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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


vendredi 1 juin 2018

« Affaire Thilliez » : entre serpent de mer et tempête dans un verre d'eau




À l'occasion d'une affaire assez banale, voilà le vieux serpent de mer de la qualité littéraire qui crève la surface. Et c'est reparti ! On a l'impression de faire du sur-place ; d'être, comme toujours, dans le dialogue de sourds…


Quel est le point de départ ?

Une journaliste de Télérama a publié cet article, dont le seul intérêt est de souligner ce fait indiscutable : les livres « grand public » occultent toujours davantage une littérature plus qualitative.

Franck Thilliez a exercé son droit de réponse comme indiqué dans cet autre article. Et c'est là que l'on peut trouver matière à débat.

Je n'ai pas encore lu Thilliez, il me paraît à première vue très sympathique et j'ai ouï dire qu'il écrit de bons ouvrages ; dont acte. Je ne me permets jamais de juger sans savoir, aussi mon propos n'est nullement de le critiquer en tant qu'auteur, pas plus que de critiquer son œuvre. Que ce soit bien clair : ci-dessous, je ne l'assimile pas aux auteurs de livres bas de gamme, je me contente d'évoquer des généralités.

En revanche, ce que je trouve très dommage, c'est ce besoin de poser en blanc chevalier de la littérature populaire, comme si elle avait besoin de défenseurs !


Que peut-on dire à ce sujet ?

Pardon à ceux qui ont déjà lu mes arguments sur facebook ; j'ai un livre sur le feu, alors je fais au plus vite. Mon but est seulement de rappeler – encore – quelques évidences.


 Il faudrait arrêter (enfin !) d'imaginer que ceux qui critiquent l'hégémonie de la littérature grand public sont de vilains jaloux.

Tous les auteurs ne rêvent pas d'être célèbres ou de vendre en masse. Entre nous, ce n'est pas du tout un sort enviable ! Seule une collection d'images d'Épinal complètement fallacieuses suggère aux auteurs inconnus l'illusion que vendre beaucoup, c'est une merveilleuse aventure, et que cela signifie réussir en tant qu'écrivain. Quoi d'étonnant ? Toute notre société fonctionne sur une glorification de la réussite aussi artificielle qu'irresponsable…

Remettons les choses en place :

Réussir en tant qu'auteur, ce n'est pas faire de gros tirages, mais écrire avec talent.


 Il faut aussi arrêter de croire que tout le monde s'acharne à critiquer la littérature populaire.

Je lis souvent que la littérature de genre est qualifiée de sous-littérature. Il y a longtemps que l'on n'entend plus de tels propos, ou alors, dans des microcosmes pédants que personne de sensé ne prendrait comme référence.

Non, la littérature de genre n'est pas une sous-littérature, loin de là : elle peut et a toujours pu s'enorgueillir d'excellents auteurs. Si quelqu'un le nie, c'est un ignorant ou un lecteur de mauvaise foi.

Le vrai problème est ailleurs.


 De même, il faut arrêter de répéter que la littérature populaire attire vers la lecture des personnes qui, sans elle, n'ouvriraient jamais un livre, et qui ensuite passeront à des ouvrages plus nourrissants.

D'abord, c'est statistiquement faux : s'il y avait davantage qu'une minorité pour faire ce voyage, toutes les lectrices de romance des générations Cartland et Harlequin se passionneraient aujourd'hui pour la rentrée littéraire. En réalité, elles continuent à lire ce qu'elles aiment : des historiettes (je ne dis pas cela de façon péjorative).

Ensuite, il n'est pas question de réduire l'influence de la littérature populaire – qui le pourrait, qui le voudrait ? – mais de laisser un peu d'espace à « l'autre littérature ».


 Il faudrait aussi s'entendre sur ce que signifie « populaire ».

Hugo et Dumas étaient des auteurs populaires par excellence, et qui les critique à ce titre ? Personne.

La littérature jeunesse et la littérature de genre recèlent de vraies pépites, alors cessons d'opposer les livres distrayants, qui peuvent être fort bien écrits, avec de l'autofiction nombriliste ou autres épouvantails aux tirages le plus souvent confidentiels.

On peut écrire des romans accessibles au grand public sans pour autant qu'ils soient simplistes, mal écrits, truffés de clichés et d'invraisemblances, dénués de profondeur et de sens.
Exemple : avec Élie et l'Apocalypse, je ne cherche pas à racoler une masse de lecteurs en abaissant le niveau de langage ou la complexité des intrigues. Du coup, cette saga rencontre un succès qui me satisfait pleinement : preuve que l'on peut intéresser les lecteurs sans pour autant écrire comme si l'on s'adressait à des nuls.

Seulement, les éditeurs ne visent pas un succès d'estime, mais d'énormes tirages… Et, soyons honnêtes : pour ratisser aussi large, ils sont obligés de viser très bas.


 Le problème, c'est que la recherche de rentabilité d'une part, de facilité de l'autre, pousse à une saturation du marché du livre par des nanars vite rédigés, creux, banals, stéréotypés, qui ont pour seul objectif d'offrir un moment de détente à faible prix de revient.
(Attention, je ne dis pas que Thilliez est dans ce cas : encore une fois, je ne l'ai pas lu. Ma remarque est d'ordre général.)

Le résultat, c'est une visible dégringolade du niveau d'exigence des lecteurs, de leur capacité à aborder des contenus un peu plus consistants.

Aujourd'hui, beaucoup trouvent Hugo ou Dumas illisibles, trop compliqués, trop « prise de tête », et pas seulement parce que le cadre de ces romans est trop daté à leurs yeux. C'est un constat très inquiétant.


 L'on ne peut nier le fait que les auteurs dits « populaires » monopolisent la visiblité, avec la complicité des éditeurs pour des raisons de rentabilité, et des médias pour des raisons d'audience. Ainsi va le monde : on met en avant la production qui entraîne le gros chiffre d'affaires.

Ce qui est menacé, du coup, c'est la diversité. Et sans diversité, la littérature s'appauvrit. L'offre se nivelle par le bas, le grand public s'habitue à des lectures faciles et tout le reste lui paraît d'autant plus insurmontable : c'est un cercle vicieux.


 Pourquoi voit-on tant de monde monter au créneau dès qu'est abordé le thème de la qualité littéraire ?

Les intellectuels, universitaires et autres, on sait que c'est pour des raisons idéologiques : la démagogie et le populisme restent leurs dadas. Ce qui plaît à « la base » est sacré, l'élitisme, c'est vilain, etc : on connaît la chanson. Je me contenterai de rappeller une fois de plus à ces faux amis du peuple qu'abaisser le niveau culturel n'est ni un témoignage d'estime, ni une façon d'améliorer le sort des défavorisés ; mais, au contraire, le meilleur moyen de les livrer pieds et poings liés aux exploiteurs de tout poil.

Les éditeurs, on les comprend : ils défendent leur bifteck, ce qui permet à leurs maisons de survivre. L'ennui, c'est que, s'il fut un temps où les grosses ventes servaient à financer la publication de talents inconnus, les éditeurs d'aujourd'hui semblent, pour la plupart, privilégier le seul aspect financier. La recherche de talents n'est plus l'obsession de la profession : on ne songe guère qu'aux gros tirages.

Les lecteurs, on les comprend aussi : personne n'aime entendre dire qu'il lit de la daube. Il y va de leur honneur, alors ils se mobilisent pour prendre le défense de leurs auteurs préférés. On aimerait mieux qu'ils protestent en démontrant qu'ils lisent de tout ; et que s'ils aiment Musso, par exemple, c'est pour telle ou telle raison bien argumentée, pas seulement parce que tout le reste les rebute, étant donné qu'ils ne cherchent qu'à « se vider la tête »… Ça, cela revient à dire qu'ils ont de plus en plus de peine à lire autre chose, et cela justifie qu'on s'inquiète.

Les auteurs, eh bien, comment ne les pas comprendre ? Ils se défendent comme ils peuvent. C'est vexant, pour sûr, d'être assimilé à des marchands de soupe ! Mais j'aurais aimé voir Thilliez expliquer qu'il écrit de la littérature grand public de qualité, plutôt qu'enfourcher un argument très discutable, pour ne pas dire malvenu. Et très démagogique, pour ne pas changer ! Je ne lui jette pas la pierre : en l'occurrence, il était peut-être coaché par son éditeur.


 Bref, il est agaçant de voir les auteurs à gros succès poser en preux défenseurs de la littérature populaire, comme si elle était menacée. Ça, c'est vraiment se moquer du monde. Ces auteurs de masse, dont la production est en train d'étouffer la diversité, se présentent comme les Don Quichotte d'une littérature qui, en réalité, est omniprésente et en position carrément dominante. (Pour s'en convaincre, on peut lire cet article, merci à Nila Kazar.)

C'est un peu comme si Bill Gates faisait la promo de Windows en disant qu'il se bat pour défendre le logiciel libre…


En fin de compte, tout cela n'est guère qu'une tempête dans un verre d'eau. Mais si elle offre l'occasion de rappeler quelques vérités… de base 😁, tant mieux, n'est-ce pas ? 

Excellente journée à toutes et à tous !