute plongé quelques auteurs dans les affres : chantent-ils plus ou moins juste, ou irrémédiablement faux ? La monde, lui, est injuste : ne sera pas écrivain qui veut. Aux perdants de cette grande loterie, reste la possibilité d'écrire proprement, ce n'est déjà pas si mal ! Surtout s'ils racontent une histoire intéressante.


Ce qui fait d'énormes dégâts dans les esprits, c'est une idée fausse propre à l'autoédition : l'illusion que de nos jours, tout le monde peut devenir écrivain.

Cette croyance donne la grosse tête aux auteurs fumistes tout en complexant les auteurs sérieux, confus de ne pas « percer » assez vite.

Elle est entretenue par l'absence de barrage éditorial ; par la possibilité d'autopublier très vite et facilement tout et n'importe quoi ; et, il faut bien l'avouer, par les louanges injustifiées que l'on voit proliférer à la faveur de trois phénomènes souvent évoqués sur ce blog :

– la baisse vertigineuse du niveau d'exigence des lecteurs,

– l'idéologie démagogue qui affirme que tout se vaut et que, par conséquent, tout le monde a le droit imprescriptible de s'autoproclamer écrivain,

– le clientélisme de certains auteurs, qui les incite à couvrir de fleurs les petits camarades susceptibles de leur renvoyer l'ascenseur.

En aucun cas je ne voudrais casser le moral des aspirants auteurs. La plupart ont vraiment des choses à dire, d'autres (je suis bien incapable de mesurer leur nombre, peut-être considérable !) possèdent du talent, à l'état brut ou déjà flagrant.

Mais, je me permets d'insister : pour garder la pêche, il est très important que les auteurs ne confondent pas talent et travail de qualité.

Le talent n'est pas donné à tout le monde. Cela ne surgit pas du néant, cela ne s'apprend pas, cela peut seulement se peaufiner, se sublimer. Je vous mentirais en professant que chaque auteur est un génie littéraire en puissance. Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, même pour le talent ordinaire. Et le plus souvent, les jeux sont faits très tôt, à cause d'un entourage plus ou moins favorisant. Il y a de magnifiques exceptions, cela dit ; mais au risque de passer pour réactionnaire, je crains qu'elles ne se raréfient aujourd'hui que l'école peine à remplir sa mission.

Peu importe : ni ce que l'on appelle talent, ni l'écriture qui semble innée – à mon avis, l'un et l'autre procèdent du « métier » acquis via de bonnes lectures – n'exonèrent l'auteur d'un minimum (parfois un maximum !) de travail consciencieux.

L'important, c'est ceci : tout auteur disposé à se remettre en question sera capable, avec ou sans aide, d'écrire au moins proprement ; de publier un livre expurgé de ses fautes et de la plupart des maladresses ; de veiller à ce que le contenu soit original ou intéressant, les intrigues bien conduites, l'ensemble bien présenté et agréable à lire. Dans la plupart des cas, c'est très suffisant pour mériter sa place au soleil, et plus encore pour pouvoir se dire en toute conscience « je fais bien mon travail ». Il s'agit là d'un objectif des plus honorables.

Énormément d'auteurs se « contentent » ainsi de publier de bonnes histoires correctement écrites, sans espérer devenir un grand écrivain ou prétendre l'être déjà ; et ils sont en droit d'espérer le succès, car certains d'entre eux réussissent avec éclat.

Ces derniers ne sont pas pour autant les pondeuses de batterie évoquées dans mon billet d'hier soir, comprenez-moi bien ! Au contraire.

Ce n'est pas parce que je déplore le peu de visibilité des indés de grand talent – sans doute nombreux à rester désespérément anonymes –, que je méprise les indés sérieux, ceux qui se considèrent comme de bons artisans et mettent tout leur cœur à l'ouvrage pour satisfaire leurs lecteurs.

Les pondeuses de batterie, ce sont les autoédités opportunistes qui, parfois dotés de talent (et c'est encore plus critiquable) ne songent qu'à vendre en masse des livres de consommation courante, quitte à donner dans le racoleur : des érotiques bas de gamme, des romances photocopiées en série, des thrillers gore à l'intrigue indigente. 

Quelques-uns d'entre eux ne se donnent même pas la peine de finaliser correctement leurs ouvrages. À tort ou à raison, ils prennent leurs lecteurs pour des pigeons et exploitent leur tendance à picorer n'importe quoi.

En toute logique, ils sont parmi les plus acharnés à opposer écriture naturelle et écriture travaillée. Cela leur tient lieu d'excuse pour servir à leur lectorat de grandes louchées de sous-soupe brute. Parfois immonde, mais sournoisement étiquetée « authentique travail naturel non transformé d'indé sauvage élevé librement en plein air » 😉, au nom des prétendues valeurs de l'autoédition (qui résident ailleurs, heureusement). Et le tour est joué. 

Les grandes victimes de ce procédé sont les auteurs débutants qui, en toute innocence et parce qu'au fond, ça les arrange, croient préserver leur talent inné en évitant de se remettre en question et de plonger les mains dans le cambouis.

Je ne crois pas à la justice immanente, mais on constate que les oiseaux de mauvais conseil, fausses volailles bio mais vrais poulets de batterie, se transforment sans le vouloir en forçats de l'écriture. Enchaînés à leur banc de nage, enfin, de ponte (les poulets ne pondent pas, mais ce titre sonnait si bien…), enchaînés, donc, à un objectif qui n'est ni sérieux, ni honorable – indépendamment de toute notion de talent –, ils rameront jusqu'à retomber dans l'oubli, et seront sans doute, malgré tout, très contents de leur parcours. Grand bien leur fasse !

Je voudrais surtout qu'aucun d'entre vous, mes amis, ne se sente complexé en les voyant caracoler en tête des palmarès de l'autoédition. La galère du poulet de batterie, c'est leur lot. Pas le vôtre.

Bonne soirée et bonne écriture à toutes et à tous.