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dimanche 27 mai 2018

Critiques vachardes : une étrange expérience




Un plaisantin m'a surnommée « la mère des indés ». 😁 En ce jour de fête des Mères, cela m'inspire l'idée d'offrir, en plus de la traditionnelle gratuité de l'un de mes ebooks, un petit présent à tous les auteurs autoédités tourmentés par des critiques agressives et non justifiées.

La critique négative est inévitable quand on expose publiquement ses écrits. Elle est parfois pertinente, argumentée, et constitue alors une aide précieuse pour les auteurs soucieux de se perfectionner. Mais il arrive qu'elle soit gratuite, malveillante, et/ou formulée d'une manière profondément blessante. Elle peut alors, dans certains cas, dégoûter un auteur de publier, sinon d'écrire.

C'est pourquoi il est important de toujours s'interroger sur les motivations de ce genre de critiques ; et, lorsqu'elles sont infondées ou liées à des facteurs autres que le contenu de nos écrits, d'apprendre à relativiser, voire à ignorer les piques.

Tout auteur doit être conscient que les commentateurs peuvent être mus par d'autres considérations que purement techniques ou littéraires, et que les critiques les plus acides sont rarement les plus objectives.

Il y a plus de dix ans, j'ai vécu une expérience qui illustre parfaitement ce cas de figure.



En découvrant, au début des années 2000, l'existence d'un Prix Albertine Sarrasin (auteur qui m'est chère), j'avais eu l'impulsion d'y présenter une longue nouvelle : Spi. La narratrice en était une « beurette », Nadia, victime d'une aventure peu commune dans les beaux quartiers parisiens. Le style était assorti au personnage, à la fois « ex-future journaliste » et marquée par son environnement.

Ma nouvelle fut élue à l'unanimité par un jury d'écrivains qui comprenait : Jean Joubert (Prix Renaudot, Prix Mallarmé) ; Jean-Luc Dejean (Prix Alexandre Dumas) ; Michel de Roy (Prix du Quai des Orfèvres) ; Régine Detambel (Prix Anna de Noailles) ; Jacques Gasc (Prix Froissac, Prix Casterman, Prix Voronca, Président de la Compagnie des Écrivains Méditerranéens) ; Joëlle Wintrebert (Prix Science-Fiction de France) ; Madeleine Attal (créatrice théâtrale) ; Marie Rouanet (principalement auteur de romans de terroir).

J'eus l'étourderie de me rendre à la remise du prix en tailleur et au volant d'une BMW série 7 : je vivais des temps de faste et, totalement dénuée de préjugés de classe, je ne songeai pas un instant à me glisser dans la peau du personnage de Nadia, plébiscité par mes juges. Je n'ignorais pourtant pas, à ne fréquenter que trop ce milieu friand de postures, combien la littérature constitue un jeu de rôles où une image « vendeuse » est requise. Néanmoins, l'ambiance me parut à cent lieues du microcosme parisien : sous le soleil de Valflaunès, je rencontrai les organisateurs du prix, chaleureux, passionnés, et les adorables parents de son créateur, Jean Hortus, décédé prématurément. C'est avec regret que je quittai le lendemain ces gens charmants.


En 2007, j'incorporai Spi au recueil Infortunes de mères pour participer à un autre concours, le prix international Prométhée. Spi m'avait donné l'envie d'écrire une série de nouvelles plus courtes, liées par le thème de la maternité et le registre marin. Le prix Prométhée admettait les nouvelles déjà présentées à d'autres concours, il me faut le préciser, car une entorse au règlement aurait pu être la cause de ma mésaventure.

Comme celui du Prix Albertine Sarrazin, le jury du Prix Prométhée était composé de professionnels ; après coup, il livrait leur opinion aux concurrents via des fiches de notation détaillées. Réécriveur dans la grande édition – et inconnue du public à ce titre, comme il se doit –, je n'avais encore jamais publié de nouvelles : j'étais curieuse de savoir quel regard porteraient sur ces textes très personnels des confrères ignorant mon identité.


Infortunes de mères finit en troisième position. Une fois en possession des feuilles de notation, je découvris que l'un des membres du jury, Marie Rouanet, m'avait gratifiée de notes rédhibitoires et de cette appréciation glaçante :

« Le défaut est fondamental : c'est toute la réflexion sur le monde et sur l'écriture qui est en cause. Aucune amélioration ne paraît possible. C'est la mentalité qui est à remettre à plat. »

Certes,  le style était très moderne et la teneur du recueil plutôt sombre, deux éléments qui peuvent ne pas plaire à tout le monde ; mais d'autres membres du jury Prométhée avaient perçu autre chose que de la noirceur, pour ne pas dire radicalement l'inverse. Comme Martine Le Coz (Prix Renaudot) :

« Il y a du chagrin sous l'humour, mais un amour du monde et des Hommes qui est courage. »

Ou encore Alain Kewes, critique littéraire et fondateur des éditions Rhubarbe :

« L'auteur a su renouveler avec une grande originalité la métaphore assez banale femme/eau, mère/mer. Les situations sont variées, les styles, les tonalités aussi, toujours appropriés. La pesanteur des infortunes” est très habilement contrebalancée par l'éclat du style, un humour souvent noir, toujours décapant. La finesse de l'analyse psychologique se fond dans des intrigues subtiles, haletantes, qui ne lâchent pas le lecteur. Les débuts et les fins de récits sont réussis (avec ou sans chute au sens classique du terme). L'auteur disparaît derrière les personnages. Bravo. »

(À celles et ceux qui souhaiteraient juger par eux-mêmes : Infortunes de mères est, comme chaque année, offert gratuitement aujourd'hui à l'occasion de la fête des Mères.)


Déconcertée par le grand écart entre l'opinion de madame Rouanet et celle de ses confrères, je fis la connaissance de ceux qui avaient défendu mon recueil avec enthousiasme. Ils me rapportèrent qu'elle s'était livrée à une véritable campagne contre Infortune de mères, jusqu'à parvenir à dissuader assez de membres du jury de le soutenir ; son attitude leur avait semblé trahir une véritable aversion personnelle.

Pourquoi ce règlement de comptes, alors que je ne connaissais pas Marie Rouanet et qu'elle avait aimé Spi dans le cadre du Prix Albertine Sarrasin ? Je me pose encore la question.

Avait-elle été déçue de voir débarquer, à la remise de ce prix, une quarantenaire d'aspect bourgeois plutôt qu'une jeune beurette ?
Avait-elle appris entretemps l'identité de l'auteur, et lui avait-il déplu d'avoir affaire à un écrivain pro ?
Plus extrême : pratiquait-elle à l'occasion la réécriture et nous étions-nous trouvées, à mon insu, en concurrence dans ce domaine ? Non, retenir une telle hypothèse serait lui faire injure ; de même qu'imaginer qu'elle pouvait connaître l'un des participants et vouloir défendre ses chances au détriment des autres finalistes – pratique assez courante, hélas, mais qui me paraît peu conforme à ce que j'ai appris de cette dame sur internet.

Tout ou presque est envisageable, même si la première solution m'apparaît la plus plausible. Peut-être tout simplement parce qu'elle est plus « romanesque » et me semble correspondre à la personnalité de madame Rouanet : romancière déjà âgée, qui affichait de fortes convictions humanistes, elle eût très bien pu se réjouir à l'idée d'aider une jeune femme issue de l'immigration à faire son entrée en littérature, et se sentir flouée en me rencontrant.
(Il faut savoir qu'à l'occasion d'un concours ou prix littéraire, le jury n'a pas accès au nom ou pseudonyme de l'auteur : il arrive qu'il s'en fasse un portrait très fantasmé !)

Mais la cause est peut-être ailleurs encore, dans l'une de ces incompatibilités fortuites, irraisonnées voire fallacieuses, entre les idées d'un lecteur et ce qu'il croit discerner de celles d'un auteur.

Oui, il est très possible que Marie Rouanet ait pris pour ma vision du monde celle de mes personnages – des délinquants, des paumés, des victimes, un meurtrier ; des gens amers, cyniques, passifs, piégés ou désabusés. En un sens, c'est un compliment : j'avais dû bien faire mon travail. N'empêche, je trouve navrant qu'un auteur d'expérience puisse faire ce genre de confusion. Si je m'intéresse aux exclus et aux êtres en souffrance, ce n'est pas par inclination perverse ou voyeurisme, mais à cause d'un trop-plein de tendresse et de vitalité : sans être auteurs ni psychologues, bien des lecteurs l'ont discerné.


J'espère que ceux d'entre vous qui ont déjà encaissé des avis assassins se sentiront consolés en voyant là qu'il s'agit d'une mésaventure ordinaire, et que les écrivains professionnels ne sont pas à l'abri d'un jugement à l'emporte-pièce. 

Par-dessus tout, il faut garder à l'esprit qu'un commentaire négatif, aussi agressif soit-il, peut ne pas être pris en compte s'il ne remplit pas 3 conditions :

● porter sur des points précis, techniques ou du moins clairement identifiables : ce qui déplaît doit pouvoir être argumenté, sous peine d'invalidité ;

● ne pas se fonder sur une perception personnelle du monde ou sur des considérations propres à l'auteur de la critique : la divergence de vues n'est pas une faute littéraire !

● être corroboré par d'autres avis compétents : de même qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, une mauvaise critique n'est pas forcément significative si elle demeure isolée.

Bien entendu, on peut d'emblée classer comme non pertinents les commentaires de lecteurs qui se sont trompés de genre ou trouvent un livre trop difficile, et, bien injustement, le font payer à l'auteur.


S'il est une leçon d'ordre général à retenir de cette étrange expérience, c'est celle-ci : la personne qui vous critique n'est jamais une parfaite machine à évaluer votre prose, mais bien un être à part entière, avec sa propre vie, ses espoirs, ses exécrations, sa vision du monde. Si son avis nous semble méprisant, ne la méprisons pas à notre tour en lui déniant cette humanité, source de jugements souvent partiaux, erronés ou, tout au moins, discutables.

Il est difficile de juger un ouvrage de façon cent pour cent objective. Difficile pour un écrivain professionnel (pléonasme), nous venons de le voir ; a fortiori, pour un lecteur. Il faut une bonne connaissance de la littérature et un regard à la fois pointilleux et indulgent ; il convient d'être conscient des difficultés de l'art d'écrire, aussi bien que des modèles vers lesquels doit tendre un auteur.

Lorsqu'un chroniqueur ou commentateur nous laisse une évaluation acerbe au risque de lui-même se décrédibiliser, c'est peut-être parce que notre style ou le thème de notre histoire lui ont foncièrement déplu. L'adage « on ne peut pas plaire à tout le monde », qu'il est malvenu d'invoquer face à des critiques justifiées, prend ici tout son sens.
C'est peut-être aussi, simplement, parce qu'il était mal luné ce jour-là, ou que quelque chose dans notre texte a réveillé en lui un souvenir désagréable.

Alors, amis autoédités, ne vous découragez pas à la lecture d'un avis négatif. Efforcez-vous de faire posément la part des choses : dans ces critiques, y a-t-il quoi que ce soit de fondé ? Pourrez-en vous en tirer des indications utiles, des éléments positifs ? Si oui, mettez-vous à l'ouvrage, c'est le cas de le dire. Dans le cas contraire, lâchez prise : remâcher des commentaires vachards n'apporte jamais rien de bon. Vous avez tellement mieux à faire… 😊


Excellente fin de week-end à toutes et à tous, bon travail ou bonne lecture, et heureuse fête à toutes les mamans !