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mardi 24 avril 2018

Autoédition : faut-il avoir peur des voleurs ?





J'ai récemment publié sur facebook une réflexion inspirée par la découverte de Ready Player One. Rien à voir avec du plagiat, je n'aurais pas cette prétention ! Mais cela m'a fait un drôle d'effet de retrouver dans ce film des ingrédients du jeu « World of Braincast » (WOB) présents dès la première Intégrale d'Élie et l'Apocalypse, ma saga fantastique-anticipation conçue en 2007 et publiée par éditeur en janvier 2012.


J'avais déjà eu une surprise – carrément désagréable – à la sortie du film Avatar, dans lequel, à l'instar d'Oliver Green, l'un des Sages de mon roman, les Na'vis communiquent avec les animaux et les plantes.

Lors de la bataille finale du film, une horde de gros animaux, puis une escadrille de ptérodactyles (oiseaux préhistoriques), attaquent les agresseurs de Pandora.
Dans EELA, c'étaient une harde de cerfs et de sangliers suivie de nuées d'oiseaux qui défendaient le sanctuaire au début de la bataille des Transes…

Personne n'aurait cru à cette coïncidence ; aussi, pour éviter que l'on ne s'imagine que j'avais retranscrit un passage d'Avatar, j'avais préféré réécrire ma scène avant publication pour la différencier le plus possible de celle de Cameron.

Comme j'avais précédemment adressé le manuscrit d'EELA à un agent littéraire très introduit dans le milieu cinématographique américain, cet épisode m'avait inspiré quelques inquiétudes, partagées par mon éditeur. Nous avions fini par conclure que c'était pure paranoïa, la rédaction du script d'Avatar ayant commencé avant cet envoi.


Pour RPO, voici quelques éléments de concordance.

Il y a d'abord le moment où Aech, l'avatar partenaire de Parzival, rappelle à son ami que la bombe sexuelle en combinaison rouge moulante qui le fascine pourrait être, en vérité, l'avatar d'« un mec de cent cinquante kilos qui vit dans le sous-sol de sa mère dans la banlieue de Détroit ».
Dans EELA, un membre d'un clan de gamers américains prévient l'un d'entre eux, tombé sous le charme de l'avatar de mon héroïne, que cette Ève si sexy (également en combinaison rouge moulante !) pourrait très bien être « un vieux porc d’au moins quarante piges qui veut nous piquer nos raccourcis ».

Le mode de localisation d'un partenaire de jeu dans l'Oasis rappelle la « balise de ralliement » dans WOB.

Le parcours de Parzival dans les coulisses de la course de voitures évoque la fuite d'Ève et Pixel dans les coulisses de WOB (« under map ») : un décor à peine esquissé, d'où l'on peut contempler ce qui se déroule dans le jeu.

La recherche d'easter eggs dans l'Oasis pour accéder au contrôle de l'entreprise d'Halliday dans le monde réel ressemble bien sûr à la quête d'Élie, que des indices cachés dans WOB pourront aider à remplir sa mission. Dans RPO comme dans EELA, la chasse au trésor passe par la résolution de diverses énigmes.


Troublant, non ? Pourtant, la raison de toutes ces analogies est très banale : dans les jeux vidéo, principes, outils et références se recoupent assez souvent ; c'est inévitable. Ce que j'ai cru « inventer » ex nihilo (à raison, en un certain sens, vu ma totale méconnaissance de ce milieu) est certainement présent dans d'innombrables jeux, et il est normal que ces éléments aient été exploités par l'auteur du livre Ready Player One et les scénaristes de Spielberg.

Il en allait de même concernant Avatar, où l'idée d'êtres vivant en symbiose avec Mère Nature rend incontournables l'antique concept d'Arbre sacré (central dans ma saga, quoique sous une forme inédite) et l'idée d'animaux qui se battent aux côtés des humains ou humanoïdes.


Tout cela est plutôt rassurant, au fond : car je n'avais jamais joué à aucun jeu vidéo avant d'employer mon imagination à concevoir WOB, le jeu en réseau d'EELA – assez original, et pour cause ! Cela prouve que l'on peut très bien créer un univers crédible sans compétences préalables, à condition de ne pas se croire autorisé à faire n'importe quoi.

Contrairement à ce que je préconise, par exemple dans ce billet, je ne peux même pas prétendre m'être documentée avec soin. En 2009, le premier jet était clos et toutes les intrigues fixées lorsque j'ai regardé un peu mes enfants jouer à WoW et Overlord pour pouvoir incorporer quelques allusions dans mon manuscrit, comme « Pas besoin d’aligner des hécatombes de sangliers, ou de massacrer des moutons innocents ». 😉

Le fait que mes autres pseudo-références au monde des jeux vidéo, entièrement « faites maison », recoupent celles de spécialistes en la matière, me conforte dans l'idée que mon jeu est néanmoins crédible. Des fans d'EELA, d'ailleurs, se sont déclarés impatients de le retrouver sur console.


Le seul (léger) malaise, c'est que les futurs lecteurs de mon livre pourront s'imaginer que j'ai tiré mes idées du film de Spielberg. Je ne sais pas si beaucoup de mes lecteurs actuels ont lu le livre Real Player One, mais il me semble que le succès du film accroîtra considérablement le risque que je passe pour une imitatrice.

Et cela, d'autant plus que j'ai truffé le roman d'allusions à la littérature et au cinéma, notamment fantasy. Par exemple, après avoir découvert La Roue du Temps pendant l'été 2012, j'ai rajouté dans EELA des références à la saga de Robert Jordan, en hommage à ce dernier, décédé en 2007, l'année même où un rêve m'avait inspiré le scénario d'Élie et l'Apocalypse.

Ce fut d'ailleurs l'une des raisons de mon trouble : comme EELARPO joue à multiplier les références culturelles – plus ou moins évidentes, ou, au contraire, cryptées. Décidément, il faut que je songe à programmer un brunch avec Spielberg : nous aurions baucoup de choses à nous dire ! 😁


Le hantise d'être devancé… ou copié

Par prolongement, tout cela m'a suggéré d'écrire un petit billet sur le plagiat et le piratage, terreur de la plupart des auteurs.

Car ce qui m'a le plus marquée à la sortie de RPO, c'est la pensée des nombreux auteurs qui voient leurs bonnes idées court-circuitées par des livres ou films à succès. Certains, comme Ghaan Ima qui en a témoigné sur facebook, doivent alors abandonner des projets à peine ébauchés. Je compatis à leur désappointement : être auteur, c'est aussi être lancé dans une course aux idées originales, sachant que, pour compliquer l'affaire, le champ d'innovation se restreint comme peau de chagrin et que la lutte est inégale entre les auteurs indépendants ou micro-édités et les faiseurs de blockbusters.

De nos jours, les occasions d'être copié se multiplient. Si les sites tels qu'Amazon empêchent la reproduction pure et simple, beaucoup de manuscrits circulent sous des formes duplicables : des auteurs mal intentionnés pourraient s'en emparer et les exploiter sous leur nom, avec ou sans modifications. Raison pour laquelle mieux vaut, entre autres précautions, s'assurer du sérieux des blogueurs auxquels on confie un fichier.


Quand des opportunistes divulguent « un truc pour lire gratis »

Bien sûr, il y a aussi une faille inévitable sur les plateformes de publication, quel que soit leur sérieux : la possibilité, imposée par la loi, de se faire rembourser tout achat sur une librairie en ligne. Même après lecture, s'agissant d'un ebook… C'est anormal, je vous le concède, car un livre numérique est un bien qui perd généralement son intérêt après consommation, contrairement à un aspirateur ou une paire de chaussures. Espérons qu'une exception finira par être faite, étant donné l'importance que revêt la protection des produits culturels.

En 2014, un auteur irresponsable n'a pas hésité à publier un petit tuto afin d'expliquer comment exploiter ladite loi pour lire sans bourse délier. Je regrette que beaucoup de blogs s'en soient fait l'écho, et même une journaliste de l'Obs, qui mériterait d'être traînée en justice pour avoir, dans un article intitulé « Ils lisent gratis : sur Amazon, une faille permet le piratage légal »donné une audience désastreuse à cette info ô combien critiquable. À présent, le mal est fait, c'est pourquoi je me permets, quatre ans plus tard, de m'en faire l'écho à mon tour.

Nul doute, la pécore n'avait vu là qu'une occasion de faire du tort au géant américain. Hélas : toutes les librairies en ligne sont soumises à cette loi – même si certaines ont d'abord tenté de la contourner, tandis qu'Amazon, dans le collimateur des législateurs européens, s'y était aussitôt conformé avec scrupule.

N'empêche que les lecteurs qui usent de ce biais pour profiter du travail des auteurs en les privant d'une juste rémunération, ne sont ni plus ni moins que de méprisables petites fripouilles.

Quant à monsieur Crouzet, l'universitaire divulgateur de la faille, inutile qu'il se dise « désolé » de son existence, si c'est pour l'expérimenter lui-même et expliquer publiquement comment faire, captures d'image à l'appui, quitte à conclure d'un ton patelin « il faut espérer que les lecteurs n'abuseront pas. » Ce qui est désolant, c'est plutôt de désirer à ce point faire l'intéressant !

On me dira sans doute qu'un lecteur qui abuserait de cette possibilité verrait la librairie en ligne clôturer son compte. Sans doute. Il n'empêche…


La question des DRM

En autoédition, où un livre est téléchargeable gratuitement ou pour une somme dérisoire, n'importe qui peut entreprendre de lire des ouvrages à succès pour s'emparer de leurs meilleures idées et les incorporer à ses propres ebooks. Nous en reparlerons plus loin.

Pour ce qui est du piratage pur et simple, faut-il se protéger en recourant aux DRM (digital right management), ce disposif d'accès conditionnel au contenu d'un fichier ?

Personnellement, je dirais que non : les DRM compliquent l'acte d'achat et les lecteurs témoignent massivement de leur rejet de cette procédure, par ailleurs inefficace puisqu'il est très facile de contourner le verrouillage. Moyennant quoi, il est à la fois inutile et contre-productif d'emmerder ses lecteurs en leur imposant des DRM.

Mention spéciale pour la DRM chronodégradable : vous savez, comme le message qui « s'autodétruira dans cinq secondes » de la série Mission impossible, et qui fut à l'origine du principe des burn notes. En fait, la DRM en question porte mal son nom, puique ce n'est pas le dispositif d'accès mais le fichier lui-même qui est chronodégradable.

C'est un principe intéressant, que j'avais d'ailleurs mis en scène dans EELA en 2007 : « le robot bibliothécaire ne proposait que des e-books dont l’encre électronique s’effaçait au bout d’un mois ». Reste à lui assurer une mise en œuvre légère à tous points de vue, y compris en termes de coût.


Les sites de téléchargement illégal

La hantise des auteurs indés, ce sont ces sites qui fleurissent un peu partout et où nous avons tous vu proposer le téléchargement de nos ouvrages.

Pas de panique : l'immense majorité de ces sites sont un simple piège à gogos conçu pour capter les informations personnelles des visiteurs, priés de s'inscrire pour accéder au téléchargement. On n'y obtient en réalité aucun livre ; il n'y a là qu'un décor, à base de fiches de présentation pompées sur les sites de téléchargement légal.

Bien sûr, il existe aussi quelques vrais sites de vente d'ouvrages piratés ; de même qu'il est exact que des fichiers détournés peuvent circuler de lecteur en lecteur.

J'ai tendance à dire : et alors ? Dans le pire des cas, c'est de la publicité gratuite ! Les lecteurs des versions pirates, s'ils aiment votre livre, en parleront peut-être autour d'eux. J'ai même vu passer un sondage qui concluait que beaucoup, s'ils sont conquis, vont ensuite acquérir nos livres en bonne et due forme.

Par ailleurs, comme indiqué dans cette enquête (un peu vieille, mais très intéressante), ce sont surtout les livres édités, trop coûteux, qui sont piratés.


Le problème des procès pour plagiat

Il faut savoir que les auteurs édités sont presque aussi démunis que les indés face au plagiat.

Certes, en cas de plagiat intégral, leur éditeur se chargera d'intenter un procès au coupable. À condition qu'il soit au courant… Car le danger, dans l'immensité du web, c'est moins qu'un prix Goncourt soit piraté en tant que tel, sous son titre d'origine, que de le voir ressortir sous un autre titre, au nom d'un obscur auteur autoédité : auquel cas il pourra faire un jolie carrière au profit du plagieur, sans que quiconque s'en aperçoive.

Et en cas de plagiat partiel, allez donc obtenir justice !
Les héritiers de Margaret Mitchell s'y sont cassé les dents quand ils ont voulu dénoncer la présence, dans La bicyclette bleue de Régine Desforges, de phrases entières d'Autant en emporte le vent (sans compter l'intrigue, simplement transposée de la guerre de Sécession à la seconde guerre mondiale).
De même pour les auteurs qui ont eu le désagrément de trouver transposés dans Harry Potter bon nombre d'éléments de leurs romans, y compris le nom et l'aspect physique du héros (à ce sujet, voir ce billet-ci et celui-là).

Les juges, qui n'y entendent goutte en littérature, doivent trancher sur des éléments évidents, et toute reprise d'éléments d'une œuvre dans une autre, qui les transpose et les réinterprète, n'est pas considérée comme un délit de plagiat. Sans quoi, nous serions tous menacés d'une procédure…


Écrire, c'est participer à l'imaginaire commun

…Parce que, et là réside le fond du problème, aucun livre n'est issu à 100 % de l'imagination de son créateur. Chaque ouvrage que nous rédigeons est, entre autres influences, le fruit de nos propres lectures.

Même lorsque nous sommes certains d'avoir réellement « inventé » quelque chose, il est probable qu'un inconnu a eu un jour la même idée, ou presque. Il en est ainsi dans tous les domaines : moi qui ai déposé des brevets dans ma jeunesse, je ne compte plus les autres inventions que j'ai dû renoncer à breveter, m'étant aperçue que quelqu'un m'avait précédée !

La chose est d'autant plus vraie pour un auteur. Les grands thèmes d'inspiration, les préoccupations, la vision de l'existence, sont assez concordants d'un individu à l'autre, malgré les différences de lieux et de cultures ; d'autant plus en cette ère où les informations circulent dans le monde entier, où tout se partage et s'entremêle. C'est ce qui fait dire qu'il n'y a rien de neuf en littérature, que tout a déjà été écrit, qu'il est impossible de concevoir un schéma narratif entièrement novateur.

Il faut bien admettre que nos trouvailles inspireront inévitablement d'autres auteurs ; qu'ils les incorporeront dans leur imaginaire et les revisiteront à leur manière, bonne ou mauvaise. Chacun de nous se trouve aussi dans ce cas-là, consciemment ou non : sa créativité se fonde sur le terreau des œuvres précédentes.

Ainsi croit et se diversifie la littérature, tel un arbre dont les infinies ramifications possèdent des racines communes.


Ce qui compte, ce ne sont pas les ingrédients mais la façon de les cuisiner

Même si, et c'est bien naturel, nous sommes chatouilleux sur ce qu'il advient de nos « bébés » une fois que nous les avons lâchés dans le vaste monde, voire jaloux de toute utilisation qu'un quidam pourrait faire des trouvailles dont nous sommes fiers, il est essentiel de reconnaître que nous ne parviendrons pas à en conserver l'entière paternité.

Ce n'est d'ailleurs pas notre intérêt, puisque nous avons tous pour but légitime de marquer nos lecteurs. Les marquer, c'est faire en sorte que nos idées les imprègnent… 😈 et, du même coup, accepter qu'ils se les approprient. Y compris dans leurs futurs ouvrages – puisque, de nos jours, tout lecteur est un autoédité potentiel.

Toutes les bonnes idées sont, tôt ou tard, versées au patrimoine commun de la littérature. Elles deviennent comme les ingrédients en cuisine : certes, leur qualité et leur originalité ont leur importance, mais ce qui compte le plus, c'est la façon dont chacun va les utiliser. Avec les mêmes idées de départ, certains bâcleront une infâme ragougnasse et d'autres un mets délicieux.

C'est pourquoi j'insiste sans relâche sur le style, sur l'originalité dans la façon de réaccomoder ces éléments de base. Il faut savoir que, la plupart du temps, les lecteurs ne remarqueront pas les idées géniales dont nous étions si fiers. En revanche, l'effet global, c'est-à-dire tout le travail sous-jacent qui fait la différence entre un excellent livre et une daube mal ficelée, voilà le point sur lequel doivent porter nos efforts.

N'importe qui peut avoir eu la même idée que vous. Personne d'autre ne la restituera exactement comme vous, et il vous appartient de faire en sorte que votre plat se distingue avec brio de toutes ses possibles variantes.


En conclusion

Le plagiat délictueux représente un problème qui n'est pas près d'être résolu. Les juges ne sont pas véritablement compétents pour repérer un plagiat, à moins qu'il ne soit flagrant. Peut-être, un jour, un programme informatique permettra-t-il de trancher lors d'une action en justice, en recoupant le contenu de deux ouvrages de façon à déterminer si l'un s'est inspiré de l'autre au-delà du raisonnable, ou a réutilisé plus de phrases et d'expressions originales qu'il n'est permis d'en citer dans un cadre légal. 

En revanche, retrouver nos idées dans d'autres livres, cela relève de la transmission culturelle : un passage de relais que nous ne devons ni craindre, ni prétendre contrarier, ne serait-ce que parce que nous nous y casserions les dents.

En cas de mauvaise intention manifeste, si un auteur s'amuse à piquer délibérément nos idées ou à recycler trop de passages de nos livres, les réseaux sociaux permettent d'alerter les lecteurs : je crains que ce ne soit notre seule arme… mais elle peut être redoutablement efficace.

En dehors de ce cas précis, je pense qu'il nous appartient de lâcher prise et de considérer les réappropriations comme un hommage, plutôt que comme une atteinte à nos droits d'auteurs.

Le reste du temps, travaillons à produire les meilleurs livres possibles, et nous ferons la différence.



Excellente fin de semaine à toutes et à tous !