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On m'a demandé ce que veut exprimer l'image ci-dessus. Réponse : le désir ardent – qui fonde l'art d'écrire – de rendre ses textes plus affûtés, plus rayonnants ;

l'amour de la littérature, le goût de l'atypisme, l'exigence vis-à-vis de soi-même… Mais par-dessus tout, je voudrais simplement être un peintre de la vie.


lundi 2 juillet 2018

Autoédition : Lettre à un auteur qui m'a interpellée ce matin




Cher Christophe,



Je te félicite d'avoir choisi la voie originale qui consiste à transgresser les canons d'un genre littéraire. C'est une façon de se montrer "différent" en tant qu'auteur, et, crois-moi, j'apprécie cette démarche à sa juste valeur.

Mais la grande littérature (je parle d'art au sens qualitatif du terme, pas d'un élitisme snobinard), n'est pas faite que de sujets originaux : elle fait aussi intervenir l'originalité du style. Écrire les choses comme tout le monde les écrirait ne peut être une fin en soi, sous le prétexte d'attirer davantage de lecteurs. La talent en littérature, c'est l'originalité avec laquelle on traite le sujet + l'originalité du style.

Presque tous les gros succès d'aujourd'hui ne démontrent ni l'un ni l'autre. Faut-il se dire "c'est ainsi, le monde évolue" ? Je refuse de m'y résigner. Une telle attitude est un crime contre les générations futures, et un crime contre les auteurs de talent qui pâtissent aujourd'hui de cette prétendue évolution (laquelle consiste, en fait, en une discrimination de tout ce qui n'est pas capable de mobiliser facilement les foules. Phénomène très démagogique, très rentable, mais aussi, très irresponsable.)

Je ne vois rien de mal à apprécier de lire Musso, comme tu dis le faire, pourvu qu'on ne lise pas que cela ; car alors, cela fausserait la capacité de recul.

Ce que je critique, c'est le fait (très répandu) de dire que Musso vaut n'importe quel auteur faisant preuve ou ayant fait preuve d'un talent original. Ce n'est pas son cas, désolée, et ceux qui prétendent le contraire sont de mauvaise foi ou n'ont pas les bons éléments de comparaison.

Musso emploie un style banal, parfois fautif, et se cantonne à des histoires stéréotypées. On peut trouver que ces lectures sont utiles, distrayantes, bien faites à leur manière, mais on ne peut pas parler d'art littéraire. On ne peut pas comparer Musso et autres faiseurs de blockbusters à Boris Vian, à Romain Gary, à Colette, à Albertine Sarrasin, ou autres auteurs reconnus pour leur qualité d'expression, par-delà les thèmes qu'ils ont abordés et leur vision singulière.

Je n'ai aucun mépris pour les auteurs qui visent le grand public, mais je suis issue d'un milieu littéraire ; et, si je lis de tout, mes goûts vont préférentiellement vers la littérature proprement dite, telle que je viens de la définir.

J'ai donc choisi de me consacrer à remonter le moral des auteurs qui ont ce que l'on appelle un talent littéraire. C'est clairement identifiable, et cela se distingue du talent de raconteur d'histoires – tout aussi honorable, mais moins rare et qui me passionne moins à titre personnel.

La raison de mon engagement à leurs côtés, c'est que ces auteurs-là ont besoin de soutien, parce que le système est ainsi fait qu'aujourd'hui, ils les rend de moins en moins visibles. Non seulement il s'agit d'une profonde injustice, mais à quoi ressemblera la littérature que nous allons léguer à la postérité, si les publications à la Musso étouffent complètement l'expression littéraire proprement dite ?

Alors, malgré mes précautions oratoires, je sais que je cours le risque de froisser en adressant mes billets spécfiquement à ces auteurs-là. Blesser quiconque n'est pas mon but, et je suis navrée lorsque cela se produit.
Mais je me suis donné l'humble mission de soutenir le moral des auteurs "différents" comme ceux-là, de même que j'ai longtemps soutenu les auteurs débutants en publiant des conseils d'écriture pour néophytes. 

Ce sur quoi j'insiste, c'est le fait que mon but n'est jamais de stigmatiser une catégorie d'auteurs ou de lecteurs. Je défends la minorité qui me paraît devoir être défendue, parce que l'ensemble du système s'emploie, de nos jours, à la marginaliser.

Le style peut être simple, je le répète, mais ne doit pas être simpliste ; et il se doit d'être original. Or, peu à peu, on constate que la pression des objectifs commerciaux l'oblige à une simplification maximale. Ce qui est simpliste, voire niaiseux, se vend mieux. C'est triste, et pourtant c'est ainsi. 

La littérature en tant qu'art, ou artisanat de grande qualité, disparaît au profit d'une production de masse de type industriel, et je ne peux pas me résigner à regarder cela en silence. Je suis, d'ailleurs, loin d'être la seule à trouver cela très grave.

Alors, je comprends très bien les auteurs qui rêvent d'être lus, et qui sont prêts à banaliser leur style pour y parvenir ; je comprends très bien ceux qui écrivent naturellement dans un style journalistique et n'aiment pas qu'on leur dise que ce n'est pas le summum de l'art d'écrire.


Seulement, je pense aux milliers d'auteurs bourrés d'un talent original qui croupissent dans l'ombre, qui se résignent à ne plus publier, ou qui sont prêts à renoncer à leur style pour être enfin lus.


Je ne veux pas que ces auteurs-là en arrivent à se dire "le salut est uniquement dans l'édition", et retombent dans l'attente anxieuse, des mois durant, d'une lettre d'acceptation qui n'arrivera probablement jamais. Parce que de nos jours, pour vendre en masse et survivre, une partie de l'édition formate le talent par le bas et que, sauf exception, les auteurs "littéraires" n'y trouveront plus le biotope accueillant d'autrefois. 

L'indésphère a l'avantage de promettre aux auteurs un espace de libre expression artistique. S'ils aspirent à cette liberté, je veux qu'ils continuent à y croire, qu'ils persévèrent dans cette voie, et que leur talent original continue à enchanter les lecteurs plus difficiles que la moyenne. C'est ainsi que pourront être écrites, avec ou sans éditeur, les pages qui représenteront l'avenir de la littérature française.

Restera à trouver un moyen de mettre ces talents originaux en contact avec les lecteurs qui les apprécieront. Des pistes se dessinent. Il faut croire à une solution, tôt ou tard. En attendant, il est crucial que les auteurs "littéraires" ne baissent pas les bras, qu'ils continuent à écrire dans la voie qui est la leur, au lieu de se brader par désespoir. Voilà mon but.


Bien amicalement,
Elen