Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi consulter ma page auteur Amazon ou explorer mon profil https://www.facebook.com/EBKoridwen et ses groupes associés, où vous découvrirez l'actualité de mes ami(e)s blogueurs littéraires, auteurs, illustrateurs, etc : une enthousiasmante communauté de plus de 4 000 passionnés du livre.

On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


jeudi 12 avril 2018

Autoédition : le temps qui passe… ou pas



Bonjour mes ami(e)s, nous revoici ensemble pour un nouveau billet sur l'écriture.

Le choix et le maniement du ou des temps de narration donnent lieu à toutes sortes d'erreurs et peuvent représenter pour un auteur un véritable parcours du combattant, semé de plusieurs sortes de pièges.

Essayons d'y voir un peu plus clair.



QUAND ON SE MÉLANGE LES PINCEAUX.

Les temps narratifs malvenus sont incroyablement fréquents en autoédition. Pour l'auteur qui file son intrigue en pensant à bien d'autres détails, mélanger involontairement passé et présent dans un même récit est vite arrivé !

De son côté, le lecteur aura l'impression que les personnages sont victimes de translations spatio-temporelles dignes d'un ouvrage de SF, ou se livrent à des acrobaties philosphico-ésotériques déjantées, du genre « je serai hier et j'étais demain ». 😉

Exemple :

« Je la regarde s'approcher. Que va-t-elle faire ? 
Elle était inquiète. Elle prit le temps de regarder les autres avant de me sourire. Je me demande ce qui l'effraie. »

Cela vous paraît énorme ? À présent que j'ai attiré votre attention là-dessus, vous risquez pourtant de remarquer très souvent des maladresses de ce genre dans les publications d'autrui.

Pour les éviter dans vos manuscrits, il suffit de vous relire attentivement en veillant à ce que tout le texte soit au même temps de narration, sauf…



QUAND C'EST FAIT EXPRÈS.

Car bien entendu, je ne visais pas dans le paragraphe précédent les transitions volontaires, destinées à marquer une réminiscence ou un « arrêt sur image ».



● La réminiscence

« Il la regarde s'approcher. Pourquoi lui rappelle-t-elle Paula jeune fille, vingt ans plus tôt ?

Elle portait une robe impeccable, assortie à sa gravité de jeune fille sage. Elle semblait inquiète. Chaque pas était comme une petite victoire coûteuse. Et pourtant, elle avançait vers lui.

Ce soir, ce n'est pas Paula qui s'avance, mais il a l'impression d'entendre sa voix quand l'inconnue lui dit en souriant (…) »

En l'occurrence, le passé est employé au sein d'un texte au présent pour évoquer un souvenir. 

Non seulement le passage concerné doit être isolé dans un paragraphe distinct, mais il est recommandé de le mettre en italiques pour faciliter la compréhension de ce décalage temporel. Et, pour plus de sûreté, mieux vaut aider le lecteur à se resituer dans l'histoire (« ce soir  »)…


● L'arrêt sur image

« Il la regardait s'approcher, dans sa robe impeccable qui lui donnait une allure de jeune fille sage.

Elle est inquiète. Chaque pas semble une petite victoire. Pourtant, elle avance vers lui et sourit…

Éric sursauta quand elle lui tendit la main. »

Dans cet autre cas, la narration au passé s'interrompt un instant, comme si le temps restait suspendu afin de mettre en valeur une brève action ou description.

Le présent souligne l'importance, la densité de cet événement, et traduit l'intensité émotionnelle vécue par le personnage principal, qui a l'impression d'observer la scène au ralenti.

Il est indispensable de consacrer à ce passage un paragraphe distinct.

Attention, il n'est pas rare que les lecteurs non habitués à de tels procédés de style les considèrent comme fautifs. Il est prudent d'en rajouter un peu pour mieux se faire comprendre, comme avec le verbe « sursauter », qui indique que le personnage émerge d'une sorte de transe.


QUAND L'ORTHOGRAPHE S'EMMÊLE. (rassurez-vous, c'est un jeu de mots)

Lorsque seul un « s » final, présent ou non, distingue un temps de l'autre à la première personne du singulier, on peut confondre…


Le passé simple (sans s final) et l'imparfait (avec s).

Petit rappel

Dans les verbes du premier groupe (ceux qui finissent en -er), la première personne du singulier prend un s à l'imparfait, mais pas au passé simple :

Cette fois, je mangeai
Chaque dimanche, je mangeais.

D'où la faute très fréquente :

« Lorsque je le vis, j'hésitais à le saluer » au lieu de « j'hésitai » (passé simple).

Ou, à l'inverse :

« Chaque jour, je me promenai des heures » au lieu de « me promenais » (imparfait).

Pour ne pas se tromper, rien de très compliqué :

Le passé simple correspond à une action ponctuelle, datée avec précision (« hier », « à cet instant », « quand je la vis », etc).

C'est le temps du récit à proprement parler, celui qui décrit les actes et les réactions :

« Alors le chevalier brandit son épée. Le monstre prit peur et s'enfuit. »

L'imparfait indique une action qui dure ou se répète (« d'habitude », « jadis », « en ce temps-là », « toujours », « chaque lundi », « quand j'étais jeune », etc).

D'une manière générale, c'est le temps qui sert à décrire le contexte du récit.

« Il faisait un temps superbe et Johan se sentait heureux. »

Lorsque le doute persiste, il existe 2 méthodes :

– Remplacer la première personne du singulier par la deuxième.

« Chaque jour, tu te promenais des heures. » (et non « tu te promenas »)
mais :
« À ma vue, tu hésitas. »

Cependant, il arrive que l'on utilise l'imparfait, même dans un contexte daté avec précision et sans notion d'habitude, afin de marquer une action qui traîne un peu en longueur :

« À cet instant, tu hésitais encore. »

De même, il peut arriver que l'on utilise le passé simple, même dans un contexte répétitif, par exemple afin de marquer la volonté d'un personnage, le caractère exceptionnel ou héroïque d'un événement :

« Chaque jour, tu fis une petite promenade pour leur prouver ta détermination. Tu ne cessas d'affirmer cette santé qui pourtant te fuyait.  »

Par conséquent, le remplacement par « tu » ne permet pas de trancher à coup sûr, à moins que l'auteur ne soit assez expérimenté pour savoir s'il veut employer à cette occasion le passé simple ou l'imparfait – auquel cas il saura sans doute  aussi s'il doit ou non mettre un s final. 😊

Je préconise donc la seconde méthode, infaillible :

– Remplacer votre verbe du premier groupe par un verbe du 2e ou 3e groupe.

Petit rappel

Les verbes du 2e groupe sont ceux qui se terminent par -ir et possèdent un participe présent en -issant, à l'exception de haïr : finir, bâtir…

Ceux du 3e groupe sont les verbes qui se terminent par -ir mais n'ont pas un participe passé en -issant, par exemple dormir ;  ceux qui se terminent en -oir, par exemple savoir ; et tous ceux qui se terminent en -re : décrire, croire, peindre, craindre, tordre, coudre, poindre, mettre…

« En le voyant, je crus (…) » : c'est le passé simple qui s'impose.

« Chaque jour, je faisais une petite promenade » : c'est l'imparfait qui convient.


● Le futur (sans s final) et le conditionnel (avec s).

Petit rappel

La première personne du singulier prend un « s » terminal au conditionnel, mais pas au futur :

Si je le pouvais, je serais…
Demain, je serai…

D'où la faute :

« Je te promets que je serais au rendez-vous » au lieu de « je serai » (futur),

ou, à l'inverse :

« Crois-moi, je prendrai volontiers sa place » au lieu de « je prendrais » (conditionnel)

Comment l'éviter ?

Reformulez mentalement la phrase en y ajoutant « demain » ou « si je le pouvais » pour mieux définir le sens :

« Je te promets que demain (futur), je serai au rendez-vous »

« Si je le pouvais (conditionnel), je prendrais volontiers sa place »

Si le doute persiste, transposez le verbe litigieux à la première personne du pluriel :

« Je te promets que nous serons au rendez-vous » (et non « serions ») : il s'agit visiblement d'un futur.

« Nous prendrions volontiers sa place » (et non « nous prendrons ») : il s'agit d'un conditionnel.



QUAND LA CONCORDANCE EST DISCORDANTE.

La concordance des temps est la règle d'harmonisation des différents temps employés dans un récit. Elle constitue l'un des écueils qui font sombrer les ouvrages inaboutis.

Pour naviguer en toute sécurité, il vous faut envisager votre récit comme un décor de cinéma où vous allez régler des éclairages et déplacer des caméras.


● ÉCLAIRER LE DÉCOR

Le présent ou l'imparfait marquent le temps général du récit.

C'est, en quelque sorte, la toile de fond de votre histoire.

« Lorsque commence cette aventure, nous sommes en 1920. »
« Il était une fois… »
« C'est la nuit de Noël, tout le monde dort. »
« Il faisait nuit. »

À vous de choisir si vous préférez raconter votre histoire au présent ou au passé ; c'est une question de goûts. Le passé est réputé plus classique, le présent plus moderne, mais bien d'autres facteurs entrent en jeu, notamment le genre littéraire (roman historique, roman intimiste, etc), l'ambiance recherchée, le public visé…


● SOULIGNER L'ACTION

Dans un récit au passé, le passé simple ou le passé composé marquent des moments précis, comme si l'on pointait un projecteur sur un personnage ou une action pour les mettre en valeur.

« Le prince aperçut la princesse »
« J'ai couru pour lui échapper. »


Le passé simple et le passé composé se scénarisent de façon différente.

– Le passé simple est plus classique, mais aussi plus dramatique, plus théâtral.

« Il s'approcha et me toisa » sera plus impressionnant que « Il s'est approché et m'a toisée ».

« Alors vint le temps des Héros » frappera davantage l'imagination que « Alors est venu le temps des Héros ».

– Le passé composé peut renforcer une évocation intime des sentiments des personnages. D'autre part, il traduit plus facilement le ton de désinvolture, de familiarité qui convient à certains récits.

« J'ai eu peur, je me suis enfuie » sera sans doute plus efficace, plus haletant, plus réaliste que « j'eus peur et je m'enfuis ».

« La première fois que j'ai rencontré Rodrigue, il m'a regardée de haut. Je lui ai tiré la langue » est moins guindé, plus vivant que « La première fois que je rencontrai Rodrigue, il me regarda de haut. Je lui tirai la langue ».

À vous de choisir votre temps en fonction du genre littéraire, de l'atmosphère que vous voulez rendre et, avant tout, de ce qui vous met le plus à l'aise.

L'essentiel est de ne pas mélanger passé simple et passé composé en tant que temps de narration, comme dans :

« Je fis face. Il s'est approché. Je le regardai dans les yeux. Il m'a rendu mon regard. »


● COMBINER LES DEUX ÉCLAIRAGES

En mélangeant imparfait et passé (simple ou composé), on joue de différents effets sur notre scène de théâtre : la lumière d'ambiance, qui éclaire le décor, et les « poursuites », ces projecteurs qui suivent et rythment l'action en se fixant sur des personnages ou des actes précis.

« Il faisait de plus en plus sombre. Il apparut à l'autre bout de la ruelle. À sa vue, je courus vers l'avenue. Les pavés glissaient sous mes pieds, l'obscurité s'épaississait. Je me tordis la cheville. »

Autre illustration avec le passé composé :

« Il faisait de plus en plus sombre. Il est apparu à l'autre bout de la ruelle. À sa vue, j'ai couru vers l'avenue. Les pavés glissaient sous mes pieds, l'obscurité s'épaississait. Je me suis tordu la cheville. »



● SE DÉPLACER DANS L'ÉPAISSEUR DU RÉCIT

C'est une autre dimension de votre travail d'auteur-réalisateur : le positionnement dans le temps. Il ne s'agit plus de régler des éclairages, mais de suivre l'action avec votre caméra.

Pour simplifier, imaginons qu'il y en a une seule, qui se déplace en avançant ou reculant sur un rail ; c'est l'une des possibilités offertes par ce que l'on appelle au cinéma le travelling.

En l'occurrence, votre caméra virtuelle ne va pas se déplacer dans l'espace, mais dans le temps, pour filmer aussi le passé et le futur du récit : aucune histoire, même linéraire, ne se raconte entièrement au présent ou entièrement au passé (simple ou composé).

Là où cela se complique, c'est que la profondeur de champ – passé proche ou lointain, futur proche ou lointain –, devra être indiquée par l'emploi de temps différents.


1) LE PASSÉ

Imaginez votre caméra virtuelle en train de reculer dans les différents plans de ce passé.

Dans un récit raconté au présent,

 une action ponctuelle qui a déjà eu lieu s'indique par le passé composé :

« Il fait de plus en plus en plus sombre. Il est apparu à l'autre bout de la ruelle. Je cours vers l'avenue. »

Naturellement, une action habituelle, répétitive ou qui a duré s'exprime à l'imparfait :

« Il fait de plus en plus en plus sombre. Dire que, tout à l'heure, j'étais en sécurité ! »

votre caméra peut continuer à se déplacer jusqu'à filmer un second plan temporel, qui portera l'attention du spectateur sur un événement encore plus ancien. Cette action antérieure au passé proche s'indique par le plus-que parfait :

« Il fait de plus en plus sombre. Il est apparu à l'autre bout de la rue. Déjà, une autre fois, il m'avait suivie jusque chez moi. Je cours vers l'avenue. »


Dans un récit raconté au passé (simple ou composé), 

toute action antérieure au temps du récit, qu'elle soit proche ou plus lointaine, s'indique par le plus-que-parfait :

« Il faisait de plus en plus en plus sombre. Il est apparu/il apparut à l'autre bout de la rue. Déjà, une autre fois, il m'avait suivie jusque chez moi. J'ai couru/je courus vers l'avenueJ'avais été folle de sortir si tard. »


2) LE FUTUR

Votre caméra virtuelle va avancer à travers ce futur.

Dans un récit raconté au présent, 

– on exprime le futur proche en combinant le présent du verbe aller avec l'infinif du verbe d'action :

« Je cours vers l'avenue. Il va me rattraper ! »

– le reste du temps, on emploie le futur simple :

« Je cours vers l'avenue. Je le sais : tôt ou tard, il me rattrapera. »

Dans un récit raconté au passé, 

– on exprime le futur proche en combinant l'imparfait du verbe aller avec l'infinif du verbe d'action :

« Il est apparu/il apparut à l'autre bout de la rue. Il allait me rattraper ! »

Attention à ne pas confondre le passé composé employé comme temps de narration, comme ci-dessus et dans la première illustration ci-dessous, avec celui employé pour indiquer un événement passé dans un récit au présent. Les futurs proches correspondants ne sont pas les mêmes :

« Il faisait de plus en plus sombre. Il est apparu (…) Il allait me rattraper ! J'ai couru vers l'avenue. »

« Il fait de plus en plus sombre. Il est apparu (…) Il va me rattraper ! Je cours vers l'avenue. »

– le reste du temps, on traduit une action future par le conditionnel présent :

« Il est apparu/il apparut à l'autre bout de la rue. Je le savais : tôt ou tard, il me rattraperait (conditionnel). »



3) AUTRES MOUVEMENTS DE CAMÉRA

Il est utile de graduer plus finement la chronologie en filmant aussi…

– une projection ou anticipation (événement envisagé dans un futur plus ou moins proche), que l'on traduit grâce au :

. futur antérieur dans un texte au présent :

« Je suis terrifiée. Bientôt il aura réussi à me rattraper (futur antérieur) et il me tuera. »

. conditionnel passé 1e forme, dans un texte au passé  :

« J'étais terrifiée. Bientôt il aurait réussi à me rattraper (cond. passé  1e forme) et il me tuerait. »

Remarque : le conditionnel passé 1e forme sert aussi à exprimer le regret dans un récit au passé ou au présent.

« J'ai/j'avais peur. Je n'aurais pas dû sortir si tard. Ou j'aurais pu me faire accompagner. Cela aurait été plus prudent. »

– une « action achevée » à un certain moment d'un récit au passé, nuance que l'on exprime à l'aide du passé antérieur :

« Mais lorsque j'eus atteint l'avenue (passé antérieur), je me retournai : il n'était plus là. »



En utilisant judicieusement tous ces temps, on obtient un récit qui éclaire tour à tour le décor et l'action principale, et dévoile toute une chronologie de moments aussi bien antérieurs que postérieurs à cette action :

« Il faisait de plus en plus en plus sombre (imparfait). Il apparut à l'autre bout de la rue (passé simple). Déjà, une autre fois, il m'avait suivie jusque chez moi (plus-que-parfait). Je courus vers l'avenue (passé simple). Il allait réussir (futur proche) : bientôt il m'aurait rattrapée (cond. passé 1e forme) et il me tuerait… (cond. présent) J'avais été folle de sortir si tard (plus-que-parfait). Je n'aurais jamais dû (cond. passé 1e forme) ! Mais lorsque j'eus atteint l'avenue (passé antérieur), je me retournai (passé simple) : il n'était plus là (imparfait). »

E
nfin, si l'on ne répugne pas à ce temps, souvent considéré aujourd'hui comme désuet, l'on peut aussi user du subjonctif pour apporter d'autres nuances :

« J'eusse aimé (plus-que-parfait du subjonctif) que tout cela n'eût été qu'un cauchemar (plus-que-parfait du subjonctif) et que je fusse en sécurité dans ma chambre (imparfait du subjonctif). »


Voilà pour aujourd'hui, mes amis ! J'espère que ces quelques rappels pourront, à l'occasion, vous aider dans votre travail d'auteurs.

Excellente fin de semaine à toutes et à tous !