Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi explorer ma page auteur Amazon ou mon profil facebook et sa quinzaine de groupes associés (des outils à vocations spécifiques pour les auteurs, blogueurs, illustrateurs et prestataires du livre), où vous découvrirez l'actualité de mes ami(s) : une enthousiasmante communauté de plus de 6 000 passionnés.

dimanche 25 mars 2018

SORTIR DU CONSENSUS MOU – : 1ère partie : L'autoédition, une communauté en milieu hostile



L'auteur indépendant Bouffanges, dont j'ai eu le plaisir de découvrir les livres l'an dernier, a récemment posté sur facebook un article sur la condition des indés.

Il y dresse une vue d'ensemble en quelques points très clairs et conclut positivement : tout s'arrangera avec le temps, grâce à la capacité d'adaptation qui est certainement la nôtre.

J'aimerais partager son optimisme. Hélas, je ne crois guère à l'effet d'entraînement des bonnes volontés – fussent-elles professées sur le mode incantatoire, comme je l'ai fait pendant longtemps.

L'Histoire prouve malheureusement qu'au contraire, tout grand changement est porté, non par des idées généreuses (ça, c'est ce qu'on se plaît à nous faire croire), ni même par des idées géniales, mais par une conjonction propice de situations et d'intérêts. Nous y reviendrons.

Voilà pourquoi je vous invite à une nouvelle petite réflexion sur l'indésphère, son contenu, ses problèmes et solutions éventuelles. En 3 parties, sans quoi ce serait trop long : vous me connaissez, je préfère détailler avec soin pour éviter les malentendus et n'oublier, si possible, aucun aspect.

Cette réflexion ne s'adresse pas aux auteurs soucieux de cultiver l'attentisme pour ne se mettre personne à dos, mais à ceux, nombreux, qui voudraient voir les choses avancer au plus vite, pendant qu'il en est temps. Parce que le temps joue contre nous…

Je préfère vous dire tout de suite que je ne vais rien proposer, hormis des constats et quelques pistes.


PREMIÈRE PARTIE :
L'AUTOÉDITION, UNE COMMUNAUTÉ EN MILIEU HOSTILE


Les multiples commentaires sur l'article de Bouffanges traduisent des préoccupations très pragmatiques (essentiellement : comment faire connaître nos livres). On y trouve par ailleurs, et cela fait bien plaisir, des élans de pure chaleur humaine sur le mode « ensemble, on a moins froid ».

Il s'y exprime aussi une certaine angoisse existentielle – normale dans une communauté de création récente, reniée par l'édition traditionnelle et ses satellites : libraires, médias et, pour notre grand malheur, une partie du lectorat, parfois à travers des blogs littéraires.

J'ai déjà cité plusieurs fois ma prise de bec avec Sophie Adriansen, parce qu'elle est très emblématique. L'algarade, pas Sophie ! Il se trouve que j'ai récemment parcouru un titre de cette dame, laquelle n'est pas seulement blogueuse littéraire, mais éditée et fière de l'être ; et, bien que je m'abstienne en temps normal de critiquer nommément un auteur, je ne vois pas comment éviter de mettre en parallèle ce style scolaire (je ne parle pas des ouvrages jeunesse) et ce persiflage méprisant à l'encontre de ses petits camarades autoédités. C'est bien joli de cracher sur l'indésphère, encore faut-il en avoir la stature… Passons.


On commence à lire ici ou là qu'il ne faut pas opposer éditeurs et autoéditeurs.
[Petite remarque en passant : par confusion avec « auteurs indépendants », certains qualifient à tort les indés d'« éditeurs indépendants ». L'expression est déjà prise : l'édition indépendante, ce sont les éditeurs qui ne font pas partie de la bande « Galligrasseuil » (ou plus exactement de la poignée de grands groupes qui concentrent l'édition française entre quelques mains, comme pour les « big five » de l'édition américaine). Les francs-tireurs, quoi. Ils ont toute ma sympathie.]

Bien sûr que non, il ne faut pas se croire en guerre contre un métier tout à fait respectable ! J'ai appelé, dans plusieurs billets dont celui-ci, à cesser de prendre les éditeurs pour d'affreux exploiteurs. Ils ont une boutique à faire tourner. Il serait puéril de jouer à « nous, les valeureux autoédités, contre le monde des méchants éditeurs ».

En revanche,  on peut quand même dénoncer ce qui a dérapé dans l'édition. On est en droit de déplorer des choix mercantiles qui tirent vers le bas la ligne éditoriale, y compris dans beaucoup de prestigieuses maisons, alors qu'elles étaient les gardiennes du temple, les garantes du renouveau littéraire. On le peut et on le doit ! même si les craintifs partisans du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » trouvent que ça aussi, c'est très vilain, ça fait mauvais esprit. Eh oui, ils cherchent un éditeur, alors… 😏
(Bouffanges, mon ami, ce n'est pas toi que je vise.)


Regardons en face une réalité incontestable : si quelques maisons d'édition, le plus souvent mineures, se plaisent parfois à pêcher dans nos rangs des romans ou auteurs à succès, l'édition tradi dans son ensemble considère l'autoédition comme un ramassis de médiocres, qui concurrence leur honorable business avec la complicité d'Amazon, bête noire des libraires.

Une foule d'articles comme celui-ci dénigrent les auteurs autoédités ou s'en prennent au géant américain, lequel, qu'on l'aime ou non, est le cheval de bataille de l'indésphère – un inappréciable allié, étant donné qu'il est seul à avoir à la fois les moyens et la volonté (intéressée, je ne dis pas le contraire) d'offrir aux autoédités une visibilité théoriquement égale à celle de l'édition tradi.

Oui, les intérêts amazoniens et les nôtres sont liés : si la firme disparaissait, notre accès aux lecteurs serait réduit presque à néant. D'accord, il est peu probable qu'Amazon disparaisse. Mais les politiques nationales agressives à l'égard du géant américain (pas pour des raisons éthiques, ne rêvons pas, mais pour ménager l'influent lobby du livre) ont parfois conduit à des mesures qui se répercutent sur notre activité et nous font du tort.

Tout ce qui amoindrit la puissance de frappe d'Amazon nous amoindrit aussi et, à l'heure actuelle, hormis quelques résistants comme le talentueux Jean-Christophe Heckers, nous n'avons guère les moyens de faire sans cette plateforme, à moins de confier notre destin aux maisons d'édition nouveau modèle du genre Librinova, qui se multiplient. (Mais alors, on n'est plus un auteur pleinement indépendant et, à titre personnel, je ne suis pas certaine que le résultat en vaille la peine. Enfin, à chacun de choisir en fonction de ses attentes !)

Alors, au lieu de gloser sur les péchés d'Amazon (de tels états d'âme sont un luxe de nantis et restent sans effet sur son fonctionnement, vous ne croyez pas ?), nous autres auteurs autoédités serions avisés de nous rendre compte que nous sommes, à l'heure actuelle, les prolétaires de la littérature : nul ne nous défend en dehors de nous-mêmes, et notre survie dépend en grande partie de ce mastodonte, aussi critiquable puisse-t-il être.

(À propos, je n'ai aucune action d'Amazon. 😊 Je dis ce qui me semble devoir être rappelé dans l'intérêt commun, voilà tout.)


J'évoquais plus haut « une visibilité théoriquement égale à celle de l'édition tradi. » Théoriquement, c'est bien le mot… Là réside le problème.

Mes amis, vous le savez très bien : malgré la grosse Bertha d'Amazon, nous restons inaperçus d'une bonne partie des lecteurs. En dehors de quelques privilégiés qui ont construit leur lectorat dès les débuts du numérique, à une époque où les auteurs autoédités n'étaient encore qu'une poignée, nous ne sommes lus que par un cercle étroit qui comprend surtout des auteurs et des blogueurs : deux microcosmes étroitement liés où tout le monde se connaît plus ou moins.

Eh oui, ne nous déplaise : nous nous entrelisons, nous tournons en circuit fermé. Nous sommes en train de reproduire sans le vouloir le fonctionnement endogamique de l'édition traditionnelle, qui l'a conduite à ses péchés actuels : la cooptation, les petites magouilles entre amis, le recours massif au marketing, la perte progressive de la fraîcheur, de l'élan, de la créativité, au profit de sordides et nécessaires calculs de marges : au lieu de se tirer la bourre en publiant des auteurs de talent avant que leurs potes aient pu mettre la main dessus (comme cela se fit en un âge d'or pas très ancien), les grands de l'édition, unis dans la course au profit, ne songent plus guère qu'à faire bouillir la marmite à grands tirages de nanars hyperformatés, vendus comme des lessives.

Les transfuges de l'édition, comme Nila Kazar ou votre humble servante et bien d'autres auteurs, espéraient que l'indésphère serait le point de départ d'un autre monde, créatif, innovant, solidaire.

Mais être solidaires ne signifie pas devenir moutonniers, même par gentillesse et souci de ne choquer personne. Rien ne nous oblige à nous contenter de la situation présente en espérant que les choses évolueront dans le bon sens.


Ce petit tour d'horizon nous a rappelé les enjeux qui nous préoccupent, ou devraient nous préoccuper. Si vous avez l'habitude de parcourir ce blog, pardonnez-moi d'avoir dû exposer une fois de plus des opinions déjà argumentées tant et plus : il fallait les replacer au centre du problème, dont on a tendance à s'éloigner après chaque débat comme des citoyens quittant le forum pour retourner à leurs affaires.

Dans le billet suivant : 1 communauté, 3 sortes d'auteurs, nous verrons en quoi le fait de vouloir à tout prix être une communauté « une et indivisible » nous cause plus de problèmes qu'il n'apporte de solutions.

Des solutions, il en existe, y compris celles auxquelles nous n'avons pas encore pensé. N'attendez pas qu'elles nous arrivent d'elles-mêmes : commencez à en examiner la faisabilité. Je veux dire : pour de bon. Sans timidité, arrières-pensées ni compromissions. Ce sera le sujet du troisième et dernier billet : L'indésphère face à son destin.



Excellente fin de journée à toutes et à tous !