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samedi 8 septembre 2018

Autoédition : « Dis Mémé, le respect des lecteurs, ça implique quoi au juste ? »




Pour une fois, mes amis, je vais faire relativement court. Pas succinct non plus, hein ! Faut ce qu'il faut. 😊 

J'ai beaucoup traité le respect du lecteur à travers la question de l'écriture : comment proposer des ouvrages aussi aboutis que possible.
Depuis quelque temps, je vous invite à vous pencher sur un aspect plus « politique » (dans le sens de « comment une communauté peut-elle s'organiser au mieux ») : respecter les lecteurs, c'est aussi tenir compte de toutes leurs attentes – pas seulement de celles de la majorité – et leur faciliter autant que possible l'accès à la diversité d'ouvrages correspondante.
Or, pour le moment, seuls les ouvrages dits « populaires » tirent leur épingle du jeu, et je ne peux pas croire que quiconque, de nos jours, ose encore prétendre que la dictature de la masse est une forme aboutie de démocratie.

La tendance d'une frange militante de l'indésphère à stigmatiser les amateurs de bonne littérature a entraîné une petite escalade dans le ton de mes derniers articles. À force de voir des auteurs et lecteurs de bonne volonté se faire injurier, on finit par dire à leurs contempteurs des vérités longtemps tues pour ne froisser personne. Je n'en ai aucun regret : c'était inévitable. Je ne pense pas pour autant que les anti-qualité sont des êtres infâmes, et je ne me permettrais pour rien au monde des allégations sur la roideur de leurs attributs sexuels. 😁 (Pour celles et ceux qui débarquent d'un séjour en Alaska, la raison de cette allusion joyeusement perfide se trouve dans mon article précédent.)


Un label de qualité est-il une discrimination ?

Victimes de leur idéologie, les Toussevô croient sincèrement défendre une juste cause. Il me paraît donc nécessaire de préciser ceci en leur faveur : leur comportement agressif est la conséquence d'une petite méprise chez quelques-uns d'entre eux – suivis, dans ce qu'ils perçoivent comme une bataille, par d'autres participants, moins virulents mais solidaires.

Quelle méprise, me demanderez-vous ? Oh, trois fois rien : la confusion entre ce qui garantit le respect du lecteur et une démonstration d'ostracisme social. Rappeler ce qui va suivre a l'air bête comme chou, et vous voudrez bien me pardonner d'enfoncer des portes ouvertes.

👉 Il conviendrait de ne pas confondre la classification sociale (injuste par définition, puisque la valeur d'un individu n'a rien à voir avec ses origines ou son métier) et celle qui, à juste titre, s'applique aux produits en vue d'éclairer le consommateur.

Les Toussevô étant extrêmes par définition, ils perçoivent comme discriminant le fait de distinguer un bon livre d'un mauvais. Pour eux, c'est un peu comme s'il s'agissait de porter de « bons auteurs » aux commandes de la société et de parquer de « mauvais auteurs » dans des camps de rééducation. Relax, les amis ! Il s'agit seulement de permettre aux lecteurs de faire leur choix plus facilement…

Au passage, je précise que si l'idée d'un label de qualité m'a effleurée, ce n'est pas ce que je préconiserais aujourd'hui. Il y a d'autres moyens d'arriver au  même résultat, moins lourds à mettre en place et moins clivants. 


Foie gras, rillettes et pâtée pour chats, même rayon ?

(Végétarienne, je n'ai pris ces exemples que parce qu'ils sont limpides. Je ne cautionne pas le gavage et je ne fais pas de différence entre un cochon et un chien.)

Petite illustration toute bête de ce que serait le monde si les principes généreux des Toussevô s'appliquaient non seulement aux êtres humains, mais aussi aux marchandises :
Que diriez-vous si les supermarchés mélangeaient dans leurs rayons des produits de qualité éprouvée et d'autres, fades voire infects, périmés, impropres à la consommation ? 
Ou si un concessionnaire vendait sans distinction possible des voiture en bon état et des poubelles grevées de malfaçons ?

Heureusement, ce n'est pas le cas. Les voitures neuves ou révisées sont accompagnées d'une garantie, et les produits conformes à une charte de qualité sont étiquetés « Bio », « Label rouge », etc. 
Bizarre, on n'entend personne protester que ces procédés constituent un acte odieux, qui discrimine de pauvres épaves ou de malheureux poulets de batterie… (Non, je ne compare les auteurs de livres bâclés ni aux uns ni aux autres. 😑)

Aucun mauvais esprit n'ose non plus suggérer qu'au lieu de se baser sur une classification « élitiste », les consommateurs pourraient très bien essayer toutes les voitures jusqu'à ce qu'ils en découvrent une en état de fonctionnement, ou tester tous les produits de leur supermarché avant d'en mettre certains dans leur caddy, et d'autres sur liste noire.

C'est pourtant exactement ce que les Toussevô nous conseillent, sans rire : lire tout bonnement les extraits d'Amazon ou autres sites, pour savoir ce qui nous convient.

Certes, nous le faisons tous afin de déterminer si un livre nous tente vraiment. Mais lorsque nous surfons sur une plateforme pour faire de nouvelles découvertes, nous sommes contraints de répéter cette opération au hasard, parmi des milliers de livres dont une bonne partie sont écrits n'importe comment.

Autant chercher un diamant dans une montagne où seraient entassés pêle-mêle cailloux, morceaux de verre, pierres fines et pierres précieuses. Ce n'est pas calomnier les auteurs, ni renier la valeur intrinsèque du travail intellectuel, que de faire remarquer la difficulté d'une telle entreprise. 😓

Résultat : un très grand nombre de bons livres (voire de chefs-d'œuvre, j'imagine), enfouis dans la multitude, nous resteront à jamais inconnus et devront se contenter de quelques lecteurs tombés sur eux par le plus grand des hasards.

Bien entendu, les auteurs qui misent tout sur le marketing, ou autres procédés de mise en avant, s'en contrebalancent. Qu'ils prennent seulement la peine de réaliser ceci : au rythme exponentiel où enfle la production autoéditée, leurs livres seront bientôt une molécule dans l'océan, marketing forcené ou pas. Et même les petits malins qui ont fidélisé leur lectorat depuis belle lurette éprouveront le besoin de se différencier, parce que rien n'est jamais acquis face à une âpre concurrence.


Le lecteur, un sous-consommateur indigne d'être entendu ?

En tout cas, il est moins bien traité que les acheteurs de saucisses et de machines à laver. Ceux-ci peuvent compter qu'un tri qualité a été effectué, d'abord chez les fabricants, puis lors de la sélection des produits par le magasin. Tout produit défectueux est promptement éjecté des rayons.

Je ne veux pas dire qu'il faut faire de même sur les sites de vente de livres ; j'essaie seulement de souligner que pour ces derniers, le respect du consommateur en matière de qualité de produit n'est pas une priorité.

L'objectif des plateformes de vente ou de libre lecture est de publier le plus possible, pas de veiller à la qualité. Pour de multiples raisons très compréhensibles :

● Trier les ouvrages en fonction de leur qualité serait une entreprise coûteuse en main-d'œuvre qualifiée et pourrait donner lieu à d'incessantes contestations. Au niveau d'un géant comme Amazon, par exemple, ce serait tout simplement mission impossible.

● Je l'ai déjà évoqué, les auteurs sont considérés par ces plateformes comme des clients et non des fournisseurs. On leur vend des services, on exploite leurs données personnelles… Du coup, le but n'est pas de leur imposer une sélection, mais au contraire d'en engranger le plus grand nombre possible.


Hypocrites !

Je suis choquée que des idéologues soi-disant attachés à soutenir l'Homme contre le Fric trouvent normal que tous ces sites favorisent la promotion par le nombre de ventes : même inévitable, ce fait devrait les désoler, non les satisfaire.

C'est une concession à l'esprit mercantile, qu'ils conspuent pourtant avec affectation ; un encouragement à toutes les combines ; une manière de favoriser les auteurs qui ont le plus de moyens pour assurer leur promotion.

C'est tourner le dos à l'humanisme, aux principes éthiques qui consistent à récompenser le travail, le sérieux, le talent plutôt que la force du nombre, du budget, de la ruse. C'est choisir de livrer l'indésphère, non pas à la liberté d'expression (bel écran de fumée !) mais au règne du profit, à une loi de la jungle dont ces beaux esprits devraient avoir horreur.

Mais bien entendu, du moment que nos Toussevô sont satisfaits de leur sort, le système leur convient et ces grands révolutionnaires ne veulent surtout rien y changer.


Dans « produit culturel », il y a « produit », ne vous déplaise…

Inutile de clamer en désespoir de cause que mes comparaisons sont infondées parce qu'un livre, produit culturel, n'est pas une marchandise. À partir du moment où il est proposé parmi d'autres sur un site (contre paiement ou gratuitement, peu importe), on voit mal comment le qualifier autrement… sauf à mettre en place une société où toute la culture serait en libre accès, ce qui n'est pas pour demain – et, sauf erreur, pas du tout souhaité par nos ardents idéologues, fort acharnés à défendre leur royalties.

Regardons plutôt la réalité en face : à l'heure actuelle, un livre est un produit et un lecteur, payant ou non, est un consommateur. En tant que tel, il mérite le respect de ses fournisseurs (fabricants ou vendeurs). Respect qui implique, avant toute chose, un droit à ne pas se faire gruger sur la qualité.

Les plateformes de vente ou de lecture ne sont pas des éditeurs, elles n'entretiennent pas de comité de lecture et proposent donc sans distinction des livres de qualité très inégale. Sachant cela, il nous faut admettre que nous sommes confrontés à un problème majeur : tel qu'il existe, le système de diffusion-distribution de l'autoédition bafoue systématiquement le respect du lecteur, puisque sont proposés à ce dernier, en vrac sur les mêmes étagères et sous des étiquettes souvent trompeuses, des produits de qualité et d'abominables daubes.


Catégorisation qualitative : une garantie pour les lecteurs

Je n'ai jamais plaidé pour une sélection en amont qui interdirait à certains auteurs de publier ; ce serait une absurdité, une injustice criante et la négation de ce qui fait la principale vertu de l'autoédition : permettre de s'affranchir des critères d'un éditeur pour publier ce que bon nous semble. Plus généralement, la liberté d'expression est fondamentale et doit être préservée.

En revanche, l'absence de système de tri qualitatif, sous quelque forme que ce soit, représente une aberration qui perdure au détriment des lecteurs. Ni les quelques catégories proposées par les plateformes (genre et sous-genres, d'ailleurs en nombre insuffisant), ni les promotions, ni les systèmes de recommandation, même externes à ces sites, ne suffisent à compenser. Rien ne permet au lectorat un tant soit peu exigeant une navigation rapide et confortable vers une sélection exhaustive de livres de bonne qualité.

J'ajouterai, au risque de fâcher à nouveau quelques auteurs, qu'il serait souhaitable de distinguer 3 catégories de livres : ceux qui relèvent de la libre expression, ceux qui sont corrects mais grand public (avec tout ce que cela peut supposer en termes de style banal et de stéréotypes), et ceux qui relèvent de la qualité littéraire (si vous préférez, ceux qu'un éditeur raisonnablement exigeant aurait pu sélectionner et qui feraient honneur au patrimoine littéraire) ; avec possibilité pour chaque ouvrage de se réclamer de plus d'une catégorie, afin que, par exemple, un livre grand public écrit avec talent – cela existe, heureusement – puisse atteindre aussi bien les amateurs de blockbusters que ceux de littérature choisie.

Stooop ! Énième rappel : en parlant de qualité, je ne désigne pas seulement la littérature « prétentieuse », « la blanche » comme l'insinuent les Toussevô – encore eux –, mais tous les livres dont le contenu sort de l'ordinaire, dans quelque genre que ce soit : romance, polar, thriller, SF, fantastique, jeunesse, tout ce que vous voudrez. Capisce ? 😒

Bref, en l'absence de classification, le seul recours possible pour un lecteur exigeant serait de… faire une recherche sur internet. Mais allez donc taper « romans de qualité » sur Google ! Vous obtiendrez quelques liens commerciaux, mais point de liste où aller faire votre marché.


Retour vers le futur ?

En 2016, Alexy Soulberry et moi avons proposé de mettre à la disposition des autoédités un site polyvalent 100 % gratuit qui aurait combiné 3 fonctions principales :

● Aide aux auteurs quels qu'ils soient, principalement sous la forme d'une banque de liens pratiques.

● Mise en relation : forums et trombinoscopes pour faciliter les contacts entre auteurs, entre auteurs et blogueurs, entre auteurs et éditeurs ou prestataires.

● Vitrine de l'autoédition : plateforme de redirection ouverte à tous les auteurs, équipée d'un moteur de recherche multicritères qui aurait permis aux lecteurs de rechercher des livres…

  Où qu'ils soient publiés : sites marchands de vente ou de lecture, sites et blogs personnels.

  En fonction de nombreux éléments de sélection : un lecteur aurait pu rechercher, par exemple, une romance située en Espagne, au Moyen Âge, avec une héroïne rousse entre trente et quarante ans. 
Tous les auteurs et tous les lecteurs, exigeants ou non, avaient donc à y gagner.

  Sur inscription gratuite des ouvrages par leurs auteurs, comme pour un annuaire en ligne (c'est-à-dire sans obligation pour les auteurs, ni main-d'œuvre onéreuse pour le site).

Parmi les critères possibles, aurait figuré la mention « qualité littéraire » (ou autre formulation à définir).

● Personne n'avait à en juger a priori : pas de comité de lecture et, par conséquent, pas de grosse organisation, d'arbitraire ni de copinage.

● Les auteurs décidaient eux-mêmes de mentionner ou non ce critère au moment de renseigner les caractéristiques de leurs ouvrages.

● En revanche, la survenue d'un certain nombre de signalements (ouvrage non conforme au critère qualitatif) aurait entraîné une vérification par un webmaster habilité et la suppression éventuelle de ce critère dans la fiche de l'ouvrage. (Sans compter le risque, considérable pour les auteurs de fraudes à la qualité, de s'attirer en masse les commentaires cinglants des lecteurs exigeants.)

L'intervention de webmasters était la seule contrainte de ce processus, inévitable et, somme toute, légère par rapport à n'importe quelle autre option envisageable. Quand on voit que des indés découragés finissent par créer leur propre maison d'édition – sans la moindre chance d'audience véritable, le secteur étant déjà mille fois trop concurrentiel –, on se rend compte que mettre en place un site avec quelques webmasters compétents aurait constitué une alternative à la fois beaucoup plus ambitieuse et bien plus facile à gérer.


L'argument de la prescription directe

Le projet de site initial exigeait un consensus, car il devait s'accompagner d'une campagne de promotion médiatique qui nécessitait de fédérer l'indésphère.

Parmi les innombrables arguments que l'on nous a opposés (dont le sempiternel « halte au tri, pasque tout se vaut »), je me suis vu adresser celui-ci : « à notre époque, personne ne sélectionne plus ses achats via un moteur de recherche ; la société est passée à de nouveaux modes de prescription. Désormais, ce qui fait vendre un livre, c'est la recommandation directe par un réseau social, des blogueurs ou des avis consommateurs. »

Pendant presque deux ans, j'ai envisagé ce point de vue et observé ce qu'il se passe.

Nul ne le niera, l'essor de la prescription directe est une tendance observable. Les consommateurs lui font davantage confiance qu'à la pub, et ils n'ont pas tort… Mais concernant le domaine particulier du livre, cela n'a pas du tout la même fiabilité que lorsqu'il s'agit d'acheter un vélo, un aspirateur ou un maillot de bain.

● La rareté des réseaux sociaux spécifiquement voués à la littérature de qualité, et leur organisation plus convivale que pratique, empêchent de les considérer comme un lieu pertinent de recommandation de lectures.

Sur facebook, je n'avais repéré aucun groupe de ce genre avant de fonder les miens et de commencer à y regrouper des auteurs et lecteurs pro-qualité.

Pour tomber sur quelques lectures qui nous conviennent, il faut beaucoup fréquenter les réseaux d'auteurs et de lecteurs – et accepter l'idée que l'on passera à côté de la plupart des très bons livres, tout en étant bombardés d'informations sur ceux qui ne nous intéressent pas.

● On constate de plus en plus que les avis consommateurs ne sont pas un indicateur valable de qualité littéraire.

Cela devient même un gros problème, car l'absence de fiabilité déconsidère complètement ce critère de choix.

Non parce que les goûts diffèrent, que les appréciations divergent d'un lecteur à l'autre, comme voudraient le faire croire les Toussevô ; mais parce que l'engouement de foules de fans pour des sous-produits littéraires fausse complètement le résultat : des nanars ni faits ni à faire sont crédités de centaines de 5 étoiles ; ou, à l'inverse, des livres en langage soutenu sont sacqués par les mêmes amateurs de daube, apparemment indisposés dès qu'une lecture les déconcerte ou leur demande le moindre effort. Je peux témoigner de ce phénomène, j'en ai fait les frais – et je suis loin d'être la seule.

Ne parlons même plus des manœuvres qui relèvent de la malhonnêteté : les commentaires de complaisance ou, pire, les commentaires négatifs destinés à saper la « concurrence ».

● Enfin, les blogueurs ne sont pas non plus un moyen facile d'accéder à la qualité littéraire. Ils ont des goûts aussi variés que le sont les livres proposés sur les plateformes, et, comme sur ces dernières, la majorité correspond à un niveau d'exigence minimal.

Il se peut qu'un lecteur ait identifié au préalable un ou plusieurs blogueurs dont l'exigence est proche de la sienne ; mais pour cela, il aura dû faire comme pour trouver un bon livre autoédité sur Amazon ou autres : fouiller parmi des milliers de blogs en les parcourant pour se faire une opinion.

Et au cas où ce lecteur n'aurait pas déjà sélectionné des blogueurs exigeants dont il puisse suivre l'avis les yeux fermés, qu'adviendra-t-il ? Il lui sera impossible de se fier au succès d'un ouvrage sur la blogosphère : du seul fait que les livres qui plaisent  au plus grand nombre sont immanquablement les plus faciles à lire, la popularité n'est pas plus représentative de la qualité littéraire que la pub sur les bus ou dans les magazines.

● Abandonner le choix des livres à des modes de prescription aléatoires et contestables, c'est donner le champ libre à la prescription à l'ancienne : médias, publicité, librairies.

Si l'on excepte le cas des petits libraires et éditeurs indépendants passionnés par leur métier (parmi lesquels le lecteur doit aussi, notons-le, dénicher patiemment ceux dont les goûts correspondent aux siens), une telle démarche revient à se livrer pieds et poings liés au marketing éditorial – dont on sait très bien qu'il promeut désormais les grands succès faciles au détriment de la qualité littéraire.

Ce soit dit en passant, les éditeurs ont ajouté à leur panoplie commerciale une forme de prescription directe quelque peu biaisée : les SP (services presse) qui consistent à envoyer gratuitement des livres à chroniquer. Je n'accuse certes pas les blogueurs de manquer d'indépendance et de pondre d'office des chroniques favorables, mais il est notoire que certains se sont fait taper sur les doigts ou ont perdu leur partenariat suite à une critique trop sincère. 


Recherchez et vous trouverez

En résumé, j'ai pris note des arguments sur la prescription directe. Sa prépondérance est incontestable la plupart du temps ; mais, en ce qui concerne les choix littéraires, je crois cet outil à la fois limité et très peu fiable. La situation est appelée à évoluer.

● Dans le monde d'aujourd'hui, nous sommes submergés par une offre surabondante, d'une infinie diversité. Seules les personnes tombées par hasard sur un produit qui les séduit, ou les « suiveurs » disposés à emboîter aveuglément le pas aux prescripteurs, peuvent se satisfaire de la recommandation directe. 

● Beaucoup de gens, au contraire, savent tout à fait ce qu'ils veulent ; il ne leur reste plus qu'à l'atteindre, et comment ?… En lançant une recherche sur internet.

Pour les consommateurs appartenant à cette catégorie, rien ne surpassera jamais le moyen très pratique que constitue la quête, sur leur ordi ou leur smartphone, de ce qui leur convient le plus précisément possible, et qu'ils pourront commander en quelques clics. Bien davantage que la convivialité de la prescription directe, l'immédiateté fait loi.

Tous les sites marchands sont organisés pour se prêter avec une grande efficacité à ce type de recherche comparative. Pas les plateformes de vente de livres ou de lecture gratuite…

Je me suis demandé pourquoi. Sans doute parce que l'on a considéré que tous les lecteurs allaient, soit feuilleter les promotions comme on fait les soldes, soit taper un titre ou un nom d'auteur, soit lancer une recherche catégorielle, par exemple 
« fantasy contemporaine », comme on chercherait sur Google « sandales cuir bleu »… 

Heu, non, même pas : sur Amazon, par exemple, si vous tapez un critère comme « polar français qualité », vous n'obtiendrez rien de pertinent. Parce que la barre de recherche des plateformes ne fonctionne pas comme Google et autres moteurs, qui vont pêcher des occurrences à l'intérieur même des contenus présents en ligne : il se fonde sur des mots-clefs et des catégories prédéfinies.
(Il serait intéressant de se concerter pour mentionner « qualité » dans les mots-clefs d'un certain nombre d'ouvrages, et de voir ce qu'il se passe. Le problème, c'est que n'importe qui pourrait le faire, même si son livre est un torchon.)

Les lecteurs exigeants, et même les lecteurs boulimiques moins difficiles, sont des explorateurs en quête de bonnes lectures dont ils n'ont pas encore entendu parler. Dans l'idéal, il leur faudrait, soit une liste de livres de bonne qualité classés par genre et sous-genres, soit un moteur d'annuaire qui leur permette d'opérer une sélection précise en fonction de leurs envies.


Pour conclure

À mon humble avis, la meilleure solution pour mettre les lecteurs exigeants en contact avec l'autoédition de qualité, ce serait qu'ils aient accès, via le critère de recherche « qualité littéraire » (ou autre formulation) – complété par d'autres critères selon leur désir –, à un choix aussi vaste que possible de livres parmi lesquels ils n'auraient plus qu'à faire leur choix. Un tel service n'existe pas encore. S'il se crée et démontre son impartialité, il se fera forcément connaître.

Il n'y aura jamais de consensus indé à ce propos, c'est évident. En revanche, les auteurs attachés à la promotion de la qualité, plus nombreux qu'on ne le croit, peuvent prendre leur destin en main. Ils ont par avance tout mon soutien (bénévole, cela va de soi), mais je suis convaincue qu'ils n'en auront pas besoin. Tôt ou tard, quelque chose prendra forme.

Au pire, une myriade de lecteurs bénévoles de confiance estampillera objectivement tout ce dont l'indésphère n'a pas à rougir, et cela finira par se savoir.
Au mieux, on parviendra à créer un site de redirection dans le genre de celui qu'Alexy et moi proposions (voir articles sous le libellé « Le site des auteurs indépendants »).

Auteurs, blogueurs, lecteurs animés par cet esprit, songez-y : si j'œuvre à vous repérer, vous rassembler dans des groupes secrets où vous pouvez faire connaissance et vous soutenir mutuellement à l'abri de la vindicte des Toussevô, ce n'est pas seulement pour vous consoler de la situation présente, mais pour vous permettre de préparer les étapes futures.

La mayonnaise est en train de prendre. Fédérer toute l'indésphère était utopique ; se fédérer demeure, pour les auteurs pro-qualité, une nécessité vitale. Oubliez vos divergences quand il y en a, c'est indispensable. Et ne vous contentez pas (ou seulement à très court terme) de bricoler des solutions personnelles ou en petit comité : voyez grand, jouez collectif.

Amis auteurs pro-qualité, viendra le moment où il vous faudra passer à l'acte et défendre à la fois votre conception de l'écriture et les droits des lecteurs un tant soit peu exigeants (que vous êtes aussi, de facto), en proposant tous ensemble une solution pour mettre un peu d'ordre dans le bric-à-brac de l'autoédition. Je vous ai donné quelques pistes ; ce ne sont sûrement pas les seules possibles. 

Excellente lecture, écriture et réflexion à toutes et à tous !