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dimanche 11 novembre 2018

Paroles d'auteur : Jean-Christophe Heckers pour "Traversées des limbes"



En 2012, alors que je pilotais l'association à but non lucratif L'écurie littéraire qui avait pour vocation de mettre en relation des auteurs autoédités et des bêta-lecteurs, je suis tombée sur Jean-Christophe Heckers et son recueil de nouvelles La traversée des limbes – devenu, depuis lors, Traversées des limbes.

J'ai tout de suite été séduite par sa prose musicale, virtuose, originale, spirituelle, d'une grande sensibilité. Au point de vouloir l'embarquer dans le projet de site d'édition atypique que je portais alors. 
Jean-Christophe a été l'un des deux auteurs que j'ai rencontrés dans ce but au Salon du Livre 2013. (L'autre m'a témoigné par la suite une telle ingratitude que je préfère l'oublier. Non que j'attende, des auteurs que je soutiens, la moindre reconnaissance ; mais, en plus d'avoir consacré à ladite jeune fille un long coaching puis une réécriture complète, j'avais de l'affection pour elle, aussi ce souvenir reste-t-il assez cuisant.)

À cause de la déception que je viens d'évoquer, cette double rencontre à Paris aurait pu me laisser une impression mitigée. Grâce à Jean-Christophe Heckers, ce ne fut pas le cas. Je me souviens d'avoir dû renverser la tête pour découvrir un immense jeune homme (immense et jeune par comparaison avec votre humble servante, déjà quinquagénaire) plus que réservé et, nonobstant, immédiatement sympathique.

Le projet éditorial est resté à l'état d'ébauche, mais je n'ai jamais perdu le contact avec cet auteur atypique, mélomane averti, dont l'écriture correspond tout à fait à la définition de « littéraire »En suivant ses publications sur facebook, j'ai pris la pleine mesure de son autoexigence, de sa modestie – presque exaspérante, tant elle reflète mal son talent et son érudition. La sobriété de la couverture ci-dessus donne une juste idée de son refus de se vendre par des moyens tapageurs.

Jean-Christophe n'est certes pas du genre à se classer lui-même parmi les auteurs d'ouvrages de qualité. Timide, foncièrement incapable de se jeter des fleurs et même des encouragements, il manie volontiers la dérision vis-à-vis de lui-même, histoire de cacher sa nature, que l'on devine écorchée vive, et sa rare capacité à s'infliger d'impitoyables « pourrait mieux faire ». Ce qui ne l'empêche pas, quand il n'en peut visiblement plus de chagrin et d'exaspération au spectacle de la bêtise ou de la bassesse humaines, de pratiquer aussi un bel esprit d'ironie en épinglant avec brio et sans aucun ménagement les travers de l'indésphère ou de l'édition, qu'il a fort bien percés à jour. Son humour (le plus vibrant, celui des désillusionnés qui se contusionnent sans cesse aux barreaux du quotidien) persille tous ses ouvrages.

L'hypersensibilité, l'hyperlucidité sont souvent de forts déclencheurs d'inspiration littéraire. Comme on ne peut pas compter sur Jean-Christophe pour se reconnaître du talent, je me charge de le proclamer : ce grand discret est l'un des auteurs qui font vraiment honneur à l'autoédition. J'en ignore encore beaucoup, sans doute, et cela me navre ; mais parmi les indés que j'ai feuilletés jusqu'ici, peu (j'en donnerai la liste un de ces jours) m'ont paru sortir vraiment du lot en termes de style et mériter un contrat de la grande édition si celle-ci ne s'était pas spécialisée, survie financière oblige, dans la vente putassière de blockbusters lisibles avec deux ou trois neurones mal réveillés. 

Étant donné que le zèbre pousse le désintéressement et la répugnance à se mettre en avant jusqu'à presque dissimuler sa présence sur Amazon, pour plutôt s'épanouir sur Scribay (après avoir tâté de Wattpad et d'Atramenta), il faut une ferme intention pour parvenir jusqu'à ses œuvres. Je trouve cela très dommage. Leur style, leur délicatesse, leur ironie, leur intelligence ne toucheront que peu de monde, je le crains, tant il est évident que ce sont plutôt des défauts aux yeux du lecteur lambda d'aujourd'hui. N'empêche, elles valent le détour ! Pour les lecteurs exigeants, et aussi à titre d'exemple pour les auteurs débutants qui seraient tentés de se tromper de modèles en matière de qualité littéraire…

En vous invitant chaleureusement à aller le découvrir sur Amazon,  sur Scribay, mais aussi sur Babelio et dans une interview de l'IndéPanda, je laisse à présent la parole à Jean-Christophe Heckers.

« Faisons bref. J’ai écrit deux novellas, deux romans, des nouvelles qui m’ont permis de publier deux recueils (et d’autres que je laisse pourrir, parce qu’elles ne méritent pas mieux que de servir d’engrais).
Un des romans pourrait être publiable (mais je ne suis pas certain), son prédécesseur croupit dans une geôle obscure.
La première novella était une sorte de plaisanterie fantastique qui connut un gros succès sur Alexandrie Online (mais alors gros, le succès), avant d’être ignorée lorsque je l’ai republiée en epub sur BoD.
La seconde, du merveilleux/fantasy, a passé son existence à attendre un lecteur (mais grâce au piratage… bref).
De toute façon, moi ce qui me branche avant tout c’est la nouvelle. Le genre de choses que l’éditeur refuse parce que personne n’achète, et même en autoédition on a vite le sentiment de passer pour un guignol dès qu’on sort un recueil. Résultat, un volume de ventes qui ferait ricaner n’importe qui (le jour où j’aurai dépassé les dix exemplaires, je ferai une grosse fête). Avec le temps, j’ai pourtant renoncé au romanesque, et satisfait d’un masochisme assumé, ne renoncerai pas à m’en tenir à la nouvelle.
Traversées des Limbes, puisqu’il est question d’évoquer son cas, est le premier volume publié, en 2015 (l’antiquité, désormais), et les nouvelles qui le composent ont à ce jour entre cinq et trente ans d’âge. Si je préfère Palimpsestes futurs, c’est notamment parce qu’il y a au moins une homogénéité de genre absente dans son prédécesseur. Pour être exact, je dois confier que, les années passant, je deviens de plus en plus critique (voire parfois franchement insultant) en me relisant.
Avec le recul, j’aurais pu (dû ?) ne pas flanquer sans discernement en un seul volume des textes disparates (en genres, notamment). Il fut envisagé :
a/ de republier en numérique seul des titres isolés, 
b/ de reprendre ce qui est SF dans une refonte du (préférable ?) recueil Palimpsestes futurs, option cependant rejetée à l’unanimité lors de précédents débats entre mes diverses personnalités, le vote final ayant été reporté sine die puisque l’affaire est soumise à une commission d’enquêtad hoc qui n’a pas encore décidé où il convenait de se réunir.
Sur certains textes, on a pu me reprocher une certaine herméticité (hum ?), mais c’est un de ces plaisirs auxquels on ne me fera pas renoncer même pour assurer une lisibilité supplémentaire. On y sera rétif ou pas, cependant lorsque une impalpable obscurité est quelque peu nécessaire, l’auteur ne saurait s’en dispenser. Et, que diable, il arrive aussi que moi j’y voie fort clair, hors de question donc de rajouter un ou deux projecteurs, je déteste être ébloui, autant que l’abus d'évidentes évidences.
Bref, faisons sommairement le point. Des quinze nouvelles, cinq gardent toute mon estime, deux mériteraient d’être placées en détention pour usurpation de qualité et abus de faiblesse sur auteur. Comme résultat, c’est déjà pas si mal. Le taux de satisfaction est nettement plus élevé concernant Palimpsestes futurs, sans doute parce que les textes qui le composent sont encore trop récents. Mais le jour viendra où je froncerai fermement les sourcils en y pensant. Forcément. Mais pas trop vite j’espère…
Une dernière petite chose s’il m’est permis de conserver le micro encore quelques instants. Les mots sont une manière de raconter une histoire, je me suis récemment emparé de la musique pour le faire différemment. Depuis juillet, j’ai réussi à composer huit pièces orchestrales qui sont un pendant à ma production de nouvelles. L’une d’elles aurait pu accompagner un texte si celui-ci n’avait été lâchement abandonné entre deux dièses. Bref, l’avantage de la situation est que lorsque je sèche sur une page, je peux aller remplir quelques mesures, et quand la mélodie se tarit, je retourne faire grincer les crayons(L’autre avantage, c’est que personne n’écoute, donc je ne saurai jamais que ça ne vaut rien : le bonheur tient vraiment à peu de choses…) »

Voilà, je vous avais prévenus, Jean-Christophe ne peut pas s'empêcher de se moquer de lui-même. Je vous propose de lui jouer un petit tour : et si on faisait exploser son plafond de verre des dix ventes, voire plus si affinités ? Je parie qu'il  n'en reviendrait pas ! Alors, on essaie ?

Bonne découverte à toutes et à tous…