Bienvenue chez moi ! Sur ce blog, je dis ce que je pense. Bonne visite...

Vous pouvez aussi explorer ma page auteur Amazon ou mon profil facebook et sa quinzaine de groupes associés (des outils à vocations spécifiques pour les auteurs, blogueurs, illustrateurs et prestataires du livre), où vous découvrirez l'actualité de mes ami(s) : une enthousiasmante communauté de plus de 6 000 passionnés.

dimanche 15 avril 2018

Droits de réponse



Une amie auteur, Murielle Lucie Clément, a répondu à mon dernier billet sur la romance par celui-ci.

Comme il ne peut être commenté, et que je ne voudrais pas blesser inutilement d'autres auteurs que j'estime, voici ce que je lui ai répondu ici sur facebook. 


"Ma chère Murielle, je ne vilipende pas la littérature sentimentale en général, mais celle de basse qualité : rien à voir. Il me semblait que c'était clair, mais j'insisterai sur ce point s'il le faut, quitte me faire traiter d'élitiste une fois de plus.

Pour commencer, je ne dis pas qu'il est impossible de cumuler éthique et classement Amazon, je dis que ceux qui y sont grâce à des ouvrages démagogiques et bâclés (ceux visés par mon article) ne pourraient pas y être, par définition, en respectant une éthique littéraire.

Autrement dit, s'ils essayaient de faire de la qualité, ce serait probablement un bide, vu l'indigence de leurs contenus face à une concurrence d'excellent niveau. Leur seule solution, c'est d'inonder le marché avec du bas de gamme vite torché qui proclame son côté grand public.

La formulation était maladroite, j'en conviens.

Pour les dames qui lisaient de la romance bas de gamme en catimini, je maintiens ce que j'ai dit. La preuve, ces livres étaient expédiés "sous pli discret", c'est dire…

Notoriété "trompeuse" parce qu'il ne s'agit pas d'une notoriété littéraire mais commerciale : rien à voir.

"Clichés périmés", oui, même s'ils continuent à faire recette : ils ne correspondent plus à la position de la femme dans la société moderne, ni à ses comportements la plupart du temps, heureusement.

Je ne trouve pas les tirages d'Harlequin rageants, dans le mesure où les gros tirages sont synonymes de contraintes très déplaisantes. Je les trouve effarants et peu conformes aux intérêts des femmes, mais cela les regarde, en effet.

"Le gros bleu qui tache" est une expression que je croyais très connue. Elle vise un vin de si mauvaise qualité qu'il est plus violacé que rouge.

J'avoue avoir espéré que les autoédités voudraient imiter l'édition en termes de qualité littéraire, pas de tirages. C'est mon côté utopiste.

Gagner sa vie et être autonome n'est peut-être pas le rêve de toutes les femmes, mais c'est leur réalité la plupart du temps, et heureusement, non ?

– Pour ce qui est du sado-masochisme, l'échange que je viens d'avoir avec Southeast Jones (voir le lien plus bas) aboutit à ce constat, qu'il partage : 
"La soumission d'une jeune fille amoureuse, qui se plie à ces "jeux" SM (qu'elle trouve dégradants) uniquement parce qu'elle est éblouie par un jeune et beau milliardaire, c'est effectivement vénéneux. Toutes les femmes entraînées dans ce genre de pratiques non pour des raisons sexuelles, mais pour des raisons sentimentales, finissent dans la peau d'une victime. Et aucun homme responsable n'entraîne dans le SM une femme sous influence et non pleinement consentante, à moins d'être un prédateur. Ce qui est grave, c'est que EL James, par méconnaissance du sujet, montre un couple prédateur-victime qui évolue vers une belle histoire d'amour. C'est dangereusement éloigné des réalités, comme tu viens de le rappeler."

– Je crois que le cliché de la femme entretenue et satisfaite de l'être est très démodé, Murielle, sauf dans une classe sociale rarement prise en exemple, celle des nantis (où, malgré tout, on rencontre bien des femmes désolées de ne pas être indépendantes).


Je savais qu'en publiant ce billet, je risquais de mal me faire comprendre, mais j'ai l'habitude. Que toi, si subtile, tu aies mal perçu mes propos, cela me peine beaucoup, car mon intention n'était certes pas de critiquer des auteurs sérieux.

PS : Pourquoi tant d'auteurs ont-ils l'air de se sentir visés, alors que nul n'ignore que mes bêtes noires sont des chefs-d'œuvre du genre "Engrossée par les tentacules" en autoédition – ou 50 NG, véritable honte pour l'édition ?"


Les réactions m'ont un peu débordée 😉et j'ai du mal à suivre.
Je publie ci-après ma réponse à un autre ami auteur,
Michel Canal, qui s'était aussi ému de mon article et l'a commenté ici sur facebook.

"Cher Michel, encore une fois, je ne mets pas toutes les romances dans le même sac. Il y en a qui font honte à l'édition et à l'autoédition, c'est un fait. Ne vous sentez pas visé.

Je n'ai pas une dent contre la romance, j'ai une dent contre le foutage de gueule. Et surtout, je soutiens, en osant dire tout haut ce qu'ils pensent tout bas et qui les ronge, les auteurs sérieux qui désespèrent de voir des daubes comme 50 NG occulter tout le paysage littéraire.

Pour quelle raison ce roman indigne s'est-il tant vendu ? La réponse est simple : un marketing réussi. Je ne compte plus les personnes qui l'ont acheté et ont dit avoir été incapables de le lire tant c'est nul. Voilà l'un des secrets des gros tirages : ce qui est vendu est vendu.

Ma vie n'est pas une romance, c'est un roman. 😏 J'ai aimé, bien sûr, mais jamais je n'ai considéré l'amour autrement que comme le partenariat incandescent de deux personnes qui se respectent et se comprennent, chacune restant libre et autonome. Le maître mot, c'est la dignité. Mais de nos jours, où chaque citoyen est vu avant tout comme un consommateur, la dignité humaine est le dernier souci de ceux qui nous manipulent…

Je finis sur le mot "croisade" : oui, croisade il y a de ma part, mais pas contre tel ou tel type de mauvais romans qui ne mériteraient pas un ligne, même critique. C'est une croisade en faveur des auteurs qui mériteraient, eux, d'être mis en lumière. Je sais que cela les soulage que l'on publie quelques vérités sur la grande braderie actuelle."


Enfin, j'ajoute, parce qu'il s'agit d'un sujet crucial, ma réponse à l'auteur indé Southeast Jones qui m'écrivait "Je n’ai ni lu, ni vu « 50 nuances de Grey », la littérature et le cinéma érotique (ou porno) me laisse de glace, mais qualifier le sadomasochisme de perversion me semble excessif. Il faut être deux (au moins) pour ce jeu –car c’en est bien un, de plus, l’avilissement du soumis ou de la soumise est volontaire, et il est fréquent que les rôles s’inversent. Je terminerais en signalant que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la domination est en grande partie pratiquée par des femmes. Pour tout le reste, je suis d’accord avec toi."


"Il ne faut pas confondre des jeux sexuels inoffensifs avec ou sans permutation des rôles et le sadisme pulsionnel, qui peut aller très loin et où un homme impose des sévices à une femme qui se soumet par faiblesse, peur physique ou dépendance amoureuse. Dans 50 NG, on ne montre pas une partenaire sexuelle consentante et avertie, mais une jeune fille innocente face à un homme profondément perverti par un passé douloureux. Ces histoires-là ne finissent jamais par un conte de fées. Au contraire, c'est l'escalade dans les sévices, et le nombre des victimes de sadiques est effrayant."
Ajoutons que dans 50 NG, tout sonne faux, la situation étant irréaliste, précisément. Mais comment les lectrices le sauraient-elles ?


Pour aller plus loin, c'est-à-dire dépasser la question de la romance et aborder les véritables enjeux, je vous invite à découvrir les interventions d'autres auteurs en suivant ce lien. Je ferai prochainement un billet sur le fond du problème : un auteur se doit-il d'être résistant ? (je ne parle pas là de politique, mais de dérives sociétales, comme on dit.)

J'espère avoir éclairci mon propos à travers ces quelques précisions. Autant j'ai la dent dure envers ce qui me semble le mériter, autant je serais navrée de froisser involontairement les très nombreux indés qui exercent leur travail d'auteur avec sérieux et conscience. 
Bon dimanche à toutes et à tous !