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samedi 30 juin 2018

Autoédition : « Où sont les fa-a-ans ? »


J'ai la chasse en horreur, notez-le bien.
Je n'ai choisi cette photo que parce qu'elle me semblait refléter la démarche de certains auteurs.


Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur différents aspects d'un vaste casse-tête : comment trouve-t-on des lecteurs ? À quoi mesure-t-on le succès ? Par quels moyens l'obtient-on ? Et ce que l'on désigne ainsi, est-ce vraiment ce qui vous motive ?


« Où sont les fa-a-ans ? » (bis)


Voilà une chanson que fredonnent tristement beaucoup d'auteurs. Pas seulement autoédités, rassurez-vous.

Une fois de plus, je vais être caustique, parce que c'est beaucoup plus drôle et que je n'y vois aucune méchanceté. D'abord, les lecteurs que je brocarde ne lisent pas mon blog ; ensuite, j'ai horreur de la langue de bois, et la bien-pensance à la mode m'exaspère ; enfin, je trouve beaucoup plus agréable, pour vous comme pour moi, de traiter de nos préoccupations sur un ton farceur.


On pourrait dire qu'il y a en gros, de part et d'autre, deux catégories de lecteurs (nous ne parlerons pas du milieu, c'est moins rigolo) :

– La bécasse, élevée massivement pour les parties de chasse en Sologne ou ailleurs. Façon de parler, parce qu'en réalité cette pauvre bestiole est très protégée ; les garde-chasse lâchent des faisans, des perdreaux, des canards… J'ai choisi « bécasse » parce que les autres noms d'oiseaux sont encore plus péjoratifs, alors ne m'accusez pas de mépriser les lectrices.

– Le phénix, zoziau mythique, donc supposé introuvable.

● Dans le monde du livre, les bécasses, ce sont les lecteurs que les auteurs de blockbusteurs engraissent (enfin, c'est l'inverse, mais passons !) pour les flinguer à vue à chaque publication.

Comme tout gibier bien agrainé, le lecteur ainsi fidélisé accourt dès qu'on lui jette une poignée de daube. Le premier réflexe de bien des auteurs est d'envier les heureux propriétaires de ces réserves de chasse. Chacun son rêve.

● Les phénix, ce sont les lecteurs idéaux que tout auteur non daubiste caresse en pensée (honni soit qui mal y pense) ; ceux qui entreront en résonance avec son livre.

À force de les chercher, on finit par croire qu'ils relèvent de la légende. En tout cas, pour les indés ! Les bonnes maisons d'édition ont réussi à en conserver de nombreux spécimens en semi-captivité, même si cela se perd de nos jours.

On conclut trop facilement que cette espèce sauvage ne volette guère que de libraire en libraire et ne consent à picorer que du Goncourt. Faux. Ce lecteur-là, c'est vous, moi, toute personne un tant soit peu exigeante qui sera touchée par votre prose.

N'allez donc pas croire que le phénix ne se hasarde jamais sur Amazon : il y fait son shopping livres comme tout le monde, parce que c'est à portée de clic et de tous les budgets. La différence, c'est qu'il vient chercher des classiques et des écrivains de bonne réputation, plutôt que de se laisser séduire par la dernière romance bas de gamme de Lola de Winter (ne la cherchez pas, j'invente) ou par Musso, Coelho et consorts.

Tout le problème est là : le phénix, celui qui nous intéresse, se déplace rarement en bande, se méfie des appâts, et ses goûts sont difficiles à satisfaire. Il se cantonne discrètement dans un territoire bien balisé, où il sait trouver la pitance qui lui convient.

J'entends la question jaillir de vos gorges nouées par l'angoisse : comment décider le phénix à découvrir des auteurs inconnus mais talentueux ? J'ai bien des idées – je ne suis pas la seule – mais aucune réponse toute faite.

En attendant des jours meilleurs, nous allons donc nous contenter d'étudier un à un certains paramètres.


Le commentaire ne fait pas le lecteur


Parmi les questions qui nous préoccupent en autoédition, il y a celle des retours. Comment savoir si nos livres plaisent ?

On a tendance à croire que les lecteurs satisfaits ont à cœur de l'exprimer. Par conséquent, l'auteur dont le livre continue à se vendre malgré l'absence de commentaires conclura que c'est seulement parce qu'il grouille sur les réseaux sociaux et/ou fait beaucoup de promotion : attirés par son battage, un turn-over de nouveaux lecteurs viendraient jour après jour goûter son texte – sans pour autant que la mayonnaise prenne et que leur curiosité se transforme en engouement… Cela semble logique, surtout lorsqu'il s'agit de phénix, volatils (sans jeu de mot) par nature.

Eh bien, rassurez-vous : mon expérience atypique et une observation assidue de l'indésphère prouvent le contraire.


1) Les lecteurs commentent peu.

● Les commentaires après lecture sur Amazon sont, peut-on lire, de l'ordre de 1 à 2 %. C'est très peu. J'imagine qu'il en est de même sur les autres plateformes de vente. Qui commente ? Nous en reparlerons plus loin.

● Les bibliothèques en ligne : Babelio, Goodreads, Booknode, Livraddict, etc, relèvent d'un autre comportement : les commentaires n'y sont pas à proprement parler des avis client, mais des notes de lecture ; celles et ceux qui les publient vont exprès sur ces sites pour y déposer leur conclusion. Ce sont donc beaucoup plus souvent des blogueurs (certains le font systématiquement) ou des étudiants, que des lecteurs lambda.

● Certains auteurs ont initié sur leur blog une communication intensive avec leur lectorat. C'est intéressant, mais seule une certaine visibilité peut amener des lecteurs sur un blog. Elle s'obtient essentiellement lorsqu'un livre se retrouve en bonne place dans un Top. Si l'auteur a pris soin de mettre en fin de livre l'adresse de son blog, un dialogue pourra s'instaurer.
Les chances d'atteindre ce niveau de classement, et par conséquent, d'attirer un lectorat nombreux et réactif qui s'intéressera aussi au blog, concernent surtout les ouvrages grand public ; nous aborderons ci-dessous le second terme de cette équation. Quoi qu'il en soit, espérer capter une masse de lecteurs via un blog, c'est mettre la charrue avant les bœufs.


2) Ceux qui commentent le plus ne sont pas ceux qui nous intéressent.

Tout le monde a constaté que beaucoup de daubes affligeantes attirent les commentaires comme une fleur mellifère : ils se comptent par dizaines, souvent par centaines.

Avant de me faire d'autres ennemis (ce dont je me moque d'ailleurs éperdument), je préciserai qu'encore une fois, je ne donne pas dans la généralité. Ce n'est pas parce que je vais établir un lien entre basse qualité et nombre de commentaires que je définis comme nuls tous les livres très commentés. D'autres facteurs entrent en jeu : la popularité de l'auteur, l'ancienneté de son lectorat, sa qualité de communication, etc. Tout ce que je dis, c'est qu'un livre de grande qualité peut être très peu commenté, alors que beaucoup de livres très bas de gamme obtiennent pléthore de réactions positives.

Que faut-il en conclure ? Peut-être que c'est comme en sport : le foot remplit des stades entiers ; il peut y avoir dans la masse des amateurs d'équitation, d'escrime ou de jeu de go (ou autres ; je ne veux vexer personne), mais ce n'est tout de même pas la majorité. En revanche, le tournoi d'échecs du quartier, ou même un championnat, échouera à drainer les foules. L'idée d'un jeu de stratégie devenu aussi populaire que dans Triumvirat, passionnant roman de Bouffanges (merci d'avoir remis tes livres en ligne, Nicolas ! Signé : tes fans reconnaissants 😁) relève hélas de l'utopie.

Ajoutons que, dans notre vie au rythme effréné, prendre le temps d'un commentaire est un luxe rare. Seuls s'y adonnent régulièrement les lecteurs qui :

● Connaissent personnellement l'auteur. Deux cas :

– Les amis facebook (ou autre). C'est un faux bon côté des réseaux sociaux : il permet de sortir de l'ombre, mais ensuite, il brouille les cartes, puisque l'on ne sait plus si l'on est lu par plaisir ou par sympathie.

– Le vrai lectorat fidélisé ; il suppose de l'ancienneté, une communication « pro » et une large base de lecteurs (autrement dit, sauf exception, d'écrire pour le grand public 😢).

● Espèrent un retour d'ascenseur.

J'ai déjà beaucoup évoqué ce phénomène délétère, impossible à éviter complètement dans l'indésphère – sauf à prendre des mesures radicales, comme je l'ai fait avec cette mise au point.

● Veulent exister en donnant leur opinion.

On voit ce phénomène à l'œuvre un peu partout : les avis consommateur fleurissent, pas toujours judicieux. Comme si, dans un monde où le lien social se dilue, où l'avenir se fait mençant, chacun se consolait de sa solitude et de son impuissance à régir sa propre existence en laissant en abondance ces minuscules traces de son passage sur Terre. Ne nous leurrons pas : le partage de lectures par les blogueurs et l'expansion de l'autoédition ont plus ou moins la même origine. 

● N'ont rien de mieux à faire.

Oui, ce constat peut paraître cruel. Pourtant, il est évident que les gens qui croupissent dans l'ennui et l'insatisfaction sont naturellement portés, non seulement à donner leur avis comme tous ceux évoqués ci-dessus, mais aussi à se chercher des idoles. Ce phénomène sociologique est à l'origine de la plupart des grands succès populaires contemporains, dans tous les domaines.

Sans vouloir risquer bêtement ma vie en affirmant que la palme de l'insatisfaction personnelle revient aux lectrices de mauvaises romances (et en particulier de mauvaises romances érotiques, cela tombe sous le sens… 😏), j'oserai tout de même avancer qu'il y a peut-être un lien de cause à effet. À vous d'en tirer vos propres conclusions.


3) Le nombre de commentaires ne reflète pas toujours le succès d'un livre.


Pour commencer, si votre livre n'est pas commenté, n'allez pas croire que c'est parce qu'il ne plaît pas, ou peu. Tous les types de lectorats ne réagissent pas de la même manière.

● Des facteurs analysés plus haut, on peut déduire par raisonnement inverse qu'un lecteur qui a vraiment aimé un livre ne prendra pas toujours le temps de le commenter. Au contraire, pourrait-on dire. Plus il est immergé dans la vie active et moins le livre est « grand public », moins il le commentera, sauf affinité particulière avec l'auteur.

● De ce dernier point, on tendra à conclure qu'à chaque nouvelle publication, un auteur atypique a fortement intérêt à battre le rappel de ses proches, collègues et relations, pour amorcer aussi bien les ventes que les commentaires.

Pourtant, c'est une chose que je n'ai jamais pratiquée, aussi bien pour des raisons éthiques que parce que je compartimente strictement ma vie d'auteur et ma vie privée. Cela n'a jamais empêché mes romans d'être commentés (pas en grand nombre, mais tel n'est pas mon vœu), ni, pour certains, de bien se classer dans les tops – y compris général.


Et que dire des ventes, alors ?

1) Le succès ne se mesure pas non plus au nombre de ventes.

Surpris ? C'est pourtant une évidence ! Nous savons tous que les livres qui se vendent le mieux soooonnt… (roulement de tambour)

● Ceux taillés pour un public aussi large que possible.

Pour faire court : sujet porteur, ou encore mieux, racoleur + écriture simpliste = fans à gogo (si j'ose dire). C'est un truisme.

Je dis bien « simpliste » et non « simple », ce qui n'a rien à voir – même si de mauvais esprits s'ingénient à faire l'amalgame. Un exemple ? Oui-da.

– Voici un extrait d'un manuscrit de votre humble servante rédigé d'une manière classique. (Ce n'est pas ma gamme stylistique de prédilection ; j'écris plus volontiers dans des styles modernes, comme dans Propos d'homme à homme, Zone franche, Spi ou Une nuit très noire.)
Il s'agit en tout cas d'une version littéraire, de celles qui délivrent au lecteur la vision personnelle que l'auteur se fait de la scène – et ont l'avantage de camper une atmosphère, de préfigurer la suite.
En revanche, ce genre de style a l'inconvénient de faire détaler, mieux qu'un feu de brousse, les lecteurs désireux de ne pas se compliquer la vie.

« Paul se lève à regret pour aller jeter une bûche dans la cheminée. Les braises se tassent avec des chuintements de chat qu'on dérange, puis quelques coups de tisonnier font surgir de courtes flammes qui lèchent timidement l'écorce. Bientôt elles s'étirent, s'émancipent. Commence alors le rituel de mise à mort. Les flammes ont pris possession de leur victime : elles l'enveloppent de cent mains persuasives, le mordent de cent bouches insinueuses et provocantes. Complice, le manteau en marbre sculpté devient le théâtre d'un meurtre avec préméditation. À présent, le feu presque immobile, tendu, frémit d'extase. Et c'est la bûche qui semble se tordre pour crier grâce, siffle de douleur, crache des injures, sue une vapeur d'agonie. »

On aime ou pas, la question est ailleurs.

– Voici une variante en style simple, c'est-à-dire épuré, comme dans Le jour où Maman s'est endormie (dans ce recueil de nouvelles).  L'auteur n'a rien de particulièrement évocateur à tirer de ce feu de bois, il s'agit juste d'un élément d'ambiance :

« Paul se lève à regret pour jeter une bûche dans la cheminée. Quelques coups de tisonnier pour tasser les braises, et les flammes reprennent vie. »

On pourrait dire : nécessaire et suffisant, mais c'est un autre débat.

– Voici une version simpliste. Le feu n'est plus qu'un décor conventionnel, planté là pour meubler un peu :

« Paul se lève pour remettre une bûche dans la cheminée. Les flammes se raniment. »

La bécasse est sensible au son de cet appeau-là : en imitant son propre chant, il la rassure et réchauffe son petit cœur solitaire. Sans compter qu'il n'est pas du genre à lui compliquer la vie.

D'aucuns affirment qu'un style simpliste sert mieux l'histoire : foutaise. Qui peut se vanter d'avoir conçu une histoire si originale, si palpitante, et construit l'intrigue avec une telle maestria, que ce chef-d'œuvre peut s'accomoder d'un style journalistique ?… La réalité, c'est que ceux qui pratiquent ce non-style, soit n'en ont pas d'autre à leur disposition, soit ont décidé de pondre à une cadence industrielle, en n'y consacrant qu'un minimum de neurones. C'est un choix technique et tactique que l'on peut admettre, mais difficilement respecter sur le plan littéraire. 

– Enfin, pour le plaisir, voici une version simpliste à gros clichés et effets de manches, de celles qui font croire aux lecteurs que leur auteur préféré est un vrai grand écrivain :

« Paul se lève et, d'un pas vif, s'approche de la cheminée. Il y lance une bûche choisie avec soin. Les flammes pétillent, dansent follement. Leurs ombres mystérieuses font trépider son cœur. »

(Pourquoi d'un pas vif et non lent ? Parce que les héros jeunes et fringants remportent tous les suffrages, voyons ! Pour la même raison, le héros se doit d'être expert en sélection de bûches : c'est un fort en tout, paré à faire fondre la ménagère. Et un philosophe accompli, comme Paulo Coelho et autres petits malins ; raison pour laquelle, tel un chien de la police des douanes, ce Paul-là nous renifle une atmosphère révélatrice à travers une pleine valise de lieux communs.)

● Les livres qui bénéficient d'une promotion féroce, parfois basée sur des méthodes plus que discutables.

Qu'est-ce que je considère comme discutable ? Eh bien, toutes sortes de manœuvres, depuis les échanges de bons procédés jusqu'à la grimpette dans un classement à coups de véritables ventes organisées. Lesquelles consistent à vous donner l'impulsion de départ en faisant acheter un maximum de livres en un minimum de temps. Des sociétés peu scrupuleuses vendent ce genre de services (voir ce lien, par exemple) : c'est « l'achat de clics ». Mais le rameutage d'une claque peut remplir le même office : amis désintéressés, étudiants rémunérés… Certains auteurs consacrent avant tout à cet aspect-là leur imagination fertile !

Moche, n'est-ce pas ? Enfin, si vous voulez vendre et vous autoétiqueter écrivain sans souci de le mériter ou non, libre à vous. Mais si votre préoccupation, c'est de savoir ce que vaut votre écriture et de séduire des lecteurs exigeants, laissez tomber : comme dit plus haut, cela ne ferait que vous empêcher d'y voir clair.

Les ouvrages qui combinent les deux, style simpliste et battage plus ou moins orchestré, remportent le pompon. Ça vous tente ? Pas vraiment, au fond, sinon vous ne me liriez pas.


Que faut-il en conclure ?


1) Que ce qui doit vous rassurer, c'est la persistance des ventes.

Lorsque j'ai cessé de faire la promo de mes romans, j'ai obtenu incidemment la preuve que le volume de commentaires ne constitue pas un indicateur fiable de la satisfaction des lecteurs : Élie et l'Apocalypse a continué à être lu ou téléchargé. Pas seulement volume après volume (témoignage de fidélisation des lecteurs) ; les lectures et téléchargements de la première Intégrale continuent aussi à faire boule de neige.

D'autre part, l'offre éclair qui a lancé le processus n'est plus en cause, puisqu'elle remonte à plus d'un an et demi. Cela prouve la persistance d'un phénomène beaucoup plus simple : le bouche-à-oreille.

Autrement dit, n'écoutez pas ceux qui vous disent que le succès d'un livre se joue à son lancement. C'est vrai dans l'édition. En autoédition et pour des livres autres que « grand public », c'est tout le contraire. Certes, il faut que quelque chose les fasse remarquer ! Cela peut être tout simplement une offre éclair.


2) Que vous devez aussi vous préoccuper de la qualité des commentaires.

Un « Super, j'ai adoré ! » fait peut-être un plaisir fou quand on débute et qu'on se sent invisible, mais souvenez-vous : vous chassez le phénix, pas la bécasse. Seuls les commentaires émis par des lecteurs visiblement compétents, autrement dit les avis argumentés (y compris les critiques constructives) et correctement rédigés, vous feront savoir que vous avez su toucher le genre d'oiseau dont vous rêvez.


Petits conseils pour la (longue) route

En attendant de bénéficier d'une offre éclair ou autre coup de pouce décisif, peaufinez vos ouvrages pour combler vos lecteurs et construisez-vous une œuvre, comme je l'ai déjà conseillé.

● D'abord, les lecteurs séduits voudront lire autre chose de votre plume, alors mieux vaut avoir plus d'un livre en rayon. (Ne faites pas comme moi, qui publie dans trop de styles pour fidéliser un lectorat précis. Ce petit jeu que je pratique par pur plaisir n'est guère à conseiller, sauf en tant qu'exercice.)

Ne comptez pas trop que lesdits lecteurs guetteront la sortie de votre prochain livre, dans six mois ou un an. Les annonces de publication se perdent dans le flot quotidien des plateformes et dans l'océan des réseaux sociaux. D'ici votre prochain roman, vos lecteurs seront passés à autre chose – même si, plus organisés que moi, vous avez pris soin de mettre en place un blog avec autorépondeur et newsletter pour pouvoir avertir d'un coup toute la liste des souscripteurs. Les blogueurs lisent souvent un livre par jour, les lecteurs sont submergés par une offre surabondante ; vous risquez d'être oubliés.

Bref, si les réseaux sociaux ne permettaient pas de trouver de la chaleur humaine et des bêta-lecteurs, je conseillerais d'écrire dans son coin un pack de romans bien solides avant de commencer à vouloir fourguer sa came.

● Ensuite, vous aurez d'autant plus de chances de faire l'objet d'une offre éclair que vous serez un auteur relativement prolifique (sans aucune considération de qualité, hélas).

– Mathématiquement, plus vous avez d'ouvrages en lice, plus grande sera la probabilité que cela tombe sur vous.

– Que cela vous plaise ou non, un auteur prolifique est potentiellement plus « rentable » pour Amazon : les lecteurs captés par une offre éclair iront sans doute goûter à ses autres publications. Pour la plateforme, bingo !

Vous savez ce qu'il vous reste à faire, mais n'allez pas imaginer que je vous encourage à produire à une cadence infernale : la qualité exige de prendre son temps, et si vous visez un lectorat exigeant, vous courrez les plus grands risques en le décevant.


La morale de l'histoire

Elle n'est ni neuve, ni de mon cru. En fin de compte, nous venons de souligner une évidence ; la première chose qu'un auteur autoédité doit faire pour se rendre visible, c'est travailler : améliorer son écriture, augmenter son œuvre.
Ce n'est qu'ensuite, à tête reposée, qu'il pourra se mettre à battre la campagne pour trouver des lecteurs, s'ils ne sont pas encore venus à lui.

Bien écrire exige concentration et disponibilité d'esprit. Seuls les auteurs qui ont déjà un lectorat (c'est le cas des pionniers de l'autoédition) et ceux qui chassent la bécasse – ou, du moins, qui publient des ouvrages peu littéraires –, peuvent se permettre de rédiger vite fait, tout en jouant les promoteurs et les chefs d'entreprise.

Un auteur soucieux de qualité littéraire ne peut pas se permettre de se disperser, ni soutenir une grosse cadence de publication. Quiconque dira le contraire est un menteur. Si certains auteurs célèbres ont laissé une œuvre énorme, rappelons qu'ils étaient à la fois expérimentés et libérés de toute autre contrainte.

Autrement dit, courir après le succès est le meilleur moyen de ne pas le mériter. 😕 Mais, et c'est là que cela devient vraiment réconfortant, le succès ne constitue en rien un parcours obligé, et encore moins un prérequis.

L'amour ne récompense pas des efforts pour maigrir, le fait d'avoir appris à faire la cuisine ou autres stratégies de capture, au point qu'il soit plus urgent de faire tout cela que d'être heureux. Il découle du fait d'être soi-même et d'une rencontre avec la personne qui convient. Quand on sait être heureux en toute autonomie, un jour ou l'autre ce bien-être attire quelqu'un.

Il en est de même en écriture. Vous démener pour vendre ne fera pas de vous un écrivain. Le bien-écrire, en revanche, vous fera immanquablement sortir du lot tôt ou tard.

Par chance, le bonheur d'un auteur ne réside pas dans le succès ; ça, c'est l'image productiviste et imageolâtre que cherche à vous inculquer une société axée sur les apparences et la merchandisation. (Je sais, je me répète.)

Le bonheur d'un auteur, c'est d'écrire avec passion et le mieux possible. Nous reviendrons sur cette notion une autre fois.

Excellente écriture ou lecture à toutes et à tous !