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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


samedi 14 avril 2018

L'eau de rose et ses épines


Dans mon billet sur l'écriture inclusive, je vous confiais que j'entrevois, pour défendre les droits des femmes, des voies plus immédiates, des domaines plus pragmatiques. Tiens, ne serait-ce que d'exprimer publiquement ma tristesse, mon indignation lorsque je vois certaines catégories de romance exploiter avec allégresse les pires caricatures sexistes et réductrices.

Il y aurait en l'occurrence, arrêtez-moi si je me trompe, une raison d'exprimer son militantisme féministe bien plus urgente et opportune que le pseudo-scandale du genre. Nettement moins populaire, aussi, mince alors ! Comme on ne peut pas tout avoir – une éthique cohérente d'auteur sérieux et un nom, familier du top Amazon, d'autrice de romances opportunistes –, à chacune ses priorités…


De mon côté, je ne me résigne pas. D'ailleurs, même dans l'autoédition, nombre de romancières ont du mal à considérer l'eau de rose grand public comme un genre estimable. Non par jalousie, comme voudraient le croire ses prêtresses ; mais parce que dans ce domaine, si frivole en apparence, l'enjeu en termes de libération des femmes est tout sauf anodin.

Qu'est-ce que je reproche à la romance à l'eau de rose ? Plusieurs choses.


SON INDIGENCE LITTÉRAIRE

Jadis, les lectrices de romance populaire s'y adonnaient en catimini et avaient pleinement conscience de fréquenter là un genre peu littéraire.

Aujourd'hui, ces dames sont si décomplexées (excellente chose, à première vue !), l'édition s'est si largement convertie à ce créneau juteux, ses auteurs à succès bénéficient d'une notoriété si trompeuse, que d'innombrables adeptes, persuadées de savourer là une littérature haut de gamme, se laissent imprégner plus que de raison par des avalanches de clichés périmés.

J'ai toujours considéré la littérature comme dotée d'une mission émancipatrice. Se jouant des barrières sociales, elle a apporté la culture partout où pouvait se glisser un livre. Elle a aidé les femmes à s'affranchir ; les hommes à se libérer de leurs chaînes ; les étrangers à se comprendre ; toute l'espèce humaine à grandir et à progresser sur la voie de la connaissance et, par conséquent, de la tolérance.

La première chose que je reproche à la romance d'aujourd'hui, ce sont donc ses contenus débilitants, conçus comme si elle s'adressait à des simples d'esprit.

Pour commencer, ce genre littéraire est, par définition (ce sont les fameux « codes »), calqué sur un canevas de base d'une monotonie affligeante :

Une jeune étudiante / jeune employée modèle / femme de ménage / femme en recherche d'emploi /…,
encore vierge / célibataire endurcie / divorcée / sans enfants / avec enfants dont elle s'occupe avec amour, fortitude et un zeste de fantaisie /…,
timide / faussement délurée / indécise /…,
ruinée / prise dans un piège infâme / persécutée par un ou des méchants / en proie à un affreux dilemme familial…,
tombe amoureuse malgré elle d'un patron / milliardaire /acteur tellement sexy / bad boy / bel inconnu / voisin de palier / joueur de saxo déjanté /…,
qui est, bien entendu, viril et autoritaire, convoité par toutes les jolies femmes du secteur, mais si vulnérable, au fond de son grand cœur faussement blindé, et blablabla, etc.
Rayez les mentions inutiles, agitez bien et avalez sans respirer, sauf pour haleter d'émoi (entre autres options que je m'abstiendrai de lister, pour une fois 😝).

Un tel scénario vaudrait à un auteur masculin d'être lapidé pour délit de machisme. Mais, du moment que la rédactrice est féminine, on lui accole de jolis mots : « romantisme », « érotisme »… Allez comprendre !

Muni de ce modèle, l'auteur (souvent des hommes dans l'édition, et pour cause : ils doivent séduire leur lectorat ; presque toujours des femmes dans l'autoédition, et pour cause : elles connaissent bien leurs victimes, pardon, leurs fans) brode en suivant les pointillés. Pas besoin d'imagination, donc, ou si peu.
Pas non plus de style, bien entendu : ça compliquerait la lecture et ferait perdre à l'auteur un temps précieux, qu'il emploiera plus utilement à écrire les 10 volumes suivants.
Pas besoin non plus de documentation : les lectrices ne sont pas là pour enrichir leur esprit, mais pour « se vider la tête », ce sont elles qui le disent. Et ce n'est pas tombé dans l'oreille de sourds ! Alors un décor vite brossé, exotique ou chic, fera l'affaire.
Moyennant quoi, un auteur un peu expérimenté peut espérer torcher une romance de ce type par semaine sans devoir trimer comme un forçat. Le pactole. 

SES CLICHÉS MACHISTES

Vous en avez déjà repéré pas mal ci-dessus : dans la romance à l'eau de rose, ils sont aussi discrets qu'un hippo dans votre baignoire.

Incontournables, aussi. Pourquoi ? Après maintes réflexions, je suis arrivée à la conclusion que c'est parce que, là encore, les auteurs ne veulent pas se compliquer la vie : autant reproduire les schémas ringards du genre  « femme en détresse espère riche sauveur » qui, pendant plusieurs décennies, avaient fait la fortune d'Harlequin et consorts auprès des ménagères de moins de 50 ans (et au-delà, soyons-en sûrs).
En tout cas, c'est l'explication la plus satisfaisante : l'autre, ce serait d'admettre que les auteurs de romance à l'eau de rose sont incapables d'imagination. Je m'en voudrais d'émettre une hypothèse aussi irrespectueuse.
Le résultat, c'est que les lectrices d'aujourd'hui sont gavées de lectures qui reproduisent allègrement un modèle machiste digne du temps où leurs grands-mères n'espéraient même pas le droit de vote et s'en consolaient en lisant Delly.
Je sais bien que les autrices de romance – en particulier celles, nombreuses, qui revendiquent haut et fort cette féminisation du mot « auteur » – ont conscience de leurs responsabilités en tant que femmes. Toutes n'encouragent pas le sexisme en faisant leurs choux gras de poncifs aussi navrants.
Cependant, un petit tour d'horizon permet de constater que… aïe ! la plupart, quand même…
Normal, me direz-vous. L'histoire d'une femme entre deux âges qui élève seule ses gosses et vire de son lit les mecs qui lui manquent de respect, c'est très édifiant, mais cela n'incite guère les lectrices en mal de « rêve » à mouiller leur Sloggi avant de courir acheter le volume suivant.
En notre époque obnubilée par le profit, cet argument-là pèse bien plus lourd qu'une obscure notion de responsabilité.

SON CYNISME DÉGUISÉ EN RESPECT DU LECTORAT

Les autrices de romance n'hésitent pas à enfourcher leur destrier enrubanné de rose pour charger, avec plus de fougue que de discernement, toute personne soupçonnée de ne pas goûter leur œuvre. L'argument est tout trouvé, et ferait reculer plus d'un esprit critique : « On méprise ces autrices, et par-dessus tout, leurs lectrices ! »

Comme la troisième obsession de notre époque après la consommation effrénée et la relaxation cérébrale, c'est la bien-pensance pseudo-égalitaire : « tout le monde il est beau il est gentil et il se vaut, faut pas dire du mal de qui que ce soit, c'est trop méchant », etc, pensez si elles se sentent fortes, les petites chéries ! Le monde entier est forcément derrière elles…
Du coup, avec la délicieuse naïveté des preux chevaliers du Profit Décomplexé (oui, c'est une secte promise à un avenir radieux), elles brandissent leur petit livre rose bourré d'aphorismes définitifs, du genre « c'est le lecteur qui décide si c'est bon ou mauvais », « ce qui compte, c'est le classement Amazon », ou encore « si ça se vend, c'est que c'est bien fait ».
Heu… je le reconnais, parfois je me suis demandé si cela ne l'est pas réellement. Bien fait, je veux dire. Après tout, on lit ce qu'on mérite, non ?
Bourrelée de remords, je m'empresse de conclure que les lectrices ne sont pas responsables.
Ni de leur inappétence pour la littérature de qualité : hélas, elles sont nombreuses et complexes, les raisons pour lesquelles lire – de vrais livres – paraît une entreprise au-dessus de ses forces à un public de plus en plus vaste…
Ni du fait qu'après une longue journée de travail, ou pendant sa pause déjeuner, il est plus aisé et moins « prise de tête » de s'avaler une petite romance industrielle qu'un bon roman littéraire ou un traité de philosophie.
Non, ce n'est pas de leur faute. Raison de plus pour les défendre, y compris malgré elles.

SON PARTI-PRIS INDUSTRIEL

Moi, j'ai l'impression de voir une certaine industrie chercher à fourguer tranquilou les énormes surplus laitiers : « tout ça, bonnes gens, c'est pour votre bien… » Du lait jusqu'aux ouïes, de l'eau de rose dégoulinant jusque dans les chaussettes, manquerait plus que le persil dans les narines et on aurait le portrait de la consommatrice idéale.
Qui méprise qui, je vous le demande ?
Le côté le plus immoral de l'affaire, c'est précisément le fait que les professionnels de l'édition, faiseurs de gros tirages, ne sont pas les seuls à viser cette clientèle vulnérable et à tout mettre en œuvre pour développer chez elle un réflexe aliénant de consommateur à la chaîne.
Les auteurs autoédités n'ont pas tardé à s'engouffrer dans ce marché porteur et à exploiter son filon inépuisable en imitant massivement la production industrielle : comble de cynisme et de vénalité, me semble-t-il, quand on est artisan !
Car nous autres autoédités, nous sommes bel et bien des artisans, et cela devrait nous inciter à défendre les valeurs qui vont de pair : la passion pour son travail, la créativité, le perfectionnisme, le respect du « client ».
Et justement, le « respect du client », je ne crois pas qu'il consiste à « lui donner ce qu'il veut » en lui entonnant des camions-citernes de bluette au rabais.
Prétendre que les lectrices, même fâchées avec la culture littéraire, sont demandeuses de bluette, c'est comme affirmer que les employés d'usine ou les routiers sont assoiffés de « gros bleu qui tache ».
Douter que ces derniers puissent préférer un bon vin aux notes subtiles, même ceux qui, par manque d'habitude, ne les distingueraient peut-être pas d'emblée, ce serait leur faire offense.
Veut-on vraiment nous faire croire que les bons vins et les bons livres doivent rester l'apanage d'un cercle de privilégiés ? Il y en a qui le pensent. N'apportons pas de l'eau à leur moulin.

SON CÔTÉ LAVAGE DE CERVEAU

Bref, je trouve insupportable d'entendre décréter que les lectrices (ou, du moins, une partie d'entre elles) sont incapables d'apprécier une prose un peu plus subtile que ces éternelles déclinaisons d'une romance-type niaise, sans surprises et peu flatteuse pour leur sexe, décrit comme dégoûtamment faible.
On m'objectera que la romance se diversifie, avec des héroïnes moins nunuches, plus modernes, des homosexuelles, des femmes fatales… Bon, tant mieux.
Mais il faut avouer que le stéréotype « femme amoureuse d'un beau mâle viril » reste majoritaire, et reprend même du poil de la bête avec les histoires de bad boys.
La preuve que ce genre fait la part belle à des poncifs aussi ridicules qu'irresponsables, c'est le monstrueux succès de 50 nuances de Grey.
Oui, je maintiens qu'il s'agit là d'un véritable lavage de cerveau. Qui a commencé, la poule ou l'œuf ? Qui est reponsable ? Les lectrices qui, tout émoustillées par le buzz, se sont ruées sur cette misérable daube, ou l'auteur opportuniste qui a jugé bon d'en faire ses choux gras et l'éditeur vénal qui en a inondé le marché sans états d'âme ?
Le résultat est le même, et l'on va me rétorquer qu'ainsi va le monde : chacun tente de vendre sa soupe, le plus de soupe possible, et peu importent les dégâts. Eh bien, on ne m'empêchera pas de préférer ceux qui se soucient de ne pas fourguer du rata, quitte à en vendre moins.

SON ÉLOGE DU DOMINATEUR ET DE LA MASOCHISTE

Parce que des dégâts, il y en a. 50 NG a réussi l'exploit de faire passer le sado-masochisme (le tordu, avec chambre de tortures, pas les jeux de rôles pour amants addicts au SM ou friands de nouveauté) pour un truc sexy entre gens qui s'aiment, alors qu'en l'absence de consentement mutuel, il s'agit bel et bien d'une perversion où la femme est chosifiée, humiliée, maltraitée par un dominateur.
Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que c'est conforme au respect de la femme, au respect qu'une femme est en droit d'exiger dans nos sociétés modernes. Nom d'un chien ! Dans certains pays, des femmes luttent au péril de leur vie pour échapper au carcan dans lequel on les emprisonne, pour faire reconnaître leurs droits les plus élémentaires. Des femmes meurent pour défendre le moindre rudiment de liberté, de dignité. Et en Occident, on se paie le luxe de donner à bouffer – pardon, mais c'est le mot – à des femmes libres l'histoire d'une jeune femme qui s'avilit volontairement, non par désir d'expérimenter le SM, mais par amour ?
De qui se moque-t-on en prétendant que tout ça, c'est beau et édifiant ? en montrant « l'héroïne » rebelle, forte par certains côtés, et en dépeignant son « héros » pervers (véritable prédateur, puisqu'il entraîne dans son univers SM une jeune femme innocente et non consentante) comme un homme blessé et fou d'amour pour elle ?
Madame E. L. James a sans doute beaucoup fantasmé, mais jamais rencontré aucun sadique ni victime de sadique, sans quoi elle ne serait pas aussi mal documentée sur les réalités du sadisme et du sado-masochisme. Il lui aurait suffi de lire pour être édifiée ; mais, bien sûr, ce n'était pas son but.
Son but, c'était de torcher vite fait un nanar on ne peut plus médiocre, calqué par facilité sur un canevas rebattu, si j'ose dire, et saupoudré d'une pseudo-perversion sexuelle fadasse pour exciter la curiosité des foules.
Qu'on me démontre en quoi l'histoire d'une employée amoureuse de son patron, milliardaire comme il se doit, et qui se laisse maltraiter de mille façons, peut être bénéfique à l'image de soi des lectrices… 

Le fait même qu'il soit riche et qu'elle soit éblouie par son univers luxeux introduit dans leur jeu dominant-dominée une notion de rapport de forces matériel extrêmement déplaisante et malsaine. La jeune femme se prêterait-elle à ces sévices si le dominateur était serveur au resto du coin ? Faut-il comprendre que pour l'argent et ses mirages, il est acceptable de tout accepter quand on est femme ?

Ne me répondez surtout pas que certaines femmes ont tiré profit de cette lecture abjecte pour redynamiser leur couple, ce serait vraiment les prendre pour des demeurées : de nos jours, entre les films, les émissions, les magazines et internet, il est vraiment très difficile d'ignorer que la sexualité peut être pimentée par des jeux en tous genres.

SA VISION TRONQUÉE DE L'AMOUR

Ce qui nous est conté, c'est toujours l'histoire d'une conquête. Sont scrutés de long en large le désir, la soif de possession, la jalousie – bref, les avatars de l'instinct de compétition. Des sentiments pas très positifs… et passablement guerriers. Le moins agressif du lot, c'est un fantasmatique besoin d'être conquise !
Vous avez dit « amour » ?

Comme dans les contes de fées, tout s'arrête dès lors que la conquête est accomplie, comme si la suite ne présentait pas le moindre intérêt. Normal, en un sens : elle serait bien plus complexe à raconter. Et devrait traiter des aspects de la relation amoureuse que le lectorat n'a pas forcément envie d'aborder : ces dames veulent s'évader, rêver à ce qui ne leur arrivera sans doute jamais, plutôt que de revisiter les problèmes de leur propre couple.

Les enjeux et subtilités de l'attelage tout neuf des héros, supposé durer « jusqu'à ce que la mort les sépare », l'auteur ne s'en préoccupe pas davantage. Son champ d'investigation, c'est l'aspect unilatéral, ce qui s'adresse uniquement à la lectrice afin qu'elle se sente 100 % concernée : les frustrations de l'héroïne tant que l'homme de ses rêves persiste à lui échapper, les plans de campagne qui lui permettront enfin de lui mettre le grappin dessus. Dans les romances d'antan, elle lui passait la bague au doigt. De nos jours, la chute est parfois moins archétypale, mais toujours aussi réductrice.

Après ce triomphe de pacotille, le mot « fin » tombe comme un couperet. On n'aura exploré aucun aspect psychologique de la relation amoureuse. Ni les difficultés à se comprendre et à cohabiter, ni les solutions trouvées au nom de l'amour mutuel et du respect de l'autre. Sur toutes les réalités quotidiennes, les épreuves et les réussites qui pourraient se révéler passionnantes et instructives, c'est le blackout. Cachons ce couple que l'on ne saurait voir ! En vérité, il n'intéresse personne. Le roman à l'eau de rose, et ce n'est peut-être étranger à sa réussite, célèbre en fait l'exploit individuel. 


SON CHOIX DU PROFIT FACILE

La vérité, c'est que tout cela est affaire de gros pognon. Fric story, voilà un titre tout trouvé pour le roman de la romance !
On ne cherche pas le moins du monde à vendre aux lectrices de la prose de bonne qualité et de nouvelles connaissances, source d'épanouissement personnel ; ni une image de la femme dont elles puissent être fières : force morale, autonomie, capacité à subvenir à ses propres besoins et à refuser ce qu'elle considère comme dégradant.
On veut vendre en masse, un point c'est tout. Vendre un produit fabriqué vite, sans trop d'efforts, par une personne aussi peu qualifiée que possible, donc peu coûteuse. Le prix de revient est roi, suivi de près par le tirage. Et voilà pourquoi, madame, votre fille est à côté de la plaque…
Elle rêvera de séduire un Grey et sera sensible au premier beau parleur qui passe, au lieu de se concentrer sur cette fantastique possibilité offerte aux femmes d'Occident : avoir un métier et gagner sa vie pour ne dépendre de personne.
Elle sera prête à tout pour plaire : après tout, la bêtasse de 50 NG n'a-t-elle pas conquis son beau prince en se laissant attacher, humilier et brutaliser ? Dans sa candeur, soigneusement cultivée par de telles lectures, elle ignorera qu'un homme qui commence par fouetter une femme risque fort peu d'en tomber amoureux. Et que, par définition, ces choses-là sont appelées à dégénérer jusqu'à l'horreur… mais bien sûr, hors champ, après que le livre se soit refermé sur une happy end encore moins crédible que celles, déjà invalidantes, des contes de fées.

SON IMAGE EN TOC

Des éditeurs qui ne songent qu'à manger de ce pain-là, cela peut se comprendre : ils ont des entreprises à faire tourner, il leur faut rentabiliser par tous les moyens.
Mais que les indés les imitent, alors là, c'est impardonnable.
Avec la romance à l'eau de rose, au génocide de neurones s'ajoute le crime contre la dignité féminine. Et pourtant, tous ces auteurs de romance autoéditée, ou quasiment, sont des femmes…
Ce qui se joue en vérité n'est pas, très loin s'en faut, une gentille success story : « j'ai toujours aimé écrire, et puis je me suis lancée avec mes petits romans d'amour et ça a tout de suite marché… »
Il y a certainement des auteurs de romance sincères et passionnées, je ne le nie pas. Parions que celles-là, on n'en entend guère parler.
À côté de cela, on assiste à une course éhontée aux classements Amazon et aux ventes, à tel point que le petit milieu tout sauf rose des autrices de romance commencerait à tourner à la foire d'empoigne où tous les coups bas seraient permis : on s'y livrerait une guerre féroce à coups de manœuvres déloyales, dénigrement des concurrentes, commentaires assassins sous pseudonymes, harcèlement, etc. Ce n'est pas moi qui le dis, mais l'une d'entre elles, apparemment au bord de la dépression nerveuse.

Voilà, mes amis. Vous savez maintenant en détail pourquoi, au pays de l'eau de rose, je vois surtout des épines.
Excellente fin de weekend à toutes et à tous !

PS : si vous publiez ce genre de romance, inutile de venir me faire la morale en commentant que je méprise les auteurs et leurs lectrices. Comme vous, chères pink writers, j'écris pour mon public et je l'assume.

PS 2 : comme, malgré tout, ce billet a suscité moult commentaires et nécessité des éclaircissements, voici le lien vers ces derniers.