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dimanche 24 juin 2018

Autoédition - Paroles d'auteurs : "La signora Wilson", de Patrice Salsa



Comme je l'ai expliqué dans ce billet, je lis et chronique très peu mes pairs. Faute de temps et de santé, mais aussi parce que, si j'ai des goûts très éclectiques, je suis difficile à combler en matière de qualité littéraire.

La joueuse de théorbe, un petit bijou à la fois joliment écrit, érudit et passionnant, m'avait laissée sur une excellente impression ; alors je me suis volontiers rembarquée dans l'œuvre de Patrice Salsa pour découvrir La signora Wilson.

Conformément à la nouvelle formule annoncée dans cet autre billet, je me bornerai aujourd'hui à rapporter brièvement mes impressions de lecture avant de donner la parole à Patrice Salsa, qui nous confiera en détail comment il a pensé, vécu, réalisé son roman.
C'est ce que brûlent de savoir tous les fans d'un auteur ou d'un livre ; et quiconque s'interroge sur le travail d'écriture en tirera également profit.


Mon sentiment sur cette lecture

Aucun doute : Patrice Salsa, transfuge de l'édition, est l'un des auteurs qui font honneur aux indés.

Il a signé en l'occurrence un mince roman qui fourmille de pistes et de références. (Par exemple, lorsque survient ce que l'on pourrait voir comme une longueur, il s'agit en fait d'un hommage érudit à Jean des Esseintes, personnage central de À rebours, de Huysmans.)

On trouve là du mystère, de la poésie, du suspense, de la psychologie, de la sensualité, de l'esthétique, une touche fantastique et une touche fantasque, voire excentrique. Tout ce que l'on aime – enfin, tout ce que j'aime. Et toujours ce ton original, cette écriture presque parfaite, cette atmosphère baroque qui caractérisent l'auteur, du moins d'après ce que j'en ai lu à ce jour.

Patrice m'a fait parvenir une liste d'œuvres musicales correspondant aux différents passages et ambiances de son roman. Ce fut une expérience très intéressante que d'être plongée dans les lignes de l'auteur tout en baignant dans les ambiances sonores qui l'avaient inspiré.

Pour ce qui est du suspense, les lecteurs attentifs comprendront vite ce qu'il arrive au héros/narrateur. Mais cela n'enlève rien au suspense, car reste la question du choix final… entre autres aspects qui tiennent le lecteur en haleine.

La chute est telle qu'on les apprécie le plus : émouvante mais non sans malices, à tiroirs, à la fois implacablement logique et pleine de résonances propres à squatter notre mémoire, signe indiscutable de qualité littéraire. Le héros aurait-il pu faire un autre choix ? L'auteur nous répond que non, mais l'on ne peut s'empêcher d'y songer…

En lisant à l'instant les notes de Salsa (si je puis dire) pour les ajouter aux miennes, je constate qu'il a reçu d'autres témoignages de la rémanence de son histoire dans l'esprit des lecteurs.
Je me souviens avoir été très émue par le commentaire de Jean-Christophe Heckers sur Propos d'homme à homme, roman littéraire (donc sans grand succès 😕) qu'il dit avoir relu plusieurs fois en y trouvant toujours de nouveaux échos. La signora Wilson fait partie, c'est certain, de la catégorie des livres à redécouvrir encore et encore.

Il est clair, hélas, qu'un ouvrage aussi abouti n'intéressera que les amateurs de bonne littérature, disposés à en apprécier les finesses et à savourer comme il se doit le savoir-faire de l'auteur. À ceux-là, hélas minoritaires, je recommande chaleureusement La signora Wilson.
Je le recommande aussi à tous les auteurs ou blogueurs qui s'interrogent sur la différence entre un livre ne visant qu'à divertir et un véritable travail littéraire. Ce petit roman pourra leur apporter d'utiles éclarcissements.


Ce que nous confie Patrice Salsa


« La Signora Wilson est le deuxième roman que j’ai écrit (et réussi à faire publier par un éditeur).

Quand j’y repense, tout d’abord, il est probable que j’ai voulu mettre trop de choses dans ce texte.
Le premier roman, publié ou non, est souvent un jaillissement ; il répond parfois à une urgence personnelle, une nécessité interne qui peut être constitutive du sujet même – je n’échappais pas à ce principe.
C’est le second roman qui fait entrer dans l’écriture, dans ce que devrait être l’écriture : une forme au service d’un contenu, un fond qui commande une structure, une organisation.

J’ai voulu passer cette épreuve « brillamment », au risque de la lourdeur démonstrative.
Je voulais prouver, me prouver que je n’étais pas l’homme d’un seul texte, mais qu’il y avait en moi l’étoffe d’un écrivain ; que si inattendu – voire surprenant – qu’était mon premier roman, il n’était pas un « coup de chance », mais qu’il obéissait, malgré ce qu’on pouvait penser de son contenu – ça doit être autobiographique ! – à une « intention » littéraire, et que sa forme ne devait rien au hasard.
Mon second roman était la preuve, rétrospective, de ce projet d’écriture.

Dans La Signora Wilson, la situation du narrateur n’est jamais explicitement décrite, c’est la forme même du récit et son contenu qui renferment les informations et les indices de ce qui est en train de se passer pour ce narrateur, ce périple qu’il entreprend dans sa propre histoire où se trouvent certaines des clefs qui commandent son passé, un souvenir traumatisant mais non refoulé, et un autre, refoulé.
C’est au moment où il revit ce souvenir que le protagoniste est confronté à un choix. Choix qui en fait n’en est déjà plus un, puisqu’il n’est que la répétition du choix déjà fait précédemment dans le récit.

En sept jours (un chiffre à la symbolique chargée), le narrateur explore la ville italienne où il vient d’arriver – elle n’est jamais nommée – et remonte son histoire en différentes séquences dans un trajet où se multiplient, jusqu’au vertige, les allusions à sa situation, actuelle et plus générale.
Titres, extraits d’œuvres populaires ou savantes, citations explicites ou cachées, tout renvoie au thème principal du récit, et à ses harmoniques, mais aussi à un dispositif en spirale qui remonte et s’enfonce dans le temps.

En tant qu’écrivain, j’acquitte aussi dans ce texte mon tribut à mes maitres et à mes modèles, chaque fois que je peux faire coïncider une référence au service du récit avec une autre qui balise mon univers littéraire : le nouveau roman avec la citation de L’Année dernière à Marienbad (« Je m’avance, une fois de plus, le long de ces couloirs, à travers ces salons, ces galeries, dans cette construction — d’un autre siècle ») ; celles en tiroir des boutiques obscures, le roman de Modiano qui lui a valu le Goncourt (un détective amnésique qui enquête sur son propre passé), mais aussi le récit que Perec fait de ses rêves ; à des textes qui ont Rome pour toile de fond (Tempo di Roma, La Modification).

La trame du récit se bâtit donc en partie sur des séries (récit/série, n’est-ce pas) entrecroisées, comme celle des références musicales hyper précises, qui forment la toile sur laquelle viennent se dessiner des motifs plus narratifs qui leur sont liés et qui sont eux-mêmes sujets à des variations, des reprises, des échos. Les tissus, les étoffes, sont d’ailleurs un de ces thèmes, par un effet de mise en abyme.

Peu importe, finalement, que le lecteur saisisse toutes les références ou seulement une partie ; saturant le récit, elles sont assez nombreuses – et prises dans des registres très variés, donc susceptibles d’être familières de façon différente à divers lecteurs – pour fonctionner même si elles ne sont qu’en partie décodées, car elles participent aussi, factuellement, à la simple « économie narrative » ; ou « comment un récit tient debout ou pas, en lui-même ».

Comme dans la musique répétitive, ou la peinture du courant Op-art, où l’enchevêtrement des motifs répétés fait surgir des images au départ absentes, j’ai eu la surprise de découvrir, alors que j’avais soigneusement expurgé le texte de toute allusion, y compris topographique, au catholicisme (je l’ai même inscrit noir sur blanc : acattolico), je n’ai fait que rendre plus évidente la seule qui s’est faufilée à mon insu dans le récit : le lys blanc de l’Annonciation.


Enfin, l’ensemble est inscrit dans une idée qui aurait peut-être fait un bon roman policier, car pour moi, il n’y a aucun doute dans la « résolution » de l’intrigue. Si le narrateur a compris ce qui lui est arrivé, alors son choix final s’explique très bien. L’a-t-il compris, même confusément, ou non ? Là est la vraie alternative d’interprétation laissée au lecteur ; au lecteur qui est aussi, le temps de sa lecture, le narrateur. Certains récits ne s’épuisent pas d’une seule lecture, d’un seul parcours. Dans une absence totale de modestie et une folle présomption, je voulais que La Signora Wilson soit de ceux-ci. Je voulais que le lecteur, la dernière phrase lue, ait l’envie de recommencer da capo. Je sais que certains l’ont fait. »

Lecteurs, auteurs, si les éclaircissements apportés par Patrice Salsa vous donnent envie d'aller plus loin, de lui poser des questions ou d'aborder d'autres aspects de son ouvrage, n'hésitez pas à le faire ci-dessous, dans les commentaires.


La signora Wilson est disponible ici