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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


jeudi 19 juillet 2018

Autoédition - Paroles d'auteur : Triumvirat, de Bouffanges



Ma deuxième rubrique « Paroles d'auteurs » sera consacrée à Bouffanges (oui, tout court). Je l'ai rencontré il y a 2 ans en tant que fondateur de l'IndéPanda et j'aime beaucoup ses romans, aussi brillants qu'originaux.


J'ai commencé mon voyage dans son univers par Triumvirat, que j'ai chroniqué ici.

Je me dois de préciser que, si je déplorais dans cette chronique la présence de fautes, l'auteur m'a signalé avoir procédé depuis lors à une révision complète de ses ouvrages.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas inutile de souligner que de petits défauts de fabrication empêchent rarement un lecteur, même aussi difficile que votre humble servante, de reconnaître la valeur d'un livre vraiment qualiteux. On se dit seulement : « Dommage ! À peu de chose près, cela aurait pu être parfait… »

Sur tous les autres plans, le travail de Bouffanges était déjà, lorsque je l'ai découvert, à donner en exemple aux auteurs débutants. Et je recommande vivement ses romans aux lecteurs désireux de découvrir une littérature intelligente, accrochante, très bien documentée. Ils seront bluffés par son savoir-faire.


J'en profite pour rappeler que les partisans de la qualité littéraire ne sont pas des puristes empalés sur des exigences désuètes, qui se promènent armés du Bon Usage de Grevisse et en appellent à l'Académie pour marquer les fauteurs au fer rouge de l'infamie…
Non, ce ne sont que des lecteurs passionnés, attentifs à ce qui différencie un bon livre d'un livre médiocre, voire franchement mauvais.

Qu'est-ce qu'un bon livre, me demanderez-vous ? Eh bien, n'en déplaise aux égalitaristes fanatiques, je le définirai en quelques mots comme celui que tout le monde n'aurait pas pu écrire. 

En d'autres termes, lorsque je critique une certaine production littéraire en la traitant de daube (ce qui, je l'admets, est une véritable injure au plat de même nom, tellement plus goûteux !), ce n'est pas pour le plaisir de dégommer à la 12,7 de pauvres livres imparfaits, mais parce qu'ils accumulent beaucoup trop de défauts graves pour ne pas mériter un procès en bonne et due forme.

Tout le monde peut écrire, se plaît-on à décréter depuis la naissance de l'autoédition… Certes ! Mais tout le monde ne peut pas écrire de bons livres. De même que tout le monde ne peut pas participer à un championnat d'athlétisme, pratiquer une greffe du cœur ou chanter avec la voix de Pavarotti. Quand, en plus, on affiche l'ambition de pondre du best-seller à la chaîne sans trop se fouler, on attire les critiques comme un paratonnerre, et ce n'est que justice.


À présent, je laisse la parole à l'auteur.


« Triumvirat est mon premier roman, achevé en 2014. J’ai mis trois ans à le finaliser, et ç’a été une expérience unique, comme souvent les premiers romans.

Ce qui m’a toujours attiré dans la littérature, plus que les histoires ou leurs personnages, c’est la façon de raconter. Depuis très longtemps je suis obsédé par l’exploration de nouveaux moyens narratifs, et c’est ce que j’ai maladroitement tenté dans ce roman.

L’histoire est en fin de compte très simple, pour ne pas dire simpliste : un jeune homme, Jacques, est en thèse de mathématiques combinatoires. Incroyablement doué dans ce domaine, il peine cependant à y trouver un véritable intérêt, et son attention est intégralement absorbée par un jeu, le triumvirat.

Ce jeu, dérivé des échecs, oppose deux joueurs qui doivent coopérer contre une armée tierce avant de devoir, en milieu de partie, se trahir l’un l’autre. A la suite d’une sélection en ligne à laquelle il participe, Jacques va parvenir à se qualifier pour un tournoi professionnel. Il franchira ensuite les étapes du triumvirat, qui le mèneront peu à peu au sommet de la discipline tout en l’éloignant de ses perspectives professionnelles.

Roman initiatique, donc, puisqu’il se proposait de poser la question éternelle : « faut-il privilégier son talent ou sa passion ? », sans jamais y répondre. Mais surtout essai formel, je le reconnais, puisque le roman est construit sur un schéma un peu inhabituel, mêlant à la narration classique des emails, des articles de journaux, des extraits d’encyclopédie ou de traités de stratégie.

Tout cela n’est pas purement gratuit, mais sert un dessein que j’espère un peu littéraire : offrir au lecteur des éléments factuels, non médiés par l’impression de l’auteur, pour mieux le laisser les interpréter.

Car il existe un second niveau de lecture, au travers du prisme de la trahison. Cette trahison est omniprésente, sur le tablier de jeu comme au-dehors. La trahison est présente en Jacques lui-même, entre celui qu'il pourrait devenir et celui qu’il deviendra. Et peut-être cette trahison est-elle présente par certains aspects entre le lecteur et l’auteur lui-même.

Lorsque j’ai eu achevé ce roman, je me suis empressé de l’envoyer à des éditeurs. Trois l’ont apprécié et m’ont encouragé dans ma démarche ; mais tous ont conclu que le public potentiel était trop étroit, et qu’il était donc impubliable.

Ayant du mal à leur donner tort, je me suis résigné à l’autoéditer, pour finalement constater que les lecteurs semblaient moins frileux que les éditeurs. Même si j’en ai évidemment vendu très peu, j’ai reçu avec bonheur plusieurs témoignages d’enthousiasme de la part de lecteurs habituellement versés dans des lectures aux schémas narratifs plus linéaires.

Fort de ces enseignements et des conseils éditoriaux, j’ai donc décidé de continuer à faire exactement ce dont j’avais envie, et j’ai réitéré avec d’autres récits, toujours dans l’idée de casser les codes des genres et des schémas narratifs habituels, parfois avec un certain succès, parfois moins.

Certains estiment que la littérature doit servir à divertir, à sortir de la réalité ; d’autres que la littérature doit témoigner de la réalité. Pour ma part, j’ai bien plus de prétention : je la crois capable de prescrire le réel, de l’anticiper pour le rendre plus lucide, plus délibéré.

Aussi, le meilleur retour de lecture qu’il m’ait été donné de recevoir fut celui d’une lectrice amatrice de jeux de société qui m’a certifié avoir pris des notes de bout en bout pour pouvoir tenter de reproduire le jeu chez elle afin de le tester. J’ignore si elle l’a vraiment fait, et je suis presque sûr qu’il doit très mal fonctionner (je ne l’ai jamais testé), mais l’idée que certains lecteurs puissent estimer le jeu si intéressant qu’il faille en provoquer l’intrusion dans la réalité est simplement jouissive. »


Cela vous donne-t-il envie de faire connaissance avec cet auteur ? Pour vous jeter sur les romans de l'ami Bouffanges, c'est par ici !


mercredi 4 juillet 2018

Les comptes de la bécasse



Lorsqu'il s'agit de défendre leur business ou leur ego, certains auteurs évoqueraient plutôt des vautours.
Provocation ? Non : constatation.


Il est toujours triste de prendre la peine de s'expliquer, tout en sachant que cela ne changera rien aux préjugés des protestataires. Tant pis : je sacrifie encore une fois (la dernière, je le jure) au rituel de la mise au point, dans l'intérêt des personnes que je soutiens.

Mes billets pour défendre les auteurs consciencieux et les auteurs talentueux m'ont attiré pas mal d'inimitiés et de reproches théâtraux. Cela ne date pas d'hier, ni de mon dernier billet, qui a fait couler bien trop d'encre. Une fois encore, je me suis trouvée entraînée, par respect pour mes contradicteurs, dans un débat hélas stérile : il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre.


L'affaire des noms d'oiseaux

Rappelons que cette dernière croisade contre mon soi-disant « mépris des auteurs et des lectrices » provient du simple fait que, pour évoquer le problème des auteurs en quête de lecteurs, j'avais choisi de filer la métaphore de la chasse, et plus spécialement des oiseaux élevés à cet effet – comparaison qui illustrait bien le sujet.

Patrice Le Wis, auteur subtil, n'a pas manqué de glisser dans un commentaire « contes de la bécasse », titre d'une œuvre de Maupassant. Il avait compris (avec lui, c'est toujours couru d'avance) qu'en plus de mes motivations métaphoriques, l'emploi du mot « bécasse » était un clin d'œil aux auteurs et lecteurs littéraires auxquels s'adressait ce billet.

Pour qu'on cesse de perdre son temps à me faire de mauvais procès, je rappellerai tout de même que lorsque j'ai classé les lecteurs en bécasses et phénix dans ledit billet, j'ai précisé que je choisissais « bécasse » parce que « faisan » au sens figuré est carrément injurieux : il désigne une personne malhonnête. Et précisé aussi que je choisissais « phénix » parce que, tel l'oiseau de légende, le lecteur friand de bonne littérature est considéré par les indés littéraires comme plus que rare : mythique !

Il n'y avait donc là-dedans aucun mépris, aucune suggestion de supériorité, aucune raison valable de s'émouvoir ou de se précipiter pour me régler mon compte ; seulement une métaphore que je voulais cohérente, et un humour qui, eût-il été volontairement incisif, n'eût jamais visé qu'à aborder en plaisantant une situation préoccupante.

Si je rappelle ici mes raisons d'un choix métaphorique aux conséquences disproportionnées, soyez sûrs que ce n'est pas pour me justifier.

Lorsque des « autrices » de romance ont jugé opportun, après m'avoir lue en diagonale, de s'offusquer sans réfléchir et de rameuter leurs lectrices en affirmant que je les traitais de bécasses, ma foi, elles n'ont fait que souligner qu'elles auraient peut-être mérité ce qualificatif – dans un sens clairement péjoratif, cette fois !
Du coup, alors que j'explique toujours amicalement ma démarche à quiconque me contacte pour s'en inquiéter (je passe à cela une proportion déraisonnable de mon temps), cette fois je persiste et signe, ayant découvert à ma métaphore aviaire un supplément de justification qui m'avait échappé.


Tyrannie de la bien-pensance

La société actuelle a perdu le sens de l'humour et oublié les vertus médicinales de la satire. Elle tremble dans ses culottes à l'idée de la moindre atteinte à l'ego de tel ou telle ; elle se sent légitime, vertueuse, en prétendant museler le droit à la libre expression sous le prétexte qu'il faut respecter son prochain. Forme de censure hypocrite et irresponsable, qui aurait fait bondir Voltaire…

Je consacrerai un jour un billet à cette dérive inquiétante. Elle transforme chaque citoyen en petit inquisiteur, pressé de faire appliquer un châtiment exemplaire aux auteurs de bons mots jugés ironiques ou déplacés. L'esprit (c'est-à-dire la faculté de se moquer spirituellement des travers de notre temps) est forcément « mauvais », qu'on se le dise ! C'est un vilain fauteur de troubles, un agitateur de consciences, un empêcheur de roupiller béatement sur ses deux oreilles !…  Comme il ne pèse pas davantage que la sottise au fond des urnes, le voilà chassé à vue au nom de la bien-pensance.

Le lynchage organisé m'est indifférent lorsque l'on m'attaque pour se faire mousser ou par suivisme délibéré ; ou encore, lorsque les fumistes et les opportunistes (que je dénonce pour de bon, eux) choisissent de prendre les armes au lieu d'avoir la décence de faire profil bas.

Dans le premier cas, ça sent la meute alléchée par l'odeur du sang, les donneurs de leçons-dresseurs d'échafauds, la foule qui sort les piques pour s'offrir son heure de gloire tout en s'adonnant aux délices vulgaires de la curée.
Dans le second cas, une corporation de faisans – au sens péjoratif, je l'assume – défend son os en essayant de faire taire les voix divergentes.
Grand bien leur fasse !

En revanche, cela me navre profondément de penser que des auteurs et des lecteurs de bonne volonté puissent être peinés parce qu'ils croient, à tort, que je les critique.


Tout le monde a le droit de publier. Faut-il, pour autant, tout confondre ?

On oublie volontiers que je me suis beaucoup battue pour les auteurs débutants, en les aidant directement, en créant des goupes de soutien et de promotion, en leur proposant de nombreux billets pour les aider à progresser ; et que je n'ai jamais cessé de proclamer aussi le droit de tout le monde à écrire, en défendant, en particulier, les auteurs dyslexiques, cible de commentaires blessants.

Oui, je pense que parmi les vertus de l'autoédition, il y a le fait de permettre à tout le monde de s'exprimer. Tout un chacun peut éprouver le besoin d'écrire et de publier.
Écrire est une thérapie ; partager est un besoin, en notre ère de grande solitude ; enfin, des lecteurs peuvent être intéressés par ce qu'un auteur amateur aura écrit dans une langue imparfaite. Ils peuvent même se moquer totalement de la forme et ne s'intéresser qu'au contenu. C'est leur droit, et je trouve très bien qu'on leur propose ce qu'ils demandent.

En résumé : je ne fais pas partie des personnes qui voudraient empêcher de s'autopublier les auteurs qui ne savent pas (ou pas encore) écrire.

Je ne critique pas non plus les lecteurs de prose imparfaite : chacun ses goûts.

Cependant, il est absurde et dangereux de confondre libre publication et littérature.


Pourquoi est-ce si grave ?

La prétention de quiconque à se déclarer écrivain après avoir mis en ligne un texte approximatif a pour résultat de coller à l'indésphère une réputation d'irrémédiable médiocrité, au détriment de la communauté toute entière.

Quant aux éditeurs qui, par nécessité financière, inondent le marché de livres, disons médiocres, ils contribuent à une dérive qui aura de lourdes conséquences, et pas seulement sur la littérature.

On ne fait pas des chevaux de course en les gavant avec du son. Ce qui est train d'être perpétré dans l'indifférence, c'est un crime contre le droit à l'égalité véritable : la possibilité, pour les plus défavorisés, d'échapper à leur condition. Pour approfondir le lien entre qualité des modèles culturels et émancipation sociale, voir par exemple cet article du Point sur les programmes scolaires.

La confusion entre publier – voire « cartonner » – et savoir écrire, entre avoir le droit de s'exprimer et être légitime en tant qu'écrivain, donc en tant qu'exemple, fait d'énormes dégâts.

Des voix s'élèvent pour décréter que seul compte le verdict des lecteurs (argument ubuesque, tant il fait le jeu pervers de la société de consommation). Ou persifler que nul ne peut s'octroyer le droit de juger la valeur d'un écrit : argument démagogue dans le meilleur des cas, et manipulateur chez les auteurs qui, à défaut de pouvoir étiqueter « gastronomie » leur petite ragougnasse, aimeraient faire croire que rien ne s'en distingue.

C'est contre ces affirmations de mauvaise foi que je me bats sans relâche depuis mon arrivée sur l'indésphère. Elles prêchent pour une confusion des valeurs propre à servir certains intérêts, mais certainement pas l'intérêt général.


À quels auteurs cette confusion fait-elle du tort ?

Pas à moi – je le répète pour lever toute ambiguïté résiduelle.

Enfant du sérail, j'ai préféré œuvrer discrètement en tant que réécriveur plutôt que d'endurer la vie d'un écrivain à part entière, faite de contraintes et d'une exposition publique qui incarne à mes yeux le summum de l'aliénation. J'ai volontiers écrit pour d'autres, à mes conditions ; mais, pour mon propre compte, j'ai décliné des offres inrefusables afin de conserver ma liberté chérie.
(Pour ne pas paraître désinvolte ou provocatrice envers les auteurs qui auraient tué pour avoir la même chance, il m'est arrivé de prétendre avoir été folle d'envoyer paître les éditions Robert Laffont. En vérité, je n'ai pas l'ombre d'un regret.)
Voilà, c'est dit ! Que mes détracteurs s'épargnent désormais de me taxer d'aigreur ou d'incompétence : ils se trompent d'adresse.

Pour autant, je n'ai rien contre les éditeurs. Je connais et apprécie leurs éventuelles compétences. Si je mets les auteurs en garde contre certains prédateurs grands ou petits, je défends l'édition sérieuse quand elle est la cible de préjugés hâtifs. Je ne cesse de rappeler qu'il se trouve encore des passionnés très préoccupés de qualité littéraire, et qu'ils sont une excellente solution, même si je n'en veux pas pour moi-même.

Je ne veux pas non plus être un indé à succès, car cela nécessite d'écrire pour le grand public (c'est-à-dire d'une manière formatée pour plaire au plus grand nombre), alors que n'ai envie que d'écrire comme cela me plaît et d'échanger avec des auteurs et lecteurs qui partagent mes goûts. Cela ne m'empêche pas de déplorer que ceux qui en rêvent n'obtiennent pas le succès qu'ils méritent.

Autrement dit, je ne roule pas pour ma pomme, mais pour de vraies victimes : celles du système de mise en avant pratiqué par les plateformes de vente, et des choix financiers de l'édition marchande.

Les auteurs pénalisés par le fait d'être mélangés aux fumistes et aux opportunistes, ce sont tous ceux, sérieux et respectueux de leurs lecteurs, que je vois se démener en vain sur les réseaux sociaux. Ou qui n'y apparaissent même pas : combien sont-ils, à jamais invisibles ?…


Qu'est-ce qu'un auteur sérieux et comment le soutenir ?

Celui qui fait de son mieux – avec ou sans talent inné ou acquis – et propose aux lecteurs des ouvrages pour le moins correctement écrits et peaufinés avec amour avant publication.

Ceux-là méritent doublement d'être valorisés : alors qu'ils se donnent du mal et n'en sont pas (encore) récompensés, ils voient chanter, comme des coqs sur leur tas de fumier, les m'as-tu-vu très fiers de pondre n'importe quoi (j'insiste une fois de plus : je ne vise pas les auteurs d'une prose imparfaite, mais ceux qui proclament « m'en fous, ça se vend quand même ! ») et les marioles qui engorgent sans vergogne les créneaux porteurs en y déversant sciemment des hectolitres de daube.

À ce spectacle, l'amertume des auteurs sérieux est parfois immense. Car les ouvrages bâclés, beaucoup plus nombreux et souvent vendus de façon plus agressive, saturent le marché – en termes de ventes ou de visibilité, car tout le monde ne se soucie pas de vendre. Du coup, les autres végètent injustement.

Les auteurs sérieux ET talentueux souffrent plus encore. (Eh oui, le talent existe, il est quantifiable, ne déplaise à ceux qui craignent de ne pas en avoir.)

Ils ont choisi l'autoédition parce que, quoi que l'on prétende, tous les romans de qualité ne trouvent pas preneur dans l'édition ; ou pour dire ce qu'ils veulent sous la forme qu'ils ont choisie, sans qu'on leur oppose la nécessité de conquérir les foules.

Cependant ils aimeraient, un jour ou l'autre, entendre reconnaître leur talent.

Mais cette reconnaissance semble parfois écorcher la bouche de leurs pairs – en dehors du cadre des échanges de bons procédés, où les compliments sont de rigueur.
Peut-être y a-t-il une raison, autre qu'un sentiment de concurrence, pour que l'on répugne à mettre en avant les ouvrages qui feraient le plus honneur à l'indésphère : beaucoup d'indés n'ont pas de réelle culture littéraire. Il est possible qu'ils échouent sincèrement à établir une différence qualitative entre deux livres.
Heureusement, j'en connais de compétents, qui mettent les bouchées doubles pour promouvoir la qualité de travail d'autres auteurs. Rappelons que mon groupe Les auteurs parlent des auteurs a été créé dans ce but.

Quant aux lecteurs non auteurs (appelés à se raréfier, semble-t-il), ils sont encore peu nombreux, parmi ceux qui lisent des autoédités, à s'intéresser au talent littéraire.
Lister les blogueurs de cette sorte me semble indispensable et urgent. Je profite de cette occasion pour les inviter à se faire connaître. Et précisons bien que lire aussi des livres grand public n'est pas discriminant !


Ce que je ne critique pas

Pour défendre les auteurs sérieux, il est important que je ne laisse pas s'installer de malentendus.
On m'a reproché d'attaquer la littérature grand public. C'est aussi faux que tout le reste. Là aussi, mettons les choses au point.

● Je ne distingue pas les grands succès populaires des ouvrages confidentiels quand la qualité est présente dans les deux cas ; je distingue seulement les bouses opportunistes d'un travail estimable.

● Je ne prône pas une littérature intellectuelle prétentieuse ; j'en ai horreur.

Confondre ce qui est pédant avec ce qui est « littéraire » (c'est-à-dire ce qui conjugue l'originalité du sujet, du style, de la vision exposée par l'auteur) arrange bien certains débatteurs de mauvaise foi. Chez d'autres, elle ne fait que démontrer un manque d'éléments de comparaison.

L'inculture n'est pas une tare, mais devient un crime quand, à cause d'elle, on se met à pendre des gens, au propre ou au figuré – ou ne serait-ce qu'à distordre des vérités. Une phrase illustre bien ce problème, l'affirmation du président du tribunal populaire à Lavoisier (l'illustre chimiste fut guillotiné trois jours plus tard, sans avoir achevé ses travaux en cours) : « la République n'a pas besoin de savants ».
Certains auteurs sont visiblement persuadés que l'indésphère n'a pas besoin d'auteurs littéraires. Comme ils se trompent ! Une communauté vaut aussi par ce qu'elle produit de meilleur, de plus innovant, de plus exemplaire, et par sa capacité à s'en emparer, à le faire valoir, à s'en servir pour progresser : c'est une partie de ce qui distingue l'humanité d'une termitière.

L'acharnement à amalgamer « littérature » avec « alambiqué » ou « chiant », et à croire que la notion de style désigne le contraire de la simplicité, est plus que fautif : grotesque. Il existe une infinité de styles, du plus fleuri ou plus épuré. Tous peuvent être « littéraires » : c'est une question de justesse.

Je me suis donné en 2016 et 2017 la mission de publier à prix plancher ou gratuitement un maximum d'histoires courtes, les « Apéribooks » ; précisément pour démontrer, entre autres, qu'il y a mille et une manières de s'exprimer de façon originale, y compris en littérature de genre. La banalité n'est jamais un passage obligé pour atteindre le succès. En revanche, c'est toujours une bonne raison de ne pas le mériter.

La mode actuelle prône une simplicité plus indigente que littéraire. Mais les modes ne sont que des modes, pas des critères de valeur.
Quant à conseiller « en dire plus que nécessaire est une faute » (critique qui vise en particulier les descriptions), voilà encore une tendance tirée des prescriptions journalistiques ou scénaristiques, lesquelles n'ont aucune légitimité particulière en littérature.
Certains styles sont prolixes, d'autres minimalistes ; les deux se justifient selon le thème ou l'auteur. Aucun ne peut prétendre incarner seul le bien-écrire.

● Je n'ai nul mépris pour la littérature de genre, bien au contraire ; y compris pour la romance.

En revanche, oui, je voue aux gémonies le rata mal torché, mauvaise copie d'éternels stéréotypes, que l'on balance à ses lecteurs sous prétexte qu'ils kiffent les histoires de vampires, l'eau de rose, l'érotisme, la fantasy, la SF, les thrillers ou ce que vous voudrez.

Il y a d'excellents romans de genre, et c'est vers cela que les autoédités devraient s'efforcer de tendre, au lieu de s'acharner sur les personnes qui appellent à un effort de qualité et d'originalité.

● Enfin, je n'établis aucun distingo entre les auteurs autoédités, hybrides et micro-édités.

Je défends surtout les autoédités parce qu'ils sont livrés à eux-mêmes, mais c'est aussi, hélas, le cas de bien des auteurs micro-édités. Je ne crache pas pour autant sur la micro-édition, où j'ai vécu fortuitement une très belle expérience.


Qu'est-ce qui mérite d'être critiqué ?

● Des auteurs à grand succès surfait et/ou induit par une démarche vénale : je ne voudrais pas qu'il soient imités, de guerre lasse, par ceux qui pourraient beaucoup mieux faire en termes de qualité.

● Des opportunistes qui proclament que le signe de qualité d'un livre, ce sont ses chiffres de ventes, pour justifier le fait qu'ils mettent en ligne des historiettes racoleuses, indignes en termes d'écriture comme en termes d'intentions.
Eux aussi donnent un bien mauvais exemple, et j'ai vu trop d'auteurs de talent se demander s'il ne vaudrait pas mieux les imiter pour devenir enfin visibles.

● Des débutants qui ne songent qu'à brosser leur ego dans le sens du poil en se prétendant « écrivains », sans daigner faire le moindre effort d'écriture ou de présentation (et même en se vantant de leur incurie, sous prétexte de la liberté d'expression).

Ceux-là, je continuerai à les brocarder sans méchanceté mais sans hésitation, parce que c'est un moyen de peut-être leur ouvrir les yeux et, en tout cas, de réconforter les auteurs sérieux.


Rappel de quelques définitions

Le véritable écrivain, au sens littéraire du terme, ce n'est pas celui qui vend des centaines, voire des millions de livre en profitant d'un créneau porteur et/ou en écrivant pour le plus grand nombre, mais la personnalité originale qui exprime une voix différente en n'écoutant que son inspiration et son respect du lecteur.
La façon dont ceux-là touchent leur lectorat va bien au-delà de l'émotion facile. Leur prose est unique, tout le contraire d'industrielle. Les lecteurs en sortent enrichis. 

Eh oui, mesdames qui vous autoqualifiez de « bécasses » en clamant que mon précédent billet vous visait (quel égocentrisme…) : le respect du lecteur est à cent lieues du fait, très ostentatoire, de monter au créneau chaque fois qu'on entend rappeler que certains lecteurs plébiscitent les livres simplistes-stéréotypés et que ces ouvrages-là n'ont que peu de chose à voir avec la littérature.

Le respect du lecteur, c'est de se remettre sans cesse en question, d'avoir à cœur d'offrir des textes aussi qualiteux que possible ; c'est l'humilité qui consiste à trouver que l'on n'en fait jamais assez, que l'on doit toujours s'efforcer d'être meilleur.

Cela, et cela seul, peut mériter le nom de littérature.

La littérature, au sens qualitatif (et non simplement générique) du terme, c'est ce qui fait honneur au patrimoine de l'humanité.

Pas forcément ce dont on parlera dans un siècle, si d'ici là notre espèce ne s'est pas autodétruite ! Mais ce que l'on citera en exemple.
Peut-être que dans un siècle, on se souviendra de la popularité de Nabilla ; on ne la placera pas pour autant dans le même panthéon que Victor Hugo ou Boris Vian.
Peut-être aussi parlera-t-on encore du succès de 50 NG en tant que phénomène social ; en aucun cas de ce livre en tant que chef-d'œuvre littéraire.

Alors, bien sûr, la littérature a compté toutes sortes d'auteurs de talent inconnus de leur vivant, ou oubliés à la décennie suivante. Mais aucun d'eux n'avait démérité, et il ne faut pas confondre mérite et renommée.

Le succès n'a jamais été un signe de qualité, de compétence ou de mérite. Il dépend de trop de facteurs : la chance, l'arrivisme, les modes…
De plus, contrairement à ce que l'on aimerait croire, la société n'est pas une machine à promouvoir les meilleurs, mais, comme le disait Cocteau, à « couper les têtes qui dépassent ».

Prétendre que le succès prouve le talent, c'est affirmer que seule vaut la dictature du nombre. Et nier le fait que, très souvent, le nombre a – pardonnez-moi – des goûts de chiotte. (Avec toutes les excuses possibles, parce que tout un chacun, quelle que soit son intelligence, peut pâtir d'une éducation inachevée, de moyens matériels limités, de l'inclination à la facilité propre à ceux qui sont malades ou chargés de soucis, travaillent dur, se lèvent de bonne heure…)

Il me semble que les démagogues, au lieu de s'empresser de proclamer servilement que le nombre a toujours raison, feraient mieux de se soucier de le nourrir aussi avec de l'excellence, pour l'aider à sortir de sa condition plutôt que de l'encourager à bouffer du foin.

Mais bien entendu, on ne changera pas les mentalités, ni les misérables raisons pour lesquelles certains préfèrent que rien ne change. C'est pourquoi, désormais, je m'abstiendrai de gaspiller mon temps à répondre aux tartuffes qui m'interpelleront pour me reprocher sans vergogne de mépriser tel ou telle.

Maints talents exceptionnels sont restés et resteront dans l'ombre. Cela n'empêche pas un bon auteur d'être reconnu par les personnes qui savent identifier la qualité littéraire. Peu importe qu'elles soient une poignée ou toute une foule. Leur validation vaut de l'or, car c'est elle qui vous encourage à poursuivre dans une voie difficile.

Bien écrire, c'est avoir le talent exceptionnel d'un grand artiste, ou acquérir la maîtrise d'un bon artisan. Parfois, un peu des deux.

L'un et l'autre sont honorables et méritent d'être mis en avant. Ce qui importe, c'est que tous deux donnent le meilleur d'eux-mêmes pour mettre en mots sous une forme aboutie, c'est-à-dire dans le plus grand respect du lecteur, ce qui leur vient du cœur.

Toute autre démarche sincère doit être respectée en tant qu'activité humaine, mais ce n'est pas de la littérature.


Profession de foi

Il faut, un jour ou l'autre, choisir ce que l'on défend.

Je reste de tout cœur avec l'ensemble des auteurs autoédités, hybrides ou microédités, que je continue à aider et conseiller sans aucune discrimination.
Mais pour ne pas me disperser, j'ai choisi un beau matin de défendre plus spécifiquement ceux d'entre eux qui me semblaient en avoir le plus besoin.

Par inclination naturelle, j'ai pris le parti d'une minorité invisible, et qui pourtant mériterait d'être promue : les auteurs littéraires.

Pourquoi ne pas me contenter de les lire et les chroniquer ? Parce que c'est un outil de promotion très insuffisant. Même si je m'y consacrais jour et nuit, je ne pourrais mettre en avant qu'une infime fraction d'auteurs. Alors que chaque billet adressé à tous est lu par des centaines, qui peuvent y trouver encouragement et réconfort.

J'ai donc choisi de soutenir leur moral, de leur dire que l'important, c'est qu'ils continuent à écrire, à transcrire ce qu'ils portent en eux, sans se soucier des ventes.

Je leur conseille de ne pas gaspiller leur temps à se faire connaître, mais de l'employer à écrire toujours mieux et à enrichir leur œuvre (ce qui n'empêche pas de communiquer pour le plaisir, à condition de ne pas se laisser happer par facebook).

Je leur rappelle qu'une offre éclair les tirera de l'ombre tôt ou tard, ou qu'une solution collective sera trouvée. Et que mieux vaut se préparer pour ce moment-là que de perdre leur énergie et d'abîmer leur élan en se tapant la tête contre les murs.

Je leur suggère de trouver leur plaisir dans l'écriture elle-même, plutôt que de se laisser démoraliser. La récompense viendra, infime ou planétaire, peu importe ; en attendant, ou plutôt en n'attendant rien, ils auront décroché la lune : le simple bonheur d'écrire.

Une poignée de lecteurs, ou de bêta-lecteurs bien choisis, suffit pour ne pas se sentir trop seul sur cette route longue et ingrate. Quand on soigne son écriture, on les trouve sans difficulté. Ensuite, pour préserver l'ambiance sereine et positive propice à l'écriture, il suffit de ne pas se laisser happer dans la promotion permanente ou dans la course au nombre de ventes ou de commentaires.


Conclusion

Même si j'ai pris du recul pour pouvoir (enfin) écrire, je reste présente, comme on me l'a demandé.

Pardon de m'être beaucoup répétée. Je radote, m'a aimablement signalé une consœur. Toutes ces réflexions maintes fois resservies sous différents angles et formes sont, si vous y adhérez, des éléments pour vous conforter dans votre démarche, vous aider à lutter contre le découragement et à tenir tête aux argumenteurs de mauvaise foi.

Je ne publie pas sur ce blog pour convaincre celles et ceux qui ne veulent pas l'être, mais pour exprimer ma sympathie aux auteurs sérieux et identifier peu à peu ceux dont le talent mérite soutien immédiat et solutions futures. Il existe un groupe spécifique créé à cet effet : me contacter en MP sur facebook, avec un résumé de vos motivations et le lien vers l'un de vos ouvrages.

Les auteurs et lecteurs qui ne partagent pas ma vision des choses sont libres de lire ou zapper mes billets. La seule chose à éviter, si je puis me permettre, c'est de les lire en diagonale pour ensuite venir m'accuser de n'importe quoi. Cela n'apporte qu'une perte de temps de part et d'autre.

Chacun pense ce qu'il veut ; de mon côté, j'écris ce qui me semble utile. Je répondrai toujours volontiers aux interlocuteurs dénués d'intentions malveillantes, mais sans plus jouer le jeu des débats stériles : je préfère garder mes forces au profit de qui pourrait en avoir besoin.

Excellente lecture ou écriture à toutes ou à tous !


lundi 2 juillet 2018

Autoédition : Lettre à un auteur qui m'a interpellée ce matin




Cher Christophe,



Je te félicite d'avoir choisi la voie originale qui consiste à transgresser les canons d'un genre littéraire. C'est une façon de se montrer "différent" en tant qu'auteur, et, crois-moi, j'apprécie cette démarche à sa juste valeur.

Mais la grande littérature (je parle d'art au sens qualitatif du terme, pas d'un élitisme snobinard), n'est pas faite que de sujets originaux : elle fait aussi intervenir l'originalité du style. Écrire les choses comme tout le monde les écrirait ne peut être une fin en soi, sous le prétexte d'attirer davantage de lecteurs. La talent en littérature, c'est l'originalité avec laquelle on traite le sujet + l'originalité du style.

Presque tous les gros succès d'aujourd'hui ne démontrent ni l'un ni l'autre. Faut-il se dire "c'est ainsi, le monde évolue" ? Je refuse de m'y résigner. Une telle attitude est un crime contre les générations futures, et un crime contre les auteurs de talent qui pâtissent aujourd'hui de cette prétendue évolution (laquelle consiste, en fait, en une discrimination de tout ce qui n'est pas capable de mobiliser facilement les foules. Phénomène très démagogique, très rentable, mais aussi, très irresponsable.)

Je ne vois rien de mal à apprécier de lire Musso, comme tu dis le faire, pourvu qu'on ne lise pas que cela ; car alors, cela fausserait la capacité de recul.

Ce que je critique, c'est le fait (très répandu) de dire que Musso vaut n'importe quel auteur faisant preuve ou ayant fait preuve d'un talent original. Ce n'est pas son cas, désolée, et ceux qui prétendent le contraire sont de mauvaise foi ou n'ont pas les bons éléments de comparaison.

Musso emploie un style banal, parfois fautif, et se cantonne à des histoires stéréotypées. On peut trouver que ces lectures sont utiles, distrayantes, bien faites à leur manière, mais on ne peut pas parler d'art littéraire. On ne peut pas comparer Musso et autres faiseurs de blockbusters à Boris Vian, à Romain Gary, à Colette, à Albertine Sarrasin, ou autres auteurs reconnus pour leur qualité d'expression, par-delà les thèmes qu'ils ont abordés et leur vision singulière.

Je n'ai aucun mépris pour les auteurs qui visent le grand public, mais je suis issue d'un milieu littéraire ; et, si je lis de tout, mes goûts vont préférentiellement vers la littérature proprement dite, telle que je viens de la définir.

J'ai donc choisi de me consacrer à remonter le moral des auteurs qui ont ce que l'on appelle un talent littéraire. C'est clairement identifiable, et cela se distingue du talent de raconteur d'histoires – tout aussi honorable, mais moins rare et qui me passionne moins à titre personnel.

La raison de mon engagement à leurs côtés, c'est que ces auteurs-là ont besoin de soutien, parce que le système est ainsi fait qu'aujourd'hui, ils les rend de moins en moins visibles. Non seulement il s'agit d'une profonde injustice, mais à quoi ressemblera la littérature que nous allons léguer à la postérité, si les publications à la Musso étouffent complètement l'expression littéraire proprement dite ?

Alors, malgré mes précautions oratoires, je sais que je cours le risque de froisser en adressant mes billets spécfiquement à ces auteurs-là. Blesser quiconque n'est pas mon but, et je suis navrée lorsque cela se produit.
Mais je me suis donné l'humble mission de soutenir le moral des auteurs "différents" comme ceux-là, de même que j'ai longtemps soutenu les auteurs débutants en publiant des conseils d'écriture pour néophytes. 

Ce sur quoi j'insiste, c'est le fait que mon but n'est jamais de stigmatiser une catégorie d'auteurs ou de lecteurs. Je défends la minorité qui me paraît devoir être défendue, parce que l'ensemble du système s'emploie, de nos jours, à la marginaliser.

Le style peut être simple, je le répète, mais ne doit pas être simpliste ; et il se doit d'être original. Or, peu à peu, on constate que la pression des objectifs commerciaux l'oblige à une simplification maximale. Ce qui est simpliste, voire niaiseux, se vend mieux. C'est triste, et pourtant c'est ainsi. 

La littérature en tant qu'art, ou artisanat de grande qualité, disparaît au profit d'une production de masse de type industriel, et je ne peux pas me résigner à regarder cela en silence. Je suis, d'ailleurs, loin d'être la seule à trouver cela très grave.

Alors, je comprends très bien les auteurs qui rêvent d'être lus, et qui sont prêts à banaliser leur style pour y parvenir ; je comprends très bien ceux qui écrivent naturellement dans un style journalistique et n'aiment pas qu'on leur dise que ce n'est pas le summum de l'art d'écrire.


Seulement, je pense aux milliers d'auteurs bourrés d'un talent original qui croupissent dans l'ombre, qui se résignent à ne plus publier, ou qui sont prêts à renoncer à leur style pour être enfin lus.


Je ne veux pas que ces auteurs-là en arrivent à se dire "le salut est uniquement dans l'édition", et retombent dans l'attente anxieuse, des mois durant, d'une lettre d'acceptation qui n'arrivera probablement jamais. Parce que de nos jours, pour vendre en masse et survivre, une partie de l'édition formate le talent par le bas et que, sauf exception, les auteurs "littéraires" n'y trouveront plus le biotope accueillant d'autrefois. 

L'indésphère a l'avantage de promettre aux auteurs un espace de libre expression artistique. S'ils aspirent à cette liberté, je veux qu'ils continuent à y croire, qu'ils persévèrent dans cette voie, et que leur talent original continue à enchanter les lecteurs plus difficiles que la moyenne. C'est ainsi que pourront être écrites, avec ou sans éditeur, les pages qui représenteront l'avenir de la littérature française.

Restera à trouver un moyen de mettre ces talents originaux en contact avec les lecteurs qui les apprécieront. Des pistes se dessinent. Il faut croire à une solution, tôt ou tard. En attendant, il est crucial que les auteurs "littéraires" ne baissent pas les bras, qu'ils continuent à écrire dans la voie qui est la leur, au lieu de se brader par désespoir. Voilà mon but.


Bien amicalement,
Elen