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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


samedi 5 mai 2018

Autoédition : "mare" de la médiocratie ?


Je suis toujours en rechute et ma fille, également en longue maladie, séjourne chez moi : l'heure n'est pas propice à l'écriture. J'en profite pour continuer à soutenir les auteurs littéraires, la littérature et, à travers eux, un large accès à la culture livresque.

Cet énième article va, je l'espère, représenter un tour complet de la question. Ce n'est pas que je renâcle à rectifier des malentendus chaque jour sur facebook, mais ce serait bien que mes contradicteurs puissent lire attentivement mon point de vue avant d'y réagir, pour ne pas remettre en question des choses que je n'ai pas dites. J'ai hâte de nous voir passer au stade suivant : « maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? » Depuis les derniers débats, ça bouge déjà. On y croit !

Ce que je vais exposer ici ne convaincra pas les personnes qui ne veulent pas l'être, j'en suis bien consciente. Je m'adresse avant tout à celles qui veulent mieux comprendre notre position et tous les aspects de « la problématique », comme on dit.

Que les auteurs, lecteurs, blogueurs pour lesquels ce qui suit relève de l'évidence, veuillent bien me pardonner de livrer encore un très long billet où je répète certains arguments, sachant que, pour d'autres visiteurs, ils ne tombent pas encore sous le sens.

Ce n'est pas fait pour être lu d'une traite (ou alors, posez une demi-journée de congé 😁), mais pour servir de mémorandum sur la question des auteurs littéraires et de la qualité en autoédition. Comme je me rends compte que tout le monde manque de temps pour lire à tête reposée, j'ai choisi de mettre en rouge certains passages, afin de faciliter une lecture en diagonale.

En préambule, je tiens à dire ceci aux auteurs que mes critiques de l'autoédition semblent piquer au vif :

• Voir ce qui cloche dans un texte et le dire, c'est la base de mon métier. Désormais, je le fais bénévolement au profit de l'autoédition. Cela prend un temps fou et, étant donné les réactions, c'est tout sauf une partie de plaisir…

• … Cependant, je suis convaincue que cela peut rendre le plus grand service aux auteurs. Si certains ne considèrent pas la critique constructive comme une opportunité, dommage ! mais j'ai choisi de rouler pour ceux qui n'ont pas peur de se remettre en question.

• Sauf quand il faut vraiment marquer les esprits pour avancer, je m'exprime avec un maximum de diplomatie. Croyez-moi, ce n'est pas toujours facile, tant l'écriture et l'attitude de certains auteurs donnent envie de leur servir publiquement une belle critique nominative dans les règles de l'art.

• Loin de céder à la tentation, je ne nomme aucun auteur ni ouvrage autoédité, hormis le répugnant Engrossée par les tentacules, épinglé bien avant moi par Les bousins de l'autoédition (et, d'ailleurs, publié par un auteur étranger à l'indésphère).

• Comme je n'ai encore scruté qu'une part infinitésimale de la production autoéditée, il y a statistiquement peu de risques que vos livres fassent partie de ceux qui m'ont inspiré des critiques.

• Vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir si, malgré tout, vous avez des raisons de vous sentir concerné. Si c'est le cas, je ne vois que trois issues possibles : soit vous le prenez mal (ce qui n'améliorera pas votre bouquin) ; soit vous vous en fichez, conforté par vos ventes ; soit vous en tenez compte et vous retroussez vos manches, auquel cas vous avez toute ma sympathie.

• De toute façon, je ne suis que le porteur de mauvaises nouvelles et c'est vous qui avez la main. Vous acharner, au nom de toute l'indésphère (qui n'en demande pas tant), sur les opinions que j'émets ici ou là ne me découragera pas, ni ne fera de vos livres des chefs-d'œuvre s'ils n'en sont pas. Tout ce que cela peut générer, c'est un élan d'indignation pseudo-solidaire de tous ceux qui voudront vous lécher les bottes, ou se sentiront également visés. Si, pour vous, l'esprit de communauté se résume à ce genre de petite fête hypocrite, nous ne sommes décidément pas sur la même longueur d'ondes, et je vous souhaite bien du plaisir dans votre grenouillage.

• Au fond, ces « incidents » ont leur utilité ; ils permettent de trier les auteurs de bonne volonté des opportunistes et des fumistes. J'ai de la tendresse pour les amateurs, mais aucune indulgence pour l'opportunisme et la fumisterie : il y a trop de gens sérieux qui méritent que l'on s'en préoccupe.

Quoi qu'il en soit, comme vous êtes mes frères et sœurs humains, je vous souhaite tout le bonheur du monde. 

Là-dessus, revenons à l'ordre du jour.


Que s'est-il passé dernièrement ?

On a vu un certain nombre d'auteurs sortir de leur réserve et s'exprimer sur facebook. J'en suis profondément heureuse.

Leur érudition, la pertinence de leur argumentation, leur retenue face à des attaques parfois très désobligeantes, les honorent. Je suis fière de les compter parmi mes amis auteurs, lecteurs ou blogueurs.

Je trouve rassurant que les amoureux de la littérature ne se sentent plus condamnés au silence – ni à quelques commentaires exaspérés, à force d'être marginalisés et de subir des avanies en tous genres.

Ils sont invisibles malgré leur talent et leur sérieux, et, injustice suprême, personne ne s'en émeut dans un milieu qui se pique de solidarité ! N'oublions jamais que certains se sont découragés et ont renoncé à publier.
Je n'accepte pas que l'on me réponde « tant pis pour eux, c'est la sélection naturelle ».

S'agissant de talent et de travail de qualité, ce n'est pas la sélection naturelle qui doit jouer, mais des mécanismes de mise en avant – comme dans tous les domaines d'activité, toutes les communautés, tous les systèmes, même purement mercantiles.

Des solutions doivent être trouvées, il s'en s'esquisse déjà. Cela se fera avec ou sans le reste de l'indésphère : ce n'est pas moi qui aurai fracturé son unité de façade, mais ceux qui se contentent de rouler pour leur pomme ou leur coterie. Encore dommage, parce que les plus formidables aventures sont les aventures collectives.

L'autoédition française, dont on pouvait espérer le meilleur, en tout cas l'évitement des erreurs et péchés de l'édition, est actuellement un chaos (originel, espérons-le) où s'entremêlent élans prometteurs et comportements égotiques.

N'abandonnons pas notre activité, culturelle par définition, aux seules lois du profit. 


Le droit du nombre, une nouvelle forme d'injustice

Le droit du plus fort, longtemps combattu à raison, n'est plus la seule forme d'injustice. Nous vivons une époque où la dictature du nombre impose une pensée alignée sur le plus petit dénominateur commun.
Qu'est-ce que cela signifie ?

Qu'on voudrait obliger tout le monde à penser que monsieur ou madame Untel, dépourvus de compétence particulière dans un domaine, peuvent s'exprimer sur ce sujet aussi légitimement qu'un expert.

Sans être complotiste, on peut soupçonner très fort cette posture démagogique d'être conçue pour caresser les électeurs dans le sens du poil et, au-delà, pour amoindrir l'esprit critique des consommateurs.

Elle se fonde sur une habile confusion de principes.


L'égalité en droits…

Le principe légitime, c'est que nulle « élite » ne doit oppresser quiconque : tous les individus sont égaux en droits.

Par exemple, il est évident qu'un amateur de bière, une amatrice  de chamallows, ont la même valeur humaine et méritent le même respect qu'un adepte de grands crus et de haute gastronomie. Le contraire serait inadmissible.

De même, un lecteur de Gérard de Villiers (SAS) ou une fan de Musso ne sont pas « inférieurs » à un fin lettré, amoureux de La Pléiade.

D'ailleurs, les uns et les autres auraient peut-être de tout autres goûts s'ils avaient été, au cours de leur éducation, imprégnés d'éléments de culture différents.

On ne juge pas un individu sur les chances qu'il a eues, ou non, de se frotter à l'art ou à la culture. On le respecte pour sa valeur intrinsèque, c'est un truisme. (Pas celui de Marie Darrieussecq, que je trouve très « bof ». 😏)


… cela n'équivaut pas à dire que tout se vaut

Le principe non légitime consiste à prétendre que les SAS et autres, aussi distrayants soient-ils, « valent » les romans des grands écrivains. Ou que ce que l'on produit en pinçant vaguement sa guitare le soir pour se détendre, comme le fait mon fils, « vaut » la musique de Mozart ou une chanson de Brassens. 

En plus de ce que nous disions plus haut – enfumer les masses en les flattant –, le « tout se vaut » vise à diminuer l'influence des « détenteurs de culture », contre-pouvoir potentiel. (L'ironie de la situation, c'est que pour ce faire, des gens de pouvoir intrumentalisent, par le biais de l'obédience politique, des intellectuels censés protéger la culture…)

Le meilleur moyen d'empêcher l'hégémonie d'une caste sociale, c'est, au contraire, d'offrir à tout le monde un accès maximal à la culture et au savoir.

Entendons-nous bien : pas seulement à un joyeux picorage de toutes les cultures, tous les savoirs sans distinction, mais aussi à ce que l'on appelle l'excellence. C'est, en particulier, la mission de l'Éducation nationale. Pour de nombreuses raisons, cette mission a partiellement échoué, et cela désespère les enseignants.

Bref, une volonté cynique de manipuler les foules a pris le dessus sur le beau projet humaniste de tirer tout le monde vers le haut. Les déclarations de principe telles que « tout se vaut » font plaisir à leurs destinataires, les décomplexent – c'est une excellente chose –, mais au prix d'un certain brouillage des réalités.


Prière de ne pas confondre égalité des chances et nivellement par le bas

Si tout se valait, pourquoi le hamburger n'incarnerait-il pas la gastronomie française ?
Pourquoi Hanouna n'obtiendrait-il pas un prix Nobel ?
Et pourquoi, pour l'épreuve de philosophie au baccalauréat, ne validerait-on pas le suivi assidu de l'émission Les anges de la téléréalité ?
Après tout, les uns et les autres rencontrent un grand succès populaire !

Je ne doute pas qu'il y aurait des partisans de ce genre de révolution, vu la rancœur exprimée par certains « oubliés de la culture » et la jouissance avec laquelle certains idéologues leur vendent l'idée que toute culture populaire est légitime et suffisante.

Alors qu'au contraire, c'est la culture de l'excellence qui constitue un important facteur d'égalité des chances.


Le mythe des facilitateurs d'accès à la culture

Certains « auteurs de masse » (expression non péjorative, calquée sur « produit de masse » pour traduire un choix plus commercial que culturel) font valoir qu'en s'adressant à un vaste public avec des mots très simples et des intrigues stéréotypées, ils ont le mérite d'introduire la culture là où l'on n'y est pas familiarisé.

Quelle culture ? Là est la question. Est-ce qu'on peut parler de culture s'agissant, par exemple, de 50 nuances de Grey ? Qu'est-ce que ce genre d'ouvrage apporte à ses lecteurs, même si (chacun ses goûts) ils se régalent à le lire ? On imagine sans peine des des plaisirs et des distractions bien plus enrichissants. Ce plaisir-là n'enrichit que l'auteur…

Et que l'on ne vienne pas prétendre que le lecteur qui a adoré la prose d'E.L. James se passionnera un jour pour Schopenhauer.

Le plaisir, c'est déjà ça ? OK, mais ce n'est pas de la culture.

Conclusion : réconcilier des gens avec la lecture en leur donnant à lire de la littérature de loisir, très bien ! Mais à condition de mettre en avant, par ailleurs, d'autres catégories d'ouvrages, qui permettront aux volontaires d'aller plus loin.
S'en dispenser, c'est faire comme les empereurs romains : donner au peuple du pain et des jeux, pour qu'il s'y consacre et se tienne tranquille.


La culture mal-aimée

En fait, tout se joue sur le mot « populaire », ô combien symbolique.

En réponse au mépris des uns pour quiconque n'a pas bénéficié d'une éducation culturelle approfondie (attitude devenue très marginale de nos jours, et c'est heureux), on essaie de flatter un certain esprit de revanche en dévaluant méthodiquement ce qui relève de cette éducation : la notion d'excellence, c'est de l'impérialisme culturel ! Seule la culture dite populaire serait légitime et égalitaire…

Rappelons, ce n'est pas inutile, que sous le masque de ce discours pointe un objectif presque unanime : faciliter la gouvernance en réduisant les citoyens à une masse déculturée, autrement dit, facile à manœuvrer.

De leur côté, les faiseurs de profit, qui préféreraient avoir affaire à un troupeau de consommateurs décérébrés, poussent à la roue lorsqu'il s'agit d'affaiblir la lucidité des citoyens.

L'argent et les possessions matérielles ne garantissent pas l'épanouissement. S'ils sont le « nerf de la guerre », c'est aussi de façon littérale, puisqu'ils constituent la principale cause de conflits.

Or, depuis l'émergence du concept de lutte des classes, tous les projecteurs sont braqués sur des facteurs de richesse : le contrôle de l'outil de production est un enjeu politique majeur, la finance focalise les critiques, etc.

Paradoxalement, on a vu peu à peu les aspirations de la population changer de cible : d'une quête d'élévation sociale par le biais du savoir, on est passé à un matérialisme effréné. 

Dans le même temps, était dépeint comme un symbole des anciens privilèges (autant dire un épouvantail), le seul bien capable d'affranchir un individu, fût-il enchaîné : la culture, source potentielle de sagesse et de paix intérieure.

Circonstance aggravante, ce viatique ne peut pas être absorbé de façon passive, comme des UV. Il faut un minimum d'effort, auquel tout le monde n'est pas prêt à consentir.



Si Voltaire entendait ça…

La culture est le patrimoine de tous les individus, au-delà du milieu social comme au-delà des frontières. Mozart, Shakespeare, Dali, Brel ou, dans un autre domaine, le Château-Margaux (auquel Hemingway rendit hommage en prénommant sa fille Margaux) appartiennent à l'humanité, qui peut en être fière à juste titre.

Au sein de ce gigantesque patrimoine, tout ne peut pas se valoir. Affirmer le contraire est un non-sens et une duperie.

Dire que le plus utile, ce sont les livres que les gens plébiscitent en masse ; que l'essentiel, c'est qu'ils lisent – peu importe quoi, « même Martine à la plage » (je cite), cela revient à dire qu'il suffit que les gens regardent NRJ12 pour accéder à la culture.

(Celui qui me répondra que les inepties d'NRJ12 valent mieux que des reportages sur des guerres et autres horreurs, je lui demanderai pourquoi il se complaît à lire ou écrire des thrillers sanglants.)

Nom d'un chien, la culture représente pourtant un enjeu crucial ! L'humanité a besoin de s'épanouir pleinement à l'échelon individuel, mais aussi de promouvoir le talent – qui sert d'exemple, d'encouragement, de repère, de phare dans la tempête.


Le règne du « tout se vaut » porte un vilain nom : médiocratie

Pourrait-on sérieusement affirmer à Brigitte X. que sa connaissance des huiles essentielles, ou à Laurent  Z. que son habileté à créer des maquettes, valent la science d'un médecin ou d'un ingénieur ? Les enverrait-on soigner des gens ou bâtir des ponts ?
Une hiérachie des savoirs et des talents est inévitable, dans tous les domaines.

Certes, elle ne doit pas conduire à la domination des peuples par ceux qui possèdent ces savoirs ou ces talents. (La voilà, la véritable définition de « l'élitisme », mot qu'on ne cesse de nous jeter à la figure : la domination de la société par une minorité, même pas forcément « sachante ». Rien à voir avec le goût d'une culture de qualité.)

Mais à notre époque, le savoir ne donne pas droit au pouvoir, ça se saurait. Et l'incompétence, la cupidité, l'aveuglement, l'esprit de chapelle, etc, font infiniment plus de dégâts dans la société que le culte de la grande culture.

Tout mélanger, prétendre que les compétences de chacun valent autant que n'importe laquelle, cela conduit au règne de la « médiocratie », c'est-à-dire que le plus petit dénominateur commun (la compétence la moins pointue, le savoir-faire le plus basique, l'aptitude que possèdent le plus de gens) devient la norme.

On imagine le résultat… et en fait, on voit déjà cette dérive à l'œuvre dans pas mal de domaines !
Malheureusement, il en est de même en matière d'art et de culture.


Mozart et l'amateur de tambourin

Pas question de dire que Francis Untel doit avoir honte de « seulement » jouer du tambourin en amateur enthousiaste. C'est une activité emplie de sens pour quiconque connaît le pouvoir des rythmes, des vibrations, sur l'équilibre et le bien-être.

Il est seulement question de dire, sans pour autant passer pour méprisant, que :

– si Francis se croit l'égal de Mozart, non pas sur le plan humain mais sur le plan artistique ;

– s'il refuse d'admettre que des musiques certes plus « difficiles », peut-être, plus complexes, parlent aussi à l'âme, et d'une façon particulièrement remarquable ;

– s'il refuse d'écouter Mozart sous prétexte que c'est de la musique « élitiste », ou Brassens parce que « il y a trop de mots qu'on ne comprend pas » ou que « ça raconte des choses du passé qui ne nous parlent pas » (extrait des discussions de ces derniers jours sur facebook) ;

– pire : s'il s'obstine à dire que sa séance de tambourin « vaut » tout ce que la musique a produit de meilleur au cours des Âges, et que la grande musique n'a plus aucun intérêt dans la mesure où elle parle moins aux gens de sa génération,

alors il flatte son ego, sans aucun doute ; mais, ne vous déplaise, il se ridiculise.


Libérez l'esprit !


Plus grave : Francis se prive d'un accès à une infinité de chefs-d'œuvre qui enrichiraient son univers personnel et décupleraient son ouverture au monde (Mozart et Brassens ne sont qu'un exemple. Peut-être pas ceux qui lui conviendrait, à lui).

Cette ouverture au monde, on l'appelle « ouverture d'esprit ».

Elle signifie, entre autres, que l'on se ressent comme un modeste élément d'un immense, d'un passionnant ensemble culturel où rien n'est à jeter, si l'on veut (ça se discute), mais où certaines éléments vous apportent davantage que d'autres.

Chaque sensibilité et chaque intelligence se nourrissent de ce qui passe à leur portée. Il est d'autant plus important de leur donner accès aussi à autre chose que du simple loisir, pour permettre à l'individu d'enrichir son mode de pensée et d'étendre ses capacités.


Se nourrir plutôt que simplement consommer

L'enjeu, c'est l'indépendance d'esprit, la capacité critique, la perception du bonheur, de l'équité, l'image que l'on se fait d'autrui, etc. Tout ce grâce à quoi nous sommes des êtres humains, et non des brutes uniquement préoccupées de nous-mêmes.

C'est ce qui nous permet d'avoir une vie riche en expériences individuelles ou collectives, une vie au meilleur sens du terme, au lieu d'être seulement des consommateurs coincés dans leur vie quotidienne comme un cobaye dans sa roue.

Une telle vision ne choque peut-être pas les pouvoirs qui nous cornaquent, intéressés avant tout par notre bulletin de vote et/ou notre participation à l'économie à travers le travail, les impôts et la grande consommation.

Il est tout de même préférable que l'Homme moderne ne soit pas condamné à galoper toute sa vie en passant d'une cage à l'autre, uniquement pour acheter une nouvelle voiture ou un nouveau volume de Lévy ou Musso – c'est-à-dire acquérir des produits industriels conçus pour se vendre en masse.

Tandis que la qualité et l'originalité des ouvrages dits littéraires pourraient se comparer à celles de la haute couture, la littérature de loisirs est assimilable au prêt-à-porter : des produits à faible prix de revient, standardisés pour convenir à un très grand nombre de consommateurs.

Dire cela, ce n'est pas mépriser ces consommateurs, mais leur rappeler qu'en matière de lecture, ils pourraient, s'ils le souhaitent, accéder à autre chose.

Et s'ils ne le souhaitent pas, ils pourraient assumer en toute sérénité le fait qu'ils ne jouent pas au meilleur niveau : dommage, à mon humble avis, mais c'est leur droit.

Répondre « je préfère Lévy à Montaigne. De toute façon, tout ça c'est pareil, c'est question de goûts. Même, Lévy, c'est mieux : la preuve, il s'en vend des tonnes », c'est juste pathétique.

J'ai vexé quelqu'un, là ? Toutes mes excuses. Je me sens obligée de taper un peu sec, parfois, parce que certains arguments méritent qu'on leur donne le nom qui convient : des conneries monstrueuses, pour ne pas dire criminelles.


La culture, c'est l'éveil

Au-delà des satisfactions matérielles, des distractions nécessaires, il serait judicieux de garder à l'esprit l'existence de ce trésor appelé culture, essentiel pour former des citoyens éveillés, vigilants, compétents, aptes à ne pas se laisser bouffer tout crus et à jouer leur rôle dans la société.

L'état du monde exige une prise de conscience urgente.

Il faut sortir de notre torpeur, de nos routines, comprendre ce monde et participer aux solutions. Il faut préserver ce qui peut l'être, à l'échelon individuel comme à l'échelon collectif.

Et cela nécessitera une certaine élévation par rapport aux petits loisirs ou préoccupations quotidiennes.

Peut-être que pour certains, Musso est la première étape. C'est un argument qu'on m'oppose souvent. Très bien. Je pense seulement que ceux qui ont en tête de passer aux étapes suivantes ne perdent pas leur temps à cracher sur la littérature. Ils écoutent ce qu'on en dit, lisent, s'ouvrent à autre chose et en tirent profit.

Quant à ceux qui nous accusent de mépriser les lecteurs, de 3 choses l'une :

– Soit ils ont mal compris nos intentions, et s'ils lisent cet article, le malentendu devrait être levé.

– Soit ils veulent se comporter en conciliateurs pour garder l'amitié de tous : démarche compréhensible, même si le temps passé à nous apporter la contradiction, ils pourraient le consacrer à découvrir et partager de bonnes lectures.

– Soit ils sont de mauvaise foi et c'est une posture. Pour ceux-là, les formules un peu cinglantes que j'ai écrites çà et là sont amplement justifiées.


Éloge de l'humilité

Comment ne pas être atterré lorsque, à propos de littérature, on voit des personnes en mal de reconnaissance individuelle se laisser prendre au mirage du « tout se vaut » ?

Bien sûr, cette idée fausse les conforte agréablement dans l'idée de leur propre valeur. Tout le monde a bien compris que ceux qui la défendent le plus fort sont les auteurs et lecteurs qui n'ont pas envie de se sentir tout petits. Mais chacun de nous est plus petit que d'autres dans ce qu'il fait, c'est ainsi.

Si les personnes en question sont rebutées par la confrontation avec un vocabulaire un peu soutenu, des phrases un peu longues, des raisonnements qui exigent un peu de réflexion, il est compréhensible qu'elles aient un peu de mal à l'admettre. Dans ces cas-là, on risque de ressentir de l'humiliation plutôt que de l'humilité. C'est pourtant la seconde qui amène à découvrir son potentiel, à s'épanouir, à progresser, à se sentir fort et autonome.

L'humilité ne consiste pas à proclamer « je suis chercheur en physique quantique, mais mes réflexions sur la physique ne valent pas davantage que celles de ma concierge. » Ça, c'est du bourrage de crâne.

Elle consiste à se dire « il y a encore meilleur, plus compétent que moi, et je pourrais beaucoup mieux faire. »


Le top, ce n'est pas le nombre de ventes

La valeur intrinsèque de l'être humain, sa capacité au bonheur, sa place dans la société, ne tiennent pas si peu que ce soit à un nombre d'exemplaires vendus ou au classement dans un top Amazon : ça, cela ne peut procurer qu'une petite bouffée de vanité.
Elles tiennent à sa capacité d'humilité, à son désir de se grandir en prenant les meilleurs exemples possibles.

Des exemples choisis en fonction des goûts de chacun, nous sommes d'accord…

Mais dire que Musso vaut Camus (exemple parmi bien d'autres, encore une fois), ce n'est pas exprimer ses goûts ; c'est tourner le dos à tout ce que l'humanité possède en héritage, le nier au nom de la facilité d'accès, du moindre effort.

On pourrait voir là le genre de chemin qui mène au renoncement devant la difficulté, à la confusion des valeurs et à la perte de l'estime de soi.


Petite histoire de grenouilles

Les oubliés de la culture restaurent cette estime de soi en se gargarisant de « ah, mais ce que je fais, moâ, ça vaut bien tout le reste ! »… Ce n'est plus de la soif d'égalité, mais l'erreur fatale de la grenouille qui veut se faire aussi grosse qu'un bœuf.

Attention, encore une fois, le bœuf n'est pas « supérieur » en soi à la grenouille. N'empêche que prétendre être aussi grosse que lui, voire « plus légitime » en tant qu'animal de grande taille, sous prétexte que des centaines d'autres grenouilles sont du même avis, c'est absurde.

Le seul résultat, c'est que les conflits engendrés par cette crise d'ego font le jeu des mangeurs de cuisses de grenouilles et de côtes de bœuf. En clair : de l'édition.

Si, au contraire, les grenouilles veulent s'accomplir en tant qu'êtres humains et en tant qu'auteurs, explorer à fond leur talent, leur monde intérieur et le monde qui les entoure… alors elles seraient avisées de changer de logiciel, ne serait-ce qu'en admettant que tout ne doit pas être évalué à l'échelle de leur feuille de nénuphar.

En admettant cela, elles atteindraient déjà une toute autre dimension. Et en ayant le curiosité de regarder ce qui se passe à l'échelon de la prairie voisine, du chêne sous lequel se repose le bœuf, elles finiraient par acquérir une hauteur à laquelle elles n'auraient osé songer.

Ne m'accusez pas de traiter de grenouilles les auteurs « de masse » et leurs lecteurs, ce n'était qu'une métaphore afin de détendre l'atmosphère.


Lire pour mieux être soi, plutôt que pour s'oublier

Ma préoccupation de fond, vous l'avez compris, est d'ordre général : comment allons-nous résoudre les problèmes qui s'annoncent, si un nombre croissant de citoyens s'abîme (c'est le cas de le dire) dans la romance industrielle et les émissions de téléréalité, au lieu de s'offrir les moyens d'un sursaut de conscience, dans tous les sens du terme ?

Nous disions plus haut que le bonheur individuel, aussi bien que l'avenir de l'humanité, passent par l'élévation des mentalités et l'ouverture d'esprit, qui elles-mêmes passent par le savoir et la culture.

De tous temps, ces derniers ont été le ferment qui a ensemencé l'imagination, la compréhension, le sens des valeurs, la capacité d'améliorer son sort et le sort collectif. (Je sais, je radote. L'expérience a prouvé que je ne le fais jamais assez).

Il est navrant qu'autrefois, savoir et culture aient été confisqués par une minorité privilégiée ; mais, aujourd'hui que chacun peut y accéder, il serait encore plus navrant que certains s'en privent en croyant, par leur mépris de la culture « des nantis » (!), s'offrir une revanche sur leur condition humaine.


Ne pas cracher sur les auteurs minoritaires

Plus immédiatement, je me préoccupe du sort des auteurs qui autoéditent une littérature, disons, « peu commune » : ils mériteraient de trouver leur lectorat, et leur lectorat mériterait d'y avoir accès. Il y a de la place au soleil pour tout le monde, dans notre belle mare aux grenouilles ! 😊

Hélas, sur toutes les plateformes de publication, le système de classement est basé sur le volume des ventes, donc sur le critère « facile à lire ».

Cela fait complètement sortir des radars non seulement beaucoup d'ouvrages illisibles, mais aussi la quasi totalité de ce qui constitue la crème de la littérature autoéditée aux yeux des lecteurs exigeants.

À propos de cette notion de « crème », ou toute autre expression impliquant une hiérarchie qualitative (aïe, deux mots qui fâchent à la suite !) :

Les lecteurs en question ont bien le droit de considérer ces livres comme meilleurs que d'autres.

Leur jugement ne s'appuie pas sur une simple question de « goûts », mais sur de nombreux critères objectifs, validés par des générations d'histoire de la littérature et par nombre d'experts incontestés.

On pourrait en discuter sans fin, ce serait vain ; car c'est ainsi, qu'on le veuille ou non. Seules les personnes qui ne disposent pas d'un bagage de références littéraires peuvent prétendre le contraire.

Ah oui, petite précision : les références en matière de qualité littéraire ne sont pas, bien au contraire, des ouvrages « prétentieux »« alambiqués », « pompeux », « vides » ni même « compliqués », et pas davantage des classiques « poussiéreux » à la mode d'autrefois. Cela peut être un roman sorti le mois dernier, au style très moderne et qui traite un sujet d'actualité.
Ça vous étonne, ami contradicteur ? Alors il faut lire davantage… en choisissant mieux vos lectures.


Harry Potter, Cristal qui songe, Candide, Les Essais, tout pareil ?

Bien sûr que non. Ce sont différents accès à la lecture, à la culture, qui procurent différents bienfaits. Et dont le style et les contenus se situent à différents niveaux.

Refuser leur hiérarchisation, ne pas voir qu'elle ne fait que traduire une réalité préexistante, ce serait comme réclamer l'arbitrage de Nabilla en tant que ministre de la Culture : il faudrait pour cela n'avoir aucune notion de ce qu'est un critère d'exigence littéraire et intellectuelle.

Comme vous, sans doute, j'aime lire de la bonne littérature de gare, ce qui ne m'empêche pas de faire la différence avec la littérature proprement dite.

Je trouve Harry Potter très bien fait et plaisant à lire, même si, parmi les ouvrages jeunesse, je préfère par exemple La croisée des mondes pour sa métaphysique très poétique et sa critique subtile des pouvoirs politiques et religieux.

N'empêche que je ne comparerais ni l'un ni l'autre à l'œuvre de Théodore Sturgeon (formidable auteur de fantastique/SF), et encore moins à celle de Voltaire ou autre grand écrivain…


Tous dans le même bateau

Au lieu de s'ériger en juges des opinions que nous avons en tant que lecteurs exigeants, 
d'essayer de nous culpabiliser parce que nous disons qu'il y a une hiérarchisation de la qualité en matière de littérature, et que la littérature de grande qualité est plus rare et plus précieuse que la littérature industrielle (ce qui ne signifie pas que l'on pense appartenir soi-même au gratin), 
il serait normal et équitable de prendre en compte le problème des auteurs « littéraires » orphelins de lecteurs, et des lecteurs exigeants en manque de livres qui sortent de l'ordinaire.

Ou alors, ne nous étonnons pas que ce lectorat pointilleux ait conclu – nul ne l'ignore – qu'on ne trouve rien de bon en autoédition : il se contente d'aller chercher satisfaction dans les collections littéraires de la grande édition.
Je trouve ça très regrettable, pas vous ?

Si vous faites partie des auteurs de romance à l'eau de rose, par exemple, vous vous dites peut-être que les lecteurs exigeants ne vous intéressent pas, étant donné que vos livres ne les intéresseront pas non plus.

Mais tout le monde, vous inclus, aurait à gagner si l'indésphère finissait par avoir la réputation d'un endroit où l'on peut trouver des trésors, plutôt que d'un monceau de tout et n'importe quoi où il faut fouiller interminablement pour tomber par hasard sur une pépite.
(Car, amis auteurs « grand public » blessés par mes propos parce que vous faites sérieusement votre travail, ne perdez pas de vue que les livres que vous rédigez avec amour, vous et les auteurs de vos cercles, ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan des autopublications… où flottent cent fois plus de déchets.)

En empêchant ceux qui le pourraient de servir de vitrine littéraire à l'autoédition, en réservant ce rôle aux seuls best-sellers grand public, qui ne satisfont pas les lecteurs exigeants, l'indésphère provoque dans le monde du livre des moqueries plus féroces que vous ne pouvez l'imaginer. Tout cela perce des trous dans la coque de notre navire commun.

Évidemment, chacun est en droit de penser « moi, tant que je vends, ça me va. » Ou de croire que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes.


Pour commencer, admettre l'existence du problème

Des auteurs de talent végètent dans l'ombre parce que, leurs livres n'étant pas « grand public », ils ne seront jamais visibles des lecteurs. Certains, on l'a vu, vont jusqu'à dépublier leurs romans. 

Même moi qui consacre un temps non négligeable à l'exploration d'Amazon et autres sites, je ne connais qu'une infime partie des auteurs littéraires. Parce qu'il n'existe aucun moyen d'accéder directement à leurs publications via des critères de recherche tels que « style », « originalité » ou encore « qualité littéraire ».

Le seul moyen pour ces auteurs de se faire connaître, c'est de disposer d'un puissant réseau relationnel. Les auteurs de livres « grand public » le savent d'ailleurs très bien : le clientélisme va bon train. Autrement dit, l'indésphère, si fière de son image éthique et solidaire, est en train, mine de rien, de reproduire certains aspects du système en vigueur dans l'édition, et pas les plus admirables.

Je ne critique personne, et je ne prétends pas que la solution serait facile ! J'émets l'idée qu'une réflexion collective serait souhaitable.

Et je trouve très pénible que, chaque fois que l'on ose le suggérer, on nous tombe dessus en clamant que nous sommes d'affreux élitistes et que le verdict populaire est le seul qui vaille, puisqu'il couronne les livres qui plaisent : le classement par les ventes serait, nous dit-on, un système parfait, impartial grâce aux algorithmes, au contraire de la sélection (autre mot qui fâche) pratiquée dans l'édition…

Vraiment ? Aurait-on oublié que pour beaucoup d'auteurs à succès, l'aventure a commencé par un « coup de pouce » de MyKindex ? Qu'une star de l'autoédition a révélé, dans l'une de ses premières interviews, avoir atteint le top 10 en achetant ses propres livres ? (Pas de faux espoirs, cela ne fonctionnerait plus aujourd'hui.) Que la mobilisation massive de réseaux et les intérêts croisés jouent un rôle non négligeable dans l'émergence des inconnus ? Je ne reproche à personne d'avoir boosté sa chance, mais de grâce, ne faisons pas semblant d'être en présence d'un système équitable !


Mettre fin aux malentendus

J'ai repensé à tout cela lorsque l'une de mes contradictrices a exprimé ingénument le fond de sa pensée : « si vous [les auteurs littéraires] n'avez pas de succès, tant pis pour vous ».

Elle n'avait pas compris que le problème n'est pas « d'avoir du succès » (nous sommes nombreux à préférer le sentiment d'avoir bien travaillé au volume des ventes) mais de trouver le moyen de mettre en relation, comme dans une agence matrimoniale, ces auteurs et les lecteurs dont ils feraient le bonheur.

Les auteurs littéraires – minorité méritante de par son talent (encore un mot qui fâche, on se demande bien pourquoi), le soin qu'elle apporte à son travail et la bonne réputation qui peut en résulter pour l'indésphère – subissent, dès qu'ils s'expriment, une tentative d'intimidation de la part d'auteurs « grand public » intolérants à une autre conception que la leur, et qui ont le culot ou l'aveuglement de nous taxer, nous, d'intolérance.

À première vue, les personnes en question représentent une majorité d'auteurs « grand public » satisfaite de la situation actuelle.
Ce qui me donne l'espoir que ce n'est pas le cas et que tout va s'apaiser, c'est que ladite majorité s'exprime très peu : seuls quelques porte-paroles autoproclamés nous ont volé dans les plumes.

Il me semble qu'elles-mêmes se sont crispées par incompréhension de ce qu'il se passe vraiment : c'est pourquoi je m'efforce sans relâche de clarifier la situation, même quand on me reproche gentiment d'avoir l'air de me justifier.

J'espère, sans trop d'illusions, que cette nouvelle explication éclaircira enfin le débat et qu'il pourra s'élever d'un cran.


Tous ensemble… ou pas

J'ai peut-être vexé sans le vouloir ces personnes et d'autres auteurs de littérature « grand public » : j'en suis sincèrement attristée.

L'opposition des auteurs « grand public » et littéraires n'a pas lieu d'être : comme je ne cesse de le répéter, ils n'ont pas le même lectorat et ne sont donc pas en concurrence. Les auteurs « littéraires » ne méprisent pas les auteurs « grand public », ils aimeraient juste qu'on arrête de leur donner des leçons de morale populiste.

Tous les autoédités connaissent les mêmes doutes, les mêmes espoirs, les mêmes affres devant leur page ou leur écran, et le même travail pour rédiger, publier, promouvoir leur « bébé ». Il y a plus d'éléments qui les unissent que de divergences qui les séparent. Si les uns veulent bien écouter le point de vue des autres et les aider à trouver une solution à leur problème, l'indésphère toute entière en sortira grandie.

Dans le cas contraire, amis auteurs « littéraires », ne nous décourageons pas. L'autoédition évolue, se diversifie, se décomplexe dans le bon sens du terme.

Sauf erreur, on voit débouler de moins en moins d'opportunistes attirés par un nouveau secteur d'activité : il commence à se savoir que, si l'on rêve de réussir sans travailler, l'autoédition de romans est tout sauf un bon plan.

À l'inverse, il arrive de plus en plus de lecteurs exigeants désireux de passer de l'autre côté du miroir. Les chantres de la qualité littéraire pourraient bien se retrouver majoritaires un jour ou l'autre.
Évitons, tout de même, d'attendre jusque là…


L'heure des solutions

Les auteurs « littéraires », de quoi auraient-ils besoin ?

Pas d'un moyen d'arriver dans le top 10 Amazon, ce serait trop simple : la majeure partie des lecteurs qui y font leur marché sont en quête d'ouvrages « grand public ».

Je suis bien placée pour le savoir, ayant vécu cette expérience avec plusieurs livres. Pour moi, le salut n'est pas venu des classements, mais du bouche-à-oreille, parce que l'atypisme d'Élie et l'Apocalypse a fait parler de lui au-delà de mes espérances. (Raison pour laquelle je recommande toujours aux autres auteurs littéraires de ne pas chercher à plaire au plus grand nombre – cela ne suffirait pas à les rendre « grand public » –, mais, au contraire, de lâcher la bride à ce qui les fait « différents ».)

Ce qu'il leur faut, c'est un moyen d'être visibles par les lecteurs exigeants, qui sont à la recherche de cette différence. Plusieurs pistes sont à l'étude, et d'autres ne manqueront pas d'être proposées si suffisamment de monde se penche sur la question. Il va de soi qu'une volonté commune de régler ce problème, au sein de l'indésphère, faciliterait les choses.
À défaut, les auteurs « littéraires » trouveront par eux-mêmes.

Personnellement, je ne m'impliquerai pas. En dehors même de mon état de santé, je suis quelque peu échaudée depuis que le projet de site multifonctions gratuit, conçu en 2016 pour servir de « maison commune » aux auteurs autoédités, a été torpillé par les opposants à une démarche qualité. Mais je continuerai bien sûr à vous soutenir, amis auteurs, et à participer au travail de réflexion.

Je vous le disais en introduction : les choses commencent à bouger. Il faut continuer à évoquer publiquement le problème de la visibilité, sans agressivité, mais sans nous laisser intimider au cas où quelqu'un s'obstinerait à nous traiter d'élitistes sur un ton d'insulte ou de reproche.

Si je suis tellement contente de voir les langues se délier peu à peu et des auteurs littéraires monter au créneau, c'est parce que beaucoup d'auteurs ou blogueurs convaincus que « tout ne se vaut pas » et qu'il faut sortir de l'ombre les ouvrages de qualité « littéraire », avaient néanmoins renoncé à s'exprimer publiquement, de crainte d'en payer le prix.

Je ne dirai qu'une chose pour vous rassurer : certes, mes prises de position sur le thème de la qualité littéraire m'ont valu de n'avoir presque plus de commentaires sur mes livres et mon blog. Une fraction de mes amis auteurs ne likent ni ne commentent plus mes publications, et j'en suis très peinée. Mais cela n'a eu aucun effet sur mes ventes et mes pages lues. Mes lecteurs, vos lecteurs, ne sont pas du tout ceux des auteurs « grand public » qui pourraient nous prendre à partie.


Là, tout de suite…

Ce que je veux retenir des récents débats, c'est la chose suivante : cette effervescence a permis à un certain nombre d'auteurs, talentueux mais isolés, de se rencontrer, d'échanger, de se soutenir et de prendre la parole.
Il ne pourra en sortir qu'une évolution positive.


Voilà, mes chers amis. Excellente fin de weekend à toutes et à tous !