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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


mardi 27 mars 2018

SORTIR DU CONSENSUS MOU – Troisième partie : L'indésphère face à son destin





Dans la première partie de cette longue réflexion, L'autoédition, une communauté en milieu hostile, ainsi que dans la deuxième partie, 1 communauté, 3 sortes d'auteurs, j'ai esquissé les problèmes qui se posent à nous et proposé un nouveau mode de différenciation des auteurs.

Nous entrons maintenant dans la partie la plus stratégique de notre problème.


L'autoédition a suscité l'émergence d'une communauté inédite (c'est le cas de le dire) qui se déploie dans un milieu du livre passablement hostile.

Cette communauté est très loin d'attirer assez de lecteurs pour tous ses auteurs, d'autant plus que la disparité qualitative est immense et qu'il est impossible d'accéder directement à telle ou telle catégorie d'ouvrage selon la distinction établie précédemment.

Elle fonctionne surtout en circuit fermé et en partenariat avec une partie de la blogosphère littéraire, autre biotope plus clos qu'on ne le croit, car il ne touche guère les lecteurs traditionnels de l'édition (je parle bien là de cette fraction de blogueurs qui chroniquent des indés ; pas de ceux qui chroniquent la littérature jeunesse éditée, par exemple : ceux-là, en particulier, ont le vent en poupe).

Résultat, seule une poignée d'auteurs accède à un vaste lectorat : par la grâce des algorithmes et de leur mode de sélection, ceux qui y parviennent sont les plus anciennement installés, les plus débrouillards et/ou ceux qui écrivent dans les genres les plus populaires – indépendamment du facteur qualité, qui peut être présent, ou non, chez les gagnants de cette loterie.

La majorité des auteurs qui produisent de bons ouvrages agréables à lire, rédigés et présentés avec soin, reste malheureusement dans l'ombre.

Parmi eux, ceux qui ont un talent « littéraire » au sens convenu du terme (catégorie 1) n'ont presque aucune chance d'atteindre leur lectorat spécifique.

Une immense nappe d'ouvrages plus ou moins illisibles ou bâclés flotte à la surface de cet océan, décourageant les pêcheurs de perles et accréditant les calomnies sur l'indésphère.

Tout cela arrange bien les requins de toutes tailles qui évoluent autour de notre grand banc de poissons en tous genres.


Je vous ai parlé hier du positionnement des plateformes de publication. Je ne les critique pas, elles ont leurs objectifs, tout à fait compréhensibles : s'autofinancer, pour certaines, qui affichent l'ambition probablement sincère de rendre service aux auteurs ; prospérer au maximum, pour d'autres, et je ne saurais le leur reprocher puisque c'est leur rôle.


 Il est évident que celles qui vendent du service aux auteurs ont tout intérêt à ce que l'indésphère reste désorganisée, avec des indés désemparés qui seront disposés à payer pour améliorer leur écriture et/ou pour devenir visibles.

Dans leur immense solitude et leur soif de reconnaissance, la plupart d'entre nous sont prêts à tout. Cela se sait, et cela attire non seulement des sites honorables qui font de leur mieux pour nous aider, mais aussi une masse de petits prédateurs sans scrupules, dignes successeurs de l'édition à compte d'auteur.


 Il y a aussi les sociétés qui tirent le plus gros (sinon le plus clair 😉) de leurs ressources de la revente de données informatiques, activité que pratiquent beaucoup d'entreprises commerciales. Vous en connaissez au moins trois gigantesques, dont l'une nous intéresse au premier chef.

Ce n'est pas pour rien que notre géant bien ou mal-aimé peut se permettre de casser les prix, voire de fonctionner à perte dans certains domaines – comme la librairie en ligne, précisément. Le système A est une colossale pompe à données, d'où un business non moins colossal, qui justifie à lui seul tout le reste de la boutique (laquelle sert, disons, de façade, de décor, d'appât, ou ce que vous voudrez).

Or, il se trouve que la loi en matière de données informatiques évolue, qu'elle devient plus protectrice pour les consommateurs. En Europe, la loi RGPD 2018 entrera bientôt en vigueur. La réglementation relative au transfert des données sera moins contraignante en contrepartie d'une obligation pour les sites : recueillir le consentement explicite de leurs clients et faciliter sa révocabilité à tout moment, ainsi que le respect du « droit à l'oubli » (effacement des données sur simple demande). Elle prévoit aussi, entre autres dispositions, une limitation du profilage des consommateurs.

Quel est, dans cette perspective, l'intérêt pour un site de rassembler une énorme quantité d'auteurs ? Eh bien, justement, ils ne sont pas des clients en quête de produits, mais des vendeurs qui offrent les leurs.
(Comme les autres vendeurs présents sur la méga boutique en ligne. Vous croyez que tant d'entreprises, y compris la Fnac et consorts, hébergent des milliers d'offres plus ou moins concurrentes pour le seul plaisir d'encaisser une petite commission et de proposer à leurs clients un choix pléthorique ? Eh bien non. Le vrai but, vous le connaissez désormais.)

Dans cette optique, les auteurs répugneront beaucoup moins qu'un client-acheteur, libre et souverain, à permettre que l'on dispose ad libitum de leurs données personnelles, lesquelles ont pour le site une valeur marchande. Le rapport de forces est très défavorable aux auteurs : la plupart seraient prêts à payer pour avoir une chance de « percer » ; en comparaison, laisser un site revendre leurs profils consommateur et leurs données personnelles est un maigre sacrifice.

Dès lors que les auteurs auront coché les cases autorisant le site à disposer de leurs données, on comprend bien que ce sera la porte ouverte à leur profilage complet – dans toutes leurs activités sur ce site marchand et pas seulement sur la librairie, puisque tout dépend d'un seul et même compte (je rappelle que les comptes multiples sont interdits : vous ne pouvez pas publier avec un compte et faire votre shopping avec un autre).

Je vous laisse imaginer à quel point c'est intéressant aux yeux des dirigeants d'un site qui tire ses bénéfices de la revente massive de données.

Voilà pour les enjeux sur ce sujet-là. Quand on les connaît, on comprend beaucoup de choses – dont le fait qu'il est vain d'espérer qu'un jour, le géant se préoccupera de mettre en avant la qualité, comme pourrait vouloir le faire une librairie classique.


Où est-ce que je veux en venir ?

Nous avons vu que promouvoir la qualité et l'originalité, parmi la production autoéditée, ne relève pas d'une lubie anecdotique mais d'un impératif d'intérêt général.

Nous savons à présent que nous évoluons dans un milieu ambiant qui n'a plus rien à voir avec l'image d'Épinal d'un monde du livre voué à la recherche et à la promotion de la bonne littérature : l'époque est dure et seul compte le profit ou, au minimum, la survie. Cela, aussi bien au niveau de l'édition tradi (il y a, bien sûr, des exceptions) qu'au niveau des plateformes de publication.

Même les libraires, qui sont nos frères et sœurs naturels de par leur passion des livres, se retrouvent soumis à l'impératif de dégager des bénéfices.
Les grandes surfaces de vente se multiplient, et même les petites librairies à taille humaine sont bien obligées de vendre en priorité ce qui part comme des petits pains.
Là aussi il y a des exceptions, des passionnés qui promeuvent ce qu'ils aiment, mais, hélas, ils tendent à devenir très minoritaires. Ce sont souvent ceux-là, d'ailleurs, que l'on voit avec chagrin mettre la clef sous la porte.

Quant à l'édition, son intérêt est de brider l'émancipation de l'indésphère (pardonnez-moi de tourner encore le couteau dans la plaie : pour l'heure, elle n'est pas émancipée, contrairement à l'illusion de beaucoup d'auteurs ; elle danse encore sur la musique des éditeurs et ne parvient pas à s'organiser pour attirer à elle leur lectorat).

Pourquoi est-ce son intérêt ? Parce que l'édition veut s'en servir comme d'une réserve de chasse où piocher à son gré des désespérés « bankable » (rentabilisables).

J'ai écrit à plusieurs reprises qu'étant donné leurs difficultés financières, dues à la hausse des coûts et à la restriction du marché, les éditeurs n'auraient finalement d'autre ressource que de se reconvertir en agents littéraires qui vendraient aux indés leurs savoir-faire et leurs atouts relationnels. C'est ce qui pourrait arriver de mieux aux auteurs indépendants, et à la littérature toute entière : les compétences de l'édition mises au service de la liberté de création.

Mais cela, c'était dans l'optique de notre essor en tant que planète Autoédition bien organisée, capable de promouvoir elle-même le meilleur de sa production et d'aider au renouvellement en soutenant les talents émergents.

Si, au contraire, les éditeurs parviennent à nous maintenir dans le grand désordre actuel, ils n'auront aucun besoin de se reconvertir : au contraire, nous les aiderons à faire perdurer un système qui a démontré sa faillite, en leur permettant de simplement récupérer les livres autoédités qui cartonnent déjà sur le Net, au lieu d'entretenir un coûteux service de réception et d'évaluation des manuscrits.

Nous les aurons aidés à tourner définitivement le dos à leur ancien rôle de découvreurs de talents et à devenir de simple revendeurs, qui se contenteront d'assurer une promotion en règle et empocheront la plus-value aux dépends des auteurs.


Vous voyez que nous avons vraiment beaucoup à perdre, et que, comme je vous le disais, le temps joue contre nous. Si vous voulons nous en sortir, cela ne pourra être qu'en comptant sur nous-mêmes.

Par conséquent, il nous faudra bien, tôt ou tard :


● Soit mettre en place une structure collégiale aux compétences indiscutables, aux goûts très diversifiés, qui se chargerait d'évaluer les ouvrages des auteurs volontaires et leur accorderait, ou non, une estampille « qualité littéraire » à définir.

Il est évident que cette solution soulève de nombreux problèmes : qui se dévouerait pour cette action, forcément bénévole ? (pas votre humble servante, soyons clairs : je ne suis pas en état de m'engager sur le long terme). Comment faire accepter les décisions sans discutailleries chronophages ou contestations publiques qui nuieraient à toute l'indésphère ? Etc.


● Soit, peut-être – ce n'est qu'une piste, à vous d'en proposer d'autres –, instaurer un consensus pour que tout auteur se réclamant de l'indésphère (libre aux autres autoédités de rester en marge) puisse apposer sur son ouvrage une marque très distincte, à une place définie une fois pour toutes, pour établir dans quelle catégorie il range son ouvrage.

Cette marque pourrait, par exemple, prendre la forme d'un carré ou d'un bandeau en 4e de couverture, avec un code couleur et la mention de la catégorie. Par exemple (ce ne sont que des suggestions pour mieux me faire comprendre) :

• « Libre expression » – carré ou bandeau vert.

• « Littérature grand public » – carré ou bandeau bleu.

• « Littérature sélective » – carré ou bandeau rouge.

Ainsi, les lecteurs qui piocheraient un ouvrage « libre expression » (étiquette ou bandeau vert en 4e de couv, par exemple) ne pourraient pas lui reprocher une forme imparfaite ; et ceux à la recherche de « littérature sélective » ou de « littérature grand public » sauraient d'un coup d'œil quels ouvrages pourraient leur convenir.

Il faudrait, bien entendu, que les plateformes de publication jouent le jeu en permettant un tri sur ce critère. Comme le mélange de tout et n'importe quoi nuit un peu à leur image, elles pourraient y trouver un intérêt, du moment qu'elles n'auraient pas à investir en fondant leur propre système de sélection, mais se contenteraient d'ajouter, par exemple, un code couleur dans les critères de choix.

Si les plateformes se voulaient pas coopérer, il appartiendrait à l'indésphère d'ouvrir par la suite son propre site, non pas de vente (ce serait trop lourd,  au moins dans un premier temps), mais de mise en avant de sa production, classée par ordre alphabétique dans chacune de ces différenciations.

Nul n'aurait besoin de statuer sur l'appartenance d'un ouvrage à telle ou telle catégorie : aux auteurs de décider, à leurs risques et périls, d'opter pour celle dont ils pensent relever.

Bien sûr, certains pourraient faire exprès de se classer dans une catégorie manifestement autre que la leur ; il faudrait donc que cela entraîne la perte du droit d'apposer le logo. Et, si certains l'apposaient sans en y être habilités, il serait opportun que l'ensemble de l'indésphère discrédite ouvertement les fautifs : cela rendrait la fraude beaucoup moins tentante.

Comment ! s'étranglent déjà certains de mes honorables visiteurs, il nous faudrait dénoncer les collègues ! Alors qu'il est si pratique et convivial, dans un environnement où les lecteurs sont trop rares, de les laisser acheter nos livres et déposer d'aimables commentaires dans l'espoir que nous leur rendrons la pareille… Nous ne sommes pas des flics, que diable !

Bonnes gens, il ne s'agit pas de fliquer, mais de faire respecter des règles de bonne conduite, dans l'intérêt des lecteurs et aussi dans celui des auteurs. Comme cela se fait dans tous les milieux, professionnels ou non. Partout, l'on met en place des classifications, des labels, des moyens d'identification et de reconnaissance ; partout, l'on réagit vigoureusement en cas de transgression, pour préserver l'image de la profession et le respect des consommateurs.

Bien sûr, l'on peut continuer à se rengorger parce que l'indésphère est un vaste espace de liberté où chacun fait ce qu'il lui plaît. C'est très bien, et je défends moi-même, ô combien, les libertés individuelles.

Mais si les auteurs volontaires pour changer l'image globale de leur communauté ne mettent pas un peu de lisibilité là-dedans (sans jeu de mots), ce vaste espace libertaire restera ce qu'il est actuellement : un méga foutoir.

Son volume et sa confusion ne feront même que s'aggraver avec le temps, puisque, d'après un sondage déjà ancien, un Français sur trois rêve d'écrire un livre. Imaginons une indésphère de quinze million d'auteurs… Il n'y a pas meilleur moyen de nous retrouver, définitivement, en circuit fermé avec une majorité d'amateurs au sens le moins noble du terme, qui sera très loin de ne compter que des lecteurs assidus. Finie, la belle époque où l'on s'entrelisait ! « Mais où sont les indés d'antan ? » vous lamenterez-vous, la larme à l'œil…

Et n'oublions pas que, de son côté, l'édition se met aussi au numérique et aux prix bas.
Pas la grande édition, pas encore, bien qu'elle soit en train de se convertir à l'économie de masse. Mais des petites maisons d'édition plus ou moins sérieuses, qui prospèreront sur la promesse, honnête ou purement opportuniste, de proposer des ouvrages sélectionnés.

L'organisation que notre immense banc de poissons, fort de sa taille et de sa diversité, aurait pu instaurer sur la base du respect et du volontariat, des tas de requins sauront s'en donner l'apparence dans un but purement lucratif, en nous décrédibilisant une fois pour toutes.

N'ayant plus besoin de venir sur l'indésphère pour trouver des lectures à prix doux, les lecteurs passionnés et les lecteurs exigeants se tourneront en exclusivité vers ces fournisseurs-là, bien plus sérieux  (ne serait-ce qu'en apparence) et pratiques.

Alors, je vous en conjure : mettez un peu d'ordre dans ce joyeux désordre. Organisez-vous…


Excellente fin de journée et bonne réflexion à toutes à tous !