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mardi 8 mai 2018

Autoédition : critique littéraire, exemples




Voilà déjà quelque temps que je songeais à vous livrer, à l'appui de nos discussions sur la littérature, quelques-unes des critiques littéraires que mes parents rédigeaient dans les années 50 pour le bulletin de nouveautés publié à l'intention des clients de leur librairie. Je n'étais pas née, mais ma sœur aînée se souvient de la soirée qu'ils passaient, deux fois par mois, à commenter les livres et à rédiger leurs critiques sur un coin de la table familiale. 

Le débat que j'ai lancé bien involontairement – dans ma candeur, je m'attendais à un certain consensus – rend ce partage d'autant plus utile. En effet, ce qui différencie les romans « littéraires » (tous genres confondus) des romans grand public simplifiés à l'excès pour plaire au plus grand nombre, et même de la daube avérée, ne saute encore pas aux yeux de tout le monde.

Pour compléter le gros dossier que j'ai publié il y a quelques jours, voici un échange révélateur, aujourd'hui même sur facebook.


Interlocuteur 1 : 

— Un bon livre, c’est bien difficile à définir. Un livre qui donne du plaisir, disent la plupart des gens. Je pense que c’est un livre où l’on a fabriqué quelque chose, une chose qui n’existait pas. Et quand on a l’esprit curieux, on obtient du plaisir. Mais bon, c’est une définition toute personnelle. De nombreuses personnes aiment au contraire la répétition. Un bon livre pour ces personnes, c’est un livre qui reproduit des schémas connus. Et le plaisir, on a bien le droit de le prendre où on le trouve ?

Ma réponse :

— Ce n'est pas une réponse littéraire, monsieur X. Vous vous placez d'un point de vue social, et non technique ou artistique. L'idée qu'un livre de qualité est un livre qui fait plaisir à beaucoup de gens, et que c'est une notion personnelle, n'a aucun sens d'un point de vue littéraire. 50 NG en est la preuve éclatante.

Interlocuteur 2 :

— Il existe des critères factuels de qualité. L'orthographe, la grammaire, la syntaxe, la mise en forme du manuscrit... Ensuite nous entrons dans d'autres considérations qui vont de l'originalité de l'histoire à celle de la narration, du style à la poésie, de la fluidité de lecture à la complexité de l'histoire,... Malheureusement l'évaluation est dans ce cas dépendante de l'évaluateur et de ses attentes. Vous savez, "les goûts et les couleurs..."

Ma réponse :


— Non, madame Y, l'idée que cela dépend des goûts est fallacieuse. Le fait qu'on apprécie ou non un livre dépend des goûts, bien entendu. Mais voir qu'il est plein de clichés, que l'intrigue est bancale ou fade, que le style est brouillon, maladroit ou encore, pauvre, ne dépend pas du fait qu'on apprécie ou non ce livre, mais d'une analyse objective de critères parfaitement connus et étalonnés. Seules les personnes qui n'ont pas la culture (source de références) nécessaire ne peuvent pas s'en rendre compte, et c'est dommage pour elles, mais cela ne change rien aux faits.

Bien entendu, si je me bats avec tant de vigueur, c'est parce que plus on gavera les lecteurs de lectures faciles en leur disant que cela vaut tout le reste, plus on abaissera leurs critères de référence ; et plus vite la littérature de qualité sera condamnée à disparaître.


Revenons à mes parents. Leurs avis passaient au crible une part non négligeable de l'actualité littéraire, tous genres confondus.

En les lisant, on peut constater que leur éclectisme s'accompagnait d'une totale absence de flagornerie : certains auteurs « éreintés » par leurs critiques faisaient partie des poids lourds de l'édition.

En revanche, des auteurs inconnus mais prometteurs étaient chaudement recommandés, ainsi que des « romans de gare » bien écrits : il en existe davantage qu'on ne le croit…

(J'en profite pour rappeler – encore – que c'est me faire un bien mauvais procès que de me reprocher de décrier les genres dits « mineurs » ! Je trouve, au contraire, qu'il faut les soutenir quand ils offrent de la qualité à leurs lecteurs, et je cite souvent des auteurs de polars, de fantastique, de SF, d'espionnage ou de romans d'amour pour leurs intrigues futées et leur écriture remarquable.)

On constate aussi que dans des années 50, de modestes libraires n'hésitaient pas à dénoncer les petits et gros péchés du milieu du livre. La dérive commerciale n'avait pas pris les proportions que nous connaissons ; cependant, le copinage, la promotion canapé et le mode d'attribution des prix littéraires posaient déjà un problème, même si ce n'était pas de façon aussi outrancière qu'aujourd'hui (billet à venir)…

Mes parents émettaient des avis argumentés, nuancés, mais sans complaisance. Leur sincérité, leur impartialité et l'étendue de leur grille de références étaient appréciées à leur juste valeur. Dans le milieu du livre, ce travail fut jugé assez pertinent pour que des éditeurs demandent à l'insérer en 4e de couverture lors de rééditions.

Pourtant, ni mon père ni ma mère n'étaient critiques littéraires : ils se contentaient d'exprimer des avis de lecture étayés par leur expérience de libraires. Le résultat prouve que l'on peut concilier passion et mesure, deux ingrédients indispensables pour parler d'un livre avec fougue sans s'exprimer à l'étourdie. À condition, bien sûr, d'avoir lu suffisamment de bonne littérature pour disposer de la fameuse grille de références.



Aux auteurs qui s'émeuvent de commentaires négatifs, ces exemples rappelleront que publier, c'est s'exposer aux critiques – parfois cinglantes, même si ce n'est pas le cas ci-après.

Rien ne disqualifie davantage un aspirant à l'écriture que de refuser les jugements défavorables à son ouvrage ; non seulement cette attitude traduit un déploiement d'égo pour le moins prématuré, mais elle démontre une totale méconnaissance des règles du jeu en matière littéraire.

Une critique justifiée aide un auteur à progresser. Il faut l'accepter de bonne grâce, que l'on décide ou non d'en tenir compte. Les débutants devraient en être particulièrement reconnaissants.

Les critiques émises sans arguments précis, sur le seul fondement du « j'aime pas » ou « trop compliqué pour moi », peuvent être considérées comme nulles et non avenues ; leur unique intérêt est d'indiquer, le cas échéant, quel public est le vôtre.

Le fait que les critiques sont utiles ne compense pas la brutalité de certains commentaires négatifs, surtout lorsqu'elle est aggravée d'ignardise.
Seul l'agacement ressenti par un lecteur exigeant devant un livre entaché de nombreuses fautes, mal construit ou grevé d'invraisemblances, peut excuser des propos un peu vifs (mais pas insultants ; cela, c'est injustifiable). En pareil cas, c'est l'auteur qui en est responsable : il aurait dû travailler davantage son manuscrit avant publication.

La pieuse injonction façon Bisounours « il ne faut pas être méchant », c'est bien mignon et très à la mode, mais cela ne reflète en rien les réalités du monde. Le meilleur service à rendre à un auteur, c'est de le mettre en face des défauts de son livre. Courtoisement !


Pour les blogueurs, les exemples donnés plus loin pourront offrir une illustration de la manière d'envisager une critique littéraire, sans tomber dans l'analyse de texte, mais en faisant ressortir les points les plus notables.

Le fait que bien des chroniqueurs littéraires cherchent encore leurs marques découle sans doute du fait qu'au départ, c'était un passe-temps vécu comme très personnel : on partageait ses avis de lecture comme on évoquait les bons ou mauvais moments de sa journée avec ses amis facebook.

Seulement, la chronique littéraire implique systématiquement des tiers professionnels ou semi-professionnels : les auteurs. Il ne s'agit donc pas vraiment d'un événement privé, mais d'une activité régulière et publique qui participe à la reconnaissance (ou non) de ces auteurs. À ce titre, l'activité elle-même doit être, sinon pseudo-professionnalisée, du moins rationnalisée autant que possible.

Il est tout aussi difficile de considérer une chronique littéraire comme un simple avis consommateur. Ce serait rabaisser le livre à un statut de produit commercial – la plupart du temps à usage unique, comme un sandwich ou une entrée dans un parc de loisirs. Alors qu'un livre est une clef forgée de telle manière qu'elle procure à chaque lecteur une aventure personnalisée ; jamais deux lecteurs ne vivront un roman exactement de la même manière. Mieux encore : de nos jours, peu de lecteurs relisent un livre à plusieurs reprises, mais ceux qui le font s'aperçoivent qu'à chaque lecture, ils vivent une expérience différente.

Ces singularités méritent que l'on chronique un livre, sinon d'une façon aussi élaborée que l'ouvrage lui-même, du moins avec tout le soin que mérite un objet aussi singulier.

Comme on le répète souvent, se borner au « j'adore » ou « je n'ai pas aimé » est insuffisant pour éclairer les lecteurs. Il faut justifier son impression. Dire que l'histoire nous a plu – ou son thème – ne suffit pas non plus, même si l'on entre dans les détails de notre ressenti : cela n'apporterait pas aux visiteurs du blog suffisamment d'éléments pour leur faire percevoir un avant-goût du voyage.

Quant au descriptif de l'intrigue, il est préférable qu'il soit très succinct. Plutôt que de raconter le début ou de résumer l'ensemble, il faut faire ressortir ce qu'a retiré le chroniqueur de cette histoire, à travers la manière dont elle est traitée par l'auteur.
L'originalité et la crédibilité sont deux aspects à évaluer avec une grande attention.
Il en est de même pour le style : simple ou sophistiqué, il doit servir le sujet du livre.

L'examen de ces critères nécessite une expérience en tant que lecteur qui soit à la fois diversifiée et approfondie. Ce sont les fameuses références évoquées en début de billet.
À défaut, on peut quand même chroniquer un livre, bien entendu, mais le résultat se rapproche alors davantage d'un avis consommateur, et les auteurs autoédités, qui manquent cruellement de retours pertinents, ne pourront pas en tirer les informations dont ils auraient besoin.

En dehors du fait qu'il informe les visiteurs de son blog, un chroniqueur me semble voué à remplir un rôle important vis-à-vis des auteurs. Au-delà du fait de les aider à constituer ou élargir leur lectorat, il peut leur révéler les défauts et qualités de leur prose. Bien entendu, cette vision n'engage que moi, mais je sais que beaucoup d'auteurs débutants espèrent des retours constructifs, et que nombre de blogueurs ont aidé des auteurs à améliorer leurs ouvrages.

Face aux coquilles (fautes accidentelles), un blogueur a deux options : les signaler à l'auteur en privé ou les mentionner dans sa chronique. Je préfère la première solution, plus élégante – sauf, évidemment, quand il faut justifier la notation. À l'inverse, se croire obligé de les passer sous silence, par gentillesse et pour encourager l'auteur, ne rend service ni à ce dernier ni aux lecteurs. L'un des aspects les plus regrettables de la chronique à ce jour, c'est justement son manque d'esprit critique. Il ne se passe pas de jour sans que je ne fonce découvrir un extrait suite à une chronique dithyrambique, et ne le referme presque aussitôt, atterrée par la complaisance du blogueur.

Pour finir, une petite remarque à propos du spoil (dévoilement de l'intrigue) : l'autre jour, quelqu'un se moquait de cet interdit en disant « savoir que madame Bovary meurt à la fin n'empêche pas de nouveaux lecteurs d'apprécier le roman de Flaubert ». Mais ce qui peut être vrai pour la littérature classique ne saurait s'appliquer aux romans tels que polars ou thrillers, dont le suspense est un élément essentiel. Comment imaginer qu'un lecteur prendra autant de plaisir à lire La mystérieuse affaire de Styles, d'Agatha Christie, s'il connaît déjà le fin mot de l'histoire ? Spoiler est encore plus déplacé lorsque le roman est une parution récente.  

À présent, place aux critiques ! 


LES RAISINS VERTS – Pierre-Henri SIMON

Ce roman déborde largement les cadres habituels. À côté d'un malentendu dramatique entre père et fils – qui en forme en quelque sorte la toile de fond – presque tous les problèmes essentiels de la vie y sont en effet abordés avec une rare lucidité.

Mais ce que j'ai le plus apprécié, c'est le style ; un style pur, net sans être sec, souvent agrémenté de petites touches fines et originales.

Quand, après avoir lu les lauréats et postulants aux grands prix de fin d'année, on tombe sur un livre de cette qualité, on a l'impression de lire, après celles des élèves, l'œuvre du maître…


UN MAUVAIS RÊVE – Georges BERNANOS

Georges Bernanos avait probablement compris que son roman « noir » ne valait pas grand-chose, puisque, de son vivant, il ne fut pas édité.

Je veux bien admettre l'atmosphère « mauvais rêve », mais tout de même, une pareille floraison de détraqués est un peu trop invraisemblable. On aimerait rencontrer de temps en temps une idée saine, chez un être normal, ne serait-ce que pour mieux sentir l'extravagance des principaux personnages.

Reproche plus grave : cette psychologie conventionnelle et d'autre part, trop sommaire, recèle de ces naïvetés d'expression tout juste bonnes à figurer dans les « mélos » de la meilleure tradition. Ainsi, « l'affreuse détresse », « la rage aveugle » « l'inquiétude obscure », ou encore, page 85, « une sorte de plainte lugubre » qui fait écho à « une sorte de miaulement sinistre » en page 83.

C'est pourquoi, quand d'aventure on rencontre dans ce fatras verbeux quelque aperçu saisissant des bas-fonds de l'âme, on ne peut s'empêcher de regretter qu'une bonne chose soit allée se perdre dans un pareil amoncellement de pauvretés.


THÈMES ET VARIATIONS – Aldous Huxley

Huxley a réussi dans ce livre épais et riche une série d'études remarquables sur les peintres Goya et Le Gréco, le métaphysicien français Maine de Biran et le graveur Piranési. On y trouve aussi un chapitre intitulé « l'Art et la religion » et un autre dans lequel A. Huxley développe un sujet qui lui est particulièrement cher : le surpeuplement de la Terre. Sa culture a quelque chose de phénoménal, et ceux de nos lecteurs qui s'intéressent aux arts, à la littérature, à la philosophie et au destin de notre planète trouveront une précieuse nourriture dans ces pages, qui s'adressent avant tout à un public averti, cultivé et qui aime réfléchir.


LE SAGOUIN – François MAURIAC

Depuis La Pharisienne, c'est le premier roman d'imagination de Mauriac.

[Présentation de l'histoire]

Plus qu'un roman, c'est une longue nouvelle. Les personnages sont assez conventionnels et n'ont pas, il me semble, la puissance dramatique des Mauraciens habituels.


LA DERNIÈRE PORTE – Claude FARRÈRE

Où allons-nous si les académiciens nous donnent des leçons de mauvais français ? Que trouvera l'infortuné qui se risquera dans ce fouillis de phrases trop longues et mal articulées, sinon une fastidieuse accumulation de considérations historiques et religieuses sans grand intérêt ? J'ai trouvé tout cela pédant et fort ennuyeux…


LE RIVAGE DES SYRTES – Julien GRACQ

L'académie Goncourt vient de faire preuve de courage en décernant son prix annuel à Julien Gracq. Non seulement l'auteur avait tout récemment attaqué la formule des prix littéraires et annoncé qu'il refuserait ceux qui pourraient lui être décernés, mais – qui plus est – son Rivage des Syrtes tranche nettement avec la littérature habituellement primée par la célèbre académie.

Le rivage des Syrtes est, en effet, un livre de très grande classe. Chaque mot tombe à la place voulue, avec tout le poids que peut y mettre un poète. Est-ce d'ailleurs vraiment un roman, ou une succession de poèmes en prose ? Les descriptions se prolongent avec complaisance, et ceci, hélas, au détriment de l'intérêt : ce n'est plus tellement l'intrigue qui nous retient, que la poésie permanente et souveraine. Julien Gracq est véritablement – qu'on me pardonne le cliché – un magicien du verbe.

Certains passages, à ce propos, sont particulièrement frappants. L'auteur, pris à son propre jeu, nous donne des pages entières qui seraient classées « hors sujet » par un juge sévère. Ce sont d'ailleurs les meilleures, jaillissement de poésie à l'état pur, qui confine alors au surréalisme et nous fera dire que Gracq est sans conteste l'un des plus authentiques poètes de notre époque.

Comment expliquer que, dans cette matière si brillante, il y ait des failles ? Les répétitions abondent, comme par exemple « l'odeur fauve », ou le mot « morne » qui revient 4 fois de la page 69 à la page 73. C'est dommage, car ces négligences ne pourront échapper à un lecteur attentif…


NOTES SUR ANDRÉ GIDE – Roger MARTIN DU GARD

Comme nous sommes loin, avec Roger Martin du Gard, de ces livres bâclés en quelques semaines pour répondre aux exigences de l'actualité ! Nul éditeur ne harcelait le romancier des Thibault afin qu'il pondît coûte que coûte un papier sur son célèbre ami : ces notes, fruit d'un commerce de plus de trente ans, étaient au point depuis longtemps lorsque Gide nous a quittés, et, si Martin du Gard a bien voulu nous les livrer, c'est sans aucun doute parce qu'il a eu conscience – malgré sa modestie – de l'importance toute particulière de son témoignage. Il sentait qu'il n'avait pas le droit de garder par-devers lui ces remarques, ces descriptions prises sur le vif, qui font justice de bien des jugements portés à la légère.

Roger Martin du Gard, malgré toute l'admiration qu'il porte à son illustre ami, toute la mâle tendresse que lui inspire ce génie tortueux et inquiet, n'a jamais été dupe. Il a vu Gide tel qu'il était réellement, tel que l'aurait vu un observateur impartial, « scientifique », pourrait-on dire. À notre sens, ce texte devrait mettre un point final à bien des controverses.


GALIGAÏ – François MAURIAC

Je finirai par croire que certains critiques ont plus d'imagination que les écrivains eux-mêmes. Comment ne pas être tenté de le penser en lisant l'analyse que Robert Kemp a faite de ce livre dans Les Nouvelles littéraires :

« Galigaï est un roman pauvre, maigre, désolant à tous points de vue. François Mauriac, comme beaucoup de nos gloires nationales du début de ce siècle, aurait eu tout intérêt, ce me semble, à nous laisser sur l'impression de ses œuvres de la bonne époque. »

[S'ensuit une longue argumentation de mon père sur les défauts qu'il trouve lui-même au roman. J'ai trouvé plus intéressant de montrer à quel point les grands critiques littéraires n'hésitaient pas à sacquer, même un écrivain emblématique.]


LE VIEIL HOMME ET LA MER – Ernest HEMINGWAY

À l'opposée de ce que nous disions plus haut [critique non reproduite ici], Hemingway, auteur expérimenté, a su débarrasser son texte de tout son clinquant : c'est un récit dépouillé, presque sec, que nous offre le grand romancier américain. Il est presque certain que ce livre restera. À travers l'aventure malheureuse d'un vieux pêcheur, ses souffrances et sa lutte obstinée contre l'adversité, c'est toute la destinée de l'Homme que nous vivons, et son drame. Un souffle d'épopée traverse cette mince narration et la transfigure. Nul doute que ce texte simple, sans aucune fioriture, figurera plus tard comme l'un des plus réussis de la littérature d'outre-Atlantique…


L'Histoire de la littérature a donné raison à mes parents sur ce point, comme à propos du talent de Farrère – et en presque toutes circonstances, sinon en toutes (des bulletins se sont perdus, je ne peux donc pas juger). Preuve qu'à l'époque, des lecteurs exigeants pouvaient préjuger de la carrière d'un livre. Pas de doute, les choses ont bien changé. Ou, plutôt, très mal évolué !

J'aurais pu poursuivre longtemps la transcription, mais je ne voudrais pas vous infliger un autre billet-fleuve.

J'espère que ces quelques illustrations de la critique littéraire, à l'humble niveau de deux libraires passionnés, éclaireront les auteurs sur ce que peut être le jugement porté sur un ouvrage, et les blogueurs, sur différentes facettes de l'exercice auquel ils se vouent avec mérite. 

Excellente journée à toutes et à tous!