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vendredi 30 avril 2021

"La solution globale", un extrait en libre lecture du volume 6 à paraître.

 

Mes chers amis, pour vous aider à patienter pendant que je fignole le volume 6, je vous offre aujourd'hui un extrait de son Supplément. Ce n'est encore le premier jet, mais j'espère qu'il vous intéressera. Partagez autant que vous voulez, parce que ce coup-ci, je pourrais bien être rattrapée par la patrouille de nos zélés censeurs…

Bonne lecture !



Élie et l'Apocalypse

Extrait du Volume 6 Le Berceau des Origines


« LA SOLUTION GLOBALE »


« Élie leva ses yeux noisette vers le visage de l'officier.

— J'ai du mal à comprendre ce qu'il s'est passé pendant l'affaire du Corvir : comment les autorités, les médias, même certains médecins, ont pu se lancer dans une spirale aussi criminelle ! Au Procès du Millénaire, il a surtout été question de corruption. Big Pharma avait joué un rôle effrayant, mais ça ne peut pas tout expliquer.

— Tu as raison. Les exécutants se sont justifiés dans les mêmes termes qu'à Nuremberg : « je n'ai fait que mon travail ». Mais parmi les instigateurs, beaucoup s'étaient persuadés d'être mus par de bonnes intentions. Et quand on sait ce qu'ils avaient en tête, on pourrait presque leur trouver quelques excuses…

— Comment cela ?

— Une partie du grand public veut croire que les élites sont incompétentes. C'est plutôt inexact. Aux sommets du pouvoir, on peut être « hors-sol », mais on est très informé et on sait analyser les enjeux. Il me paraît évident que nos dirigeants coupables sont partis d'un constat : ils se rendaient compte que le monde courait à sa perte et ils voulaient sauver leurs places, leurs familles, le mode de vie auquel ils tenaient. En même temps, je crois qu'ils croyaient plus ou moins sincèrement avoir concocté une astucieuse parade à tous les problèmes à la fois. Il n'y a qu'à lire les archives du Forum de Davos versées au Procès du Millénaire : toutes ces élucubrations très must-be-said, très bien-pensantes, dans une langue de bois aussi rouée qu'un discours politique – et pour cause… Les auteurs de cette propagande se sous-entendaient suprêmement « sachants », suprêmement bienveillants, suprêmement déterminés à agir dans le bon sens ! On ne saura jamais jusqu'où ils seraient allés, à quel prix exorbitant, ni avec quel résultat, puisque le scandale de la mortalité vaccinale a mis fin à leur projet de « solution globale ».

— Tiens, on n'a entendu personne oser un jeu de mots d'aussi mauvais goût ! Vous ne le faites sûrement pas sans en avoir pesé la pertinence.

— En effet. Tu n'avais que cinq ans à l'époque, mais…

— J'étais quand même en CE2.

— Il faudra que tu me résumes un jour ton drôle de parcours de scolaire.

— C'est simple : Papa et Maman m'ont appris à lire à l'âge de deux ans, puis ils m'ont entraînée comme une bête de concours. À force, ils ont réussi à me faire admettre directement en CE2, sur dispense spéciale.

— Mais pourquoi ?

— Un peu pour le plaisir, je crois. Et surtout parce qu'ils pensaient que le monde allait devenir très dur pour les non-surdiplômés. Du coup, à six ans j'étais en CM2, à sept ans en quatrième et à huit ans en seconde, d'où j'ai sauté en terminale. Enfin bref, je me souviens très bien du port du masque l'année de mes cinq ans. Mes parents avaient pressenti les intentions des dirigeants : ils râlaient contre les conséquences du masquage, des confinements, des fermetures de commerces et de tout le reste, mais ils m'expliquaient qu'on s'apprêtait à une grande révolution pour le salut de la planète. Que si, en fin de compte, le nouveau mode de vie se révélait insupportable, ce serait un mal pour un bien dans l'ensemble, et qu'il ne fallait pas que je m'inquiète : nous, on irait vivre dans une réserve.

— Comme les « Sauvages » du Meilleur des Mondes.

— Oui, tout juste. (Petit sourire). Pour Papa et Maman, ce n'était pas un pis-aller, au contraire ! Ils ont toujours préféré les peuples premiers au monde moderne ; ceux qu'ils traitent de sauvages, ce sont les soi-disant civilisés… Mais il y a eu d'un coup le scandale du Corvir, la révolte, la Grande Récession, et tout s'est effondré.

— Cet incroyable épisode – je parle du scandale –, on a dû t'en enseigner les détails en cours d'histoire ?

— Des millions de morts et d'invalides à cause des vaccins. Pour une maladie qui tuait moins de 0,5 % de la population, et qui épargnait presque 100 % des moins de 64 ans… (Le regard de la jeune Élue devint fixe : elle extrayait les données de sa mémoire.) Très précisément, le taux de mortalité Corvir des 18-44 ans a été de 0,0014 % ; pour les 45-64 ans, de 0,010 %. J'ai lu ces chiffres sur Statista, un portail allemand de statistiques. Le genre tout ce qu'il y a de plus fiable : élu meilleure base de données par le Library Journal en 2014.

Leguet faillit applaudir.

Mais j'aurais l'air d'une otarie en train de bader son dresseur. Nom d'une légende, est-ce que nos rapports se sont vraiment inversés à ce point ? Même quand j'ai quelque chose à lui apprendre, elle me donne l'impression de courir très loin derrière…

Concentrée sur son sujet, Élie continuait à débiter :

— Le plus grave, c'est que les autorités politiques et sanitaires s'acharnaient à discréditer les possibilités de traitement du Corvir. On faisait la chasse aux médecins qui osaient en parler, même s'ils guérissaient leurs patients…

— Les médias institutionnels ont joué un sale rôle dans cette affaire. Peut-être n'avaient-ils pas le choix ! On en reparlera : parce que pour mener à bien ta mission, tu devras compter avec les webjournalistes.

La jeune Élue hocha la tête avec l'air appliqué qui émouvait tant son « mentor » – et pas seulement parce que cela rendait au colonel le sentiment d'encore dispenser plus de leçons qu'il n'en recevait.

— Vous croyez qu'eux aussi croyaient à cette fameuse « solution globale » ? interrogea-t-elle.

— Il y a eu un cumul de motivations très différentes. Les médias et une partie du monde scientifique trouvaient avantage à hurler avec les loups. Je ne parle pas seulement de ceux qui se faisaient mousser en brandissant leur compétence ou en vendant de la peur, ni des médecins carriéristes trop liés au système et à Big Pharma ; même pas de tous ceux qui ne songeaient qu'à sauver leur journal ou leur hôpital. Il faut y ajouter les gens piégés dans des querelles de personnes ou de systèmes, comme la rivalité universitaire ou le fossé fratricide entre hospitaliers et généralistes. D'autres encore étaient aveuglés de bonne foi par certains dogmes : l'idée que la recherche pharmaceutique est un exercice scrupuleux, que les bénéfices des vaccins l'emportent forcément sur les risques, ou qu'un médecin non scientiste est par définition un charlatan. Remettre en question ses fondamentaux demande un effort surhumain !

— C'est un problème de biais cognitif. Reconnaître qu'on s'est trompé ou qu'on a été abusé, que tout ce sur quoi on fondait ses jugements était fallacieux, ça représente une démarche difficile. D'autant plus dure que ces jugements ont été péremptoires, et les conséquences, tragiques…

— Exactement. Bien entendu, la corruption a joué aussi un rôle considérable. Sans vouloir généraliser, on connaît le pouvoir de nuisance de tous les « Big Ones » : Big Data, Big Food, Big Chemical ou, jadis, Big Oil et Big Tobacco… Le problème, c'est qu'ils représentent des enjeux d'importance nationale. Avec tout ce que ça suppose… (Il se tut, plongé dans des pensées manifestement déplaisantes.)

— Le Dr Montserrat ne peut pas sentir Big Pharma ; elle n'arrête pas de balancer à leur sujet.

— Comme beaucoup d'alerteurs le faisaient depuis longtemps – certains au prix de leur vie. Et il y a eu tant et tant de scandales publics que même le plus perché des Bisounours ne peut pas se figurer les grands labos comme des bienfaiteurs de l'humanité ! Il est clair qu'ils sont prêts à tout pour fourguer leurs médocs à un maximum de gens : produire des études bidonnées ; utiliser tous les ressorts de la propagande et de la désinformation ; calomnier leurs détracteurs ; pratiquer la corruption à tous les niveaux de la politique, des systèmes de santé, de la recherche, de la formation médicale… Les grandes revues médicales, vérolées elles aussi, avaient dénoncé cette situation. Et également des cadres repentis, comme ceux qui ont fait exploser la vérité sur les vaccins anti-Corvir.

— Vous avez parlé d'entreprise de bienfaisance : ça nous amène au rôle de Bill Doors. On l'a accusé d'avoir soutenu l'imposition massive de vaccins dangereux pour réduire la population mondiale. Qu'est-ce que vous savez là-dessus ?

— Peu de choses : ce n'est pas mon domaine – sauf en ce qui concerne l'Afrique, où je confirme certains dégâts causés par sa politique de vaccination à coups de produits « innovants ». Personnellement, je me suis toujours demandé ce qui pouvait bien pousser un milliardaire vers ce genre de mission. Doors est réputé dur en affaires. Ou il a voulu se racheter, ou il avait dès le départ une autre intention, assez puissante pour qu'il y consacre une énorme partie de sa fortune.

— On a dit qu'il avait beaucoup investi dans l'industrie vaccinale, comme dans les terres cultivables ou dans les technologies d'avant-garde. Rien que des choix logiques quand on veut aider le monde à s'en sortir.

— Ou quand on veut préserver son propre avenir, celui de sa caste. De tous temps, il y a eu des gens très conscients des problèmes à venir et qui auraient sûrement tenté de les résoudre à n'importe quel prix humain, s'ils en avaient eu les moyens… La surpopulation est l'une de ces menaces, réelles ou fantasmées.

— Comme Doors n'a pas été traduit devant la Cour Pénale, on n'aura pas le fin mot de l'histoire.

— Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a jamais été un ange. Le ménage a été fait dans sa bio, alors ta génération n'est guère informée des côtés les moins reluisants, comme l'anecdote que je vais te raconter. De nos jours, qui connaît le nom de Gary Kildall, l'un des grands pionniers de la micro-informatique ? Entre autres, c'était l'inventeur d'un système d'exploitation appelé CP/M. Fin 1980, Kidall est sollicité par IBM qui veut le CP/M pour son projet d'IBM-Personnal Computer, le futur « PC ». Il refuse les conditions d'IBM : à la place des royalties d'usage, un versement unique pour solde de tout compte. Inacceptable ! Doors saisit sa chance et propose à IBM de leur fournir ce qu'ils veulent. Sans évoquer l'énorme contrat en vue, il achète à la petite entreprise Seattle Computers Products une licence non exclusive du QDOS, également appelé 86-DOS : une version améliorée du CP/M créée en interne par un ingénieur de SCP, Tim Paterson. Après quoi il débauche Paterson pour lui faire adapter QDOS aux besoins du projet de PC, en collaboration avec IBM. Juste avant la sortie du PC, Doors achète tous les droits du 86-DOS à SCP et vend à IBM, entre autres clients, une licence non exclusive du « tout nouveau » système d'exploitation, rebaptisé PC-DOS 1.0 : le célèbre MS-DOS est né ! Ce petit tour de passe-passe aura donc à la fois contourné SCP – qui a obtenu en justice un maigre dédommagement – et enterré Digital Research, la société de Kidall. La fabuleuse ascension de celle de Doors était lancée. Comme tu le sais, elle n'est pas en situation d'hégémonie, mais presque.

— Avant de devenir un grand philanthrope, le petit génie était donc un opportuniste sans scrupules.

— Quoi d'étonnant ? Les affaires sont un univers sans pitié. Je vais paraphraser le maréchal Lyautey en te disant « on ne fait pas des milliardaires avec des philanthropes ». Et je crois assez difficilement à l'inverse… Une fois riches, certains s'amendent peut-être, d'autre pas, selon leur caractère… Revenons à nos moutons. Ou à nos « mougeons » : c'est comme ça que les lanceurs d'alerte étiquetés « complotistes » appelaient, un peu méchamment, les citoyens restés crédules pendant cette crise : moitié moutons, moitié pigeons.

— J'ai vu que tous ces alerteurs dénonçaient sur le web libre une collusion entre Doors, le Forum Économique Planétaire du dénommé Schwartz et les cent quatre-vingt-deux chefs d'État cosignataires de l'Agenda 21 en 1992. Pourtant, ce programme avait l'air plutôt vertueux, comme celui de Doors : réduire la pauvreté et la pollution, quoi de plus louable ? Papa et Maman adhéraient à fond, vous imaginez : leurs deux obsessions perso !… Ils sont tombés de haut au moment de la crise. C'est bien à ce fameux Agenda que vous faisiez allusion, avec votre « quand on sait ce qu'ils avaient en tête, on pourrait presque leur trouver quelques excuses » ?

— Précisément, Élie. On peut les comprendre, certes ; parce que l'avenir s'annonçait ingérable – aussi bien aux yeux des politiques qu'à ceux des hauts fonctionnaires, des patrons de globentreprises ou des milliardaires tentés de se prendre pour le Mes… heu ! pour des sauveurs. Tout allait partir en vrille…

La petite fille acquiesça :

— Pollution et réchauffement hors de contrôle. Résultat : raréfaction des ressources alimentaires, montée des océans… Et par conséquent : des guerres, des famines… Donc, des centaines de millions de réfugiés climatiques ou autres qui allaient déferler sur les pays encore épargnés.

— En particulier les nations occidentales, où s'annonçait le conflit nord-sud prédit depuis longtemps par les géostratèges – avec l'affrontement interreligieux qui s'ensuivrait probablement. Comment gérer ça ? En France, nos dirigeants n'arrivaient même pas à reprendre le contrôle des « territoires perdus de la République » !

— … Pas seulement, comme on le voit dans la webpresse de l'époque, par crainte de « mettre le feu aux banlieues » et de faire basculer le pays dans la guerre civile. Il y avait aussi des raisons économico-électorales.

— En effet : les populations d'origine étrangère formaient un contingent de votants auquel plein de politiciens faisaient les yeux doux. Elles contribuaient beaucoup au renouvellement démographique ; et là, on touche à l'une des autres obsessions de nos hauts dirigeants. En vieillissant avec le « Papy-boom », le monde occidental courait à la faillite : envolée du coût des retraites et des soins de santé, réduction du nombre d'actifs et par conséquent des cotisations sociales, l'équation devenait insoluble. Même la Chine, où les ex-pays riches avaient délocalisé l'essentiel de leur production, voyait venir le moment où elle n'aurait plus assez de bras pour prospérer. En plus, les globentreprises avaient besoin d'un énorme renouvellement du cheptel de consommateurs pour continuer à vendre en masse… C'est pourquoi, aux plus hauts sommets de la décision, chez les leaders de la finance et du commerce international, les migrations étaient considérées comme un phénomène vital.

— Il y avait contradiction entre deux catastrophes, me semble-t-il. Dans les pays riches, le vieillissement des populations et l'effondrement économique qui allait s'ensuivre. D'un autre côté, la surpopulation, créatrice d'un marché toujours plus vaste – mais qui aggraverait la situation climatique et l'épuisement des ressources.

— Il faut surligner, j'insiste, la conséquence à plus court terme de ces deux facteurs : une guerre civile. La realpolitik pro-migrations avait dispensé les gouvernants de s'atteler aux conditions d'un vrai « vivre-ensemble », comme on disait. Ils ont fini par opter pour le « vivre seul », chacun confiné dans sa bulle virtualiste : ça leur épargnerait de devoir arbitrer entre sursaut nationaliste et racialisme décolonialiste.

— C'est vrai que la situation était explosive, d'après mes parents.

— Eh oui. Avec toutes ces tempêtes en vue, les dirigeants commençaient à prendre peur : leurs fonctions, leurs privilèges, leurs fortunes, leurs vies même étaient menacées… et le monde entier avec, ce qui leur a donné bonne conscience pour la suite. De grands esprits sans scrupules ont conçu la Solution Globale, à mettre en application sous le premier prétexte venu. Ce prétexte, ce fut l'arrivée d'un virus bidouillé en laboratoire, mais – chance ou calcul machiavélique – juste ce qu'il fallait : pas plus mortel qu'un grippe ordinaire, et presque exclusivement chez les personnes âgées et malades.

— Vous croyez pour de bon que le virus aurait pu être fabriqué et libéré exprès ? Ce serait horrible ! Même au Procès du Millénaire, on n'a jamais soulevé cette question-là.

— Pas étonnant vu le pays où était survenue la fuite, accidentelle ou volontaire. La question se pose, Élie : en Occident, éliminer les vieillards et les porteurs de grosses pathologies a fait fondre les dépenses de santé et rétabli l'équilibre des caisses de retraites et autres : les profiteurs ont pu se remettre à les ponctionner tranquille… Alors tout compte fait, je pense que cette « crise » était tout à fait délibérée, au moins dans notre pays. Sinon, aurait-on encouragé par décret des euthanasies déguisées en offrande « compassionnelle » ? Le « cadeau » d'une fin de vie « digne et sans souffrance », mon œil ! On a bel et bien piqué ces pauvres vieux après les avoir terrorisés, séquestrés et privés de contacts physiques avec leurs proches. As-tu visionné les témoignages de tous ces soignants bouleversés, pendant le Procès ?

La gorge serrée, elle hocha la tête. Nuança cependant :

— Il y a beaucoup de personnes âgées parmi les élites et leurs conseillers. Auraient-elles pris un tel risque ?

— Ha ! Crois-moi, ces privilégiés n'ont pas hésité à recourir aux traitements dont ils privaient le peuple… Hum, de quoi parlait-on avant d'évoquer les doutes sur l'évasion du virus ?

— Vous m'expliquiez que les dirigeants ou leurs incitateurs avaient quelques excuses d'avoir voulu permettre l'avènement du Grand Reset – au point d'avoir planifié la « crise sanitaire » de longue date, comme l'ont conclu les enquêtes.

— On aurait dû se méfier, et pas seulement en visitant le site du Forum, où s'affichait cette vidéo qu'ils ont très vite effacée…

— Oh oui, les alerteurs la partageaient sur le web libre. Le bonheur futur selon Schwartz : « You'll own nothing and you'll be happy »… Terrifiant.

— Il suffisait de lire le programme de l'Agenda 21. On y trouvait des phrases genre « La politique démographique devrait également reconnaître le rôle des êtres humains dans les problèmes écologiques et de développement », ou « élaborer des stratégies et programmes pour atténuer l'effet nocif du changement écologique sur les populations humaines ET VICE-VERSA. » Tout était dans ces trois mots ! Atténuer la nocivité des populations pour les équilibres écologiques, c'était leur premier objectif… Et il y avait aussi, déjà, « Accélérer la recherche sur des vaccins améliorés et utiliser aussi largement que possible des vaccins pour prévenir des maladies. » Déjà l'influence tentaculaire de Doors ! Ça a l'air diablement humaniste, sauver du palu, de la dengue ou du sida les pauvres habitants des pays émergents. Pourtant…

— Sur le palu, ils utilisaient déjà avec succès l'artémisia annua, qui ne coûte presque rien. Et le vaccin contre la dengue a tué six cents enfants aux Philippines…

— Je ne le sais que trop, grimaça le colonel. Il était fabriqué par un grand labo français – l'un des « joyaux de la Couronne » aux intérêts desquels mon Service doit veiller de par le monde.

— Quant au VIH, acheva Élisabeth, trente-quatre ans ont passé depuis la signature de l'Agenda 21, et on cherche toujours le vaccin miracle !

— Mollement, à mon humble avis. La « clientèle » visée par ce vaccin se trouve surtout en Afrique, où les gouvernements n'auraient pas les moyens de l'acheter ; d'où le lobbying de Doors – il a beaucoup investi dans ce secteur – pour qu'ils soient financés par la communauté internationale. J'ajouterai que laisser le sida ravager ces pays-là devait plutôt aller dans le sens des objectifs de l'Agenda en termes de maîtrise de la surpopulation.

— S'il n'y avait pas eu Le Procès du Millénaire, je n'aurais jamais cru nos gouvernants capables d'un cynisme aussi criminel.

— Tu oublies les puissants intérêts à l'origine de leurs carrières : ces tireurs de ficelles qui les arrosent généreusement, les conseillent et orientent leurs décisions. Ils ont mis presque un quart de siècle à tout penser, tout préparer, mais nom d'une tripe, il était rudement bien ficelé, leur projet pour un « monde plus stable et plus éthique » ! Monde sans frontières, avant toute chose ; un gigantesque marché sans droits de douanes, aux législations harmonisées : le rêve des globentreprises… Un terrain de jeu planétaire où une coterie de nantis ivres de fric et de pouvoir se seraient vautrés dans la plus lucrative des collaborations. Du moins le pensaient-ils, étant perpétuellement complices dans les mêmes jeux douteux.

— Comme de conspirer en parfaite intelligence contre les « sans-dents », les gens « qui ne sont rien », les « inutiles », ceux dont ils ne pouvaient pas serrer la main « sans se sentir sales »… J'ai halluciné en lisant tout ça.

— Ces gens-là méprisent la « plèbe », c'est certain. Et ils en ont peur.

— Il y aurait bien eu parmi eux un trublion pour gâcher la fête, non ? Quelqu'un qui se serait mis en tête de prospérer davantage, aux dépens des petits copains. C'est dans la nature humaine, comme vous dites… Par exemple, je ne vois pas la Chine jouer le jeu sans tordre les règles.

— Tu as raison : c'est un pays trop ancien, trop complexe, trop raffiné pour que ses dirigeants ne soient pas un peu… bref, tu connais le jeu de go !

Elle approuva, les yeux brillants. Leguet songea avec délectation qu'un jour, cette enfant jouerait des parties infiniment plus stratégiques et plus subtiles que celles du go : elle affronterait au Grand Jeu, rien de moins, les puissants de ce monde.

— Tu comprends donc pourquoi on a plus que soupçonné les Chinois d'avoir influencé les instances gouvernementales en dramatisant les débuts de l'épidémie et en prônant le confinement.

— … Sachant que ça achèverait les économies occidentales, déjà débitrices. En tant que créanciers comme en tant qu'investisseurs, ils pourraient ensuite faire leur marché : rafler des entreprises, de l'immobilier…

— Eh oui. Mais les instigateurs de l'Agenda n'avaient nul besoin d'un tel encouragement pour foncer ; et quand la prétendue crise sanitaire a été lancée, tout a d'abord fonctionné comme sur des roulettes. Le masque, ô combien symbolique, a littéralement muselé les populations. Les parents l'ont même imposé à leurs jeunes enfants, malgré d'incalculables conséquences sanitaires et psychologiques ! L'imposition du confinement visait un triple objectif : traiter les citoyens comme de complets irresponsables ; les formater encore plus à la soumission en les contraignant à des auto-interdictions absurdes, contradictoires, injustifiables…

—  Pat avait imprimé et encadré chez lui sa première contravention pour non-respect des mesures sanitaires. Il avait la rage : sa sœur a failli devenir complètement folle pendant le confinement. Je vous ai coupé, excusez-moi.

 — J'allais justement le dire : les habituer à rester assignés à résidence, fragilisés, puisque dramatiquement isolés les uns des autres. Et enfin, il fallait éclaircir les rangs des activités indépendantes : commerçants, petits entrepreneurs, artistes ou professions libérales.

— Pourquoi eux ? En classe, on n'a pas traité ce sujet-là.

— Les boîtes défaillantes auraient disparu, bon débarras aux yeux des gouvernants : elles ne payaient pas assez d'impôts et, tôt ou tard, leurs patrons auraient fini au RSA, puis au minimum vieillesse. Dans l'esprit de nos grands conspirateurs, les entreprises les plus utiles allaient être rachetées par de plus grosses, ou devenir des franchises du Big Business. Les professions libérales seraient regroupées en structures étroitement contrôlées par les autorités – un peu comme les médecins généralistes avec les MSP, les maisons de santé pluriprofessionnelles devenues Portails de Sécurité Sanitaire, ou les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé, un dispositif aujourd'hui abandonné.

— Les fermetures ou rachats d'entreprises que vous décrivez, c'est plus ou moins ce qui s'est passé, de toute façon.

— Les choses ne reviennent jamais complètement au point de départ. Rends-toi compte : sans l'énorme traumatisme de cette « arnaque sanitaire », l'élan qu'il a suscité en faveur d'un retour aux différentes formes de spiritualité, nous n'aurions jamais pu instaurer Mille Et Une Fois, ni promouvoir la CIRCÉ. Le Corvir a changé le monde… Ç'aurait pu être pour le pire ; finalement, ç'a plutôt été dans le sens du meilleur.

— Il y a encore de la route à faire.

— Mais rappelle-toi ce que la coalition qui était au joystick de l'Agenda voulait mettre en place ! La population qui aurait survécu à tous ces abus serait aujourd'hui pucée, désocialisée, cloîtrée chez elle dans la terreur du dehors, occupée à télétravailler et à se « vider la tête » devant des écrans.

— Heu… ça, oncle Hubert, la révolte de 2021 n'y a pas changé grand-chose.

— Je te l'ai dit : rien ne pouvait redevenir absolument comme avant. Tout de même, ne perds pas de vue que les Virtualistes sont encore les seuls à mener ce genre d'existence ! Sans la révolte et le Procès, d'autres évolutions déshumanisantes seraient aujourd'hui parachevées. On aurait déjà imposé la démonétisation, d'autant plus vite qu'il fallait empêcher les épargnants de retirer leurs billes avant la Grande Récession. Privés de l'autonomie procurée par la monnaie physique, les citoyens auraient été gratifiés d'office du revenu universel – soi-disant pour leur offrir un libre choix de vie et pour éradiquer la pauvreté. Ils seraient devenus intégralement dépendants du système.

— On n'en est pas si loin, demandez à Pat… Je suppose que les services publics automatisés et les robots Sécuritors étaient déjà programmés, c'est le cas de le dire ?

— Bien sûr : des milliardaires de la Silicon Valley à la nouvelle génération de hauts fonctionnaires scientistes et technolâtres, tu sais bien que nos apprentis sorciers rêvaient d'intelligence artificielle. Pour eux, tous ces aspects allaient dans le même sens : la population mondiale – qu'ils prévoyaient d'empiler dans des hypervilles connectées – ne songerait plus ni aux conflits religieux, ni aux comportements « anti-sociaux ». Fini le racisme, le harcèlement sexuel, les violences et même les simples pensées qui dévieraient de la doxa ! Fini la délinquance et la criminalité, en dehors de celle en col blanc qui collaborait au système ! Les individus se replieraient sur eux-mêmes, deviendraient inoffensifs, « coopérants » : des hamsters pédalant docilement dans leurs cages pour produire de l'argent virtuel et faire tourner la roue de la Consommation. Si certains d'entre eux osaient ne serait-ce que songer à mal faire, ils seraient arrêtés tout de suite grâce au traçage permanent, et rééduqués à l'aide d'implants cérébraux… Toutes ces monstruosités coulaient tellement de source qu'elles avaient été prédites par des auteurs de science-fiction. Parfois il y a plus d'un siècle, tu te rends compte…

— Le projet de l'Agenda était très ingénieux en théorie, mais complètement irréaliste dans les pays émergents : comment croire que des populations encore soudées par leurs traditions pourraient basculer sans lutte dans cette virtualité glaçante ?

— Jamais, au cours de l'Histoire, les « grand esprits » que dévoyait un mélange d'opportunisme et d'idéaux délirants ne se sont arrêtés à des considérations de ce genre. Ça a donné la Shoah… Plus tard, on a connu une dérive du même genre – toutes proportions gardées, bien sûr – avec la colonisation.

— Je croyais que vous étiez pour.

— Certainement pas ! Je suis contre la façon dont on a géré la décolonisation : elle a été préjudiciable aux peuples en question, littéralement vendus à leurs « libérateurs » opportunistes. Sans parler des Européens abandonnés sur place ou rapatriés dans des conditions indignes.

— Vous devriez mieux l'expliquer à Maman.

Leguet laissa échapper un soupir avant d'enchaîner.

— Ce qu'il te faut retenir, c'est que la colonisation, la décolonisation, le troisième Reich ou l'Agenda avaient tous un point commun : ils étaient le fruit contre nature d'une collusion entre des porteurs d'intérêts économiques – banques, grandes entreprises – et des théoriciens sociaux plus ou moins déjantés.

Il sourit tristement à Élie qui, tout ouïe, attendait la suite.

— Les chantres du colonialisme rêvaient d'exporter partout les beaux principes des Lumières… tout en défendant leurs intérêts et ceux de leur pays. Ce mouvement n'émanait pas de la droite, comme on le croit le plus souvent, mais de la gauche ; plus précisément, de l'Internationale socialiste, dont tu as entendu parler, et de ses sympathisants. Les élites en question, des bourgeois bien-pensants pour la plupart, s'étaient donné pour vocation d'imposer au monde entier leur credo étrangement bicéphale : un progressisme néocapitalisant. Plus ou moins consciemment, ces bonnes gens mêlaient idéal humaniste et pragmatisme économique. D'où le drame ! Alors que tout se serait très bien passé s'il n'y avait jamais eu de projet colonisateur – puis décolonisateur quand les mêmes intervenants, confrontés aux difficultés, ont adopté sans sourciller une nouvelle conception de l'intérêt des peuples et de leurs propres intérêts.

— Tout se serait bien passé ? C'est difficile à croire.

— Sans la colonisation, les plus audacieux de nos concitoyens seraient partis quand même à l'aventure dans des pays lointains ; certains y auraient fait fortune, d'autres se seraient contentés de faire leur métier, quel qu'il soit… Mais sans importer du même coup l'administration coloniale, prompte à se servir de l'armée pour garantir qu'on appliquerait ses grands plans de mise en valeur. Résultat, nos expatriés auraient été des immigrants, pas des colons ; ils se seraient ajoutés pacifiquement à la population locale, à leur bénéfice personnel autant qu'à celui du pays d'accueil.

Élie dévisagea le colonel, un peu déconcertée. Il insista :

— Ç'aurait été le genre de rapport gagnant-gagnant qu'on nous « vend » si volontiers, s'agissant des migrations vers l'Occident – toujours présentées par leurs instigateurs comme fructueuses… Oh, il y aurait eu des heurts ! Je suppose qu'il aurait fallu de temps en temps une intervention armée pour empêcher des massacres, ne serait-ce qu'à cause des problèmes de religion. Mais dans bien des pays d'Afrique ou d'ailleurs, les Occidentaux de bonne volonté sont toujours accueillis très amicalement. Je parie qu'avec le temps, on aurait vu se développer partout ce que Lyautey voulait susciter au Maroc : une cohabitation harmonieuse des différentes communautés sous la tutelle des autorités locales, seules légitimes.

— Même quand ces autorités se limitaient encore à des chefs religieux fanatiques, ou des potentats xénophobes ? Maman a raison, oncle Hubert : quelquefois, vous êtes incroyablement idéaliste !

L'officier rougit sous son hâle.

— Peut-être bien.

— Permettez-moi d'émettre un petit bémol : sans l'intérêt des États à moderniser les pays colonisés pour mieux les exploiter, y aurait-on envoyé autre chose que des missionnaires : des médecins, des instituteurs, des comptables… ?…

— Je te l'ai dit : ils seraient partis d'eux-mêmes, sachant qu'ils trouveraient leur place dans ces contrées où tout était encore à construire.

— Et qu'auraient-ils fait, une fois que les peuples d'accueil auraient formé leurs propres techniciens, experts, professions libérales ?

— Ce que les migrants de chez nous ne peuvent pas faire, parce que leurs nations d'origine sont trop pauvres ou dévastées : renvoyer leurs enfants travailler sur la terre de leurs ancêtres. Eux-mêmes auraient eu le choix de retourner passer leur retraite en Métropole ou de finir leur vie dans leur pays d'adoption. C'est ainsi que je conçois un monde normal, un monde d'échanges mutuellement profitables… Mais tu as peut-être raison de souligner que c'est utopique, au fond !

— Vous nous avez dit un jour que sans les richesses tirées de la colonisation, certaines avancées sociales en France auraient été moins rapides.

— Pas systématiquement ; ça, c'est la thèse des anticolonialistes. Pour l'Indochine ou l'Algérie, le bilan se soldait par plus de dépenses que de recettes – d'où le revirement des élites en faveur de la décolonisation.

— On peut quand même imaginer que sans ses empires coloniaux, notre Occident vieillissant aurait décliné encore plus vite.

— Et alors ? Comme les êtres, les civilisations vieillissent et meurent. En tout cas, sans colonisation-décolonisation, bien moins de sang aurait été versé, et on aurait fait l'économie de rancœurs qui promettent d'en faire couler beaucoup d'autre à l'avenir.

— Sauf erreur, stopper net l'Agenda et juger ses inspirateurs n'a finalement rien changé. Les problèmes reviennent de plus belle : on n'a fait que reculer pour mieux sauter…

— Mais aujourd'hui, tu es là. La vraie solution, ce sera toi qui la trouveras, Élie ! »


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